‹ Le dimanche (volume 2)Chapitre 12 sur 29 · L'ARMURE · texte numérisé non relu

L'ARMURE

Ut cominùs orbem CBklum pugnis $nrii , et forte rubentem Bellorum macalis , acdinem et conspicit bastam , Infjremuit , torsitque gênas.

Statii Mhilleidt lib. II.

X«s annei donc Olivier le bairon, Sor une table les mistrent i bandon.

Un arseveskes I fit beneison , Les armes setgne de den et de son nom. Roman de GAkabd de Yiahc.

Étendu sur la paille fraîche qui était , comme je Fai dit , la couche commune des hôtes de dame Gertrude , Basse ne tarda pas à s'endormir de ce sommeil profond, voluptueux, 'inconnu à rinquiétude et au malheur. Cependant il n*ëtâit pas entré dans la vie par la pente la

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plus douce; bien au contraire , il y rencontrait encore chaque jour de nombreux obstacles.

Mais jeune , confiant dans sa force , plein de foi dans l'avenir , il se riait des peines que Ton peut appeler extérieures, parce qu'elles ne flétrissent point Tame ; étranger à toutes les douleurs savantes dans lesquelles se complaît une nature usée par la civilisation , et qui , rassassiée de tout, trouve du charme à se regarder souffrir; ne connaissant pas même les émotions de Famour , il n'aspirait qu'à se distinguer par ses prouesses, et à conquérir ainsi dans la société un rang auquel il sentait vaguement avoir des droits incontestables.

Ses rêves ne lui représentaient guère que des combats ^ des honneurs rendus à la bravoure ; cependant , cette fois , à ces images guerrières vint, dans ses songes , se joindre celle du sire de Gavre. Les cheveux blancs de ce vieillard , qu'il lui semblait revoir après une longue séparation , lui inspiraient un respect presque filial, et en les contemplant, il s'attendrissait jusqu'aux larmes , lui pour qui les larmes n'étaient qu'une honteuse faiblesse , une espèce d'infirmité phy^ sique.

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Enfin les trompettes qui sonnaient du haut des tonrs dn Ghâtelet , annoncèrent l'aurore. A l'instant Rasse fut sur pied. Sans aucun remords d'avoir tué un moine quelques heures avant , il se mit à réciter de ferventes prières pour obtenir du succès au tournoi , et alla ensuite dans la même intention , entendre la messe avec beaucoup de recueillement à l'église St-Julien-aux- Ménétriers , nouvellement fondée par deux camarades de Pariset, église qui n'était pas même entièrement bâtie.

Yers huit heures arriva Baudouin à la tête de quatre sergens en livrée , portant les différentes pièces d'une armure d'homme et de cheval. Pariset, qui les vit passer , accourut sans tarder à l'auberge.

— <( On ^l'imaginerait difficilement , dit Baudouin au damoisel , combien vous avez plu à monseigneur ; hier dans la soirée y il n'a fait que parler de vous , et il répétait en se couchant , les yeux humides : Hélas I vuilheureux que je suis, j'aurais pu avoir un pareil fils J car vous saurez que de la dame de Waurin , sa vertueuse compagne 9 à qui Dieu fasse paix , il eut un fils qui ne yécut pas long-temps. C'est une longue his-

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taire que je vous conterai one autre fois , du moins autant que je la sais , car je la tiens moimême de seconde main , quoiqu'un des anciens serviteurs de la maison de Garre* La raison en est qu'après le mariage de monseigneur arec la dame de Waurin , je fus envoyé en qualité de sénéchal dans un de ses domaines les plus considérables et aussi les plus éloignés. Lui si bon^ lui si équitable, il se montra dur et injuste alors ; mais il était^enrironné de gens qui s'étudiant à le tromper , empêchaient la vérité de pénétrer jusqu'à son oreille.Et depuis , pour ne pas Taffliger , j'ai toujours évité de toucher cette corde délicate. Qu'il vous suffise pour le moment qu'il ait tenu parole et qu'il vous ait mis en état de paraître au tournoi comme les chevaliers les plus huppés , comme serait fier d'y figurer un Gruthuse, un Liedekerke , un Gommines, un Lannoy. » —

Les sergens déposèrent sur les escabeaux de Tauberge les armes pesantes dont ils étaient chargés y armes sous lesquelles les hommes les plus robustes de nos jours perdraient toute faculté de se mouvoir. Baudouin avertit qu'elles avaient déjà été bénies par un prêtre, et Pariset les passa

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en TCTue ayec tonte Tërniiition d'nn ménestrel et d*iin jongleur.

— « Dieu ! le bel armet f eomnie la trempe en est fine, eomme les omemens en sont magnifiques ! ce lion en cimier est vraiment formidable , cette visière , ce ventail , ce gorgerin sont adaptés avec nn art infini , et l'on jurerait que le heaume entier est Fouvrage d'un enchanteur ou de Yëlant , ce fameux forgeron d]i nord , célébré par nos romanciers. Que de richesse dans cette cuirasse, dans ces tassettes, brassards, cuissards et gantelets à plaques mobiles et rentrantes pour laisser tous les mouvemens libres ! Quelle force dans ces bottines d'acier , quelle défense que ce haubert à doubles mailles ! malheur à qui sentira le poids de cette hache ou le tranchant de cette épée qui suffirait à fendre un géant jusqu'à la selle , épée aussi redoutable que la Dwmnêal de Roland, ou YEêcalibor d'Artus, et qui soutiendrait aisément la comparaison avec

Caurtain d'Ogier le danois ;

Fhherge, HmUe^Clère et Joyeuse de Charlemagne;

Florance^Bautisme et Garbatn de Fier-à-Bras;

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Durissime d'Adfaémar de Ghabannes ;

Recuite d*Alexandre-le-Grand , de Ptolëméc , de Judas Machabée et de Vespasien ;

Merveilleuse de Doolin de Mayence ;

Baliaarde de Rogier ^

Même avec le glaive que le roi Gorgorans donna à Gauyain pour ravoirdéliyré d'un géant, lame miraculeuse , lame fée qui servit à décoller St.-Jean-Baptiste le précurseur , se rapetissant dans le fourreau et se teignant de sang cba- . que jour à l'heure de midi. »

Ce bavardage qui ne déplaisait pas à Rasse , dont les yeux pétillaient d'une ardeur belliqueuse , trouva encore à s'exercer sur le pectoral 9 le ehanfrain , la bousse du cbeval , sur la lance , la cotte , principalement sur l'écu tout diapré de clous dorés et armoyé de gueule à trois lions d'argent, symbole adopté jadis par les seigneurs de Gavre. Baudouin souriant remarqua a cette occasion qu'on prendrait le jeune écuyer pour le fils de son maître* — «Et pourq[uoi pas ? puisque vous lui avez rendu un service qu'un fils serait trop heureux de rendre à son père , et que , si je ne me trompe , vous vous nommez Rasse comme lui? ne peut-il pas d'ail-

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lears tous adopter, puisqu'il n'a point d*héritier? Au surplus sans faire tort à vos armoiries , je pense que tous ne tous compromettrei pas en arborant celles-ci ; vous le pouvez sans fraude , puisque leur lég^itime propriétaire vous 7 autorise. »

Quoique cet argument ne fût pas përemptoire, il parut tel au damoisel. Après avoir harnache son cheval , à qui toutes ces bardes allaient comme de cire, et fait une croix sur chaque partie de l'armure^il s'en revêtit avec unecélérité , une adresse qui montraient bien quelle était sa véritable Tocation. La richesse de sa taille était encore rehaussée par ce costume guerrier qu'il portait aTec une aisance merveilleuse;'Certes la femme qui , en le voyant ainsi , éprouvait quelque trouble au fond de son cœur , était bien excusable. Gertrude ne se lassait point de l'admirer.-» «Vous voilà mieux qu'un des douze pairs de France j et pourtant il vous manque quelque chose , lui dit-elle d'une voix mal assurée. — Quoi donc ? — Il est d'usage dans les tournois , vous deTez le savoir , de porter à son casque ou ailleurs une emprise que chaque chevalier reçoit de la dame de ses pensées.» — Et elle déta-

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chait machinalement une gaze brodée attachée à son chaperon par une longue aiguille d'argent. — « u Que voulez-vouB, répondit en riant l'écuyer , je n'ai pas de dame , mais quant à Tmiprise , la voici. » — En proférant ces paroles il saisit son chapel de laine et le fixa sur le cimier de son casque au moyen d'une courroie. — « Miséricorde! qu'allez^vous faire? dirent à la fois Baudouin et Pariset, vous allez gâter la plus belle armure de tout le tournoi et tous exposer aux railleries des spectateurs. — Mes amis , dit Rasse avec un sérieux extraordinaire, l'objet que TOUS jugez ridicule, je saurai le rendre respectable. £n toute autre circonstance j'écouterai ■ Tolontiers yos avis , mais tous me ferez plaisir de ne plus revenir sur ce sujet. Pardonnez-moi si je vous quitte. L'heure où les lices seront ou* vertes n'est pas loin ; il faut que je sois à mon poste* — Et moi aussi , répétèrent ses deux amis.

— Et moi aussi , murmurait tout bas Gertrude.

— Il n'a pas de dame, pensait-elle en elle* même ; c'est qu'inexpérimenté comme il l'est , il n'ose m'exptiquer sa pensée... en tous cas, je suis certaine qu'il ne m'a pas donné de rivale! » —

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