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RÉaTS.
« Keste.» ...un petit point à Tider. «
Pavtâgkubl , Uwé ni, A. 32.
Les poursuivani ramassaient dans la lice les débris d'armores qui leur appartenaient ^ selon les usages de la eheyalerie ; une partie de la foule se disputait en riant le cadavre de TAnglaîs y sanglant jouet , passeteœps infernal des passions populaires ; l'autre se pressait avec la cour autour de la tribune royale , attendant quelque nouveau spectacle. Rien n'égalait l'impatience de Pariset et de fiertrude qui ne pouvaient m voir ni entendre. Le sire de Gavre et Baudouin étaient profondément émus; la
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belle Hélène, appuyée sur le bras de son fianoë et Toilant à demi ses beaux yeux noirs , alongeait sa tète rosée à côté de la barbe grisonnante du sire de Garre. Le roi , la reine , le comte de Flandre, gardaient extérieurement l'impassibilité de la grandeur*
Un genou en terre , Rasse prit la parole d'un ton simple et assuré.
• — Il Mon histoire , mes redoutés seigneurs , est bien peu digne de vous intéresser. Fils d'un brare et noble écuyer sans fortune^ je fus ëleyé dans une petite ferme , seul bien qu'il possédât et qui était située en Flandre , presqu'au bord de la mer , loin de toute habitation. Nous viyions dans une solitude complète. Point d'enfans du voisinage pour se mêler à mes jeux.
Des exercices militaires proportionnés à mon âge, les caresses de ma mère , des courses dans les champs , le bruit des vagues y l'orage , la tempête , telles étaient mes récréations.
n J'entrais dans ma cinquième année lorsqu'une femme qui paraissait être d'un rang élevé , vint visiter notre humble demeure ; elle me tint long-temps embrassé et baigna mon visage de ses larmes. On me dit qu'elle allait
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me conduire dans une maisoo plas belle , près d*an parent qui me donnerait de belle armes , de beaux habits. Je pleurais beaucoup en quittant ma mère. Mais les caressés de la dame étaient si tendres^ je goûtais en outre tant de plaisir à galoper sur le cheval auquel on m'avait attaché et dont la bride était tenue par mon père , que j'oubliai bientôt mon chagrin.
« Nous avions pris les chemins les plus dé* tournés. Vers le soir , nous arrivâmes dans une grande ville. Je n'en avais jamais vu et ne me lassais point de regarder. On me conduisit dans un vaste palais et l'on me descendit de cheval , à mon grand déplaisir. Alors la dame me prit entre ses bras et entrant effaréedans un appartement somptueux où était assis, sur une élégante ehaise sculptée , un homme qui nous tournait le dos : — u Oh ! ne vous plaignez plus , monsieur, dit-elle, de manquer d'héritier : voilà le vôtre, voilà votre successeur légitime. »
A ces mots elle me déposa sur le parquet et voulut me conduire vers ce personnage. Mais se levant en fureur et me lançant le chapeau qu'il tenait abaissé sur ses yeux : u £h I bien , qu'il recueille d'avance son héritage y »
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et il sortit , terrible , eohevalé , laissant la jdame éTanouie. Je ramassai machinalement le ehapeau, je le mis sur ma tête comme si c'eût ëtë nn joyaade fête , nn don de là tendresae : mal^ la voix rade et menaçante de cekd qni -me l'avait jeté, je n'eus pas peur. Que dis-je? il me semblait que toute cette colère n'était qu'une ruse, et que j'aurais caressé sans répoghance le terrible inconnu; mais la dame éyanouie m'épouvantait* Mon père vint bientôt m'enlever à cette scène si neuve, si incompréhensible ; il me ramena la nuit même, à marche .forcée , dans notre chaumière.
» Nous y vécûmes plus solitaires que jamais.
J'appris , tout enfant que j'étais , a manier la lance et Tépée, à braver la fatigue et le danger, et , dans plus d'une occasion , mon chapel que je ne quittais jamais me préserva d'une mort presque inévitable. La dame mystérieuse ne reparut plus ; mon père , à mes questions sur elle , se contentait de répondre que c'était une cousine éloignée dont il ne recevait point de nouvelle. Sur ces entrefaites, ma inère vint à mourir , et mon père ne pouvant se résigner à rester aux lieux témoins du trépas
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d'une époiife qa'U arait tendreraenil aimée , m^amenaarec lui en Italie où omis primes parti danftles^^rres civiles qtii désolaient ce pays. Guelfes et Gibelins tonr-à-toar nous menions 4a vie la pins aventureuse , la plus sgrëable qa*on paisse se figurer. Toutes les faces de l'existence humaine se présentaient à moi dn point de vue le plus inattendu j le plus pittoresque. Enfin j*eus le malheur de perdre mon père dané fine bataille livrée sous les murs de Florence , et ayant obtenu mon congé de sî^ gnor Alighièri , mon capitaine , je partis pour rev^iir en Flandre. En passant par Paris , j'ai ouï parler d'un tournoi. Or , on m*avait toujours enseigné que les Français étaient les maîtres en l'art de jouter. En conséquence , je brûlais de me mesurer avec quelques-uns d*entr'enx. Le ciel a béni mes eflEbrts et me voili« h — « Et tu vois ton père , dit en lui ouvrant ses bras le sire de Gavre, incapable de faire plus long'teraps violence aux sentimens qui TétouCfaient. Oui tu vois ton père qui en est aussi henreàxque fier. Grâce , sire^ grs^ce» messeî* gneurs, pour cette explosion d'un cœur assailli d'émotions inattendues. La nature if iait taire
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le respect. » — Nous en «ayons bon gré à la nature , répondit le roi. Elle se cache si obstinément devant nous , qne nous sommes char* mé de rencontrer au moins une fois son visage. Ainsi donc Tespiègle quoiqu'il ait avance le contraire, portait ses véritables armes? Mais d*où vient, sire chevalier, que ce fils, cet hoir, vous ne le retrouviez qu'après tant d'années? »
Le seigneur de Gavre après avoir de rechef embrassé l'écuyer qui, malgré sa joie, ne témoignait aucune surprise , se recueillit quelques instans et parla en ces termes:
«— Qu'ils sont à plaindre ceux que la jalousie poursuit de ses hallucinations , épouvante de ses fantômes , enlace de ses couleuvres ! pour eux la vérité a les apparences du mensonge, la franchise, de la ruse, Finnocence, du (»*ime. Malheureux eux-mêmes, ils (but le malheur de tout ce qui les entoure, et le cœur le plus droit le plus généreux, atteint de cette afireuse frénésie , ne respire plus que haine et que vengeance. Tous ces tourraens je les ai éprouvés , toutes ces fautes , hélas ! je les ai commises i
» J'épousai Adélaïde de Waurin que j'aimais depuis mon adolescence. Le jour des noces fut
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on jour d'eniTrement et rien n'en troubla la douceur que Taudace d*un Artevelde qui, s'ëtant mêlé à la fête sans y être inTitë, disputa le pai à Toncle de mon épousée. Peu s'en fallut que le sang ne Tengeât cette injure : si mon féal Baudouin qui est derrière moi , ne m'avait re» tenu, je me serais laissé aller à quelque yiolence^ L'intrus , semblable à celui de la parabole de la robe nuptiale , fut néanmoins contraint à se retirer, et s'éloigna la rage dans le cœur. Les premiers mois de mon mariage se passèrent dans la plus complète félicité. Ma femme al* lait me donner un gage de notre union s l'idée d'être père me rendait fou de joie et d*or« gueil.
ji Adélaïde se consacrait exclusivement auit soins de son ménage, grande, noble, imposante dans les occasions solennelles, active, laborieuse, vigilante dans sa vie privée.
» Une nuit , je vins à réfléchir qu'un pareil trésor , s'il était mieux connu , devait me faire bien des envieux et qu'il ne serait pas impossible qu'on cherchât à me l'enlever. De la posibilité au fait même je passai avec une ra* pidité singulière. Mes craintes avaient pris un
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corpflf les vagues rêves de mon cerveau malade revécireat une forme dëterminëe. Adélaïde ne me quittait jamais, ne voyait personne ; nlmporte, je savai» par coDur les traitf de mon rival, jeFaurais reconnu entre mille; son portrait, Taccent de sa voix, son regard, son odieux regard qui profanait ma compagne , tout m'était connu dans le plus minutieux détail.
» Cependant je n'osais frayer passage au dehors à mes soupçons ; j'enfermai dans mon sein oette effroyable torture et l'avouai seulement, sous le sceau de la confession , à un moine de S^*FraDçois depuis quelque temps installé dans mo^ hôtel en qualité de chapelain ; il me promit de ne pas perdre de vue madame de Gavre et de m^informer de ses moindres démarches.
T» Le moine défendait et accusait tour-à-tour Adélaïde ; tantdt il se raillait de mes inquiétudes , tantôt il les justifiait par des observations ^poignantes dont la justesse me désespérait.
» Depuis une semaine en m'avait averti qu'un homme déguisé rôdait autour de mon hôtel.
C'était le fils de cet Artevelde qui avait failli terminer mes noces par une catastrofriie funèbre , ce Jacques dont les manœuvres tendent
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maintenant à sonleyer les manant et bourgeois des bonnes viDes et eommunes de Flandre eontre Monseigneur , ' et qui , sacbant que j'étais honoré de la confiance da prince , me faisait espionner par le moine damné dont je n*ai pu apprécier qu'à présent toute la scélératesse. •
» Soit effet du basard, soit fascination , je retrouTai dans cet homme Tétre créé par ma délirante imagination. Le percer de coups , apporter sa tète mutilée , fumante à Adélaïde ^ ce n'était pas la de mes résolutions la plus insensée.
» Mon chapelain à qui je m'ouTris sur cette fatale similitude, me fit l'apologie de Jacques d'Artevdde plutôt que c^ie de mon épouse , et s'il ne s'attacha point à dissiper mes soupçons , il m'obligea du moins par son ascendant à renoncer à un éclat scandaleux.
» Adélaïde qui ne se doutait de rien, Adélaïde qui se croyait toujours chérie , mit au monde un fils au milieu de souffirances atroces qu'elle supporta le sourire sur les lèvres , la sérénité sur le front. Préoccupée uniquement de l'enfant que récdait son sein^ elle ne démentit pas une minute ce courage simple et calme que la femme
réputée si faible possède à un haut degré , et dont n*approchent pas notre verbeuse fermeté , notre arrogante bravoure.
» Malheur a l'homme qui a pu sans l'aimer contempler sa compagne dans le travail de Tenfantement !
n Adélaïde reconquit en ce moment toute ma tendresse; sa résignation , sa beauté rendue plus touchante par la douleur j et surtout la charmante créature dont elle venait d'enrichir ma maison j suspendirent mes préventions injustes et cruelles.
» J'étais heureux encore. Mes bras étaient le berceau de mon fils , mes genoux sa monture.
Un jour que je me livrais avec lui à ces délicieux enfantillages, véritables revenans-bon de la paternité , madame Adélaïde qui était d'un caractère enjoué , me va dire : — « £h ! que feriezvous , beau mari , si cet enfant était à vous seul?» —
« Ces paroles si simples retentirent à mon oreille comme l'aveu de l'adultèrcLe démon, sans doute 9 les avait empoisonnées avant qu'elles arrivassent jusqu'à moi : — « Malheureuse, tu en conviens donc ! >» — et je jetai l'enfant,, l'enfant
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qae je couvrais de baisers, sur la cendre chaude du foyer.
» Pendant cinq ans je le crus mort ; pendant cinq ans je passai constamment du repentir à la foreur. Ma raison était entièrement égarée. Avec quelle patience angélique Adélaïde cédait à mes emportemens ! avec quel soin généreux de ma gloire , elle dissimulait ses peines et s'efforçait de cacher mes torts !
» Malgré ma folie j'appelais sans cesse un héritier, mais lorsque ma femme m'en présenta un, TOUS venez de l'entendre, ma fatale démence me le fit repousser une seconde fois.
» Adélaïde ne put résister à ce nouvel acte de barbarie; elle était blessée au cœur et expira vingt-quatre heures après, prononçant quelques paroles inintelligibles.
M Sa mort fit tomber le voile qui couvrait mes yeux ;1e sort jeté sur moi fut levé Je frappai ma poitrine devant le seigneur, je sondai toute la profondeur de mon crime.Pour en expier une partie je fis rechercher l'enfant que j'avais si indignement déshérité, mais en vain : impossible de retrouver sa trace.
3» D*autres malheurs achevèrent de m'abaltre
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Mon soaveraiii légitime se TÎt en batte à des fao* lions impies et ses loyaux serviteurs persécutés par la plèbe insolente. Des papiers d'État précieux me furent enlevés , mon chapelain , complice de la sédition j disparut, sans m'avertir de son départ ; une partie de mes biens fut mise au pillage par les gens d'Artevelde. Ce n'était pas assez pour ce traître , il voulait ma vie , et sans mon fils , hier j'étais assassiné. Mais quelques beaux soleils rayonneront encore sur mes cheveux blancs ; si j'ai hâté le trépas d'une vertueuse épouse, je n'ai point causé la perte de mon fils. Mon fils existe, mon fils s'est déjà couvert d'honneur, puisse-t-il seulement me pardonner les tourmens endurés par sa mère i » —
L'attendrissement était au comble , quelques larmes mêmes, racontent les chroniqueurs ébaubis , jaillirent des yeux du roi et du comte.
Baudouin soutenait qu'il avait pressenti tout ce qui était arrivé*
Pariset fit sur ce sujet un harmonieux dictier dont il composa lui-même la musique.
Dame Gertrude, qui se croyait bien faite pour un jeune bachelier sans fortune^ mais persuadée que le riche et noble représentant de l'an-
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denne maison de Gavre , ne pouvait derenir son amant ni son mari j fat quinze grands jours à se consoler ; le seizième elle accepta courageusement la main d'un sous-maitre-queuz du Palais.
Rasse , de son côte, ne tarda pas à se marier à une gentille daraoiselle de la comte de Flandre* 11 consacra à monsieur St-Bavon son feutre tutélaire , et tous ses descendans adoptèrent depuis pour cri d'armes , les mots : Gavre au chapel I
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