BONUS, BON A, BONUM
Moiuieur L«bon.~Montienr? — Yoms étei on
fripon.
AAcmB , les Plaideurs,
Voilà que le thé tire à sa fin ; les dernières tasses ont été largement caquetëes ; vons êtes à bout d'ëpigrammes ; votre fonds de médisance est épnisé, ra%uille s'échappe de tos mains fatiguées et ponrtant la pendule de porcelaine qui pare TOtre cheminée et qui me rappelle les colifichets du siècle bariolé ^ fardé, laqué, Ternisse de M">* de Pompadour, n'a pas encore sonné onse heures.... Vos jolies bouches s'entrouyrent pour laisser passer un bâillement parfumé ; quoi , si jeunes , si fraîches, si ravissantes et de l'ennui !•••• Hais ce temps, ce temps maudit qui nous tue , est si difficile à tuer , n'est* ce pas?
£h I bien, monsieur, faites nous un conte...» Un conte. Mesdames? n'en sommes-nous pas bondés? le conte de nain qu'il naquit s'est
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fait géant, il a tout enyahi, toat absorbé, pareil aa monstre de la calomnie dont la prodigiease musique de Rossini peint Teffroyable développement. Arrivé enomnibuê^ il roule maintenant dans un équipage a huit chevaux ; il se contentait du riflard, et il se carre sous un dais : je ne puis faire un pas sans me heurter contre un conte ; le conte m'arrête dans le ruisseau , me provoque du coin des rues , me salue du fond de la loge du portier, monte avec moi l'escalier, traverse Tantichambre en se dandinant , entre au salon et s'instale dans mon fauteuil. Le conte ! c'est le spectre d'Hamlet, le conte! il nous poursuit comme le remord, comme la politique, comme un protocole , comme les formes parlementaires. Faut-il donc dé nécessité que je devienne son complice?
£h ! bien, monsieur, faites nous un conte* Vous ne sortez pas de là ; et moi je n'ai pas le courage de m'insurger, ma grande journée n'est pas venue , elle ne viendra pas, vous le savez, cela donne du courage à votre despotisme et vous m'opprimez à votre aise. Un contel il me semble que l'on m'ensevelit tout vif dan» la tombe glaciale des Ceni-et-^m ; il me semUe
Bonus, BOlfA, BOIIUM. 08
que je deyiens lycanthrope, forçat, femme perdue.... Mon dieu, mesdames, qu'il est quelquefols dur d*être votre esclave I
£h 1 bien , monsieur, faites-nous un conte.
Ob ! par pitié, laissez-moi respirer ; j'obéirai, mais comment m'y prendre , moi homme essentiellement prosaïque, dénué de l'imagination du crime, de la poésie de l'adultère ?
£h ! bien , monsieur* ...
Un moment, un seul moment. •••
Voulez-vous un conte marin, un conte infernal^ un conte parricide, un conte incestueux?. .•• Kon, vous en avez assez de cette espèce.
Voulez-vous un conte politique ?•••• encore moins ,jele vois.
Voulez-vous un conte fantastique , un conte immoral, un conte brun , un. conte de toutes couleurs ; un conte sous les tilleuls, un conte drolatique, un conte misanthropique, un conte anatomique?
Non, non, non*...
Voulez-vous un conte dialogué où je me donnerai des airs de Shakspeare , en mêlant le langage des halles à Vitkos et smpathos des Préeieuses, en disant, par exemple, au commen-
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oement d'une toèRe : Enên le roi Dagoheri , l'Océan ou l'Et9mité ?
Non, mille fois non.*«
Pardieu ( et que Marié Tmdar me soit en aide ), pardieu mesdames , vous êtes rudes à satisfaire.*.. Sa¥es*yoas le latin , mesdames ?
Fi donc ! du latin , dans le siècle de la femme émancipée , de la femme forte !
Vous ne le sayes pas, une fois, deux fois ?••.. Bonus, bona^ bonmm*...
Ma chère, en vérité , je crois qu'il oite ce pauvre Molière , si pAle, si décrépit , et qu'il va nous réohauflfor un lambeau du Médecin malgré lui...»
Ah ! vous ne savez pas le latin ?bomu, bona^ bonuMm»»»
ilssez, assei....
Ne vous fichez pas, c'est le titre de mon conte ou plutôt de mon histoire. Je ne suis plus embarrassé que du conte lui-même, et pois du manifeste de M. Nisard contre la liitérmiurê facile.
BONUS, BONA, BONtlM.
Chacua le prône et Taime , C'est un cœur, mais un cœur. ... C'est Thumanité même.
GltBtlT.
Dans je ne sais quelle petite Tille d'un petit pays que l'on diatingaeraît à peine sur les plus grandes cartes, yiTaient poite à porte deux hommes qoi j exerçant des fonctions pareilles , différaient diamétralement de caractère , et jouis* saient d'une réputation bien différente.
L'un était le bonhomme de l'endroit. C'était son emploi, il s'en acquittait à son honneur.
QucHqull eût une ayersîmi extraordinaire pour l'esprit, parce qu'il rend méchant, pour la scioDoe, parce qu'elle distrait de la bonté, cela n'empêchait pas que, dans l'occasion , il ne fit tolontiersle semblant de la science et dé l'esprit.
Lui adressait-on la plus innocente plaisanterie ? il criait au meurtre. Comme il se sentait profondément ridicule, tous ses efforts tendaient
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à rendre le ridicule inviolable. Or il était mer* Teilleusement secondé en cela par la respectable majorité dés imbéciles des deux sexes*
Passe pour la calomnie ! aussi ne s'en faisaitil pas faute; ses discours ressemblaient au mignon coutelet avec lequel frère Jean égorgettait tout doucement ses ennemis ; mais il avait soin d'en sucrer la pointe. C'était un si bonhomme !
— C'est un bonhomme , répétaient les petites filles qu'il faisait danser quelquefois dans sa salle à manger , et auxquelles sa femme offrait magnifiquement des meringues et du sirop de groseille.
C'est un bien bonhomme assuraient en chœur les mamans dont il complétait la partie de wisth.
De leur côté le curé qu'il flagornait, le bourgmestre à qui il donnait de Vexcelknce , le rece- Tcur qu'il saluait jusqu'à terre, le brigadier de la gendarmerie qu'il appelait mon capitmne, ne se lassaient point de dire : -* yraiment, c'est im bonhomme ! —
Du reste , aussi lâche que rampant, auss égoïste que lâche.
Telle était dans le monde de sa petite ville, la
BONUS , SONâ , BOIIUM. V7
po&ition de llionorable monsieur Jacques jBonua.
Celle de son voisin monsieur ^ti/WcÀ#i^ étaitelle aussi brillante ? Vous allez voir que non.
Kien de plus facile a comprendre.
En effet Aufrichtig était un noble cœur , une intelligence haute et puissante. Le temps que Eonus donnait à de basses cajoleries , à de misérables subtilités, à de sourdes intrigues , il le consacrait, lui, à des méditations sérieuses, à des études assidues. Jamais, j'en conviens, la walse en tournoyant n'ébranlait lès rayons de sa bibliothèque , jamais le wisth insipide ne Tenait l'enlever a ses austères travaux ; ses distractions consistaient dans le bien qu'il faisait en cachette et que s'attribuait souvent son voisin. De pareils torts n'admettaient pas d'excase. Son nom était-il prononcé ? on ne manquait pas d'y ajouter les agréables épithètes de fier, dédaigneux, acariâtre , méchant ; attendu qu'il ne faisait sauter personne ^ qu'il ne connaissait les règles d'aucun jeu, qu'on eût vainement cherché chez lui des meringues et du sirop de groseille. Les personnes les moins haineuses n'avaient garde de le défendre et se ralliaient en gémissant à ses accusateurs ; les
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▼ërittd>lemeQt bonnes ae contentaient de dire : — il e»t fou I —
— ^Non , il est méchant, répliquaient les idiots qui ne le comprenaient pas. Cette phrase servait aussitôt de texte aux contes les plus absurdes , confirmés perfidement par M. Bonus en feignant de les réfuter, de sorte que si l'on s'était avisé de lui imputer un incendie , un assassinat , le choiera^-morbus même , il eût été infailliblement condamné sans forme de procès.
Peut-être croirez-vous que ces injustices il se les était attirées jusqu'à un certain point , par une supériorité amère, par un divorce complet et dédaigneux avec les réalités sociales? Nullement. Quoique ces réalités vinssent trop souvent peser sur son cœur de poète, comme la pierre d'un sépulcre , qjioique dans l'impossibilité d'étouffer la conscience de sa force , il se débattit quelquefois avec désespoir au fond d'une narcotique obscurité , il acceptait la vie avec ses conditions actuelles, et, sorti de son cabinet , il abdiquait temporairement l'empire du génie, d'une manière si complète, il montrait une telle naïveté d'enfant , une simplicité si unie, qu'on eût difficilement soupçonné sous
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ces dehors Tulgaires mie pemëe sublime y une àme de choix.
Alors M. Bonus se frottant les mains, faisait remarquer à ses affidës toute la médiocrité apparente du pauvre M. Aufrichtig.
On lisait des journaux dans la petite Tille , car où les journaux ne pénètrent-ils pas j où n'y a-t-il pas une société littéraire avec son président , son vice-président , son secrétairegénéral et son trésorier? M. Bonus envoyait A ces journaux de petites méchancetés bien bétes , qu'il mettait ensuite sur le compte de son voisin, et il s'en allait en patelinant , gueuser de la oolôre et de l'indignation contre lui.
— Médiocre et méchant , mauvaise tête , tète incorrigible , disaient le curé qu'Aufrichtig n'avait jamais aperçu qu'à l'autel , le bourgmestre, le receveur et le brigadier , qu'il ne saluait guère , non qu'il les méprisât , car il ne méprisait personne, mais parce qu'il obéissait aux lois et payait les impôts , sans songer qu'il fât besoin pour cela d'un brigadier , d'un receveur et d'un- bourgmestre.
^-« Je vous le répète , c'est un méchant ; — Et les échos de la petite ville répondaient méchant!
100 BONUS , BOliA , boruh.
mécbant! — Pour acheyer ce parallèle, déjà trop long peut-être , je dois ajouter que M. Bonus, chaque fois qu'on venait le rendre confident d'un chagrin , d'un tourment , d'une douleur, affichait un optimisme caressant , mais opiniâtre. Il trouvait tout au mieux, pourquoi ? Pour se dispenser de compatir aux maux d'autrui , et , tant la tyrannie de l'opinion est grande, les victimes mêmes de cette dureté de cœur , n'y voyaient encore que de la bonté.
Aufrichtîg au contraire, froissé par la calomnie, meurtri par le dédain, convenait volontiers du mal dont la société est infeetée f il entrait avec sensibilité , avec passion , dans les peines dont on lui dévoilait le mystère et se laissait aller a une indignation généreuse , qu'une interprétation maligne et cruelle métamorphosait sans effort en noirceur.
Vous l'avez sans doute éprouvé vous-mêmes.
Peux amies se brouillent ; l'une d'elles vous fait juge des iniquités dont elle se plaint, des infamies qui la soulèvent , des indignités qui la blessent , son récit est chaleureux , ses preuves multipliées ; la conviction pénètre dans votre esprit , la pitié dans votre âme : vous partagez
BONUS, B01«A, BOHITM. loi
la colère qu'on vous étale , tous devenez récho des paroles corrosives que tous entendez : fatale imprudence ! Demain les deux amies Tont se réconciliera tos dépens , et tous considéreront comme la cause de leur discorde! Mesdames, ce qui tous est anÎTé une fois , était Thistoire journalière d*Auirichtig. — Le détestable homme !....
Un soir en rentrant chez lui fort tard , contre son habitude, il entendit des gémîssemens , des cris aigus. Deux iTrognes maltraitaient une femme. Aufrichtig se jeta au milieu d'eux , les mit en fuite -.et relcTa la malheureuse, malheureuse à plus 4'un titre , car c'était une prostituée. £n sortant d'un réduit où Bonus , paillard discret et hypocrite , l'aTait entretenue à petit bruit , elle s'était trouvée sur le chemin de ces brutes. Tremblant d'être battue par son père, mourant de froid dans la rue^ qu'allaitelle dcTcnir ? Aufrichtig la recueillit dans sa maison, et le lendemain en plein jour , car c'est au Tice seul a se cacher^ il la reuToya aTCC de sages conseils et un peu d'argent , il la renToya honnête fille.
Deux heures après il passait dans toute la
lOd BONUS, BORA, BONDM.
yille pour un impudent débauché. — Quel déhonte ! s'écriaient M. Bonus et M"* Bona , un père de famille ! . . . •
Les choses duraient ainsi depuis plusieurs années j Bonus , Fheureux s jcophante ! loué pour sa peryersité, pour sa dégradation, Aufrichtig maudit pour ses yertus. On les opposait sans cesse l'un à l'autre , de sorte qu'Aufriohtig ne ressemblait pas mal à un holocauste toujours saignant sur l'autel de Bonus.
Le repos monotone de la petite ville fut tout à coup troublé. Le pays était en émoi. Des écoliers ayaient brisé leurs bancs , forcé la porte du collège et couru par les rues« Au lieu dé leur donner le fouet, des magistrats, des officiers à grosses épaulettes les traitèrent de puissance à puissance. Quelques mauvaises têtes se mirent de la partie , et grâces aux journaux et aux maladresses de l'autorité , cet enfontillage prit un caractère assex sérieux. A quelques lieues de là ce grouillement , exagéré par la peur ou par l'intérêt ^ passait dès le lende* main pour une révolution consommée.
A la lecture de la gazette hebdomadaire dont un seul exemplaire pénétrait dans la petite ville
BONUS, BOUA, BOHVM. 108
et suffisait pour en tenir les jbabitans an courant de la politique européenne ^ toutes les tètes furent renversées. Les timides s'enfermèrent y les plus audacieux avant de mettre le nez au vent, s'informèrent de ce que faisaient MM. Bonus et Aufrichtîg, car le danger imposait mo« mentanémeat silence aux préventions qu'on nourrissait contre ce dernier. Âufrichtig auquel on ne communiquait pas la gazette et qui 9 d'ailleurs y s'en souciait peu y était resté avec ses livres. M. Bonus avait été prendre langue chez le bourgmestre , le receveur et le brigadier de la gendarmerie; en conséquence, la première heure il se promit de faire de la fidélité , du dévouement ; la seconde voyant les petits polissons couvrir de boue les vitres de ces trois importans fonctionnaires , il sentit diminuer sa foi dans le pouvoir qui déclinait, mais se trouva dans une perplexité horrible , ignorant quel pouvoir allait poindre et reluire.
Une chaise de poste s'arrêta devant sa maison.
Or, une chaise de poste était un événement dans la petite ville située loin des grandes routes.
On n'y connaissait en fait de voiture que le
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corbillard , une diligence qui partait une fois la semaine , et force charrettes de toutes dimensions , de toutes capacités.
Une chaise de poste donc s'arrêta devant le logis de M. Jacques Bonus.
Aussitôt il se crut appelé a jouer un grand rôle dans la conjoncture. Ses pressentimens parurent se vérifier quand il sortit de la chaise un jeune homme filandreux et blafard, en tenue complète de révolution : chapeau rond ser- ' vaut de prétexte à une énorme et poudreuse cocarde; cheveux longs et gras, teint pâle et fatigué y moustache noircie à la fumée , barbe négligée, cravatte jetée comme le nœud coulant du bourreau, chemise débraillée, manteau de guérillas , des pistolets à la ceinture , un > grand sabre sur les talons.
Mais quel fut le dépit de M. Bonus en voyant ce personnage sonner à laporte de M. Aufrichtig !
Si celui-ci, par les manœuvres d'un voisin , . était déchu dans son endroit du rang qui lui appartenait, il jouissait d'une brillante renommée au dehors , parce qu'au dehors Tinfluence du voisin était nulle.
Il n'y avait donc rien» d'extraordinaire qu'un
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étranger s'adressât d'abord a lui, comme à rhomme le plus considérable de la ville.
Je Tai dit, Aofrichtig quittait rarement ses liyres. Le jeune borome inconnu se présenta d'un air moitié gaucbe , moitié important , lui demanda des renseignemens suf les localités et lui déroula un plan de régénération sociale dont le ridicule sauta tout de suite aux yeux d'Aufricbtig*
Cet bomme avait dans la poitrine un cœur digne de Brutus et d'Aristide. La liberté lui inspirait une de ces passions énergiques et pures, dont les natures fortes et privilégiées sont seules capables. Rien de petit , rien de personnel ne devait selon lui la souiller.
11 eut pitié des taquineries qu'on lui montrait sous couleur d'un mouvement national, il fut révolté de l'ambition mesquine et misérable qu'on ne rougissait pas de lui découvrir, et il tira sans ménagement de ces honteuses prémisses les conséquences nécessaires et déplorables qu'elles renfermaient.
M. Fauvel , irrité de sa franchise , se sépara^ de lui en matamore ébouriffé et alla frapper à l'huis de M. Bonus qui le guettait de sa fenêtre.
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Quel accueil difierc»it il en reçut f M. Fauret^ avait commencé par affirmer que tout était changée sans retour et que c'était à lui qu*ayait été dévolue la mission de consolider, de féconder le fait accompli. M. Bonus répondait par des révérences , il écarquillait les yeux d'un air de joie et de tendresse, et récapitulait les nombreuses blessures que les torts de l'ancien régime avaient faites à son âme sensible, quoiqu'au fond il eût applaudi à tous les abus.
Encbanté de la colère de M. Fauvel contre Aufrichtig, il l'attisa par quelques paroles acrimonieuses, lancées à bout portant, vanta beaucoup sa bonté , sa disposition à s'immoler pour le bien public et se recommanda , par manière d'acquit, pour un titre, une décoration ou un gouvernement 9 car c'est là que tendent la plupart de ceux qui s'attachent au front le nom de grands citoyens ^ et qui exhibent aux sota leur impudent tatouage patriotique.
M. Fauvel ne fut avare de promesses ni d'éloges* — u La patrie, dit-il à M. Bonus, doit à votre inépuisable bonté une éclatante récompense, .«vous ne tarderez pasa l'obtenir et jeveux être le premier à la solliciter pour vous.... » —
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Un assez bon diable lui-même que ce Fauvel, à Famour propre , à la copiditë j à la sottise près. Pour moi ce qae j'avais peine à lai passer ce n'étaient ni ses pistolets , ni son sabre , ni son enTÎe insatiable d'être quelque chose, c'étaient ses bribes de métaphysique nébuleuse et triviale , ses aphorismes politiques , vides de sens et tuméfiés de phrases à prétention , en un mot Timpertinence de son dictionnaire et la suffisance de son débit.
En deux ou trois jours la ville fut à sa discrétion. Il avait renoirci sa moustache, épousseté sa cocarde , brossé son manteau j lavé ses mains républicaines. Les caillettes lui trouvèrent l'air distingué. En son honneur madame Bona fit une consommation extraordinaire de sirop de groseille : elle brûla même des bougies a Tune de ses soirées^ et l'on se dit à l'oreille, séance tenante , qu'avant un mois M. Bonus serait ministre.
— Hélas! répondait-il aux félicitations en s'englobant un œil dans la main , car les hypocrites redoutent qu'on n'interroge leur regard ; Hélas! je n'accepterais que dans l'espoir de iaire un peu de bien , et de délivrer notre cité
lOy BONUS, BONA, BONUM.
de la présence d*un homme odieux qui a encore récemment failli la perdre, d'un homme que mes bontés n'ont pu ramener , de cet Aufricihtig enfin que vous connaissez et qui s'est déclaré l'ennemi du bonheur qu'on nous prépare! » —
En parlant ainsi il avait l'air d'un mouton enragé.
Cette nuit-là les murs de la maison d'Âufrichtig furent barbouillés d'une inscription menaçante : Mort^ au partisan du despotisme /
Cependant la semaine venait de s'écouler et une autre gazette était arrivée. Entre elle et le numéro précédent, il y avait une distance immense pour le style et pour les choses» Le journaliste paraissait avoir perdu la mémoire de tout ce qu'il avait dit huit jours auparavant. Que s'était-il passé? On ne le savait pas au juste, mais M. Bonus sentit qu'il s'était trop avancé. Il évitait M. Fauvel qui , de son côté, se montrait plus blême que de coutume et ne faisait plus résonner son grand sabre d'un air aussi terrible.
Le bourgmestre et le brigadier qui avaient disparu, occupèrent de nouveau leur poste avec un fracas inaccoutumé. La brigade de gendar-
BOnim, BailA, BORVM. lOt
mené fal fenlbrbée, même le brait oooriit que M« Fauvel ne tarderait pas à être eonduit en prison.
« Qœlle horreur, disait M. Bouus au l)oarg' mestre , quelle liorreur de troubler la paix pu* blique I ma bonté ne m'empêchera jamais de regarder un pareil excès comme un crime^ un crime iirémîsaible. Vous saTez de quel œil j'ai envi* sage eette malheureuse affaire , j*ai Toulu de prime-abord attaquer ouyertement l'anarchie | mais les larmes de ma fenune^ de ma fille,... mais ridée que je serais plus utile en combattant sons main la révolte, ont diangéma réso^ lution «Dieu m'est témoin pourtant combien eette dissimulation m'a été pénible ! qu'il me pesait le masque fixé par le devoir sur mon visage
sinoère! Me voilà maintenant. Faut-il ma
tète pour le rétablissement de l'ordre ? je siiis prêt à la donner^
— Me savons-nous pas tous, répliquait le bo u rgme str e, que vous êtes le meilleur des hommes , le sijjet le plus fidèle , le plus loyal ? Maïs voua avec un bien dangereux voisin... au reste je le surveille, et s'il s'oublie, je ne balancerai pas à la saisir au collet. — »
Pour comprendre cela, il faut savoir que