‹ Le dimanche (volume 2)Chapitre 17 sur 29 · LE MTSTÈRE DE LA PASSION · texte numérisé non relu

LE MTSTÈRE DE LA PASSION

Et CWB dncerent enm «j^prehendenuit SirnooMn qnemdun Cyrencnseait Tenienteiii de fillA » et imposoenuit illi cruoem porttre poit Jesmoi....

Eveag. Me, iocam, XXttl» JB.

Diex se laisM por nos en crois peaer»

Et nons dira au jour ou toit venront , « Yos ki ma crois maidasies à porter 9 Vos en ires U ou li aogeb sont* » tÀ ne yerr^ et ma mère Marie ; » Et Tos , parqui je noi onques aie , » Descendes tuit en inferle parfotat. »

TaiBAVT OOMVX sbCiampamb, Cktufton ponr excUtr à /« croUmdë»

Le !•' 11191 1460, joui de l'apôtre Saînt-Pbi-

lippe , patron de monseignear^ le doc de Bourgogne, duc de Lothier et de Brabant , comte de Flandre, palatin de Hainaut et marquis de Namur, etc. , il y avait grand bruit sur la place de Bruxelles. Devant le bâtiment appelé aujourd'hui la Maison du Roi où le pape Innocent II fut hébergé en 1 131 et d'où les comtes d'Ëgmont et de Hornes sortirent en 1560 pour avoir la tête tranchée , s'élevait un théâtre entouré de hourts réservés aux spectateurs de conséquence. Les étroites fenêtres des maisons en bois étaient obstruées de curieux qui se confondaient avec les sculptures et autres ornemens des façades bigarrées ; il y avait du monde jusque sur les toits et dans la place même s'agitait le peuple qui oublie tout pour un spectacle, le peuple qui souffre , le peuple qui rit , le peuple qui siffle ou applaudit , insulte ou admire , exècre ou idolâtre , le peuple enfant , le peuple roi , le peuple notre maitre à tons.

Le théâtre représentait le calvaire ; au fond on apercevait la bouche béante de l'enfer, le jardin d'Ëden avec l'arbre de la science du bien et du mal ;â un étage, une établie plus haut , le paradis dans toute sa gloire. Des gradins,

rnigëfl de tdiftqne c6té , étaieat oocnpéi par les frères de la Chambre de Rhéiorique du Livre , espèce d'académie fondée en 1401 , et qui s*enor« gueiUissait d*ayoir compté parmi ses membres le duc de Brabant Jean IV , dont le siège religieusement conservé avait été placé sons un dais et destiné au duc Philippe. Une discussion intéressante semblait attirer l'attention d'une partie de ces personnages. £Ue roulait sur la prééminence relative des langues française et thîoise. Les uns déploraient que la domination des princes de la maison de Yalois eût proscrit le flamand de la cour et que l'esprit d'imitation altérât le caractère national; les autres, mais en petit nombre, mettaient fort au-dessus de Van Maerlant, de Melis Stoke, de Van Heelu , etc. , . les troubadour» et les trouvères , et considéraient la propagation de la langue française comme un véhicule certain de civilisation. Le chaud partisan du flamand était un ecclésiastique qu'on appelait maître Olivier ou l'abbé de peu de sens , non que ce fût un sot ou un fou, mais a cause que son enthousiasme pour la poésie l'éloignait souvent des chemins battus de la raisoa vulgaire. Il était secondé par un jeune.

ItO ASAIYSM».

gan d6 bmneHnine qpa'il prétenteil oomine mm éLère et qui , oe jenr^là même , devait être reça en même temps Frère Camariêtê de la eompa* gnie dtt Livre et page de Philippe.

Le son des trompettes et des nacaires oa tambourins annonçant enfin le dac , fit taire cette conversation savante. Le cortège était précédé de valets de pied qui, un b&ton à la main , écartaient la foule» Car, dit Olivier de la Mardte, il n'eût paê été êéant qve le pauvre peuple qui amoureuêement venait après le prince et ie tirait près pour le voir, fût reculé eu féru de glaive ou de tranchant , maie devait être rabouté paricelui Mton qui n'avait pas de pointe^ Che* vauchaient ensuite le roi d'armes de la Toison d'or , Jean Lefebvre de St.-Remy , revêtu du collier a potence , émailié des armoiries de tous les chevaliers vivans ; puis cinq ou sût de ces derniers avec leurs robes et manteaux d'écarlate ; derrière eux, sur un palefroi bardé d'or , qu'il iiaisait caracoler avec grâce , le duc , habillé de noir de la tête aux pieds, et p<Mrtaiit À la ceinture une alaière ou escarcelle éfincelante de ces pierreries que , depuis qudques années , on avait trou^ré à Bruges le secret de tailler à

AIASVUVS. Itl

facettes. Son front niTagépar nne^iBâladie récente, était entièrement ras, et les seigneurs qni l'accompagnaient , n'avaient pas manqué de Ini faire leur conr en sacrifiant leur chevelure. Quoique son extérieur fut plein de dignité , on distinguait dans ses traits l'expression de la bienveillance : c'était avec une galanterie noble et naturelle qu'il se tournait à chaque instant vers M"* Isabeau de Portugal , sa royale épouse^ à qui la devise autre n'aurai promettait une constance dont il se crut plus d'une fois dispensé. Des ambassadeurs étrangers, des chevaliers , des chambellans , des pages, le roi des Ribauds et ses suppôts , enfin les êèrmenê et les «léfsVrs, enseignes au vent, fermaient la marche.

Le peuple se précipitait a la rencontre de son prince; des hourts et des fenêtres on lui jetait des fleurs , des essences parfumées et les cris de Noélj Bourgogne , St.- André, Brabant au noble due j étaient si fréquens, si nourris qu'à grande peine on eût entendu Dieu tonner.

Le duc et la duchesse prirent place ainsi que tonte leur suite. Alors , le silence rétabli , la curiosité fut excitée par une apparition nouvelle. Les difiërentes chambres de rhétorique

IM AHAVXaUS.

de Braxelles, d'Anvers , de Malines venaient disputer à celle du Livre le prix nomme land^ juwéel ou joyau du pays, qu'on accordait à la meilleure solution d'une question proposée et à l'entrée la plus magnifique.

Le samisy le sendal, le damas, le velours battu d'or et d'argent , les plus belles fourrures décoraient les rhétoriciens , la plupart riches marchands qui luttaient volontiers de laxe avec les gentilshommes , dans les occasions où il leur était permis de négliger la distinction des rangs. Les princes ou capitaines se gisaient reconnaître a leurs chaines et à leurs médailles d*or. Des drapeaux de toutes couleurs flottaient dans les airs et les fous , à titre d'office , de chaque chambre, égayaient la multitude par leurs bouffonneries , leur marotte et leur bonnet de martres singeresses j à oreilles de papier y fraisé à points d'orgue.

Chaque troupe défilait devant le due, abais* sait devant lui ses bannières , puis allait se placer , par ordre d'ancienneté , autour du théâtre. Les rhétoriciens, du Livre j qui ce jour là faisaient les honneurs de la fête , commencèrent par la représentation d'un mystère. D'abord

AHASVERUS. ISS

Jésus fàt amené deyant Pilate qui , se laTant les mains , l'abandonna à la fureur des Juifs. On le Toyait couronné d'épines , battu de verges , en butte aux outrages les plus inhumains. Alors il s'avançait chargé d'une croix énorme vers le lieu de son supplice. Épuisé do douleur , le fils de Dieu succombait sous ce fardeau. Il suppliait Simon le Cyrenéen de l'aider à le porter et ce barbare refusait en ricanant, u — Or va, lui disait Jésus , et ainsi tu iras jusqu'à la fin du monde, sans trouver de repos , sans suspendre jamais ton fatal voyage... » En cet endroit la multitude indignée , cédant à une impression subite qui l'empêchait de discerner la fiction de la vérité, jeta des pierres a l'acteur auquel avait été confié le rôle du méchant Juif, et poussa des imprécations véhémentes. Des gémissemens étoufles partirent , en même temps de l'échafaud sur lequel était le duc, et un étranger dont le costume oriental avait déjà fixé tous les yeux , s'évanouit aux pieds de Philippe qui ordonna de le transporter au palais.

. Le mystère interrompu par ce double incident , arriva néanmoins à bonne fin ; Ton admira surtout la vérité et l'opction avec lesquelles

ia4 AHASV£RU6.

Vûhbé dê,peu de miu 8*aoquitU du rAIe de Jësus^ alnti qae la grâce et la sensibilité que mit son élève dans celui de S^Jean, le disciple bien aimé. La beauté , l'intelligence de Petit Jeh«a de Saintré (nom illustré parTun de ses ancêtres ) enlevèrent tous les suffrages , et l'enthousiasme n'eut plus de bornes, lorsque le concours en ïart de trouver ou l'art de rhétorique , ayant été ouvert incontinent , il récita de beaux diotiers, d'harmonieuses ballades en l'honneur de la benoite vierge , et un lai naïf et tendre sur le doux parler de sa mie. Il y avait dans sa personne 9 dans son débit un charme que relerait encore la modestie* Au grand désespoir du poète qui l'avait précédé et qui ne trouvait rien audessus des tableaux horribles , des images patibulaires , ce qui faisait dire que son luth était monté avec de la corde de pendu , Petit Jehan fut tout d'une voix proclamé vainqueur, et conduit aux pieds du duc par le prince de la chambre àji Livre et l'abbé de peu de sens, son précepteur , qui ne pouvait retenir ses larmes» Le duc lui adjugea le prix du mieux faisant, lequel consistait dans une guiteme d'iyoire rehauasée de nacre et de porkis, et loi parb

al|i9Î : « Jefaannot «oyez le bien venii; en ee jonr je wom prends a page et voua remets. ee jojav que saures bkn'garder. » — Petit Jehaa ii*iigeii)8«illa , taadis que les hérauts et le pei^le rqp^ient à l'envi Saîntré! Saintré! reçut la goîteme, la suspeadit à 8<»i cou, et saluant le duc de façon gentille se dirigea yers sa plaee, eo passant devant les heurts des dames.

n n'en était pas une qui dans son oœur ne le souhaitât pour ami , tant fût-elle honnête,, et qui fit difficulté de dire tout haut : « Certes , ee jeune bachelier montre assez qu'il a été nourri en bon lieu et qu'il est issu de noble extraction* >> Au premier rang était assise une femme que la magnificence de sa parure , FéléTation de son chaperon à cornes , espèce de coiffure contre laquelle tonnaient vainement les prédica* teurs , et , plus que tout cela , la liberté de ses manières signalaient aux assistans , dont die paraisaaitprovoqu^ plutôt qu'éviter les regards* Slle était entourée de jeunes seigneura françMi venus en Brabant avec le Dauphin , et qui , en retomr êfi l'hospitalité qu'on leur accordait générwftomont , affectaient pour les Brabançons ci Im Fliyuandat le dernier n»épris. EUe^ném^

était françaiiie et passait pour la maîtresse de M. de Viennois. Le peuple qui n*aimait ni œ prince ni son entourage , faisait parfois Iretentir aux oreilles de cette dame et de ses courtisans des épithètes dont ils se mettaient peu en peine, des apostrophes satiriques auxquelles ils répondaient par un redoublement d'assurance et de hauteur. Quand Saintré fut vis-i-Tis de la comtesse de Loquessoles , elle s'inclina vers lui avec une affectation marquée , le regarda d*nn air qu'il était bien loin de comprendre , et lui jeta son mouchoir que le pauvre jeune homme ramassa et rendit respectueusement , sans lever les yeux et en se hâtant de regagner son banc. La coquetterie de la dame n'échappa point au public non plus que la simplicité du nouveau page : elles excitèrent la risée de quelques étudiansde la célèbre université de Louvain qui connaissaient pertinemment , à les en croire , Madame de Loquessoles et se mirent à la huer sans ménagement. Gomme pour leur laisser le champ libre, le duc venait de se retirer; la foule fatiguée de plaisir • et amie du tumulte , se fit avec empressement l'écho des écoliers , bien qu'elle ignorât leur* intention* Indignée ^

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furiease , la dame partit en menaçant cette oanmlle de la Tengence de monseigneur le Danphin, et protégée par ses compatriotes qm furent obligés de tirer l'épée ponr la sonstraire à de pins graTes insultes.

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