‹ Le dimanche (volume 2)Chapitre 23 sur 29 · L'EAU ET LE FEU · texte numérisé non relu

L'EAU ET LE FEU

Je !!• fsit <pi*aloiiger la trame de mei HMax ; Je ne vis pas , je sens les funèbres travaux D*nn qui tombe au cercueil ; mon 4me prisoonidre Est dose de ce corps » comme corps de sa bière. Tu penses me bien faira , en prolongeant ma fin ; Mais je n*al rien si cher , qn*abrëger mon destin. J Tu reUrdes ma mort, qu'avancer je désire, Et me croyant sauver, ta main me Tient occira.

Ancienne tragédie.

Le Daiiphin et ses Français ayaient à peine quitte le chàtean de Féautë, qu'an violent orage éclata et une de ces larges pluies , si fréquentes aux Pays-Bas , inonda les campagnes. Pendant qulseult et sa mère étaient en oraison devant une image de St. Donat , auquel on s'adresse

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pour être préservé du tonnerre , et que Tabbë de peu de sens cherchait à calmer leurs frayeurs, des valets de la ferme apportèrent sur une civière , un homme qu'ils avaient retiré des étangs du château.

Cet incident ne fit qu'augmenter la peur des dames. Olivier songea d*abord à rappeler le malheureux à la vie y s'il en était temps encore , et dès qulseult fut un peu remise de son émotion y ellç voulut partager d^ jboîbs si charitables.

L*eau dégouttait des vêtemens ivi, poyé ; à son turban, à sa poitripe à moitié ux» et velue cotinme une esclavioe j à son coutelas recourbé , Fabbé reconnut cet Ahasvérus qui s'était évanoui au mystère de la Passion , et il frémit en se rappelant le récit de Saintré.

Cependant il ne ralentissait pas ses efforts et récitait des prières et des exorcismes. D'un autre côté Iseult , surmontaiit sa répqgnance , essayait de faire respirer au moribond quelques essences qu'elle tenait d'un de ^si empiriques qu'on appelle encore en Flandre médecw verts, parce qu'ils débitent aux champs leurs spécifiques* Voyant que son remède n'opérait point ,

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elle détacha la croix 4'or qu'elle portait au cou i mais dès qu'elle l'eut approchée des lèrres Htîdes et baveuses d'Àhasrerus , il grinça les dents , il rugit et se redressa de luinnéme sur ses pîèdS) STeotous les symptômes de la rage. Iseult ëpou- Tantée voulut fuir. L'étranger la retint. — t Restes j lui dit-il avec une douceur inatteiH due 9 puis d'un ton d'emportement : — Femme, qui ¥oua a enseigné un tel remède? tm mams délicates ODt<elles appris à manier impuném«rt UB fer chaud 7 — Pardonnes , reprit-il avec un accent étrange, pardonnes à l'excès de met soufirances : vous tressaillez en me regardant. . • • Rassurez-^vous ^ ma fille , et , par pitié , ordonnes qu'on «^me conduise quelque part où je puisse être un moment seul.... »

il invoquait la pitié, mais il avait dans sou organe quelque chose de si impérieux qu'il ressemblait moins à un étranger implorant un asile , qu'à un prince ou haut baron réclamant de sofk vassal le droit de mansion , de gple ou de mangier,

ii'abbë qui marmottait toujours force prières , le conduisît dans la partie la plus écartée du château. Ahasvérus s'installa dans son appar-

tement et en ferma bmfqaement la porte sans s'inquiéter d*OHyier. Gelai-ci retînt son haleine et, se eollant au trou de la serrure , s'efforça de voir et d'entendre.

Ahasvérus paraissait avoir oublié de sécher ses yêtemens ; il arpentait a grands pas la chambre • « Puérile folie 9 murmurait-il , dépenser qu'un pied d'eau aurait le pouvoir de mettre un terme à mon supplice, quand les profon* deurs du Jourdain et du Cédron, quand les précipices de YOreh m'ont rejeté vivant, comme s'ils avaient craint de se souiller en me servant de tombeau ! »

Il baissait le front à ces mots , et sans le bandeau qui Fétreignait et descendait sur ses épais sourcils , ou aurait sans doute lu , dans ses yeux grisâtres et hagards , le plus violent désespoir. Ce front semblait être le siège d'une atroce donleur , et quand il y touchait , le mal se communiquait ( du moins on l'eât soupçonné ) à la main , au bras qui éprouvaient une crispation convulsive*

« Que t'avais-jefait, dieu barbare ! Pourquoi me tendre un piège ? était-ce aux yeux d'un faible mortel à démêler les traits de la divi-

nité , dans on homme que la justice des hommes envoyait ausapplice ? que n'apparaissais -tu dans ta gloire ? que n'imprimais-tn à ta mission le caractère de la puissance ? du fond de mon abaissement, abreuve de mépris ^ sans cesse averti de mon néant par de nouveaux outrages, devais-je deviner un législateur suprême dans on être dédaigné comme .moi , au-dessous même de ma misère , puisqu'il était réservé aux bourreaux !... Ah! je fus inhumain et j'en porterai éternellement la peine. Depuis combien d'années je marche dans le crime sans en trouver la fin ! Terrible effet de la réprobation qui pèse sur moi ! je dois sauver ceux que je voudrais perdre , perdre ceux qu'il me serait doux de sauver ; je suis puni du mal que j'ai fait par le bien que je suis forcé de faire, et mon tourment est d'autant plus cruel , qu'en suivant le vice je sens tout le prix de la vertu... la vertu ! j'en ai connu une fois tout le charme ; un moment mes maux parurent adoucis ; je trouvai un être qui m'aimait, un être abject comme moi ^ mais bon , qui consentit à partager mon exil' ; un moment je fus époux y j'allais être père , et l'inflexible vengeance du del me sépara de toi , Rachel !

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je continuai seul ^ abandoimé , ma oaurse va'gabonde... .II est donc vrai , quand cette enceinte serait d*airain , quand Tocéan soulèverait autour d'elle ses vagues et Tenvelopperait de ses écueils, je marcherais encore droit devant moi**««« »

Il aperçut un crucifix dans un angle de TappartemenU Son premier mouvement fut de le menacer du poing , puis tombant la face contre terre : « Grâce , grâce , toi qui naquis pour pardonner ; que du moins il me soit pennis da goûter quelques jours , un seul jour de repos sous ce toit ; l'innocence y respire | je le sais ^ son souffle en me purifiant pourra me réconcilier avec toi... grâce.«,« » Les sanglots étoiAf-* fèrent sa voix.

L'abbé qui n'avait vu et entendu qu'imparfaitement une partie de ce qu'on vient de lire , sentait ses cheveux se dresser d*horreur. Il retourna près d'Iseult et de sa mère qui oausaient, de l'étranger ; Âhasvcrus ne tar4a. pas à les re^ joindre. Son extérieur n'annonçait nuUemQot qu'on l'eût retiré de l'eau une }iei|re avant ^ loin de là 9 ses habits avaient ^^q fraichQur et un éclat singuliers , bien qi^'il ii'^u eût point ehangé : seulement il gardait tovij^ars son ban-»

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âeaa qoi| à la rigueur, {loUTâit passe? pour un onieiiimt.

Dès qu'il entra l'abbë fut frappe de sa ressemblance ayee le dteralier de Rhodes dont le Daaphin était aocompagné ; même air de léte, même dëmarche, à 8*y méprendre.

£a examinant Ahasverns on Simon, on se sentait porté à soupçonner qu'il sortait des rangs inférieurs de la société , mais si par hasard on rencontrait se» yeux , on cédait à un ascendant irrésistible et l'on se préparait à subir Fafrèt d*nn maîti*e. Il s^appliqualt cependant à adoucir son yisage naturelleiAent farouche et dur, se montrait prérenant, poli, afin d'effacer rimpression ftcheuse qu'il avait d'abord laissée, et telle fut son adresse qu'il parvînt k intéresser à ses discours ; Olivier qui le répnfâM sorcier , l'écoutait comme si c'eut été un chrétien.

Le dîner ne le fit poiiït battre en retraite | il continua de causer , mais s'abstint de manger, prétextant des raisons de santé. Rien de plus varié que son entretien , rien de plus approprié aux goûts , aux préjugés , aux prétentions de ses auditeurs. H n'y avait qu'nnè ébose qui lui

rendit sa sinistre dureté ; une interrogation. Il prenait alors un air sévère , laissait tomber sur Tindiscret un regard de plomb et lui inspirait celte sorte de crainte qu'éprouvent ceux qui , entraiués par une curiosité sacrilège et ayant appris les cérémonies qui précèdent la venue du malin esprit , manquent de résolution , dès qu*il faut le sommer le comparaître.

Mais ne redoutait-il point de question importune ? 11 donnait à sa conversation un intérêt merveilleux qui , pourtant , tenait moina aux faits eux-mêmes qu*à la forme dont il savait les revêtir. L'étrangeté de son accent^ les figures bardies qui coloraient son style , la ebaleur y la fécondité de son élocution , tout concourait à captiver les esprits. L*abbé observa à part lui , qu'il empruntait la plupart de ses métaphores aux procédés d'un art mécanique j dont le père adoptif du seigneur du monde a effacé , pour ainsi dire , la roture , en maniant lui-même la scie et le maillet. Le nom de la- ville sainte revenait fréquemment dans ses récits. Il décrivait y comme s'il les avait eus sous les yeux , le jardin des olives » le palais de Pilate et rhumble demeure de Joseph ;

on eût juge qu'il faisait sa lecture habituelle des éTangélistes , et qu'il les avait étudiés sur les lieux. Il n*en omit qu'une seule circonstance , celle du crucifiement du Sauveur. Arrivé à cette époque , il s'arrêta tout à coup saisi d'un tremblement universel, et on l'entendit prononcer le nom de personnes mortes depuis plus de onze siècles , en les apostrophant comme si elles étaient présentes. Il savait minutieusement toutes les particularités des croisades ; s'échappant jusqu'à dire qu'il avait vu outre-iuer le bon roi saint Louis , le fidèle Joinville , et le brave Gillon de Trasignies; il s'exprimait familièrement sur le compte du roi Richard, de Godfroid^ de Baudouin et des autres chefs des croisés ; entrait dans les secrets de leur vie domestique , et peignait jusqu'à leur attitude et les'accidens des lieux témoins de leurs actions. Quelquefois , aussi , il brouillait tous les temps, disait hier à propos d'un événement passé depuis cinq ou six siècles ; laissait entrevoir qu'il avait parcouru presque toutes les contrées de la terre , et même des continens et des iles alors ignorés ; puis , lorsqu'il causait trop d'étonnement , il affectait de

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