L'HOTELLERIE
Ici on loge à pied et à chev*!..
{Mnseigne.)
Quand un voyagear yisitait la cité de Paris , au commencement du quatorzième siècle, et qu'il s'enquërait d'une hôtellerie; s'il arrivait arec un grand train et les signes extérieurs de la richesse , chacun s'empressait de lui indiquer YÊcu de Bourgogne ; mais s'il semblait n'appar*» tenir qu'à la moyenne propriété , comme nou« disons aujourd'hui, on l'adressait simplement A la Truie qui file. Cette auberge , ou on logeait à pied et à cheval , jouissait d'une celé*
brité méritée du Palais au cloître Notre-Dame ; attendu qu'en toute saison les chalands y trou- Taient une nourriture abondante bien qu'un peu grossière , du vin qu'ils pouvaient boire sans trop s'écorcher le gosier, de la paille (raiche pour dormir en commun , une hôtesse alerte , gaillarde et encore appétissante , quoique déjà sur le retour. C'était là que séjournaient les marchands aisés , les officiers des justices féodales , les intendans des seigneurs , les écuyers et même les chevaliers aussi mal en point que Lanval , dont le destrier portait tout l'équipage et qui couraient le monde pour chercher fortune , offrant leur épée à quiconque était en état d'en payer le secours, car la chevalerie devenue positive, ne vivait pas seulement d'héroïsme et de sentimens romanesques. Quant à ces paladins accomplis , d'une exquise politesse ^ d'une générosité inépuisable, tout entiers à la gloire et à l'amour , ce sont des êtres imaginaires dont on ne trouve pas même le modèle dans les vieilles fictions poétiques du moyen âge.
Par une belle matinée de printems , vers dix heures , c'est-à-dire après diner , sous l'auvent
GAVRE AU CHAPEl 17
de l'hôtellerie de la Truie qui file, autour d'une table ~de pierre qui empiétait sur la largeur d'une rue déjà passablement resserrée, plusieurs personnes vidaient en causant, les unes un broc de yin d'Auxerre , les autres un setier de bon cidre de Normandie. La compagnie paraissait fort mêlée : un petit homme maigre, aux yeux vifs, à la physionomie mobile et quelque peu grimacière, flanqué d*un joyeux rebec suspendu à son surcot bigarré , semblait tenir le dé de la conversation à laquelle prenaient une part proportionnelle un gros vieillard, encore vert, qui s'exprimait péniblement en français et dont le cou était orné d'une chaine d'or^ deux ou trois marchands de la Rochelle , un archer anglais , un commis de la hanse teutonique, un morne de S^ -François et de tems à autre l'hôtesse qui , en allant et venant , trouvait le moyen de placer son mot et souvent même de trancher les cas douteux.
L^HOVSB A.V REBEC , parlant au vieillard à la chaine d'or.
Allons , allons , mon gros tonneau de Flandre, avalez-moi cette pinte de vin à la santé de mon-
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seigneur le roi et du dac d'Athènes. Ne faites pas tant le rechigné : ce vin est un vin chrétien, j'en appelle à dame Gertrude... Aimeriez- Yous mieux, par hasard , reffroyable decoctioa de méteil et de dragée que vous appelez cer- Toise ou bierre flamande ?
LE GROS yi£iLi.ÂED , S0 léchant les lèvres»
Plût à Dieu que j'en pusse boire à discrétion pour désaltérer la soif qui me dévore depuis que ma mauvaise étoile ma amené en ce pays , où je n'ai encore humecté ma langue que de jus de raisin tantôt aigre , tantôt sucré ! Par S^-Bavon y tous leif vins dont vous m'avez recité l'interminable kyrielle, dans ce fabliau où vous les faites combattre les uns contre les autres d'une manière assez déraisonnable , s'il m'est permis de le dire j tous ces vins , je le répète , ne valent pas un galon de notre excellente bierre de Bruges et de Gand , qui désaltère et nourrit à la fois, qu'on semble en même temps boire et manger, et qui parfume le gosier sans troubler la cervelle.
9/UIB GEETBVDK.
Miséricorde! on voit bien que cet honnête monsieur vient d*nn pays où les hommes vivent dans des tanières et marchent à quatre pattes...