‹ Le dimancheChapitre 2 sur 26 · B£ M. OU>BUG&. ' M · texte numérisé non relu

B£ M. OU>BUG&. ' M

rançonnaient les cabaretiers , les traiteurs et les marchands de coinestibles* Mais une pareille ba^telle ne pouvait pas arrêter un réformateur de la force de Mac Intyre. Fidèle à la maxime de son manuscrit , il représenta à ses accolytes qu'il fallait , pour donner satisfaction au peuple et empêcher la recrudescence des abus , renouveler entièrement l'administration. Ces honnêtes gens , qui ne comprenaient rien à ses discours , mais charmés d'être consultés f opinaient du bonnet , non sans accompagner leur vote apiM*obatif d'exclamations bruyantes et de divagations patriotiques. En ccHiséquence j dans la journée , on afficha aux coins des rmes les décrets du comité provisoire qui destituaient le bourgmestre , qui destituaient les échevins^ à l'exception du sieur Mac Intyre , qui dei^tuaient le greffier , qui destituaient le trésorier , en un mot qui mettaient au néant tout l'ordre administratif et jadrciaire. On pense bien avec quelle faveur tous ces changemens furent accueillis par la populace. Dans la chute des dépositaires de l'autorité , il y a toujours même pour l'homme modéré , pourvu qu'il soit étranger aux affaires , quelque chose

qui ne lui déplaît pas. Le peuple , lui , siffle ses maîtres qui tombent, comme il siffle un danseur quand il perd l'équilibre , c'est-à-dire avec une joie cruelle , avec des bravos insolens.

La journée fut employée à cette 'œuvre de démolition. M. Mac Intyre épuisé de fatigue , mais tout chaud de patriotisme , tout plein de projets pour sa grandeur future , fut ramené à sa maison par les mêmes hommes qui lui avaient prêté le matin le secours de leurs épaules , et ne se souvint pas qu'il s'était passé de diner. Qu'importait à ce généreux tribun son abstinence? Le peuple du moins avait bu et mangé. Tous ceux qui ambitionnent de gouverner , on l'avouera , ne raisonnent pas ainsi.

Cette nuit Mac Intyre dormit délicieusement et fit les songes les plus agréables. Le lendemain avant de retourner à son poste ^ il éprouva le besoin d'interroger encore son manuscrit. Car ce n'était pas assez de détruire , il allait être question de réédifier. 11 eut beau retourner le livre en tout sens, il n'y trouva que des feuillets entièrement blancs : miniatures , caractères , tout avait disparu..... Le petit neveu d'Oldbuck,

DE M. OLDBUOL. 07

malgré sa vanitéygémiBsait d'être abandonnëà luifc même. 11 était réduit a s'avouer qu'il est beaucoup plus aisé de renverser que de bâtir^ et qu'on ne sait pas tout parce qu'on a manié des centaines de livres. Un bruit de chevaux qui passaient au galop dans la rue, attira son attention. C'étaient quelques dragons envoyés par le président du cercle pour rétablir la tranquillité. La moustache j l'air déterminé de ces vieux soldats ne manquèrent pas leur effet. Au bout d'une heure chacun avait regagné son logis et était rendu à ses occupations. Le bourgmestre et ses assesseurs se sentant soutenus par les bons bourgeois qui avaient pris leur fusil lorsqu'on n'avait plus besoin d'eux , avaient réoccupé l'hôtel de Tille , et M. Mac Intyre après s'être tenu caché quelques jours pendant lesquels on apaisa son affaire , s'estima trop heureux de revenir à ses Hyres , en payant à la régence une amende de douze mille florins. Quand il reparut dans sa bibliothèque qu'il apostropha à peu près dans les mêmes termes que l'Âgamemnon de M. Népomucène Lemercier apostrophe les murs d'Argos , au retour d'un long exil , son premier soin fut d'y allumer un grand feu , et d'y jeter le

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manuserît cause de ses UAïes ; mais on prétend qa'an carieux du voisinage parvint à en sawer quelques feuillets. Si tous le désirez , je tous confierai le nom de l'endroit où l'on dit qu'ils sont conserrés.

Neqne audit carras habenas.

ViBO.

C'était une belle et vigoureuse jeunesse se sentant de la vie et. de l'arenir, plus mâle que gracieuse, décidée et même un peu sauvage; semblable à ces coursiers de l'Ukraine, premiers hôtes de Mazeppa , et dont le mors n'a jamais ensanglanté la bouche , dont la bride jamais n'a comprimé les larges nassaux ; ou bien encore à une couvée d'aiglons impatiens de s'élancer dans l'immensité , et tournant déjà , sans les baisser , leurs paupières vers le soleil.

Quelle était son origine ? Il ne fallait pas le lui demander. Elle semblait en effet renier ses pères , et si quelque chose était de nature à prévenir contre elle , c'était ce mépris du passé , ce peu de souci des affections filiales.

Quelque fussent ses ancêtres , ils lui avaient laissé pour héritage une demeure antique et

délabrée 9 dont Farchîtectiire , primitivement d'un gothique pur et grandiose 9 avait été défi* garée par une foule de constructions postiches, sans ensemble , sans harmonie , et appartenant a des époques diverses dont elles résumaient tout le mauvais goût.

Tel qu'il était ce manoir ne paraissait pas habitable : mais il était possible , au moyen d'un petit nombre de changemens, de le rendre à la fois noble , commode et sûr. Ses fondemens d'ailleurs n'avaient point été ébranlés , ses mal* tresses-m'urailles restaient intactes.

Un jour la famille se rassembla pour se consulter sur le parti qu'elle avait à prendre.

Bruyante et confuse fut la délibération. Quelques voix s'écrièrent : — Sommes-nous donc attachés à la glèbe ?Sommes^nous condamnés à la captivité au milieu de ce monceau de cailloux ? Que la vieillesse se complaise aux lieux où doit bientôt s'élever son tombeau ; qu'une poésie usée nous vante le plat bonheur du vieillard du Galèse et du jardinier de Vérone ; nous , nous sommes jeunes d'un jeunesse immortelle ; un bonheur plus réel , plus puissant est fait pour nos ftmes fortes et et agissantes. Le monde s'oa-

m AYART. 103

Tre devaDt nous , immense , infini ; allons à sa conquête : En atani^ en avant! —

A ces mots , une sorte d'enthousiasme saisit tous les assistans. Les volontés particulières se perdirent dans Fëmotion générale , et , comme des rangs des vieux soldats d*Au8terlitz et d' Aréole , ce cri sortit seul de[la foule : En avant ^ en avant!

Mais au moment de se mettre en voyage , ils voulurent s'enlever à eux-mêmes tout espoir de retour et effacer aux yeux des autres tout ce qui pouvait rappeler des temps qu'ils avaient pris en haine , des temps avec lesquels ils n'entendait à nulle composition ni trêve.

Les voilà donc qui , pleins d'une incroyable frénésie , se ruent sur ces murs noircis qui les virent naître. Ils sapent , ils brisent j ils abattent les tourelles pareilles à des bannières conquises dans les combats , les colonnes sveltes et cannelées j les voûtes en ogives ^ les verrières aux aériennes et diaphanes peintures , les niches pienses avec leurs saints et leurs madones , les pierres dentelées, ciselées , armoriées ; tout s'ëcroule avec un horrible fracas , tout tombe. On n'épargna pas même les décombres , et ils furent

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précipites dans le lit d'an torrent qai défendait jadis l'entrée de la féodale demenre.

L'antiqnaire eût versé des larmes de sangf à l'aspect d'une destruction si impitoyable. Grâce du moins pour ce bas-relief, pour ce sépulcre, pour cette inscription ! Non, tout doit périr , vr

LES DÉMOLISSEURS , AFIN DE s'eXCITER , SE REUTOTAIENT LES MOTS : EN AYANT y EN AYANT !

L'économiste n'eût pas moins gémi en voyant anéantir tant de capitaux ; le moraliste n'eût pas éprouvé une douleur moins vive , témoin de ce manque de piété pour les aïeux et les cercueils.

Vains regrets ! tout est consommé : l'œuvre de douze siècles est à bas : En avant, en af>ant!

Ils partent , la tête haute , la joie au cœur : ils partent en chantant , sans même regarder derrière eux.

Que la nature leur parut grande et belle !

D'abord , elle sembla leur étaler ses sites les plus enchanteurs ; mais comptant que le lendemain leur offrirait un spectacle plus attrayant encore , ils refusaient de s'arrêter et , après quelques instans accordés à l'admiration et au

repos , ils se remettaient en marche avec plus d'ardeur que jamais.

Qni pourrait dire combien de contrées ik traversèrent; tantôt campés sur le velours des prairies , dans des vallées mystérieuses et parfumées ; tantôt côtoyant les bords capricieux d*im fleuve qui s'alonge a travers un pays fertile , comme un serpent énorme qui déroule ses anneaux ; tantôt gravissant de rudes collines ou d'âpres montagnes ; tantôt parcourant des landes abandonnées , de mouvantes savanes , des déserts arides , mornes ?

£t toujours ils allaient ; et les abimes sans fonds et les Alpes hautaines ne ralentissaient pas leur course.

Plus d'une fois arrivés dans un canton fertile , au milieu d'une campagne dont Thorizon semblait dessiné à souhait pour le plaisir des yeux , les plus âgés conseillèrent de s'établir et de dire enfin adieu aux fatigues et aux dangers. — Plus loin est la terre promise , répondaient les plus jeunes — et le front ruisselant de sueur , la poitrine haletante, le corps incliné, il forçaient le pas, en répétant d'une v<hx déjà moins retentissante : En mvanfy en avant/

106 BK AVAUT.

BientM une monotonie désolante succéda aox accidens Taries et piquan» de leur Toyage. Ce n'était plus une alternative de bons et de mau- ▼ais jours , de régions délicieuses et désolées : c'était l'effirayante perpétuité d'une solitude que la nature paraissait avoir maudite. Mus de frais ombrages j d'harmonieuses cascades , de rivières azurées ; pas un brin d'herbe. La vie s'étaiît arrêtée brusquement en ces lieux où l'on ne dé* couvrait pas même un insecte. L'air pesant et gris n'^était jamais agité par le vent , raréfié par le soleil. C'était un crépuscule uniforme dons lequel on croyait respirer la mort.

£n avant I disait la troupe épuisée ; et ils s'enfonçaient en chancelant dans ce désert sans issue* Oh i qu'ils se reprochaient de ne s'être pas arrêtés plus tôt ! quelles angoisses j quel désespoir même en se rappelant les tours du vieux château , et ses fossés , et son préau théâtre de leurs premiers jeux , confident de leurs premiers projets! mais les plus jeunes leur reprochaient leur lAcheté.<^L'umver8 estil fini? demandaient-ils; non, non, enocNre quelques pas et un nouvel Eden va nous abriter dans ses riansbocages« La faim nous déchire,

la mf nDu^d^Tore, nos membtw mmihrkés par la fatigue l qu'importe si no0 maux sont répares , « denaîn aovs saluoos eette (erre lant Gherchée : En avoMi , en uvant I —

Dès les premiers pas j plusieurs tombèrent liTideset cadaTéreux; une bave rare blanchissait leurs lèvres desséchées , leurs yeux verdâtrès s'étaient retournés dans leurs orbites. Ils tendirent les bras à leurs compagnons , en râlant , et moururent.

Ceux-ci marchaient toujours et, rendus cruels à force d*égoîsme et de souffrance , ne donnaient pas une larme à ces victimes. Au bout de quelques heures , ce fut leur tour ; ils tombèrent les uns après les autres , et rendirent le dernier soupir , en détestant leur folie.

Enfin il n'en resta plus qu'un seul. Hâve, exténué , glacé , brûlé par la fièvre , il voulait s'éloigner de tous ces morts qui l'infectaient ; il jetait un œil trouble et terne sur l'espace qui s'agrandissait confusément devant lui , et paraissait y découvrir le pays qu'il avait si soi^ vent rêvé.

Dans un moment tout disparait à ses regards ; ses genoux se dérobent sous lui^ il trébuche

106 En AVAifT.

contre le cadavre d'un de ses frères , il Tëtreint arec d'épouvantables contractions , il tord hideusement la bouche , et meurt en murmurant encore : En avant , en avant I

MADAME DES HOULIERES

SXTEAIT DSS HÉHOIUS

mu MARQUIS DE LA ROGHEOIFFART.

Sic vos non vobis.

ViRO.

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