‹ Le dîner des gens de lettresChapitre 15 sur 39 · LE DINKB I> DB LETTRES · texte numérisé non relu

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La Fontaine, Voltaire. Diderot, etc., que « L'Art ne se préoccupe pas de la chasteté ». Les i oins de vie « réelle», les termes et locutions populaires, toutes les vérités et crudités de l'Assommoir et de Nana, de Germinal et de la Terre, indignaient ces dames, qui ne pouvaient admettre qu'on eût osé choisir Zola pour président de La Société.

chef despornographes! s'exclamaient elles — sans aller cependant jusqu'à prononcer le mot d'Edouard Cadol. — Un écrivain sans moralité, sans idéal, et si mal embouché, si grossier! Nous imposer cette honte .' »

C'est au point, raconte-t-on, que chaque fois que Zola entrait dans un salon, — celui de son liteur Georges Charpentier, par exemple, — se trouvait Mme Adam, celle ci s'empressait de se lrv.r ,t de quitter La place bien ostensiblement.

En ; et comme compensation, une poè-

me peu en renom, altière et plantureuse matrone Irisant la soixantaine, lui déco-

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cha un soir, à brûle-pourpoint, à l'issue d'un de

DOS banquets, une déclaration fulgurante des plus es, et rédigée en vers, bien entendu.

en vers alexandrins. Cela s'appelait, si je ne m'abuse. Lionne et Lion, et portait cette épigraphe, tirée à'ffernani :

m lion superbe et généreux. »

C'est toi que j'ai toujours cherché, toujours rêvé, Toi seul que je réclame el pari ml et -ans cesse! Enfin te voici donc '■ Enfin je t'ai trouvé ! Je te tiens, Maître ! Ah ! songe en quelle nuit d'ivresse

pourrions tous les deux échang Confondre nos baisers et mêler noâ Et ijul'1 être plus tard. >;m> peine et sans efforts. Quel être merveilleux, symbole d'harmonies, Jaillirait de mes flancs, par toi seul fécondés '. 0 Maître, songe un peu, s<mge. . .

Durant cette invite enchanteresse, tous les regards étaient, comme bien vous pensez, braqués sur le héros de la fête, le nouveau « roi du désert ». Emile Zola, qui ne sourcillait point, ne bronchait point, mais axait l'air « rudement embêté ». Notez, encore un coup, que notre opulente et débordante Muse avait dépassé d'une

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joli or l'âge delà fécondation, qu'elle était

ultra mûre, et imaginez un peu tous les rires,

tout le délire qui s'était emparé des convives.

Mais, brusquement, un intermède se produisit.

Charles Chincholle, le rédacteur du Figaro,

qui se trouvait assis en face de la lionne, ayant

commis l'irrévérence, pendant qu'ellepoussait ce

mirifique rugissement, de se verser un petit verre

de chartreuse, la voilà qui se tourne vers lui et

vous l'apostrophe et l'agrippe de la belle sorte,

le tance et le secoue avec fureur, menace de le

rer :

« Imbécile! Mulle ! Il faut toujours qu'il vous

interrompe, cet idiot-là! On ne peut rien réciter

ait lui ! Ça n'a pas le respect de l'Art ! Cane

comprend rien ! . . . »

-t Hamel, qui était alors président 'de la et assistait au banquet, coupa court à cette double algarade en levant le siège bien vite.

femmes de lettres, en général si hostiles à Zola, a ont jamais eu dans le Comité, — il faut

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cependant l>icn le leur révéler, — de défenseur plus fidèle et plus dévoué, plus écouté aussi el plus puissant, que ce confrère tant redouté <-t honni d'elles.

D'ailleurs, c'était toujours et invariablement vers les faibles et les petits qu'allaient les préférences de Zola ; c'était à leur venir en aide 1«plus possible, à augmenter le plus possible le taux des allocations votées par le Comité, que tendaient tous ses efforts.

« Nous sommes riches, Messieurs : ne lésinons donc pas ! s'écriait-il souvent. On nous trompe, on nous exploite ? Soit ! Mais que les imposteurs ne nous empêchent pas de porter secours aux vrais malheureux. La bienveillance et la bienfaisance malgré tout ! La charité quand même ! Il n'y a que ceux qui ne donnent jamais qui ne sont jamais dupés. »

Et, dans une allocution du lundi Ier avril i8o5, après avoir remercié le Comité de sa réélection de président, il ajoutait : « Comme par le passé, je continuerai à plaider la cause des petits et des

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humbles et à faire aimer la Société des gens de lettres comme elle mérite de l'être. »

Zola si éminemment accessible à la cominition, qui place la bonté au-dessus de toutes [ualités humaines, si serviable et secourable. n'a échappé à personne au Comité des gens de lettres : et c'est en toute raison et pleine équité qu'Emile Richebourg disait, dans un de nos diners mensuels de cette époque, en levant son verre en L'honneur de celui qu'il nommait « le grand romancier littéraire » : « Le monde entier connaît les œuvres et le nom d'Emile Zola; mais il y a une chose qu'il ignore et que nous connaissons, nous, c'est sa sollicitude envers tous ceux qui peinent et qui souffrent, c'est son dévouement pour eux, c'est sa bonté ! »

Nul président enfin n'a plus énergiquement, plu- fièrement et superbement que Zola défendu la cause des Lettres, « ce qu'il y a encore de plus grand et de plus propre ici-bas » : nul mieux que lui n'a su remettre à leur place, à leur vraie place, ces « ronds de cuir » qui se plaisent à

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considérer les Littérateurs à peu près comme dei

-ans aveu et les traitent de « kékcékça ' » ; tous ces intrigants ou ces repus de la politique,

« toutes ces médiocrités bruyantes et ces viles ambitions exaspérées.... L'idée est la reine du monde ; c'est elle qui fait les peuples, au-dessus des basses agitations de la politique,... la politique, cette chose laide et sale, ce cloaque où croupissent toutes les vilenies et toutes les lâchetés humaines.... Quiconque tient une plume est le maitre ; les autres, ceux qui tiennent une épée, ne sont que les valets de l'idée *. »

Cette suprématie des Lettres, cette prééminence de la pensée humaine dans sa recherche de la vérité et son culte de l'Art, Zola n'a jamais cessé de la soutenir, de «batailler, — selon la déclaration qu'il faisait un jour à André Maurel \ —

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