Voir ci-dessus, p
•J. Kmile Zola, lue Campagne, pp. 876, 319, 396 et passim.
3. Voir la Revue bleue du 15 mars 1890, p. 347, article Zola intime, par André Maurel. — J'ai eu retours fréquemment, dans ce chapitre, à un autre article publié par la même revue, le 28 mars 1896, M. Kmile Zola et la Société des gens de lettres, par G. Gallois, un de mes très intimes amis.
au nom îles Lettres, pour les Lettres, à leur glorification, contre tout ce qui en détourne le goût public, en éloigne l'attention générale.... De t'inps en temps, il est bon de parler fort, pour montrer que la littérature est bien vivante, domine tout le reste. »
Une bourrasque. - Aurélieu Scholl : sa ména^ri.- ; ses ripostes, historiettes e1 boutades. - Le devoir du pobbc
Vêtes de Turcs : Lul-mirski et « le prince » Leopold Ma pleaux.
En quittant la présidence de la Société des gens de lettres, au mois d'avril 189& Emile Zola avait très sagement dit à son successeur Jean Aicard : « Je vous laisse, mon cher ami. une situation, ou plutôt une question, grosse dorages, la question de la statue de Balzac. Rodin, qui a accepté d'exécuter cette statue, tarde à la livrer, malgré ses engagements réitérés. Il n'en finit pas, et le Comité s'impatiente. Efforcez-vous de trouver un terrain de
conciliation : sinon... gare la bourrasque ' ! » L . bourrasque, toujours de plus en plus menaçante, éclata à la lin de novembre; elle emporta le président Aicard et avec lui cinq membres dn rite : Henry de Braisne, Pierre Mail. Marcel Prévost, Kaoui de Saint-Arroman et Gustave Toudouze. Hector Malot. qui s'était joint d'abord à ces démissionnaires, retira sa lettre et reprit sa place à la séance suivante.
Mais six démissions dans un Comité composé de vingt-quatre membres, six démissions dont celle du président, c'était grave, et il y avait [rtemps que la Société des gens de lettres n 'avait traversé une passe aussi agitée. Il fallait remonter jusqu a ses premiers temps, temps héroïqnes, période d'enfantement, pour retrouver de semblables péripéties.
Ce l'ut Théodore Cahu qui. avec son flegme et
! jugement, toujours plein d'entrain
■ à-propos, conjura le danger et sauva la
■lu 3 décembre 1894, article de Jem Aicard.
DINER DBfl BBNfl DE LETTRES
situation Cahu était alors vice-président de la Société. El courut chef AurélienScholl, qui faisait également partie du Comité, Lui offrit laprésidei
la lui garantit et le détermina à accepter. Si Scholl avait refuse. Malot ne retirant pas sa démission,
le Comité risquait de ne plus se trouver en nombre, de ne plus avoir son quorum (16, les deux tiers de >]. total des membres du Comité) ; il fallait réunir l'assemblée générale, procéder à des élections complémentaires : c'était toute une série d'incertitudes, de troubles et d'aléas.
Heureux d'avoir échappé à cette tourmente, les membres de la Société- des gens de lettres se donnèrent rendez-vous au prochain diner mensuel, naturellement présidé par Scholl, au diner du 10 décembre iS»',. qui eut une allluence et un éclat inaccoutumés. Il fallut tripler les rangées de tables et les disposer dans toute la longueur des deux salles de « la serre ». Il y avait, pour ne citer que les noms les plus saillants : Louis Énault, Camille Flammarion. Pierre Decourcelle. Jean Rameau, Pierre Sales, Robinet de Ciéry.
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Edmond Tarbé, Ardouin-Dumazet, Edouard 1 Mu cur, Charles Leroy. Jules
Mary, Le docteur Monin. Chincholle, Borel d'Hauterive, Kernand-Lafargue, le baron Jules u\. Paul Gaulot, Schalck de la Faverie, Adrien Huard, Jean Sigaux. Mines Georges Maldague. Paul Georges et Marguerite Belin, nille Debans, Charles Diguet, Gourdon de Lonillac, Camille Le Senne, Jules Troubat. Théodore Cahu, Armand Lapointe, etc. Tous ces : vains avaient voulu donner au nouveau président Aurélien Scholl un témoignage d'approbation et de gratitude, tous étaient venus pour lui crier bravo et merci.
Scholl était du reste un assidu de nos banquets,
et maintes fois déjà il s'était assis à notre table à
cette place d'honneur. C'était, on le sait, un fin
irmet, et. on le sait encore mieux, le plus
rituel, le plus amusant et éblouissant des
Lseurs. Il ne tarissait pas en anecdotes, en jeux
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de mots, allusions imprévues, humoristiques el
drolatiques reparties.
Il avait pour les animaux la plus compatissante
affection, — on se souvient du Roman de Folette, — et vivait entouré de quadrupèdes et d Oiseaux. A côté d'un petit terrier gros comme le poing, il y avait chez lui, à cette époque, un chien de garde appelé Cabot, qui reconduisait soigneuse ment chaque visiteur jusqu'à la porte sans gronder ni aboyer, mais sans le perdre de vue non plus, et de tout près, le museau sur les talons. Il y avait Antonio, un magnifique ara rouge pourpre ; il y avait une petite perruche verte : il y avait un couple de frétillantes petites souris blanches ; il y avait... La première fois queScholl alla s'installer dans sa villégiature d'Étampes avec toutes ses bêtes, les gamins de l'endroit crurent à l'arrivée de Bidel avec sa ménagerie :
« Voilà Bidel ! Voilà Bidel qui débarque ! Quelle veine ! »
Il fallait ouïr Scholl nous conter, tout en mangeant, les détails de cette triomphale entrée.
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une un des convives observait que cette manie d'élever des animaux lui était commune Mlle X... de l' Ambigu, et qu'on dissertait à jet :
Lie a actuellement deux caniches d'un noir d'ébène. quatre perroquets superbes...
— Il y a quelques années, elle n'avait que des serins, toute une volière...
— Pardon ! L'an passé, quand elle a joué ma pièce, interrompit le feuilletoniste-dramaturge / .... elle avait pour ami Chose, le fameux entraîneur de Chantilly ; eh bien, il n'y avait chez elle ni caniches, ni perroquets, ni serins ; je n'ai rien vu de tout cela...
— C'est sans doute que son entraîneur, le fameux Chose, lui suilisait ! » lança Scholl.
A un journaliste de province, qui venait de temps a autre à nos dîners mensuels, et. tout en buvant sec et se verinillonnant la trogne, nous ses tirades anticléricales et ses professe loi matérialistes :
" |,; non brave, insinuait Scholl:
i H MM i; DES <.i NS DE LB1 I : \C
c'est dangereui ce que vous faites-là. Quand <>n se j'iju»' d'athéisme, il faut éviter de se piquer Le ne», car . il y a an Dieu pour les ivroj
« Voyez-vous, nous expliquait-il un soir, pendant que circulait autour de la table un plat tic pré-salé : c'est pourtant du gigot que dépend la solution de la question sociale... Oui, du gigot! Un gigot par jour et par habitant, et le problème t résolu. Ce ne sont pas les habitants qui manquent, ce sont les gigots. »
Et une autre t'ois :
« A Paris, en 1870, pendant le siège, toutes les femmes ont mangé du chien. On aurait pu croire que cette nourriture aurait inculqué au sexe laiteux des principes de fidélité: pas du tout ! Le chien a produit sur ces dames un effet absolument imprévu: elle- ont exigé des colliers '. n
C'était une solennelle affaire pour Scholl que le repais, et où il n'admettait pas d'importuns, pas de gêneurs :
Rien ne doil déranger l'honnête homme qui dîne
Volontiers il rappelait la réponse du bailli Je
Suîlivn aenrde Pondichéry, à une dépu-
tation d'indigènes, chargés de l'entretenir d'une
we et urgente question, réponse faite par
l'intermédiaire d'un domestique :
Va dire à ces messieurs qu'il n'y a pas d'importance ni d'urgence qui tienne. Un des plus rigoureux principes de la religion catholique m'enjoint de ne pas me distraire de ce que je fais quand je suis à table : il faut m'y résigner. »
Scholl aime les bons plats, a écrit Adolphe lirisson, dans un très exact et très vivant portrait », et il aime que les plats soient copieux. Il possède une capacité stomacale tout à fait rare. Je me rappelle notre étonnement, quand, au retour de Xice, nous le vîmes devant nous, à <l*'u\ heures de l'après-midi, ouvrir sa valise, en tirer deux pains, un jambonneau et une bouteille de pale-ale, et dévorer à belles dents ces provision- -ub-tantielles. Songez que nous sortions
mûmes, \>. 73.