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a llcniN Houssaye, à Paul Bcrvicn. C'était insen
En outre, possédant tout an stock de tragédies héroïques e1 «le pièces gnignolesques, tontes inédites, il cherchait comme de raison à les produire. il usait pour cela de son titre de membre du Comité, pourchassait; obsédait nos sociétaires qu'il supposait en situation de le servir : Jules Claretie, Henry Fouquier. Raoul de Saint-Arroman et bien d'autres en ont su quelque chose. Et ces poursuites et obsessions, il les exerçait avec un aplomb, avec un cynisme, qui ne pouvait qu'être inconscient, tant il était injurieux et révoltant.
Un lundi, à Pissue d'une séance du Comité, le père Daphnis s'approche de Paul Hervieu. qui devait ce soir-là présider notre banquet mensuel, et le prie de l'excuser de ne pas aller toaster en son honneur :
« Je suis très grippé, mon cher président, je me sens tout fiévreux, et je vais de ce pas me mettre au lit.
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— Je suis navré que ee soit un tel motif qui vous empêche d'être des autres ce soir, lui répond Paul Hervieu avec son accortise coutumière, et
uhaite. monsieur Daphnis, que cette grippe ^e dissipe promptement.
— Je l'espère, moucher président, mais j'ai hâte Je nie coucher... »
En ce moment, survient le délégué, Léonce de Larmandie. qui. s'adressant à Paul Hervieu, lui dit :
« Glaretie vient de me téléphoner à l'instant ne que nous pouvions compter sur lui ce soir ; il tient à porter votre santé... »
Le père Daphnis de dresser l'oreille aussitôt : i Ah! Glaretie viendra?... »
- 1 ippe disparut comme par enchantement.
s envola, et, au lieu d'aller se couler
dans ses draps, il s'empressa de se barbiûer,
d'enfiler sa redingote, et le premier convive que
Paul Hervieu upeivuten arrivantchez Marguerj ,
e Daphnis.
« \ os souhaits m'ont porté bonheur, mon cher
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président, eut-il L'aplomb de déclarer en s'approchant tfHervieu et en lui serrant la main; je nie
sens si lu. mi que je n'ai pas craint de sortir... — Enchanté, monsieur Daphnis ! »
Ce que Glaretie fut rasé ce soir-là !
Tous, nous nous efforcions d'entourer de sollicitude et d'égards M. Daphnis. égards dus à son grand âge encore plus qu'à ses libéralités, et il n'était pas de sottises et d'impertinences qu'il ne nous lit. Il n'appartenait pas à notre monde, n'était pas accoutumé à nos usages, ne comprenait aucune tinesse de tangage ni plaisanterie, se montrait toujours épilogueur, rogue et retors, susceptible et pointilleux à L'extrême, affublé du plus mesquin et du plus détestable caractère. Ainsi sa maison de province, maison vaste et d'importance, parait-il, il aurait voulu la léguer, nous apprit-on. à une bonne qui prendrait l'engagement de le servir jusqu'à sa mort, et jamais il ne parvint à trouver cette bonne, à garder près
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de lui cette future héritière, créature d'élite : au
lu»ut JuD mois ou d'une semaine, on le plantait là invariablement.
Paa moyen d'y tenir ! Impossible d'habiter oco-là ! »
Et puis des maladresses, des pataquès, des gaffes de toutes sortes et à n'en plus finir.
Lorsque Maurice Quentin-Bauchart entra au
(Comité des gens de lettres, ce fut le père
Daphnisqui.en sa qualité de doyen d'âge et avant
qu'on procédât au renouvellement du bureau.
-it au fauteuil présidentiel et ouvrit la
séance. Il aurait pu laisser au président qu'on
allait élire le soin de souhaiter la bienvenue aux
membres nouveaux : il préféra se charger de ce
: mais voyez la malchance, représentez-vous
Les fous rires qui s'emparèrent de tout le
dté, quand on entendit M. le président
mfondre obstinément Quentin-Bauchart
Quentin Durward. le conseiller municipal
Dommé membre do Comité des gens de
letti Le héros de Walter Scott, dire et
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répéter invariablement : « Nous sommes heureux, monsieur Quentin Dnrward... Je salue
monsieur Quentin Dnrward... »
( était du délire : on se roulait sous la table. Et le père Daphnis, sans s'apercevoir de rien, continuait de plus belle, intrépidement :
« Au nom de tous, monsieur Quentin Durward... »
Gomme, à la fin de la séance, Quentin-Bauchart s'approchait de lui et lui disait gentiment :
« Merci pour Walter Scott, monsieur Daphnis !
— Quoi ? quoi ? » bafouilla l'autre.
Et voilà le falot personnage qui rêvait d'être président de la Société des gens de lettres, voulait se servir d'elle comme de piédestal ou de tremplin !
« Et cela uniquement parce qu'il nous a apporté de l'argent ! Eh bien, non, je n'admettrai jamais cet argument, jamais ! » protestait Paul Hervieu d'un ton net et avec une vibrante énergie.
M. Daphnis était, cela va sans dire, un assidu de nos dîners, et là encore il commettait nombre d'impairs et de 1 lourdes, nous donnait force tintuuin.
D'abord, et à cause même de son physique, il n'était pas facile à caser. Il aurait toujours voulu être as^ d'une dame, voire entre deux, et
toutes le fuyaient comme la peste. Il était vraiment trop laid, répugnant, avec ses yeux en trou de vrille, torves, humides et sanguinolents, sa peau épaisse, granuleuse et d'un rouge sale, d'un rouge foncé et violacé, couleur d'aubergine. A ce propos, je me rappelle qu'un soir, comme il se trouvait placé à la droite de l'aimable madame jues de Garches, qui avait à sa gauche un autiv de nos confrères pareillement affligé de
isme, le commandant X..., nous disions, en nt tous les deux a 1 envi cligner de l'œil
Leur voisine, qu'elle n'avait pas eu de peine à leur faire « tourner la tète ».
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Puis, sa] le p< re Daphnie cherchait à
discuter et à s'imposer : partout il pontifiait, prêchait et patrocinait.
« J'ai juré d'écraser le matérialisme! «Ton ai
lait le serment, «'t. mieux que Voltaire avec Vinfàme, j'y arriverai ! Vous lires mon prochain article dans la Revue des Deux Mondes : Brunetière. avec qui j'en causais encore ce matin, est émerveillé, épaté ! Il m'a dit : « Mon cher, voyezvous, mon cher, il n'y a que vous. . . »
Le dessert venu, le père Daphnis avait toujours au fond de sa poche quelque carré de papier, qu'il tirait et déployait comme un drapeau.... Et c'étaient des vers, des kyrielles d'alexandrins, destinés, eux aussi, généralement, à « écraser le matérialisme ». mais non, certes, à égayer les convives et faciliter leur digestion.
Ensuite il nous contait sur lui-même des détails intimes, parfois très touchants, mais qu'il eût été préférable de ne pas étaler en public. Ainsi il avait profondément aimé sa femme, morte depuis de longues années, et il se croyait toujours en
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mdance avec elle, lui parlait, ne s'endormait jamais sans lui dire bonsoir.
« Bonsoir? Mais c'est le mot qu'on adresse aux personnes qui nous ennuient et dont on veut se débarrasser, monsieur Daphnis ! » lui objectait un jour Aurélien Scboll.
Quand le père Dapbnis mourut, ni le président, ni le vice-président — il n'y en avait qu'un à ce moment-là — ne purent se résoudre à aller, conformément aux traditions, prononcer au cimetière l'oraison funèbre du défunt :
« Il nous a vraiment trop agacés, trop bassinés de son vivant, moi en particulier ! » s'exclamait, d'ailleurs avec toute raison, ce vice-président.
Il fallut charger doflice un membre du Comité de porter sur la tombe ces regrets obligés et les suprêmes remercîments forcément dus à ce «bienfaiteur», si intéressé et si insupportable qu'il fût. mot de la fin, le mot résumant le mieux la situation, c'est encore Aurélien Scholl qui le prononça dans un de nos banquets :
i Ce vieillard, il justifie l'ingratitude! »
et Benjamin. — « Mieux vaut se produire qne s'instruire. »
— L'industrialisme et la littérature. — Pauvre métier ! — Encore le devoir du public. — « Ratés » et pauvres. — La gloire littéraire. — Oubliés et dédaignés. — Eugène Noël. — « Le bruit ne va qu'à ceux qui en font, o — Une fête de Camille. — Paul Hervieu et a le Warvick de la République des Lettres ». — La comtesse Rostoptchine et son oraison tunèbre. — La littérature et l'art culinaire.
Ernest Benjamin a été longtemps le principal, voire l'unique organisateur des dîners mensuels de la Société des gens de lettres, et il a pris une telle part à ces réunions, y a consacré tant de zèle et de dévouement, que le président Paul Hervieu, dans le toast qu'il lui porta au banquet du ii juin 1900, a pu le qualifier sans exagération de « véritable fondateur du diner mensuel ».
Deux autres membres de la Société faisaient,
IQ2 DINER D1 ! I rr&sfl
Benjamin, partie de la « Commission du dlnei », Pélii Jahyer et Edouard Montagne ; mais de longs et cruels deuils étant venus frapper
deux confrères. Benjamin demeura chargé de toute la besogne, et je m'empresse d'ajouter qu'il s'en acquitta toujours à merveille.
Nul mieux que lui. du reste, ne possédait les qualités requises pour réussir en pareille tâche. Plein de distinction, d'urbanité, de courtoisie et de tact : toujours gracieux, doux, souriant et avenant, très ferme néanmoins et inébranlable dans ce qu'il jugeait être la vérité et le droit, Benjamin
t hautement estimé de nous tous, et était entre tous un sympathique. C'est à lui qu'incombait le soin de choisir les présidents de nos dîners, de rallier les convives, de les recevoir, de les placer, et, ces taches multiples et délicates, il les remplissait avec sa scrupuleuse conscience
-n exquise et indéfectible bonne grâce. Je ne
- pa~ «ju'il ait jamais froissé la susceptibilité nous, et cependant nous appartenions ment au genus irritabile.
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i Pendant douze ans, chaque mois, c'est lui qui
misa nos réunions, a dit sur sa tombe L'ami
chargé de lui adresser, au nom de La Société, le
dernier adieu ; lui qui nous conviait a venir causer de littérature et d art, de bonne confraternité et de bonne entente ; lui qui nous exhortait sans cesse à nous rapprocher, à nous mieux connaître, à nous soutenir et nous entr aider ; durant douze ans, il a été, pour ainsi dire, le lien qui nous unissait tous. »
Il mérite donc bien une place spéciale dans ces souvenirs*
Ces scrupules et cette conscience dont témoignait Ernest Benjamin dans ses fonctions de commissaire de nos dîners se retrouvaient dans toute sa conduite, dans sa vie comme dans ses livres.
Il était par excellence L'écrivain probe, exact, soigneux, méticuleux, l'artiste qui désire avant tout se contenter, et se montre plus que personne
LE DINBB l'i BTTREfi
ut envers lui-même. Estimant que rits dont on vit ne vivent pas »,
jamais il ne lit de la littérature un métier : il ;t pour elle un vrai culte, un culte qui exige du loisir, du travail, de vastes et intelligentes Lectures, maintes recherches, analyses et comparons. Il pensait, avec le vieux Régnier,
7!/ il se faut esa Se sonder, s'en ut que s'employer;
»'t -ju»'. pour manier dignement sa langue, il est indispensable de lavoir bien étudiée et de la bien connaître. Au-si les incorrections de forme, les impropriétés de termes, toutes ces inexpériences ou vulgaires négligences qu'on rencontre fréquemment dans les journaux et les livres : quelqu'un, pour fixer les yeuxsurlui : invectirer quelqu'un ; éviter quelque chose à quelqu'un : partir d Nice, au lieu de pour Nice ; une rue i lieu de passante ; conséquent, à la rable \ fortuné, pour signifier qui a .1<- la fortune ; compend nts dans le sens
■r excuse, pour demander
i i: DINER DES GENS DE I i il i:i> r»--
pardon : . DOUT lavaiin'. etc. etc., l'hor-
ripilaient et L'exaspéraient, le cher Benjamin.
« Uirn ne vovls obi ire, <-t encore moins
a exhiber votre prose, disait-il : mais, du moment que vous vous en mêlez, vous êtes tenu de savoir la valeur des mots que vous employez, de respecter notre langue et vos lecteurs. Si la tâche vous semble au-dessus de vos forces, essaye/, d'autre chose, jouez au billard ou au jacquet, faites de la menuiserie, de la photographie ou de la bicyclette. »
Ce qui ne l'empêchait pas de dire aussi — car il n'était pas dupe de ses théories — qu'au point de vue pratique, il vaut infiniment mieux suivre le conseil de Paul-Louis, et se prorfuire que .>•' irvdre ; qu'à force de s'enterrer dans ses études, on perd toute chance de succès ; on ne fait plus de visites, on ne court plus les diners. bals et soirées, on n'intrigue plus, ne quémande plus : on manque à tous ses devoirs '. -
1. Telles étaient aussi les recommandations <jue le fabuliste Vienne!, convaincu que « les studieux n'arrivent à rien », adr
Lui. il avait L'extrême t«>rt de trop aimer à s'instruire. Loin il être de ces « habiles » dont parle Pascal, « qui ne lisent point, écrivent peu et intriguent beaucoup », il se plaisait surtout au milieu d<- ses livres, dans la fréquentation des grands esprits de l'humanité, des poètes de la Grèce et de Rome, de notre Montaigne, de notre Molière et de notre La Fontaine ; il était de ces hommes de lettres, bien plus rares qu'on ne le croit, qui aiment vraiment les lettres et les « cultivent ».
Il lut homme de bien et cultiva les lettres :
cette épitaphe qu'on lit sur le monument de Népomucène Lemercier, au Père-Lachaise, pourrait être aussi justement gravée sur la tombe d'Ernest lî> -rijamin. La crasse ignorance de tantde prétendu- écrivains, même des plus huppés, ou, qui pis
aux débutants littéraires : « Jeunes gens, ne m'imite pu, m- passez
pas tout votre temps dans votre cabinet de tr.nail. Courez, trottez
l'-s libraires, chez les journalistes : ne laissez pas chùmer
est encombré de grands hommes; la renom-
; roelamer. Malheur à ceux qui se laissent
par Staaff, la Littérature française, t. II,
DINKB DES GENS DE LE1 I i'-'.;
leur souveraine indifférence en tonte mati< de Littérature et d'érudition, L'indignait <>u le consternait Il ne comprenait pas. n'en revenait | Ce qu'il comprenait encore moins et Le révoltait davantage, cotaient les trafics et tripotages littéraires, l'industrialisme appliqué à l'Art, a ce qui, de toutes les choses humaines, lui semblait la plus haute et la plus noble.
« Jamais un chef-d'œuvre n"a été l'ait en collaboration, me disait-il un jour en invoquant l'autorité de La Bruyère. Nous voyons présentement des frères, des cousins, des familles entières : père. mère. tils. tille, oncle, tante, neveu, etc.. qui s'associent et publient leurs collectives élucubrations sous un seul nom. ce qui leur permet d'élucubrer en plus grande quantité sous la même estampille, de la répandre et de la vulgariser plus rapidement, par conséquent, cette estampille, et d'en tirer ainsi bien plus de bénéfice que s'ils travaillaient et m- liaient séparément. On a beau leur répéter et ils ont beau savoir que
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tonte œuvre de l'espril esl personnelle, que les don- essentiels «le L'écrivain, imagination, observation, sensibilil sont incommunicables:
que jamais, encore une fois, un chef-d'œuvre Littéraire n'est sorti de l'accouplement de plusieurs cerveaux : que leur importe ! Ce qu'ils veulent, c'est uniquement pondre plus de copie, de façon à palper plus d'écus. Ils s'associent là comme ils s'associeraient pour gérer une usine, débiter de la brioche ou servir de la limonade. Et, < h<>>e à noter et bien amusante, à mesure que la littérature se commercialise ainsi davantage, elle devient moins productive ; plus on fait d'elle un métier, plus ce métier devient mauvais J'aspire au jour où il sera tout à fait tué, où l'on ne pourra plus du tout « vivre de sa plume »; alors il n'y aura plus, en fait d'hommes de lettres, que les véritables amis et servants des lettres, ceux qui les aiment pour elles-mêmes, pour elles seules, en absolu désintéressement et lionnément. L'excès du mal aura amené ce bien
I I DINER DES GfrBNfl Dl M. m OEfl [2Q
Coïncidence cQrie use, Ernest Benjamin p<>~ dait un quasi-homonyme, qui, lui, ne s'occupait qu«' de journalisme industriel et <!<• réclames financières, et, par suite, était son tourment, son cauchemar ;
« Voilà encore cet ostrogoth-là qui me compromet ! Ça n'en finit pas ! Je ne sais comment me dépêtrer... Ali mon Dieu ! mon Dieu ! Et c'est que. pour comble, il a le toupet de se prétendre de la Société des gens de lettres, dont il n'a jamais fait un instant partie, — on n'en voudrait pas ! — et d'accroître ainsi cette déplorable et désastreuse confusion ! »
Les livres d'Ernest Benjamin, Veillées poétiques, la Sainte, Singularité, Cœur malade. Pour la saucer, etc.. attestent son constant labeur et son persistant souci de la perfection. S'ils n'ont pas obtenu le succès qu ils méritent, il faut s'en prendre, non à l'auteur, mais aux circonstances, à l'énorme surproduction littéraire et à l'inditl'é-