‹ Le diner du compte de BoulainvilliersChapitre 3 sur 12 · DE C 0 U L A I N \- 1 L L I E R S · texte numérisé non relu

DE C 0 U L A I N \- 1 L L I E R S

plicties, aux miracles de Moïse, aux miracles de Jésus, aux martyrs ?

LE COMTE. — Ah ! je ne vous conseille pas de parler de prophéties, depuis que les petits garçons et les petites filles savent ce que mangea le prophète Ezéchiel à son dc^euner et qu'il ne serait pas honnête de nommer à diner; depuis qu'ils savent les aventures d'Oolla et d'Ooliba dont il est difficile de parler devant les dames; depuis qu'ils savent que le Dieu des Juifs ordonna au prophète Osée de prendre une catin et de faire des fils de catin. Hélas ! trouverez-vous autre chose dans ces misérables que du galimatias et des obscéninités ?

Que vos pauvres théologiens cessent désormais de disputer contre les Juifs sur le sens des passages de leurs prophètes, sur quelques lignes Hébraïques d'un x\mos, d'un Joël, d'un Habacuc, d'un Jérémiah; sur quelques mots concernant Eliah, transporté aux régions célestes orientales dans un chariot de feu.

lequel Eliali, par parenthèse, n'a jamais existé.

Qu'ils rougissent surtout des prophéties insérées dans leurs Evangiles. Estil possible qu'il y ait encore des hommes assez imbéciles et assez lâches pour n'être pas saisis d'indignation quand Jésus prédit dans Luc : « Il j aura des » signes dans la lune et dans les étoiles; » des bruits de la mer et des flots; des » hommes séchant de crainte attendront » ce qui doit arriver à l'univers entier; » les vertus des cieux seront ébranlées, » et alors ils verront le fils de l'homme » venant dans une nuée avec grande > puissance et grande majesté. En vé- » rite je vous dis que la génération pré- » sente ne passera point que tout cela » ne s'accomplisse. »

Il est impossible assurément de voir une prédiction plus marquée, plus circonstanciée, et plus fausse. Il faudrait être fou pour oser dire qu'elle fut accomplie, et que le fils de l'homme vint dans une nuée avec une grande puissance et

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une grande majesté. D'où Tient que Paul, dans son Epître aux Thessaloniciens (P, ch. lY, y, 16), confirme cette prédiction ridicule par une au tre encore plus impertinente ? « Nous qui vivons et qui »Y0us parlons, nous serons emportés »dans les nuées pour aller au-devant » du Seigneur au milieu de l'air, etc. > Pour peu qu'on soit instruit, on sait que le dogme de la fin du monde et de l'établissement d'un monde nouveau était une chimère reçue alors chez presque tous les peuples. Vous trouvez cette opinion dans Lucrèce, au livre IV. Vous la trouverez dans le premier livre des Métamorphoses à' OyiàQ. Heraclite, longtemps auparavant, avait dit que ce monde-ci serait consumé parle feu. Les stoïciens avaient adopté cette rêverie.

Les demi-Juifs demi-Chrétiens, qui fabriquèrent les Evangiles^ ne manquèrent pas d'adopter un dogme si reçu, et de s'en prévaloir. Mais, comme le monde subsjsta encore longtemps, et que Jésus ne vint point dans les nuées avec une

grande puissance et une grande majesté au premier siècle de l'Église, ils dirent^ que ce serait pour le second siècle ; ils le promirent ensuite pour le troisième; et de siècle en siècle cette extravagance s'est renouvelée. Les théologiens ont fait comme un charlatan que j'ai vu au bout du Pont-Neuf sur le quai de l'École; il montrait au peuple, vers le soir, un coq et quelques bouteilles de baume : « Messieurs, » disait-il, «je vais couper » la tête à mon coq, et je le ressusciterai » le moment d'après en votre présence, » mais il faut auparavant que vous ache- »tiez mes bouteilles». Il se trouvait toujours des gens assez simples pour en acheter. « Je vais donc couper la tête à »mon coq, » continuait le charlatan; « mais comme il est tard, et que cette » opération est digne du grand jour, ce »sera pour demain. »

Deux membres de l'Académie des Sciences eurent la curiosité et la constance de revenir pourvoir comment le charlatan se tirerait d'affaire ; la farce

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