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dura huit jours de suite; mais la farce de l'attente de la fin du monde, dans le Christianisme, a duré huit siècles entiers. Après cela, monsieur, citez-nous les prophéties Juives ou Chrétiennes.
M. FFxÉRET. — Je ne vous conseille pas de parler des miracles de Moïse devant des gens qui ont de la barbe au menton. Si tous ces prodiges inconcevables avaient été opérés, les Égyptiens en auraient parlé dans leurs histoires.
La mémoire de tant de faits prodigieux qui étonnent la nature se serait conservée chez toutes les nations. Les Grecs, qui ont été instruits de toutes les fables de l'Égvpte et de la Syrie, auraient fait retentir le bruit de ces actions surnaturelles aux deux bouts du monde. Mais aucun historien, ni Grec, ni Syrien, ni Égyptien, n'en a dit un seul mot. Flavius Josèphe, si bon patriote, si entêté de son Judaïsme, ce Josèphe qui a recueilli tant de témoignages en faveur de l'antiquité de sa nation, n'en a pu trouver aucun qui attestât les dix plaies
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d'Egypte, et le passage à pied sec au milieu de la mer, etc.
Vous savez que l'auteur du Penlaleuque est encore incertain: quel homme sensé pourra jamais croire, sur la foi de je ne sais quel Juif, soit Esdras, soit un autre, de si épouvantables merveilles inconnues à toiit le reste de la terre? Quand même tous vos prophètes Juifs auraient cité mille fois ces événements étranges, il serait impossible de les croire : mais il n'y a pas un seul de ces prophètes qui cite les paroles du Pentaleuque sur cet amas de miracles, pas un seul qui entre dans le moindre détail de ces aventures; expliquez ce silence comme vous pourrez.
Songez qu'il faut des motifs bien graves pour opérer ainsi le renversement de la nature. Quel motif, quelle raison aurait pu avoir le Dieu des Juifs ? Était-ce de favoriser son petit peuple ? de lui donner une terre fertile ? Que ne lui donnait-il l'Egypte au lieu de faire des miracles, dont la plupart, dites-vous,
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furent égalés par les sorciers de Pharaon ? Pourquoi faire égorger par l'ange exterminateur tous les aînés d'Egypte, et faire mourir tous les animaux, afin que les Israélites, au nombre de six cent trente mille combattants, s'enfuissent comme de lâches voleurs? Pourquoi leur ouvrir le sein de la mer Rouge, afin qu'ils allassent mourir de faim dans un désert? Vous sentez l'énormité de ces absurdes bêtises ; vous avez trop de sens pour les admettre, et pour croire sérieusement à la religion Chrétienne fondée sur l'imposture Juive. Vous sentez le ridicule de la réponse triviale qu'il ne faut pas interroger Dieu, qu'il ne faut pas sonder l'abîme de la Providence, Non, il ne faut pas demander à Dieu pourquoi il a créé des poux et des araignées, parce qu'étant sûrs que les poux et les araignées existent, nous ne pouvons savoir pourquoi ils existent ; mais nous ne sommes pas si sûrs que Moïse ait changé sa verge en serpent et ait couvert l'Egypte de poux, quoique les
poux fussent familiers à son peuple :
nous n'interrogeons point Dieu ; nous interrogeons des fous qui osent faire parler Dieu, et lui prêter l'excès de leurs extravagances.
L.\. COMTESSE. — Ma foi, mon clier abbé, je ne vous conseille pas non plus déparier des miracles de Jésus. Le créateur de l'univers se serait-il fait Juif pour changer l'eau en vin à des noces où tout le monde était déjà ivre? auraitil été emporté par le diable sur une montagne d'où l'on voit tous les royaumes de la terre ? aurait-il envoyé le diable dans le corps de deux mille cochons dans un pays où il n'y avait point de cochons? aurait-il séché un figuier pour n'avoir pas porté des figues, « quand ce n'était pas le temps des f-^^ues? » Croyez-moi, ces miracles sont tout aussi ridicules que ceux de Moïse. Convenez hautement de ce que vous pensez au fond du cœur.
l'abbé. — Madame, un peu de condescendance pour ma robe, s'il vous plaît; laissez-moi faire mon métier; je
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suis un peu battu peut-(}tre sur les prophéties et les miracles ; mais pour les martyrs, il est certain qu'il y en a eu ; et Pascal, le patriarche de Port-Royal des Champs, a dit: « Je crois volontiers > les histoires dont les témoins se font » égorger. »
M. FRÉRET. — Ah ! monsieur, que de mauvaise foi et d'ignorance dans Pascal I on croirait, à l'entendre, qu'il a vu les interrogatoires des apôtres, et qu'il a été témoin de leur supplice. Mais où at-il vu qu'ils aient été suppliciés? Qui lui a dit que Simon Barjone, surnommé Pierre, a été crucifié à Rome, la tête en bas? qui lui a dit que ce Barjone, un misérable pêcheur de Galilée, ait jamais été à Rome, et y ait parlé Latin? Hélas î s'il eût été condamné à Rome, si les Chrétiens l'avaient su , la première église qu'ils auraient bâtie depuis à l'honneur des saints aurait été Saint-Pierre de Rome, et non pas Saint-Jean de Latran ; les papes n'y eussent pas manqué; leur ambition y eut trouvé un beau prétexte.
A quoi est-on réduit, quand, pour prou- Ter que ce Pierre Barjone a demeuré à Rome, on est obligé de dire qu'une lettre qu'on lui attribue datée de Babjlone, était en effet écrite de Rome même? sur quoi un auteur célèbre a très bien dit que, moyennant une telle explication, ane lettre datée de Pétersbourg devait avoir été écrite à Constantinople.
Vous n'ignorez pas quels sont les imposteurs qui ont parlé de ce voyage de Pierre. C'est un Abdias, qui le premier écrivit que Pierre était venu du lac de Génézareth droit à Rome chez l'empereur, pour faire assaut de miracles contre Simon le Magicien , c'est lui qui fait le conte d'un parent de l'empereur, ressuscité à moitié par Simon, et entièrement par l'autre Simon Barjone; c'est lui qui met aux prises les deux Simon, dont l'un vole dans les airs et se casse les deux jambes parles prières del'autre ; c'est lui qui fait l'histoire fameuse des deux dogues envoyés par Simon pour manger Pierre. Tout cela est répété par
un Marcel, par un Hégésippe. Voilà les fondements de larelig-ion Chrétienne. Vous n'y voyez qu'un tissu des plus plates impostures faites par la plus yile canaille, laquelle seule embrassa le Christianisme pendant cent années.
C'est une suite non interrompue de faussaires. Ils forgent des lettres de Jésus-Christ, ils forgent des lettres de Pilate, des lettres de Sénèque, des constitutions apostoliques, des vers, des sibylles en acrostiches, des Evangiles au nombre de plus de quarante, des actes de Barnabe, des liturgies de Pierre, de Jacques, de Matthieu et de Marc, etc..
Vous le savez, monsieur, vous les avez lues, sans doute, ces archives infâmes du mensonge, que vous appelez fraudes pieuses ; et vous n'aurez pas l'honnêteté de convenir, au moins devant vos amis, que le trône du pape n'a été établi que sur d'abominables chimères, pour le malheur du genre humain ?
l'abbé. — Mais comment la religion
Chrétienne aurait-elle pu s'élever si haut, si elle n'avait eu pour base que le fanatisme et le mensonge ?
LE COMTE. — Et comment le Mahométisme s'est-il élevé encore plus haut? Du moins ses mensonges ont été plus nobles, et son fanatisme plus généreux.
Du moins Mahomet a écrit et combattu ; et Jésus n'a su ni écrire ni se défendre. Mahomet avait le courage d'Alexandre avec l'esprit de Numa; et Jésus a sué sang et eau dès qu'il a été condamné par ses juges. Le Mahométisme n'a jamais changé, et vous autres vous avez changé vingt fois toute votre religion.
Il y a plus de différence entre ce qu'elle est aujourd'hui et ce qu'elle était dans vos premiers temps, qu'entre vos usages et ceux du roi Dagobert. Misérables Chrétiens ! non, vous n'adorez pas votre Jésus, vous lui insultez en substituant vos nouvelles lois aux siennes. Vous vous moquez plus de lui avec vos mystères, vos agnus, vos reliques, vos indulgences, vos bénéfices et votre pa-