‹ Le Directoire et l'expédition d'Égypte: étude sur les tentatives du Directoire pour communiquerChapitre 10 sur 98 · JUIN ET JUILLET · texte numérisé non relu

JUIN ET JUILLET

des Anglais, il envoya successivement douze avi^ SOS, dont le plus grand nombre réussit à gagner Malte ou à rejoindre l'armée sur la côte d'Egypte. Le mois de juin se passa sans nouvelles de l'expédition. Le V^ juillet, le gouvernement apprit la capitulation de Malte, par le capitaine d'un navire neutre que le hasard avait rendu témoin de l'attaque et de la prise de la place*. Le récit étant assez circonstancié pour ne laisser aucun doute, le Directoire n'hésita pas à annoncer par un message cet important succès. 11 est juste d'ajouter qu'il en éprouva une joie véritable, celle de voir la France maîtresse, sans coup férir, de la station, la plus forte et la plus convoitée de la Méditerranée. Cette victoire de l'armée d'Orient fut peut-être la seule qui éveilla dans l'esprit des Directeurs un tel sentiment des intérêts de la patrie, dégagé de toute préoccupation personnelle de leur fortune politique. Les dépêches mêmes de Bonaparte, confiées à la frégate la Sensible, avec les drapeaux de l'Ordre et d'autres trophées recueillis

1. Récit du capitaine Drascovitch, ragusais (Jurien de la Gravièi*e, t. I, p. 359.) La nouvelle fut connue au même moment à Vienne. (Thugut, Vertrauliche Driefe, t. II, p. 106 et 109.)

à Malte, furent prises ea mer le 27 juin après un combat peu honorable; et ce fut par un simple courrier débarqué le 21 juin à Naples, que les Directeurs reçurent la relation authentique du vainqueur. En réponse, ils lui écrivirent,le 6 j uillet, une lettre de vives félicitations. C'était leur première dépêche ; ce devait être Tune des deux qui parvinrent jamais jusqu'en Egypte. Elle fut remise à Lesimple, un des courriers favoris de Bonaparte. Ce brave homme s'embarqua à Toulon, L'aviso qui le portait s'étant échoué près d'Alexandrie pour éviter les Anglais, Lesimple vit massacrer par les Arabes une partie de l'équipage, fut emmené par eux, puis racheté de leurs mains, et vint remettre au Caire, le 9 septembre, sa dépêche qu'il n'avait pas abandonnée et qui ne méritait guère un semblable dévouement.

Depuis le départ encore si récent de Bonaparte, il se produisait prématurément en Irlande des événements qui devaient déranger le plan d'invasion, concerté entre le général et le Directoire. A la fin de mai, les comtés méridionaux avaient pris les armes. Ils obéissaient aveuglément à l'appel de sociétés occultes qui s'étaient

propagées, ces dernières années, en Irlande, avec la prétention de secouer le joug des Anglais et de régénérer le pays par le régime repu blicain. Au commencement de 1798, les affiliés, sons le nom d'Irlandais-Unis, avaient nommé un comité exécutif pour préparer une révolte générale. En vain les Anglais saisirent les fils de cette machination et arrêtèrent les membres du comité* : un soulèvement se faisait néanmoins, et bien qu'il fût local et sans chefs, les troupes anglaises venaient d'éprouver plusieurs échecs sanglants. On n'était pas sans inquiélude^ à Londres, sur une insurrection qui pouvait embraser toute l'Irlande et paraissait attisée par les Français. Et pourtant, le comité exécutif ne s'était pas mis en relations suivies avec notre gouvernement, soit que l'expédition manquée de Hoche l'eût averti de compter désormais sur ses propres forces plutôt que sur un appui étranger, soit que la surveillance des côtes eût gêné ses correspondances*. Surpris

j. Castlereagh's, MemoirSy t. I, p. 353 et pas^/w.

2. TaUeyrand entretenait cependant à Paris des relations avec J. Thompson, qui se disait « député de l'Union irlandaise près la République française ». Thompson, membre d'un comité de l'Union, débarqua à Hambourg en février 1797 et

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par la rébellion de Tlrlande, le Directoire se hâta de changer les dispositions convenues avec Bonaparte. Il s'entendit avec quelques patriotes irlandais, réfugiés à Paris et à Hambourg, leur distribua des grades, de l'argent', et rédigea avec eux des proclamations révolutionnaires. Comme le temps pressait, et que le trésor, épuisé par l'armement de Toulon, fournissait à grand'peinc do faibles ressources, les Directeurs adoptèrent le projet nouveau d'armer dans les ports de l'Océan plusieurs frégates, et de les envoyer isolément porter des hommes et des fusils aux révoltés. Ces expéditions partielles se préparèrent à la fois au ïexel, à Duukerque, à Brest et à La Rochelle. La plus considérable, celle de Brest, se composait de huit frégates soutenues par un vaisseau de ligne, et portant ensemble 2,500 hommes. La seconde en importance, celle de La Rochelle,

rejoignit à Francfort le général Hoche qui Tavait mandé. Il vint ensuite résider à Paris. Il y vit Bonaparte. « Quand il fut question de l'expédition d'Angleterre, raconte-t-il lui-même, ayant été présenté parle général Desaix au général Bonaparte, ce dernier me demanda si je connaissais quelqu'un en qui j'eusse assez de confiance pour le charger d'une mission secrète dans ce pays... Je le lui présentai quelques jours après. » (Affaires étrangères,i47i(3r/e/erre,vol. 593,pièce 173; — Cf. vol.595, pièce 149.)

AOUT 1798. 3;j

était de trois frégates, chargées de l,0î20 hommes sous le commandement du général Humbert. Elle fut prête avant les autres, mit à la voile le 6 août et, le 22, vint aborder dans la baie de Killala.

La guerre contre les Anglais commençait donc dans le même temps au nord comme au midi: et déjà la révolte de l'Irlande, la reddition de Malte, pouvaient être regardées en France comme des présages de succès. On y sut bientôt que Bonaparte avait quitté Malte le 19 juin, et malgré les bruits les plus incohérents répandus sur sa destination, qui demeurait encore secrète, Tespérance remplaça par degrés Tanxiété des premières semaines. Son plus redoutable adversaire, Nelson, qui s'était enfoncé dans la direction du Levant, avait reparu le 18 juillet en Sicile; il avait perdu plusieurs jours à s'y ravitailler, avec la connivence des Napolitains, avant de remettre à la voile vers l'Est. Ce retour, connu à Paris dès le 18 août, prouvait que la poursuite ennemie était jusqu'ici inutile et que Bonaparte avait eu un temps suffisant pour atteindre son but *. Effec-

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