Le Directoire exécutif est toujours privé de nouvellts
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iivement quelques jours après, la rumeur arrivait de divers côtés que l'armée d'Orient avait débarqué à Alexandrie.
Le convoi de Toulon demeurait cependant au port. Najac, qui avait successivement équipé^ pour le protéger, une vieille frégate, une corvette et les vaisseaux vénitiens, n'avait pas confiance dans cette faible escorte; il était convaincu qu'aucun de ses bâtiments n'échapperait à l'ennemi, qui ne pouvait manquer de surveiller étroitement les issues du Levant. Laisseriez provisions à bord, c'était les perdre : il reçut à la fin d'août l'ordre de les faire rentrer dans les magasins, et de licencier le plus grand nombre des bateaux de transport.
En prononçant ainsi la dissolution du convoi d'Egypte*, le gouvernement voulait faire de ces approvisionnements un usage à la fois moin»
périlleux et aussi nécessaire. Il en réser-
officielles du général Bonaparte ; cependant je suis persuadé qu'il a dû toucher en Egypte le 15 ou le 20 du mois passé [2 ou 7 août]. )) (Dépêche de Talleyrand à Ruffîn, du 19 août 1798.) Le débarquement avait eu lieu le 1" juillet.
1. En vertu d'un arrêté du 3 septembre, les dépôts concentrés à Toulon furent incorporés à l'armée d'Italie. Ils comprenaient les dépôts de Gênes et de Civita-Vecchia, rassemblés à Toulon au mois de juillet.
vait une partie pour la Corse, agitée par les intrigues anglaises, et qui avait besoin de munitions et même de renforts. Il destinait surtout les principales ressources au ravitaillement de Malte. Les lettres reçues de cette île parlaient toutes de l'extrême difficulté d'y réunir des vivres : on n'en trouvait ni en Sicile, ce grenier ordinaire des Maltais fermé par la malveillance déclarée de la cour napolitaine, ni sur la côte de Barbarie, où les négociants refusaient de risquer leurs navires. Le sort de Malte dépendait pourtant de ses magasins. Car pouvait-on douter que cette forteresse n'eût bientôt à subir le siège ou le blocus des Anglais, et que la faim ne devint plus redoutable que le feu de l'ennemi? Ce fut donc pour gagner Malte à la première occasion favorable, que les trois vaisseaux vénitiens et la frégate de Toulon durent compléter leur chargement. Le Directoire s'efforçait en même temps, avec un soin jaloux, de remettre cette île sous son pouvoir immédiat. Comme s'il voulait briser l'organisation qui la plaçait sous le commandement de Bonaparte, il nommait un commissaire pour administrer le pays, et songeait à remplacer le
général Vaubois au gouvernement militaire do la place* . Il devait bientôt compléter ces mesures de défiance, en arrêtant que Malte,la Corse et les îles Ioniennes ne feraient plus partie de l'armée d'Orient, et seraient rattachées à celle d'Italie.
Il avait même été question de faire concourir à l'approvisionnement de Malte les trois vaisseaux vénitiens d'Ancône, et les bateaux restés à Corfou. Mais l'attitude, de jour en jour plus hostile, que prenaient les Turcs, détourna en partie de ce dessein; car il fallut bientôt penser à grossir nos forces dans l'Adriatique et autour des îles Ioniennes, pour faire face à un nouvel orage qui se formait rapidement à Constantinople.
C'était en effet une prétention difficile à sou-
1. Ce commissaire était Méchin : on lui adjoignit, le 15 août, trois secrétaires. Ainsi composée, la commission de Malte demeura plusieurs mois en Italie et y fut dissoute (Méchin, Précis de mon voyage et de ma mission, etc.). Quant à Vaubois, il fut rappelé par arrêté du 14 novembre. On chercha à le remplacer par Delmas, puis par Dessolle; on choisit, enlin le général Cambray, qui sortit d'Ancône le 7 décembre sur le Lahnrpe, mais dut rentrer au port. La nécessité conserva donc à Vaubois des fonctions, qu'il se montra très digne de remplir. Il en fut de même à Corfou, où Chabot garda le commandement, parce que le général Belair, nommé pour le reinplacer, ne put atteindre les îles : seul le commissaire général Dubois réussit à gagner Corfou, le 11 octobre.
tenir que celle de conquérir TEgyple sans rompre avec la Porte qui la possédait. Dans cette espérance quelque peu douteuse, les Directeurs et Bonaparte avaient imaginé un raisonnement spécieux et artificiel dont ils s'étaient promis de ne jamais se départir. A les entendre, ils ne faisaient la guerre qu'aux beys des mamelucks, milice indisciplinée qui dominait en Egypte sous l'autorité nominale du Sultan, et dont l'insolence envers nos nationaux appelait une punition depuis longtemps méritée. La République se faisait justice elle-même ; mais ferme dans ses anciens sentiments d'amitié avec l'Empire ottoman, elle promettait de respecter partout la propriété des Turcs ainsi que la religion dont le Grand Seigneur était le patriarche. Loin de nuire à la Porte, ne faisaitelle pas plutôt ses affaires en soumettant en son nom des vassaux qui ne reconnaissaient aucun frein? Un pareil sophisme ne pouvait être étayé qu'avec infiniment de dextérité; et Talleyrand s'était engagé, sur les instances de Bonaparte, à construire lui-même à Constantinople ce délicat ouvrage. L'ambassade de France où il devait donner cette leçon de souplesse, était alors
vacante par la mort d'Aubert-Dubayet et gérée par lluffiii, premier drogman*. Dès le li mai, TalU^yraiid lui avait révélé le secret de l'expédition de Toulon, lui recommandant de disposer r(îsprit des membres du Divan par quelques conlidenccs adroites. Il s'agissait de les rassurer sur nos intentions, à mesure qu'ils apprendraient l'arrivée et le progrès de notre année o-n h;^yptc, et de les amener de la sorte à prévenir dans les Lchelles du Levant les excès du fanatisme contre nos nationaux. Notre agent vu avait conféré le 20 juin avec le Reis Effendi, sans réussir à le convaincre. Un second entretien tourna h la méfiance et à Taigreur. Épié par les Turcs, qui lui dérobaient les nouvelles d(î la flotte française, Ruffin dut réclamer la protection muliuille que se prêtent en Orient les envoyés d(îs Ktats chrétiens.
A Tannonce de ces vexations, Talleyrand, qui n'avnit point de goût pour les aventures, encore
1. Le gcfnéral Aubcrt-Dubayot avait été nommé le % février 179(), en remplacement de Vcrninac. Il mourut à Constantinople <în décembre 1797. L'ambassade fut d'abord gérée pîir Carra Saint-Cyr, premier secrétaire, ainsi que par Ruffin. </»' (Jernier demeura seul chargé des [affaires, en vertu d'un ^'irrêté du 25 février 1798, qui fut mis à exécution le 9 mai.
moins pour le péril, renonça aussitôt à sa mission. Avait-il jamais pensé sérieusement à se rendre à Constantinople? Le peu d'occasions de se mettre en relief et de s'enrichir qu'offrait alors ce poste éloigné, permettrait d'en douter. Quels qu'aient été ses calculs ou ses craintes, il présenta, le 2 septembre, à la signature du Directoire, un arrêté désignant Descorches* pour l'ambassade de Turquie, et se ménagea le meilleur rôle en restant à Paris avec le portefeuille des relations extérieures.
Le 12 septembre, il reçoit de Constantinople une dépêche plus importante encore que les précédentes^ Ruffiny mandait avec certitude le débarquement de Bonaparte près d'Alexandrie : mais les procédés du ministre ottoman qui lui rapporta la nouvelle, avaient été des plus mortifiants et s'étaient terminés par une injonction de ne point franchir le seuil du palais de France. On publiait partout des firmans pour faire enle-
i . Descorches avait été ambassadeur à Constantinople pendant la Terreur. Il fut remplacé le 2 novembre 1794 par Verninac. Descorches quitta son poste le 6 avril 1795, arriva à Paris le 28 décembre, et fut tenu par le Directoire dans une sorte de disgrâce. Il eut à se défendre contre de vives attaques (voir Sommaire de la Corresp. de E.-F, Hénin).