CHAPITRE m
NOUVELLE COALITIOX
(novembre 1798 a 12 mars 1799)
Commencements de la guerre générale.
État général des affaires exposé dans une lettre des Directeurs à Bonaparte, le 4 novembre : — animosité des anciens ennemis de la République ; inertie de ses alliés ; — opérations possibles dans les Indes; — Bonaparte laissé maître d'agir à son gré. — Un premier envoi de cette lettre importante ne réussit point. — Sur la Méditerranée, les Anglais s'emparent des îles de Gozzo et de Minorque; — les Turcs et les Russes assiègent Corfou. — Excès du fanatisme dans tout le Levant : — le Directoire voudrait y répondre par un soulèvement des Grecs. — En Italie, marche des Napolitains sur Rome.
Conseils de Bonaparte.
Renseignements fournis sur l'Egypte par le contre-amiral Blanquet et le commissaire Julien. — Faux bruit de la mort de Bonaparte. — Dépêches du Caire apportées par le courrier Thibaut. — Bonaparte presse le gouvernement de refaire une marine sur la Méditerranée ; — il insinue
Tavis d*7 faire passer les vaisseaux de Brest ; ~ il annonce son retour comme prochain.
Le Directoire décide renvoi de la flotte de Brest dans la Me* diterranée.
Sur ce point, les idées de Bonaparte sont partagées par le Directoire. — Arrêté du 19 décembre : — Famiral Braix fait armer à Brest vingt-quatre vaisseaux de ligne. — Quel secours attendre des marines alliées? — On renonce aa concours des Bataves. — Avec TEspagne, on use de détours et de déguisements. — M. de Urquijo : il consent à mettre la flotte de Cadix à notre disposition. — Suite des événements militaires dans le bassin de la Méditerranée : — déroute des Napolitains et conquête de Naples; — guerre déclarée par les régences Barbaresques.
Communications avec l'Egypte.
Urgence de faire parvenir des nouvelles à Bonaparte. — Bulletin du 3 mars ; — second envoi de la lettre du 4 novembre. — Les correspondances pour l'Orient ne peuvent suivre la route de Barbarie, ni celle de la Calabre. — Expéditions essayées par Ancône : elles échouent. — Au contraire par Gênes, le courrier Mourveau atteint promptement l'Egypte ; — il rejoint Bonaparte en Syrie. — Depuis le courrier Lesimple, le général n'avait reçu des nouvelles d'Europe que par un navire marchand.
Déclaration de guerre à l'Autriche.
Louis Bonaparte arrive d'Egypte avec les mêmes dépêches que celles de Thibaut. — Attitude des frères du général ; ils sont rangés dans l'opposition contre le Directoire.. — Vote de la guerre contre l'Empereur, le 12 mars itÔS.
Une lettre, que les Directeurs écrivirent le 4 novembre à Bonaparte, expose l'état des affaires SOUS ce jour inquiétant pour la paix de ri'^uropo. L'Autriche, comme Bonaparte ne Ti-
gnorait point, ne peut, disent-ils, se résoudre à perdre la domination de Tltalie, ni à laisser en repos la Révolution française. A la suite de conférences tenues à Seltz avec M. de Cobenzl, le renouvellement de la guerre n'a plus semblé douteux ; Finfluence décidément hostile de M. de Thugut a recommencé à prévaloir dans les conseils de la cour de Vienne. La bataille d'Aboukir est venue précipiter le cours déjà si troublé des événements. D'une part elle pousse les Turcs dans les bras des Russes, leurs mortels ennemis; et l'on croit que, libres de passer les Dardanelles, les vaisseaux de Paul I" iront assaillir l'île de Malte, dont ce prince désire la possession 'avec une ardeur de maniaque. C'est aussi la victoire de Nelson et la présence de sa flotte qui soulèvent les Deux-Siciles, où les préparatifs militaires, continués au grand jour, font prévoir une agression prochaine. Le Directoire regarde • donc la lutte comme imminente. Il vient de mettre en activité 200,000 conscrits, et d'organiser les commandements sur le Rhin et en Italie, « ce pays, dit-il, oii se porteront les plus grands efforts et les coups décisifs. » Poursuivant cette sombre revue, il examine ensuite la
politique ou les ressources de chacun de ses alliés. La Prusse, qui prétend nous favoriser, continue à chercher sa sécurité et son profit dans la mésintelligence entre la République et l'Empereur*; elle fomente la guerre sous le masque de la neutralité. Nulle aide à attendre des républiques italiennes, et peu de secours des Suisses et des Bataves. Quant à la cour de Madrid, elle parle bien d'unir à Brest sa flotte à la nôtre; mais quel fond peut-on faire sur de telles promesses? Ainsi délaissée, la République ne se méprend point sur les conséquences de cet isolement; elle ne compte que sur ellemême pour vaincre la coalition.
« Mais pour revenir à ce qui vous concerne, disent les Directeurs à Bonaparte, aussi longtemps que la Méditerranée sera occupée par les Anglais et les Russes, il sera impossible d'éta* blir avec vous des communications suivies et de vous faire passer des renforts d^hommes et de munitions. Le Directoire ne sait pas même si, malgré les mesures de tout genre qu'il a prises, il viendra àboutd'appro visionner Malte'...