‹ Le Directoire et l'expédition d'Égypte: étude sur les tentatives du Directoire pour communiquerChapitre 14 sur 98 · Rapport de Bruix au Directoire, 26 octobre 4798. En · texte numérisé non relu

Rapport de Bruix au Directoire, 26 octobre 4798. En

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Vous devez donc, au moins pour quelque temps, vous arranger pour vous suffire à vous-même... Ne pouvant vous envoyer des secours, le Directoire Exécutif se gardera de vous donner des ordres, même des instructions. Celles-ci, vous les tirerez de votre position même et de la manière dont vous serez établi en Egypte. Le Directoire ne veut que vous faire part des considérations qui le frappent et vous communiquer les données qui peuvent servir à vous décider. »

Ces réflexions portaient sur deux opérations différentes que pourrait entreprendre Bonaparte. Le Directoire, sans se préoccuper de la distance et du climat, parle d'abord d'une marche sur Constantinople. Il y voit l'avantage d'assister de près et armé au partage inévitable do TEmpire ottoman, dont la crise actuelle menace de consommer promptement la ruine.

L'autre opération, entrevue autrefois par Bonaparte lui-même, consisterait à transporter la guerre dans les Indes. Les Directeurs avaient remis au général, avant son départ, des lettres

vertu d'un traité passé le 10 octobre, les négociants Bacri et Abucaya réussirent à faire entrer un navire à Malte. De même, quelques vivres furent apportés de Marseille et de Gènes, mais en quantité insuffisante.

de créance auprès des divers prioces indiens K Sur sa propre demande, ils lui avaient envoyé le commandant Piveron qui, par sa connaissance de rindoustan, paraissait propre à nouer des intelligences avec Tippoo-Saib. Piveron, embarqué le 16 août à Toulon, ne put d'abord continuer son voyage par mer; d'Ancône, il gagna Corfou où il était resté, s'employant du reste avec courage à la défense de cette forteresse. Depuis cette mission inutile, le Directoire avait reçu de Pîle de France, avec quelques renseignements sur la position des Anglais dans les- Indes, un traité d'alliance qu'on disait proposé par Tippoo-Saib au gouvernement de notre colonie. La pièce n'était point signée, et d'ailleurs l'administration de l'île de France, bien que très fidèle à la nationalité de la métropole,, n'en reconnaissait plus les lois et gouvernait chez elle avec une sorte d'indépendance qui ne^ permettait guère de lui adresser des instruc-

1. Le directeur Merlin, à Talleyrand, 22 avril 1798 : fe Léslettres de créance que vous avez adressées au Directoire Ex. , ne remplissent pas Tobjet qu'il s'est proposé. II en faut non seulement pour Tippoo Sultan, mais encore pour les autres princes de l'Inde. Le plus sûr est de laisser en blancs les noms de ceux-ci... »

lions. Dans le double dessein de rétablir dans la colonie la constitution de Fan III, et de profiter des ouvertures de Tippoo-Saib, les Directeurs s'étaient décidés, le 26 octobre, à envoyer à l'île de France un « agent particulier ». Leur choix s'était porté sur un ancien député du pays, sur Louis Monneron. Ils lui recommandaient, aussitôt après son arrivée, d'expédier un bâtiment léger dans la mer Rouge pour connaître la situation de Bonaparte, établir avec lui des communications suivies, et mettre à sa disposition trois frégates et quelques corsaires qui formaient toutes les forces navales de la colonie. Louis Monneron, impliqué dans une banqueroute à la fin de novembre, ne devait jamais s'embarquer ; mais à ce moment les Directeurs pouvaient regarder son départ comme certain. « Si donc vos vues, écrivaient-ils à Bonaparte, se tournaient vers l'Inde, le citoyen Monneron ne manquerait pas de vous seconder avantageusement. »

« Mais, le Directoire le répète avec toute confiance, seul vous savez ce que vous pouvez et ce que vous devez faire. Le retour en France paraissant. difficile à effectuer dans le moment,

fc> NOUVELLE COALITION.

il paraît vous laisser trois partis, parmi lesquels vous pouvez choisir : demeurer en Egypte, en vous y formant un établissement qui soit à l'abri des attaques des Turcs; mais vous n'ignorez pas qu'il y a des saisons extrêmement funestes aux Européens, surtout quand ils ne reçoivent pas des secours de la métropole; — pénétrer dans rinde où, si vous arrivez, il n'est pas douteux que vous ne trouviez des hommes prêts à s'unir à vous pour détruire la domination auglaise; — Onfin marcher vers Constantiuople au devant de Tennemi qui vous menace. C'est à vous à choisir, d'accord avec l'élite des braves et d'hommes distingués qui vous entourent.

Mais de quelque côté que se tournent vos efforts, nous n'atteudons du génie et de la fortune de Bonaparte que de vastes combinaisons et d'illustres résultats. »

Cette dépêche, la seule importante que le Directoire ait envoyée en Kgypte, ne devait arriver aux mains de Bonaparte qu'à la fin de mars, trop tard pour influer sur l'expédition de Syrie qu'elle semblait conseiller, mais encore à temps pour fournir sur l'état de l'Europe les lumières les plus instructives. Elle: fut d'abord

confiée au chef dé brigade Lucotte, qui se rendit à Barcelone, où il attendit vainement l'occasion de prendre passage sur un navire espagnol, et à Michel Magallon, qui arriva jusqu'à Tunis sous un nom supposé sans pouvoir aller au delà. On verra qu'un second envoi d'émissaires, fait après le 29 décembre, eut un meilleur succès. Les prévisions du gouvernement sur une guerre générale commençaient à se réaliser de divers côtés. Dans la Méditerranée, les Anglais se fortifiaient de toutes mains. Les Maltais, s'étant soulevés avec des armes que Vaubois leur avait rendues, Nelson parut le 15 octobre devant la petite île de Gozzo et s'en empara *. On le sut à Paris le 28 novembre, deux jours après la nouvelle plus grave d'une autre capitulation, celle du port espagnol de Mahon, qui s'était rendu aux Anglais le 16 de ce mois.

Maîtres par là de Minorque où ils se pressaient de s'établir, todt-puissantsdans la Sicile et dans la Sardaigne, où ils se faisaient recevoir en libérateurs % les Anglais étaient maintenant à portée

1. La révolte des Maltais commença le 2 septembre et fut connue assez promptement par la voie de Naples. — L'île de Gozzo capitula le 28 octobre.

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