Notre consul à Cagliari, Coffin, quitta la Sardaigne au
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de ravitailler commodément leurs escadres. Nelson aurait même souhaité de devancer les Russes et les Turcs, dont la flotte combinée se dirigeait vers les îles Ioniennes; mais il dut leur abandonner cette proie*. Déjà, par terre, les Turcs avaient refoulé dans ces îles les forces insuffisantes du général Chabot, et le pacha de Janina, après avoir enveloppé à Nicopolis quelques centaines de nos soldats, les traitait avec la cruauté du barbare et la haine plus farouche encore du musulman.
Ce fanatisme qui se réveillait partout dans le Levant, en Grèce, comme sur les côtes de l'Afrique et de TAsie, pouvait faire craindre les fureurs d'une guerre sainte. On savait maintenant que Ruffin était enfermé aux Sept-Tours; que dans tout TEmpire turc les consuls de la République étaient prisonniers, et nos nationaux, saisis indistinctement, languissaient à la chaîne au fond des châteaux forts de la mer Noire. A ces excès le Directoire ne pouvait répondre par
commencement de janvier 1799, parce que les magistrats de rile avaient décidé de se mettre sous la protectioa anglaise. 1. Après la conquête des petites lies, la flotte combinée vint bloquer Corfou le 4 novembre. Les habitants prirent aussitôt parti pour Tennemi.
des vengeances semblables. Réduit à retenir à Paris comme seul otage Tambassadeur ottoman, il cherchait au contraire à l'échanger contre le plus grand nombre possible de nos concitoyens*, et demandait à l'ambassadeur d'Espagne à Constantinople, M. de Bouligny, de tenter cette négociation charitable. Mais^ à défaut de représailles contre les personnes, l'autorité du Sultan semblait vulnérable dans ses sujets chrétiens de l'ancienne Grèce : c'était par là que le Directoire espérait frapper, en colportant parmi ce peuple insoumis son manuel habituel de doctrines révolutionnaires. En effet, le 14 novembre, il créa un comité d'insurrection grecque, composé de Mangourit, Emile Gandin et Stamaty, avec mission de résider à Ancône, et de dissimuler sa propagande sous le prétexte de ranimer le commerce français dans l'Adriatique ^
1. Le Directoire prétendit, le 13 décembre, obtenir la liberté de tous nos nationaux, emprisonnés par les Turcs. Cette proposition était peu acceptable, parce que le nombre des sujets ottomans retenus en France était hors de proportion avec celui des Français mis aux fers dans le Levant. Le 30 janvier 1799, Talleyrand se réduisit donc à réclamer l'échange des agents accrédités des deux nations. On verra plus loin que même cette seconde demande ne fut pas accueillie.
2. Mangourit et Stamaty, arrivés les premiers à Ancône, commencèrent le 26 janvier les opérations de la commission.
Le principal descoalisés,rEmpereur,cherchait encore à gagner du temps. Plus impatients et moins avisés, les Napolitains se laissèrent entraîner par Nelson, et se mirent en marche le 23 novembre. Le 4 décembre, le Directoire leur déclara la guerre.
Cesdernières semaines, les nouvelles d'Egypte arrivaient avec une sorte d'abondance. Le 18 novembre, le Directoire avait admis à sa séance le contre-amiral Blanquet Du Chayla, prisonnier sur parole des Anglais, qui l'entretint longuement du désastre d'Aboukir. Un commissaire des guerres, Julien, parti d'Alexandrie le 13 octobre, apportait les ordres du jour, les imprimés de toute espèce qui faisaient connaître les travaux de l'armée d'Orient. Ces mêmes documents, prodigués en vue de la publicité, parvenaient
Mais déjà il était presque impossible de communiquer avec la Grèce. Stamaty parait avoir distribué quelques imprimés révolutionnaires : nous avons retrouvé deux de ces libeUes, qui sont écrits en langue grecque. La commission tourna bientôt son activité vers les affaires d'Italie ; elle prétendit équiper des corsaires et diriger les autorités de la République romaine. Cette usurpation de pouvoirs mécontenta les Directeurs, qui prononcèrent, le 18 mars, la dissolution de la commission de commerce. L*arrété fut exécuté le 10 avril. Stamaty resta encore quelques semaines chargé de la correspondance secrète avec les Grecs, et quitta Ancône au mois de mai.
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lors dans tous les ports de l'Europe , où les ransportaient les bateaux neutres du convoi e Bonaparte, qui avaient été licenciés à la fin e septembre et se glissaient chaque nuit hors /Alexandrie, à travers la croisière anglaise. *lus de quarante avaient été incendiés par Tenlemi, mais plus de cinquante autres, échappés . cette surveillance, couraient dans toutes les lîrections sur la Méditerranée.
Enfin, le 13 décembre, un paquet do lettres le Bonaparte est déposé entre les mains des directeurs. Il était envoyé d'Ancône par un 'Ourrier, du nom de Thibaut, sorti d'Alexanl rie le 8 novembre, et subissant sa quarantaine. Phibaut annonçait qu'il était parti d'Egypte un our après Louis Bonaparte, le frère du géné- 'al, et qu'il apportait un double des mêmes dépêches.
Précisément à ce moment, on répandait un iruit.qui troubla profondément les esprits. On lisait que Bonaparte était mort. Les uns le faisaient tué dans un combat contre les Turcs lous. Alexandrie; les autres le prétendaient issassiné dans une révolte au Caire. La rumeur /cnait de Vienne, et se propagea jusqu'à Lon-
dres, où la populace la fêta par des réjouie sances. On remarqua que madame Bonaparte ne se montrait plus en public. Malgré la contradiction de ces versions, le Directoire M assez alarmé pour écrire le 14 à l'amiral Pléville-le-Pelley d'interroger lui-même à Ancône le courrier Thibaut, qui avait dû s'embarquer après l'événement. Il n'eut pas besoin de cette réponse : quelques jours après, la Gazette à Vienne démentait ses propres assertioïis. 11 n) avait de vrai dans ces nouvelles que la révolte du Caire, et la mort d'un général français, tombé sous les premiers coups des fellahs insurgés.
Rassurés sur la vie de Bonaparte, les Directeurs prirent une connaissance plus attenlivi de sa correspondance. L'intérêt véritable n consistait point dans le récit des combats con^ les Arabes, ou des heureux débuts de Desaiî sur le haut Nil, mais dans les vues politiques d! militaires qui s'y trouvaient exposées. Bon** parte persévérait, malgré le désastre d'Aboukir, à regarder l'occupation de l'Egypte comme l'atteinte la plus nuisible que pût recevoir alors la puissance britannique. Selon lui, il y avail deux manières de tirer avantage contre les An-
glais de la position de notre armée dans le JLevant. Et d'abord, si la tournure des négociations de Rastadt faisait craindre le renouvellement de la guerre avec l'Empereur et une coalition nouvelle, « il peut être avantageux à la République, disait Bonaparte, de faire de la con- <]uête de l'Egypte un moyen de paix glorieuse avec l'Angleterre : alors il faut prendre la chose sur le temps et vivement*. » L'état de la colonie, qui se consolidait de jour enjour, etn'avaitbesoin que d'un peu de renforts et surtout de nouvelles de la patrie, permettrait dès à présent d'obtenir de l'Angleterre des concessions, jusqu'ici refusées. Si, au contraire, par sécurité sur le continent ou par d'autres raisons, le Directoire était décidé à poursuivre la lutte avec les Anglais, il devait s'associer aux efforts de Bonaparte, et pour cela reconstituer une marine dans la Méditerranée.
Le général répétait avec insistance ce qu'il avait écrit récemment, quand il exposait la nécessité de réunir ensemble nos vaisseaux épars sur cette mer. C'était moins pour secourir l'ar-