JANVIER ET FEVRIER
Lîté, elle devait se poursuivre moins par des notes que par des conversations. Le 11 janvier, Bruix, sur l'ordre du Directoire, expliquait à Talleyrand les détours qu'il était à propos de choisir. Avant tout il convenait d'inviter TEspagne à se tenir prête pour une action commune, annoncée comme très prochai ne, et d'obtenir par ce vague appel que sa flotte de Cadix fût mise promptement en état. Quant aux vaisseaux, en petit nombre, répartis dans les autres ports espagnols, ils devaient être placés immédiatement sous la main de la France : ceux du Ferrol se rendraient dans l'un de nos ports de l'Océan ; ceux de Carthagene feraient l'objet d'une cession véritable et viendraient à Toulon prendre le pavillon républicain. Grâce à ces premières mesures et à celles qui devaient suivre, lorsque la flotte française entrerait dans la Méditerranée, l'Espagne se trouverait engagée par ses propres préparar tifs à ne point déserter notre entreprise.
Talleyrand entretint aussitôt de ces demandes M. de Azara, qui les accueillit avec un front soucieux. L'envoyé espagnol commença par écarter toute idée de céder à la France les vaisseaux de Carthagène, les déclarant nécessaires
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à la reprise de Minorque, qui, à Ten croire, allait être bientôt essayée. Mais comment persuader à sa cour d'équiper vingt vaisseaux i Cadix et de se priver de la division du Ferroi, quand la destination de tant de forces demeure cachée? «Une franche communication du projet médité, disait M. de Azara, ne compromettrait en rien le secret. Vous savez à combien de malheurs injustes a donné lien tout le mystère qu'on nous fit de Fexpédition y d'Egypte. » Ce n'est pas, ajoutait-il, en persévérant dans cette manie du silence, que Ton obtiendra le sacrifice de toute la marine de It monarchie. Le roi ne comprend point que soo représentant officiel ne puisse lui fournir des éclaircissements aussi naturels, et commence à l'accuser de manquer de crédit ou de clai^ voyance. Ce que M. de Azara disait à Paris, le chevalier de Urquijo le répétait à Madrid à notre envoyé Guillemardet*. Ce chevalier suppléait alors M. de Saavedra, trop malade pour supporter le poids de ses fonctions, et aspi-
1. Guillemardet, nommé ambassadeur le 20 mai 1798,amfi à Madrid le 3 juillet, et le 8, présenta ses lettres de créance. B succédait à Truguet, rapp'elé par arrêté du !«' mai, et prit h service des mains du secrétaire Perrochel, chargé d'afËùrM*