‹ Le Directoire et l'expédition d'Égypte: étude sur les tentatives du Directoire pour communiquerChapitre 29 sur 98 · Bailleu , no · texte numérisé non relu

Bailleu , no

elles soulevaient au dedans les partis et rallumaient la guerre civile : dans le Midi, où les assassinats s'étaient multipliés; dans l'Ouest, où les bandes, recrutées de jour en jour, forçaient les troupes républicaines à se fortifier dans leurs cantonnements. Sous l'impression des malheurs publics, les élections avaient assez grossi dans les Conseils le nombre des adversaires du Directoire, pour que celui-ci n'osât plus vicier ces scrutins répétés qui le condamnaient ouvertement. Déjà les mécontents de tous les partis commençaient à se concerter : Modérés et Jacobins n'avaient-ils pas les mêmes griefs contre un pouvoir, qui les opposait sans cesse les uns aux autres, pour se perpétuer par leurs divisions? Ce n'était qu'un cri unauime contre les arrestations arbitraires, contre les « dilapidations » qui avaient remué la haine des peuples voisins qu'on prétendait affranchir. Les frères de Bonaparte s'étaient rangés dans cette opposition, composée de tous les intérêts froissés, et sans y découvrir aucun projet particulier, parlaient, comme les autres, de la nécessité de réformer le Directoire. Une crise était dans l'air; déjà la nomination de Sieyès à la place

i:iO LA FLOTTE DANS LA MÉDITERRANÉE.

de Rewbell avait retenti comme la première annonce de Torage *.

Il ne restait aux Directeurs qu'une chance de sauver leur situation en même temps que la patrie, c'était de rétablir les affaires militaires. Or, on ne connaissait qu'un seul général qui fut capable de ramener la victoire sous nos drapeaux, lorsque des hommes comme Moreau, Macdonald ou Masséna semblaient en désespérer. Il fallait en convenir : on avait besoin de Bonaparte. Et d'ailleurs, s'il était à prévoir que ce général, victorieux en Suisse ou sur le Rhin, réclamerait une part du gouvernement, était-il impossible de s'entendre? Le Directoire, qui lui avait accordé sans restriction toutes ses demandes, tous les moyens d'accroître sa gloire, ne pourrait-il pas l'attirer dans son parti contre les Conseils? La question se présentait à l'esprit des membres du gouvernement, et chacun y répondait suivant ses espérances ou ses dégoûts. Barras et le ministre Talleyrand avaient leurs vues particulières sur Bonaparte :

1. Sieyès, élu le 16 mai, occupait encore Fambassade da Berlin. Il n'arriva à Paris que le 7 juin. Sa nomination firt accueillie avec grande faveur par l'opinion modérée (BailleOi nM 243, 246, 260, etc).

le premier, par la manie d'intriguer avec tous ceux qui pouvaient lui conserver une autorité d'où dépendaient ses jouissances*; l'autre, par une sagacité qui lui faisait pressentir un nouveau maître. C'était d'eux que venait l'idée de rappeler en Edrope l'armée d'Orient. Treilhard, Merlin, le vaniteux Révellière-Lépeaux, irrités contre les événements, étaient prêts à accepter Jes remèdes les plus amers; ils se résignaient au retour de Bonaparte, se disant qu'après tout il n'était pas en leur pouvoir de l'empêcher. Le général n'avait-il point annoncé son départ d'Egypte pour le mois de mars, au cas

1. Barras ne suivait-il pas, au même moment, une négociation avec Louis XVIII? Depuis l'automne de 1798, les agents royalistes Fauche-Borel et La Maisonfort se vantaient d'être en rapports avec Barras par l'intermédiaire de ses familiers Monnier et Bottot. Les demandes d'argent de la part de ceux-ci, la légèreté; la présomption, l'imprudence de la part de ceux-là étaient les traits les plus certains d'une intrigue fort louche, sur laquelle le prétendant ne se faisait guère illusion. « n n'y a pas moyen de raisonner sur cette affaire Barras », écrivsût le secrétaire de Louis XVIII ; « le roi n'a jamais dérangé ses mesures d'après cette vaine spéculation : elle a mal débuté, et probablement la fin y répondra. » Cependant, à deux reprises, le cabinet du roi a paru prendre les pourparlers plus au sérieux : d'abord le 14 novembre 1798, lorsqu'il y mêla le duc de Fleury; ensuite le 10 mai 1799, lorsqu'il prépara des lettres patentes en faveur de Barras. Quant à celui-ci, il e«t possible qu'il ait simplement essayé une issue pour s'échapper en cas de nécessité.

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oii la guerre serait déclarée? La guerre était survenue, et avec elle la défaite. On ne pouvait douter qu'à cette nouvelje, Bonaparte ne se résolut de confier son retour à la fortune qui Tavait jusqu'alors protégé. Ne valait-il pas mieux se donner, aux yeux de la France et de lui-même, le mérite d'avoir entrepris de le ramener?

Il fallait toutefois, pour réussir, le concours absolu des Espagnols et la supériorité sur les Anglais. Le Directoire, mal renseigné, avait le tort de faire fond sur ces deux avantages, qui étaient loin de lui appartenir.

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