JUILLET ET AOUT
faire les meilleurs raisonnements de Bruix. A l'aspect de notre pavillon qui s'éloignait, Mazarredo, aiguillonné dans son honneur de soldat et de gentilhomme, changea de rôle; on le vit mettre sur pied ses équipages, travailler nuit et jour à la voilure et aux approvisionnements, et, le 21 juillet, se réunir hors de Cadix à la flotte française, qui s'était arrêtée pour l'attendre.
Les deux amiraux prirent aussitôt la direction de la Bretagne. Les Espagnols, inhabiles dans leur marche, perdirent, dans les premiers jours, un bâtiment qui s'échoua, et un autre qui dut rentrer à Cadix. Le 3 août, un violent vent d'ouest redoubla l'embarras de leur navigation. Bruix ne pouvait avec sécurité les écarter de leur route pour dégager Rochefort; il craignait lui-même d'être jeté sur ce rivage, s'il tentait de l'approcher. Renonçant donc à cette entreprise, les deux escadres continuèrent à gouverner vers Brest, qu'elles atteignirent dans la soirée du 8 août. Il était temps. Une tempête, qui éclata la nuit suivante, et l'apparition de lord Keith qui, à force de voiles, avait presque rejoint les alliés, prouvèrent que, par un jeu
158 BRUIX ET MAJÏRflREBO.
singulier de la fortune, Bruix avait jusqu'au dernier jour réussi dans ses manœuvres, mais sans pouvoir accomplir aucune partie de sa mission.