Lëpuzon-Leduc, p. 294, 323, etc
retenir les Anglais au port en rassemblant, comme on l'a vu, les deux flottes alliées dans la rade de Brest. Les quarante vaisseaux de TEspagne et de la République, bloqués étroitement,y consumaient sans profit leurs provisions, au milieu de l'indiscipline ou de la désertion des équipages. Bruix avait prétexté sa santé pour demander un successeur; quant à Mazarredo, revenu de son élan chevaleresque, et rebuté par le langage de nos Jacobins, il pariait de retourner sur la côte espagnole qu'il avait abandonnée sans défense. L'inaction à Brest était malheureusement forcée : car on ne pouvait sortir sans attirer sur soi les forces supé^ rieures de l'ennemi; quand même la surveillance des Anglais eût été moins incessante, oDi trouver les hommes, l'argent, les intelligence» secrètes qui étaient nécessaires pour une descente en Irlande*? Etpourtant,malgré nos rêver*
1. Dès le 9 août, le ministre de la marine, instruit par^ télégraphe du retour des deux flottes, écrivit par le mèfl»* moyen à Bruix : « ... Que comptez- vous faire ? Avez-voiï* quelques projets pour la fin de cette campagne ? Indiquez-lef moi. Que pensez-vous tl'une expédition sur l'Irlande? Voi^' croyez-vous assez fort pour l'entreprendre? Combien voil) faudrait-il de troupes de débarquement? Que manque-t-il i Tarmée que vous commandez ? Prëféreriez-vous à une expé dition sur Tlrlande Thonneur d'aller débloquer lo Texel e
et notre impuissance, le gouvernement espagnol affectait de croire qu'on lui dissimulait encore quelque entreprise maritime. Il venait de remplacer le chevalier de Azara ^comme s'il accusait cet ambassadeur philosophe de n'avoir pas les yeux assez ouverts sur les projets du Directoire. Bref, l'Espagne mesurait avec plus de parcimonie que jamais sa mise dans une alliance qui ruinait son trésor, et venait, par surcroît, de lui attirer la guerre avec la Russie. Déjà les cinq vaisseaux espagnols de Rochefort, après s'être montrés dans la direction de Brest, avaient rebroussé chemin pour rentrer à la Corogne.
D'un moment à l'autre, Mazarredo pouvait recevoir un ordre semblable de rappel. Afin de le retenir en France, les Directeurs durent le combler de marques de distinction, l'invitant, ainsi que Bruix, à venir conférer à Paris', lui donnant des fêtes, et réclamant comme une faveur à Madrid qu'il fût investi des pouvoirs Içs plus étendus, pour concerter quelque plan nouveau
respérance de ramener dans nos ports de TOcéan l'escadre des Bataves? » — Cf. Bailleu, no 273.
1. Azara, remplacé le 14 août par M. de Muzquiz, lui remit le service le 23 septembre.