Mazarredo quitta Brest le 24 août, et Bruix le
d'opérations et resserrer ainsi les liens si relâchés de l'alliance .
Sur la Méditerranée, depuis la retraite des deux flottes, les affaires n'avaient fait qu'empirer; et la conservation de Malte, le sort de l'armée d'Orient, n'étaient point les intérêts les moins lourds qui retombaient sur les bras affaiblis du Directoire.
On avait de Malte des nouvelles assez fraîches et très alarmantes. Deux émissaires, parvenus successivement à Gênes*, faisaient craindre que cette précieuse conquête de Bonaparte ne fût bientôt perdue pour la République. Même avec le renfort des équipages de Villeneuve, la garnison, décimée par les maladies, suffisait avec • peine à la garde des remparts. La haine de la population, affamée et dépérissante, les attaques continuelles des révoltés obligeaient les Français à rester toujours en éveil. Aucun bâtiment ami n'était entré au port depuis près de six mois. Le général Vaubois, privé d'instructions,
1. Saizier, arrivé le 9 juin, et Fouques, parti de Malte le !«' juillet et débarqué à Gènes le 27. D'après leur récit, la garnison perdait par les maladies de J 00 à 130 hommes chaque mois ; plus de 800 malades encombraient les hôpitaux et manquaient de linge et de médicaments.
certain néanmoins de faire son devoir en tenant jusqu'au bout*, avait rejeté de haut les sommations des amiraux anglais et portugais. Mais les vivres s'épuisaient sans se renouveler. Les nouveaux Directeurs, qui jusqu'alors n'avaient pas cru le péril aussi grave, se décidèrent, au commencement d'août, à tenter un effort considérable pour ravitailler la place. Outre un marché secret, passé avec un négociant musulman de Tunis, nommé Osman Aga, l'ordre était parti pour Toulon^ d'équiper tous les bâtiments disponibles, c'est-à-dire les trois vaisseaux vénitiens, le Généreux, deux frégates et deux corvettes. C'était toute la marine qui nous res-
i. Le 28 avril, le Directoire avait décidé de nouveau que Vaubois serait remplacé par le général Cambray. Ce second arrêté, aussi injuste que le précédent, fut aussi inutile.
2. Cet ordre partit le 9 août, et l'officier Fouques, envoyé à l'avance, apporta à Malte (le 16 octobre) l'annonce d'un ravitaillement. Au mois de septembre, le ministre de la marine retrancha du convoi les 3 vaisseaux vénitiens; mais il n'avait pu encore réunir ni les 2,000 hommes, ni surtout les fonds nécessaires. Il fallait au moins 300,000 francs, qu'il était impossible de trouver. A la fin d'octobre, on reprit les préparatifs. Ce fut seulement sous le) gouvernement consulaire que le convoi prit la mer. Il sortit de Toulon le 25 janvier 1800, avec 1,200 hommes; mais quelques jours après, il fut dispersé près de la Sicile par une division anglaise. Le Gënëreu^ fut pris, et Perrée, qui commandait l'expédition, fut mortellement blessé.
tait sur la Méditerranée. Chargé de 2,000 hommes et de vivres pour un an, le convoi devait pénétrer dans la cité Valette, et revenir aussitôt en ramenant le vaisseau maltais l'Athénien, la division du contre-amiral Villeneuve, et tous les Maltais suspects dont Vaubois jugerait à propos de se défaire. Le Directoire enfin ne négligeait pas de s'adresser à l'Espagne, et lui demandait un contingent de 1,800 hommes.
Toutefois Texécution de ces diverses mesures demeurait en suspens. L'Espagne qui, un mois auparavant, au milieu des pourparlers de Carthagène, consentait encore à nous accompagner Malte, changeait de langage et refusait désormais de rien entreprendre pour nous sur la Méditerranée. D'autre part, le désastre de Novi avait fait trembler pour Gênes et Toulon, et fait conserver dans ces ports des bâtiments qui pouvaient servir h les défendre. Lorsque cette première émotion fut calmée, le défaut absolu de fonds empêcha l'achat des provisions et l'armement du convoi.
Cette misère vraiment inouïe du trésor avait sur la Méditerranée un autre effet moins apparent : elle paralysait les velléités du Directoire
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de traiter avec les Barbaresques. On savait que les deys, tout en laissant courir leurs corvettes sur les côtes de la Provence et de la République romaine, gardaient envers la France des ménagements qui s'accentuaient chaque jour. Celui de Tripoli avait souffert que notre consul envoyât à Malte une tartane remplie de vivres, et par celte complaisance avait attiré sur sa tête les vexations de Nelson. A Tunis, on comptait sur Tinfluence d'Osman Aga pour faire entrer des provisions à Malte. Le dey d'Alger, qui seul avait montré quelque animosité, s'était radouci et ne maltraitait plus ses captifs. Ajoutons que l'exemple du Maroc, ouvertement en paix avec la République sans que ni la Porte ni l'Angleterre eussent tenté de sévir, ne pouvait manquer d'encourager l'humeur indépendante des autres régences. Pour faire mouvoir des ressorts ainsi préparés, Talleyrand pensa à envoyer sans bruit à Alger, et ensuite à Tunis et Tripoli, soit Descorches,soit l'amiral Pléville-le-Pelley^ Plus tard, on parla de confier cette mission à Vallière, ancien consul d'Alger, et agent expérimenté