‹ Le Directoire et l'expédition d'Égypte: étude sur les tentatives du Directoire pour communiquerChapitre 42 sur 98 · Rapport de Talleyrand, du 4 juillet · texte numérisé non relu

Rapport de Talleyrand, du 4 juillet

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mêmes parlé de ramener Bonaparte, à condition que l'armée française évacue l'Egypte: — Surprise du Directoire. — Elle cesse avec Tarrivée d*une dépêche de Bonaparte, racontant la déroute des Turcs près d'Aboukir : — par là , tout s'explique. — Le Directoire renonce aussitôt ù son projet de capitulation et à l'entremise de M. de Bouligny. — Pleins pouvoirs délégués à Bonaparte seul, pour répondre aux avances pacifiques du Divan. — Les Conseils votent que nos armées ont bien mérité de la patrie.

Débarquement de Bonaparte en France.

Bonaparte dispensé de toute quarantaine. — Les Directeurs sont déconcertés. — Secousse profonde dans Topinion. — Bonaparte est promptement averti des combinaisons du gouvernement pour le ramener. — Propositions de paix qu'il a fait lui-même parvenir au grand vizir et instructions laissées à Kléber à cet égard. — Bonaparte ne voudrait céder l'Egypte que s'il devenait impossible de s'y maintenir. — Reinhard se rend à cet avis, qu'il ne partageait point. — Lettre écrite à Kléber.. — Révolution du 18 brumaire. — Faute d'une marine en état, l'Egypte sera perdue pour la France.

L'anxiété qui s'attachait à l'armée de Bonaparte, réveillée par les infortunes publiques, redoublée par l'éloignement, avait fini par se répandre dans la foule. Les journaux étrangers étaient plus abondants en nouvelles depuis qu'elles étaient devenues mauvaises. Ils montraient les troupes de Syrie réduites à 6,800 hommes, poursuivies dans leur retraite, sans artillerie, et regagnant l'Egypte à travers les sables du désert; tandis que le grand

vizir s'avançait sur Damas, et qu'une flotte turque passait les Dardanelles avec une armée de débarquement. Les Directeurs avaient eu quelque temps la crainte que l'expédition du duc d'York ne fût destinée à l'Egypte : la descente du duc en Batavie était à d'autres égards aussi inquiétante ; elle prouvait clairement la confiance des Anglais dans les attaques des Turcs, les révoltes des Arabes, la peste et l'épuisement, pour consommer promplement la ruine de Bonaparte. Il n'était plus douteux que ce général, enfermé dans l'Egypte comme dans une place de guerre, subirait le sort inévitable des assiégés qui ne sont point secourus. Combien de mois parviendrait-il à résister? on l'ignorait. En tout cas, il était de l'honneur de la République d'essayer de le tirer d'Egypte avant qu'il y fût réduit à l'extrémité.

Ce sentiment, qui s'emparait par degrés des imaginations, fut développé par Talleyrand dans un rapport présenté au Directoire le 3 septembre. Il n'est plus temps, disait-il, do chercher à « réaliser les viles grandes et sublimes qui avaient fait entreprendre l'expédition d'Egypte : ce beau projet est évanoui. »

mêmes parlé de ramener Bonaparte, à condition que l'armée française évacue rÉgyptff. — Surprise du Directoire. — Elle cesse avec l'arrivée d'une dépêche de Bonaparte, racontant la déroute des Turcs près d'Aboukir : — par là , tout s'explique. — Le Directoire renonce aussitôt à son projet de capitulation et à l'entremise de M. de Bouligny. — Pleins pouvoirs délégués à Bonaparte seul, pour répondre aux avances pacifiques du Divan. — Les Conseils votent que nos armées ont bien mérité de la patrie.

Débarquement de Bonaparte en France.

Bonaparte dispensé de toute quarantaine. — Les Directeurs sont déconcertés. — Secousse profonde dans l'opinion. — Bonaparte est promptement averti des combinaisons du gouvernement pour le ramener. — Propositions de paix qu'il a fait lui-même parvenir au grand vizir et instructions laissées à Kléber à cet égard. — Bonaparte ne voudrait céder l'Egypte que s'il devenait impossible de s'y maintenir. — Reinhard se rend à cet avis, qu'il ne partageait point. — Lettre écrite à Kléber. — Révolution du 18 brumaire. — Faute d'une marine en état, l'Egypte sera perdue pour la France.

L'anxiété qui s'attachait à Farmée de Bonaparte, réveillée par les infortunes publiques, redoublée par l'éloignement, avait fini par se répandre dans la foule. Les journaux étrangers étaient plus abondants en nouvelles depuis qu'elles étaient devenues mauvaises. Us montraient les troupes de Syrie réduites à 6,500 hommes, poursuivies dans leur retraite, sans artillerie, et regagnant l'Egypte à travers les sables du désert; tandis que le grand

vizir s'avançait sur Damas, et qu'une flotte turque passait les Dardanelles avec une armée de débarquement. Les Directeurs avaient eu quelque temps la crainte que l'expédition du duc d'York ne fût destinée à l'Egypte : la descente du duc en Batavie était à d'autres égards aussi inquiétante; elle prouvait clairement la confiance des Anglais dans les attaques des Turcs, les révoltes des Arabes, la peste et l'épuisement, pour consommer promplement la ruine de Bonaparte. Il n'était plus douteux que ce général, enfermé dans l'Egypte comme dans une place de guerre, subirait le sort inévitable des assiégés qui ne sont point secourus. Combien de mois parviendrait-il à résister? on l'ignorait. En tout cas, il était de l'honneur de la République d'essayer de le tirer d'Egypte avant qu'il y fût réduit à l'extrémité.

Ce sentiment, qui s'emparait par degrés des imaginations, fut développé par Talleyrand daias un rapport présenté au Directoire le 3 septembre. Il n'est plus temps, disait-il, de chercher à « réaliser les viles grandes et sublimes qui avaient fait entreprendre l'expédition d'Egypte : ce beau projet est évanoui. »

Les dangers de Bonaparte sont peut-être imminents. Il ne peut en sortir que par une convention qui ferait de l'abandon de TÉgypte le prix de son retour. La détresse de la France est même si grande, que nous n'avons plus sur la Méditerranée le nombre de bâtiments suffisants pour transporter notre armée : ainsi, par un surcroît de douleur, la convention devrait stipuler que ces braves gens seraient embarqués sur des vaisseaux ennemis. Telle est la nécessité qu'on ne peut éluder. Avec laquelle des puissances coalisées devons-nous entrer en pourparlers ?I1 faut à coup sûr négocier avec la Porte, puisque rÉgypte est réputée lui appartenir. Mais il faut aussi prévoir une intervention des Anglais dans cette négociation, puisqu'ils ne sont pas seulement intéressés par le commerce à la destinée d'un pays placé sur le chemin des Indes; à l'heure présente, ils sont maîtres de la Méditerranée. Leur flotte est assez puissante pour empêcher qu'une évacuation se fasse sans leur aveu ; eJle est seule assez nombreuse pour prendre à bord une armée ; assez loyale pour préserver de la perfidie, si habituelle aux Turcs dans l'exécution de leurs promesses. Aussi, il parait

bien que nous ne pourrons éviter de traiter à la fois avec les Anglais et les Turcs. Cependant c'est Constantinople qui est le siège naturel d'une pareille négociation ; c'est avec la Porte qu'il convient de l'entamer. Quant au choix du négociateur, il ne peut tomber sur un Français ; car, outre la difficulté de le faire arriver jusqu'au Bosphore, on l'exposerait à la captivité avant même qu'il ait pu se faire écouter. C'est donc à un agent espagnol que nous sommes obligés d'avoir recours.

Nous ne pouvons le dissimuler, ajoutait Talleyrand, il s'agit d'une véritable capitulation. Comme l'ennemi ne se fera pas faute d'exiger, de la part des généraux, des officiers et des soldats, le serment de ne plus servir pendant la durée de la guerre actuelle, un engagement de cette nature ne peut être contracté sans que Bonaparte y consente. Réservons-lui donc le droit de rejeter ce qui aura été stipulé à Constantinople. Par ce moyen, le général se déter-

minera d'après sa position réelle en Egypte. S'il ne la juge pas aussi désespérée qu'elle nous le paraît, son refus mettra du moins le Directoire à l'abri de tout reproche. Pour qu'il puisse

peser à Tavanco une résolution de cette çravîté, il importe de l'avertir sans retard et par tous les moyens possibles.

La convention relative à l'armée d'Orient,tellek que l'exposait Talleyi'and, ne devait en soi faire cesser Tétat de guerre ni avec les Turcs, ni avec les Anglais. Il était même vraisemblable qu'en dépouillant la France d'un moyen de compensation aussi considérable que la colonie d'Egypte, elle augmenterait les exigences de l'Angleterre. A l'égard de la Porte, il en était autrement. C'était l'invasion de l'Egypte qui avait poussé les Turcs dans les bras des Anglais et surtout des Russes, leurs ennemis séctilaires. L'évacuation supprimait la cause du grief et devait préparer le Divan à désirer la paix. Talleyrand ne doutait point que la réflexion dût adoucir les sentiments vindicatifs de la Turquie et l'éloigner par degrés de la coalition ; mais il croyait que le rétablissement des anciens rapports d'amitié avec la France ne pouvait être que l'ouvrage du temps. Toutefois, ep attendant cet avenir, il était urgent de stipuler dans un article de la capitulation, la délivrance des Français prisonniers à Rhodes et à Gonstanti-

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nople *. Jusqu'ici, les ouvertures qui avaient eu pour objet cette pressante affaire d*humanité, n'avaient point abouti. M. de Bouligny sV était vainement employé avec le zèle le plus charitable; privé de l'assistance des ministres étrangers, il n'avait fait qu'attiser la méfiance contre lui par ses démarches répétées. Le sort de l'ambassadeur ottoman, soumis à Paris à une surveillance voisine de la captivité, n'était point pour troubler les membres du Divan. Ceux-ci s'appliquaient à ajourner toutes les propositions d'échange de M. de Bouligny*. Ils avaient même appesanti les chaînes de nos prisonniers, lorsqu'ils s'emparèrent de la personne de Beau-

1. Le nombre des prisonniers allait sans cesse en grossissant : il fut porté à 2,000 par l'arrivée des garnisons prises dans les îles Ioniennes. M. de Bouligny s'était dévoué à distribuer des vêtements et de l'argent à tous ces malheure%. Lorsqu'il fut renvoyé de Constantinople, au mois de septembre, l'administration des secours fut confiée à M Hubsch, chargé d'affaires du Danemark.

2. Les propositions pour l'échange des légations, envoyées de Paris le 30 janvier 1799, parvinrent le 6 mars à Constantinople. M. de Bouligny les communiqua au Reis Etfendi, mais sans obtenir une réponse satisfaisante. La négociation demeura suspendue, et le 29 septembre elle parut terminée par l'expulsion de M. de Bouligny. Au printemps de 1801 , elle reprit en même temps que les pourparlers de paix avec la Turquie, et porta cette fois sur la délivrance de tous les ])risonnier8 français. On les mit enfin en liberté, au mois d'août et de septembre 1801.

champ * que leur envoyait Bonaparte ; comme si tout ce qui rappelait le conquérant de l'Egypte avait Teffet d'exaspérer leur colère.

Talleyrand n'eut point de peine à faire entendre aux Directeurs ces raisonnements attristants, qui paraissaient imposés par les dernières nouvelles d'Egypte. Il semblait que chez le peuple une logique semblable conduisit aux mêmes conséquences. Comme indices de ce travail des esprits, on voyait surgir des projets chimériques pour faire revenir Bonaparte en France ; on recevait surtout des offres d'émissaires. Pendant plusieurs mois, on eût vainement cherché à qui confier des dépêches pour l'Orient; on avait maintenant sous la main plusieurs postulants qui s'engageaient à tenter l'aventure.

Au sortir de la séance du Directoire, TallÇyrand fit rédiger,[sous la forme de huit articles, les principes qu'il venait d'exposer. La négociation devait s'ouvrir à Gonstantinople avec la Porte ; les Anglais pouvaient y être admis.

M. de Bouligny deviendrait le négociateur; on

1. Beauchamp , saisi avec les dépêches de Bonaparte, arriTa à Gonstantinople le 14 avril. . - « -

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enverrait un agent espagnol pour lui porter des instructions. La convention devait stipuler Tévacuation de l'Egypte et le retour de tout le corps expéditionnaire. Elle rendrait en même temps la liberté à tous les Français détenus en Turquie. Bonaparte, averti dès l'origine par les soins de M. de Bouligny, aurait la faculté de ne point obtempérer à ce qui serait conclu.

Telles étaient les propositions sommaires, sur lesquelles le Directoire n'avait plus qu'à statuer d'une manière positive et légale. L'arrivée de Reinhard, sur ces entrefaites, empêcha Talleyrand de continuer par lui-même cet ouvrage diplomatique, le dernier peut-être qu'il ait pu ébaucher. Le 8 septembre, il installa son successeur : mais la confiance qui rapprochait ces deux diplomates, et reportait déjà sur la tête du nouveau ministre la haine des Jacobins, était un gage que l'affaire ne serait pas écartée de la direction qu'elle venait de recevoir. En effet, Reinhard présenta, le 10 septembre, au Directoire les bases de la convention, telles qu'elles avaient été préparées par Talleyrand, et les fit approuver dans lés mêmes termes. Comme tous les actes importants, la

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minute reçut la signature des cinq Directeurs.

La première des mesures à prendre était maintenant Tenvoi d'un Espagnol auprès de M. de Bouligny. Reinhard désirait que cetageul ne fût pas un simple porteur d'instructions, qu'il eût l'autorité nécessaire pour aider M. de Bouligny de ses conseils. Il songea d'abord à désigner lui-même un officier de la marine royale qui se trouvait à Cadix; puis abandonnant cette idée, il chargea notre ambassadeur d'obtenir du cabinet do Madrid, le choix d'un homme de confiance qui pût remplir cette délicate mission.

Il était recommandé à Guillemardet de hâter cette démarche; car on calculait que l'affaire traînerait infailliblement en longueur. Toute autre route que celle de terre par Paris et Vienne étant dangereuse, l'agent espagnol ne pouvait atteindre ainsi Constantinople avant la fin de décembre ; et la lenteur des Orientaux était assez connue, pour qu'on ne pût espérer signer la convention avant la fin de mars. Si ces longs délais semblaient inévitables, encore fallait-il s'efforcer de ne pas en dépasser le terme. Le péril que courait Bonaparte en faisait une

loi. Une autre raison d'ailleurs, moins saisis- [ 9anlo mais au fond aussi péremptoire, obligeait de se presser. Depuis que la Russie s'était dé- [ clarée contre TEspagne, elle avait dû pescj* sur - le Divan pour lui faire imiter cet exemple : Tétat de guerre ne pourrait manquer d'entraîner l'arrestation Ou le renvoi de M. de Bouligny. Si l'accès de Constantinoplo devait être interdit aux Espagnols, à qui le Directoire pourrait-il y confier ses pleins pouvoirs? Etait-ce à l'envoyé prussien? mais la Prusse avait déjà refusé de s'entremettre pour la France dans l'échange de nos prisonniers. Était-ce au Suédois? mais depuis nos revers, la Suède trouvait politique de nous montrer un visage hostile \

Cette éventualité si probable de l'expulsion de M. de Bouligny provoqua bientôt parmi les Directeurs un sentiment qui, depuis le traité de B&le, semblait se glisser dans les conseils du gouvernement toutes les fois qu'il s'agissait du concours des Espagnols. On se sentait humilié de voir le roi d'Espagne se poser comme protecteur de la République. Le mépris qu'on

1. Pendant Tété, les relations s'étaient beaucoup tendues entre la France et la Suède (Léouzon-le-Duc^p. 304 et s.).

professait pour la cour de Madrid ne s'atténuant pas avec nos défaites, on prétendait encore n'en recevoir d'autres services que ceux que Ton était de force à exiger. Tandis que Reinr hard, inspiré sans doute par Talleyrand, persévérait dans le système de remettre à M. de Bouiigny la défense exclusive de nos intérêts, on commençait au contraire à murmurer dans le Directoire qu'il fallait conférer à Bonaparte une faculté plus large, que celle d'accepter ou de rejeter une convention toute faite par des mains espagnoles . Il avait été précédemment arrêté qu'une lettre serait expédiée à Bonaparte pour lui retracer la suite des dangers de toute nature auxquels la France était exposée, et l'informer d'une négociation qui allait décider, à Constantinople, de la destinée de l'Egypte. On avait même jeté les yeux, pour emporter cette dépêche, sur Osman Aga, ce négociant tunisien qui s'était chargé d'approvisionner Malle. Lorsque Reinhard donna lecture, le 20 septembre, du projet de lettre, les impressions des Directeurs se firent jour, et le ministre dut ajouter à la fm une phrase qui, à dire vrai, ne s'accordait plus avec le commencement. « Le Directoire,

SEPTEMBRE 1799. 199t

lui faisait-on écrire au général, ne veut pas que vous vous reposiez exclusivement sur la négociation de M. de Bouligny. Il vous autorise à prendre, pour hâter et assui:er votre retour,

toutes les mesures militaires et politiques que votre génie et les événements vous suggéreront. » Par là, comme on voit, au lieu d'un négociateur unique, agissant à Constantinople, le Directoire en accréditait un second, qui devait traiter en Egypte. Ce rôle diplomatique attribué inopinément à Bonaparte, rendait plus que jamais nécessaire de multiplier les moyens de lui faire parvenir un avis. Parmi les émissaires qui s'étaient présentés, le ministre avait distingué im juif, nommé Hourvitz, employé à la bibliothèque nationale, et un grec natif de Corfou, du nom de Vittallis. Il fut décidé que Vittallis porterait le double de la lettre qui devait être remise à Osman Aga, et que le juif pourrait partir par une autre voie, quelque temps après les deux autres.

La jalousie dédaigneuse du gouvernement à l'endroit des Espagnols, qui portait ainsi à diminuer la part d'inûuence de M. de Pouligny pour accroître celle de Bonaparte, trouvait un

nouvel alimeitt dans les circonstances. Les Directeurs respiraient depuis quelques jours : ils avaient des succès au dedans comme au dehors. Un de ces moments de répit qui ralentissent la ruine de l'édifice social sans l'arrêter, les faisait passer de l'abattement à l'espérance. Dans les Conseils, les Jacobins, sur le bruit que la flotte batave s'était rendue aux Anglais, avaient étendu de nouveau la main vers le pouvoir révolutionnaire, en cherchant à faire déclarer la patrie en danger^ Mais leurs efforts ayant échoué devant le vote du Corps législatif et la répugnance du grand nombre, leurs journaux avaient été saisis, leur principal club fermé. Sur les frontières, l'invasion n'était plus aussi menaçante. Après plusieurs jours de combats, les Russes se retiraient en désordre de Zurich; pendant qu'en Batavie, les Anglais venaient d'éprouver auprès de Bergen une défaite qui compromettait le reste de leur armée.

Le 4 octobre, le courrier de Madrid rapporta la désignation de l'agent espagnol qui devait se rendre en Turquie. Pour cette mission, M. do •

i. Séance du 13 septembre.

Urquijo avait préféré le jeune Bardaxi de Azara, neveu de l'ambassadeur disgracié. Il communiquait en même temps une lettre de Constantinople, dont les confidences imprévues étaient bien faites pour remplir le Directoire de surprise. Sous la date du 24 août, M. deBouligny racontait que, dans un entretien avec le Reis Effendi, il lui était arrivé de parler vaguement d'une médiation possible de l'Espagne entre la République et la Porte. Le ministre ottoman écouta avec attention, et revenant de lui-même sur ce sujet, il n'hésita pas à proposer l'évacuation de l'Egypte comme préliminaire d'une paix, dont il pourrait presque garantir la conclusion, en dépit des engagements pris par le sultan de ne point séparer sa cause de celle de ses alliés. « Les troupes françaises, ajouta-t-il, doivent nécessairement périr, et je vous conjure par le bien de la France, de la Porte, de l'humanité, de conseiller vous-même à Bonaparte d'abandonner l'Egypte, sous la condition que son armée puisse retourner en France. » M. de Bouligny fit observer qu'il ne pouvait sa mêler d'une affaire de cette conséquence, sans avoir sollicité et reçu des instructions positives. Il y

eut assemblée du Divan, d'où TEffendi sortit en répétant avec quelque atténuation ses précédentes paroles, se bornant cette fois à déclarer que les Français devaient évacuer FÉgypte avant de traiter de la paix. M. de Bouligny soupçonnait que TEffendi venait de concerter son langage avec les Russes et les Anglais, bien qu'il protestât du contraire. La lettre de l'ambassadeur se terminait par la demande de ce qu'il y avait à faire. Ainsi, par une étrange coïncidence, l'idée de la même négociation s'était produite presque le même jour à Constantinople et à Paris; des deux côtés ensemble, l'abandon de l'Egypte avait paru le prix naturel du retour de l'armée française. Le Directoire ne savait qu'en penser. Déjà il commençait à dis^cuter avec Reinhard les moyens d'éviter la médiation de l'Espagne, et de profiter néanmoins des dispositions pacifiques de la Porte, lorsque, dans la soirée, l'arrivée d'une dépèche bien inattendue vint expliquer ce mystère de la politique ottomane et fixer dans un sens nouveau les résolutions du Directoire.

C'était une lettre de Bonaparte*. Sous la date

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