‹ Le Directoire et l'expédition d'Égypte: étude sur les tentatives du Directoire pour communiquerChapitre 86 sur 98 · RAPPORT DE REINUARD AU DIRECTOIRE · texte numérisé non relu

RAPPORT DE REINUARD AU DIRECTOIRE

Paris, 11 brumaire an VIII [2 novembre 1799].

Le Directoire exécutif est informé que, lorsque le général Bonaparte arriva, toutes les expéditions pour

rÉgypte et pour Constantinople furent suspendues; et que M. Bouligny ne reçut qu'une réponse vague *, motivée sur ce que le Directoire exécutif se réservait de s'expliquer avec la Porte, après avoir entendu les renseignements que lui portait le général de Tarmée d'Egypte.

Le Directoire exécutif, éclairé aujourd'hui sur la véritable position de cette armée, se sera convaincu qu'il ne peut exister que les trois hypothèses que voici :

1° De se maintenir en Egypte, en renforçant l'armée, -et de conserver définitivement cette conquête.

2° De s'y maintenir jusqu'à la paix générale.

3° De l'abandonner avant cette époque.

Dans la première hypothèse, il faudrait des hommes. de l'argent, de la célérité, du secret, du bonheur, et la -continuation de la guerre.

Dans la seconde, l'évacuation de l'Egypte deviendrait un moyen de compensation, non pas vis-à-vis de la Porte, mais vis-à-vis de l'Angleterre.

La troisième ne pourrait être que le résultat de quelques malheurs imprévus.

Dans toutes, il convient de faire quelques démarches auprès de la Porte, pour ralentir la funeste explosion de son fanatisme, et pour la détacher, autant que possible, des coahsés qui la perdent.

Le Directoire exécutif sait que quelques ouvertures de négociations ont été faites par le général Bonaparte; il sait aussi que la Porte en a fait de son côté, mais en exigeant, comme condition préliminaire, l'évacuation -de l'Egypte, et en l'exigeant de concert avec les coalisés.

Quelle que soit la négociation, le Directoire exécutif veut qu'elle soit conduite par ses propres agents.

Envoyer un agent à Constantinople, c'est l'exposer aux

1. Ileinhard à M. de Bouligny, 27 octobre (Aff. étr., Espagne, voL 657).

mauvais traitements, à l'emprisonnement, au non-suc- «cès ; c'est compromettre la dignité nationale ; c'est donner une arme de plus à la coalition.

Mais le centre de la négociation devait être en Egypte; il doit y être encore aujourd'hui. Un citoyen qui jouit •d'une grande réputation en Turquie, qui a rempli dignement à Constantinople, et dans des temps difficiles, le poste d'ambassadeur de la République, avait été déjà désigné pour s'expliquer avec la Porte sur l'expédition d'Egypte, lorsqu'on sentit que la guerre allait en être la <îonséquence. C'est le citoyen Descorches.

Le citoyen Descorches, au lieu de se rendre à Constantinople, pourrait se rendre en Egypte avec des pouvoirs pour négocier et pour traiter.

La Porte pourrait en être prévenue, par une lettre écrite au grand vizir.

La mission du citoyen Descorches serait de faire sentir à la Porte l'impossibilité d'évacuer l'Egypte avant la paix ; de traiter avec elle, dans toutes les hypothèses que les circonstances amèneraient.

J'ai l'honneur, en conséquence, de proposer le projet d'arrêté suivant*.

(Arch. nat.)

2i. REINHARD A KLÉBER Paris, le 15 brumaire an VIII [6 novembre 1799].

Je m'empresse, citoyen général, de profiter de l'aviso qui doit vous être expédié, pour vous informer des prin- -cipaux événements qui ont eu lieu depuis quelques mois,

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