‹ Le DirectoireChapitre 14 sur 31 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

I — Constitution romaine calquée sur la Constitution de l'an III. — Triste état des ûnances de cette république. — Convention secrète i|ui les ruine complètement au profit du Directoire. — Tyrannie des commissaires français. — Emprisonnement puis bannissement des cardinaux.

II. — Gouvion-Saint-Cyr vient à bout de la révolte des officiers; mais il est forcé de la laisser impunie. — Pie VI conduit à Sienne. — Le Grand-Duc de Toscane se trouve ainsi dans une situation très difficile. — Le Directoire veut déporter Pie VI en Sardaigne. — Le Grand-Duc, bien que très effrayé, s'y oppose. — Il fait conduire Pie VI à la Chartreuse de Florence.

III. — Les Consuls et Consalvi. — Soulèvements continuels contre la république romaine. — Les Commissaires réi>uisent complètement.

La nouvelle république romaine ne pouvait être qu'une grotesque copie de la république française, avec quelques désignations empruntées à l'ancienne Rome. Déjà ceux qui relevaient au Capitule « les autels dressés par le premier des Brutus » s'étaient ridiculement affublés d'un travestissement romain, et la France avait été inondée de Mucius, de Brutus, de Scevola, de Publicola, qui, dans leurs discours aux clubs et à la Convention, parodiaient les héros de Tite-Live. Sans doute, ce carnaval n'était plus toléré, quant aux noms du moins, mais les cerveaux révolutionnaires étaient toujours entichés de cet absurde romanisme. qui devait triompher naturellement dans Rome « régénérée » par les Romains des clubs de Paris.

La constitution nouvelle, proclamée le produit de la libre volonté des Romains, est peut-être encore plus servilement calquée sur la Constitution de l'an III que celles de la Cisalpine

et de la Ligurie. On s'est contenté de rayer certaines dispositions très secondaires, qui ne peuvent être transportées dans une Gonslilulion faite i)our un autre pays que la France, et de remplacer les noms de certains fonctionnaires par des noms empruntés plus ou moins heureusement à l'ancienne Rome. Les dispositions nouvelles sont rares.

Le préambule est calqué sur celui de la Constitution de Tan III, mais on y a mis « le peuple romain » au lieu de « le peuple français » et « Dieu » à la place de « l'Ktre suprême », pour llatler les vieux préjugés des Romains modernes. Les Droits et les Devoirs sont les mêmes.

Le chapitre de la division du territoire a été forcément modifié, — il y a huit départemenis romains (1), — aucun d'eux ne peut dépasser cinquante-cinq myriamètrcs carrés : la Constitution française en permet cent.

Dans le Titre II, IJtat politique des citoyens, mêmes exigences. Seulement à partir du I'='' vendémiaire an VII, l'étranger, pour devenir citoyen romain, devra justifier de quatorze ans de séjour. Il n'en faut que sept en France.

L'article 8 exclut et bannit tous les individus inscrits sur les listes des émigrés. Précieuse importation française !

Mêmes dispositions sur l'exercice et la perte des droits de citoyen, sauf l'article 13 qui exige qu'à Rome, le citoyen sache lire et écrire en l'an XV, et non en l'an XII comme dans la Constitution française.

Dans le Titre III, on romanise seulement les expressions : le i" germinal, le peuple romain, comme le peuple français, se réunit en Comices (au lieu d'Assemblées primaires). Le juge de paix est appelc'ifort malàprûp(js préteur. Les assemblées communales sont des tribus. L'article 32 contient une disposition nouvelle; les électeurs après leur nomination sont réduits à moitié par un tirage au sort.

L'article '.M modifie un peu le système censitaire français; il suffira d'être propriétaire, ou usufruitier, ou locataire, ou fermier d'un bien dont le revenu soit égal à la valeur locale de cent cinquante journées de travail.

(U Ils luiciil 1101)1 mes : cimiin), Circco, Clitamno, Mctaiiro (Aucune, Fano, Siiiignslia), Musoiic, Tevcrc (llonic), Trasiiiiciio (l'érouse), Troiito.

LE DIRECTolHE ET LA HÉPrRLIQLE ROMAINE. 'iOl

I.e Directeur du jury rraccusation, est appelé président du trUmnal de censure. I^e Commissaire du Directoire, Préfet consulaire.

Le Titre V établit aussi, deux Conseils : le Sénat et le Tribunal qui correspondent aux Anciens et aux Cinq-Cents, avec cette différence que le Sénat sera renouvelé tous les deux ans par quart, et le Tribunat par tiers. Les membres sortants du Sénat après huit ans, du Tribunat après six ans, pourront être réélus aussitôt pour la même durée. En aucun cas, on ne pourra rester de suite plus de seize ans au Sénat, plus de douze ans au Tribunat.

L'article 36 innove, en donnant des vacances aux Conseils.

L'article 02 (voyez G.) français; décide qu'au Sénat toute délibération aura lieu par appel nominal, au scrutin secret.

L'article 65 donne aux législateurs une indemnité de douze cents myriagrammes de froment; l'article 68 français en accorde trois mille.

Le Consulat (article 66) ne peut faire passer de troupes dans la distance de deux myriamètres des conseils; le fameux article 69 français dit six myriamètres.

Le Tribunat se compose de soixante-douze membres de vingt-cinq ans d'âge, et trois ans de domicile : les Cinq-Cents devaient avoir trente ans d'âge (après l'an \'II) et dix ans de domicile. Pour les délibérations^ la présence de trente-six tribuns, c'est-à-dire de la moitié, est indispensable : en France il suffit de la présence de deux cents députés sur cinq cents.

L'article 74 introduit une disposition nouvelle. Si des amendements sont présentés après la troisième lecture, on peut rejeter de suite le projet, mais on ne peut l'adopter qu'après dix jours.

Le Sénat se compose de trente-deux membres électifs, et de tous les Consuls ni démissionnes, ni destitués qui n'occupent pas d'autres fonctions : ils siégeront huit ans après leur sortie. Pour être élu au Sénat, il suffit de trente-cinq ans d'âge et de cinq ans de domicile : en France, les anciens doivent avoir quarante ans et quinze ans de domicile.

Pour combler une lacune de la Constilutinn IVancaise. le Constitution romaine déclare que le Sénat doit statuer ilaiis le mois

302 LE DIRECTOIHE.

de l'envoi de chaque résolution du Tribunal. S'il ne statue pas, leTribunat peut l'y inviter par un message; il a un nouveau délai d'un mois, et s'il persiste dans son inaction, le Tribunat peut déclarer que, par son silence, le Sénat approuve sa résolution, et la faire promulguer comme loi par les Consuls (art. 90 et 100).

Aucune loi ne peut être abrogée que sur la proposition préalable et nécessaire des Consuls; c'est encore une innovation ! Les Messagers d'Etat sont à Rome des Nonces.

Le Pouvoir exécutif se compose de cinq Consuls au lieu de directeurs. Ici l'antiquité romaine est sacrifiée à la Constitution de l'an 111! Ces directeurs Consuls (art. 13()) doivent avoir trente-cinq ans (au lieu de quarante) et être mariés ou veufs, c'est une innovation. Leur mode d'élection est plus compliqué. Le Tribunat fait une liste de six candidats, le Sénaten retranche trois par le sort, puis élit le Consul parmi les trois autres. A partir de l'an VIII les députés ne peuvent être élus Consuls ou Ministres qu'après leur sorlie des Conseils.

L'article I4.'i contient une petite innovation. S'il faut nommer plus d'un Consul, le Tribunat et le Sénat auront chacun deux jours pour procéder à l'élection.

Le traitement d'un Consul est de quinze mille myriagrammes de froment; un directeur français en reçoit cinquante mille.

L'agent municipal de chaque commune est appelé pompeusement édile.

Le Bureau central, dans les communes qui renferment plusieurs municipalités, se compose de trois grands édiles.

La Constitution romaine donne de grandes garanties aux administrateurs conti'e toute immixtion du pouvoir judicaire.

L'article 20o français portant que la justice est rendue gratuitement, n'est pas reproduit.

Le système judiciaire de la Constitution de Tan III est repris pour les Romains. Mais le juge de paix est préteur, le tribunal de cassation s'appelle Haute Préture : un greffier est un scribe.'

La justice criminelle est censoriale.

L'article 23() exige des jurés serment de haine à la royauté et l'anarchie, d'attachement à la république et à la Constitution. Ils seront tenus de juger à l'unanimité et dans les vingt-quatre

lieures, hors de toute communication. S'ils déclarent ne pouvoir s'accorder, ils voteront à la majorité absolue. Les listes des jurés formées par le directeur du jury et le président du tribunal criminel peuvent être annulées par les Consuls.

L'article 251 décide que, pour être membre du Tribunal de Haute Préture (Cassation), il faut être marié ou veuf. Cette condition qui, dans la Constitution de l'an lll, n'est imposée qu'aux Anciens, est dans la Constitution romaine exigée pour plusieurs fonctions importantes, dans le but évident d'écarter les prêtres même ralliés, que par hypocrisie on n'ose pas déclarer exclus de ces emplois.

Rien n'est changé aux articles sur la force armée et sur l'instruction publique; mais le logement des instituteurs est supprimé. Des i'èles publiques sont établies comme en France.

Mêmes dispositions sur les finances, mais la trésorerie nationale s'appelle Grande questure, et les cinq commissaires de la trésorerie sont représentés par trois grands questeurs qui doivent être mariés ou veufs.

Sur les relations extérieures mêmes articles.

Les dispositions générales de la Constitution de l'an lll sont reproduites pour la plupart, notamment celle qui proscrit les vœux religieux. On s'empressa de l'appliquer.

L'article 344 reconnaît en principe la liberté de la presse, mais l'ajourne jusqu'à ce quon ait fait une loi.

L'article 3G4 adopte l'ère républicaine française!! L'article 303 promet une loi contre les émigrés. Elle fut faite!

L'article 334 de la Constitution française sur la liberté religieuse est omis. La Constitution romaine ne s'explique pas comme elle sur le culte!

Mais tout ce qui précède n'est fait que pour la parade !

Les articles 368 et 309 ajournent réellement la mise en vigueur de cette Constitution. L'article 3G8 décide que toutes les nominations attribuées soit aux Consuls, soit aux électeurs, seront remplies pour la première fois par le général de l'armée française, et en outre : « En faisant ces nominations, le général ne sem po/;/< lie par les règles établies par ladite Constitution. Tous ceux qu'il nommera aux fonctions civiles et militaires acquerront te droit de cité romaine ».

30 'l LK IHIîr.CTOIIŒ.

Le Directoire se reserve ainsi la faculté de donner aux Honiains pour olliciers ou fonctionnaires, des Français et des Cisalpins qu'on n'ose placer dans leuis patries!

L'article ,"i()9 déclare que jusqu'au traité d'alliance entre les deux républiques, toute loi faite par les Conseils ne pourra être promulguée et exécutée qu'avec la permission du général Irançais, qui, de son côté, pourra faire toutes les lois (piil jugera urgentes, d'après les instructions du Directoire français, et le Consulat devra promulguer les lois du général comme celles qui ont été faites par les Conseils!

On voit que la Constitution romaine n'est qu'une véritable farce! Le Directoire nomme à toutes les fonctions, régit la république en maître absolu, pour lui enlever tout son argent et confisquer tous les biens qui le tentent. (Juand il l'aura bien plumée, alors seulement il lui permettra de se servir quelque |)eu de sa Constitution, tout en la surveillant très étroitement. Il a (lu reste suivi le même système avec les autres républiques d'Italie.

Le ^r» ventôse, le général en clief Masséna, en vertu de l'article 30S, nomma Consuls les citoyens Liborio Angelucci, de Rome, niédecin-accoucbeur, (iiacomo de Matheis, de Frosinone, l'anazzi, d'Ancônc, He|)pi, et l'Jinio Quirino Visconti, de Rome. Bassal, dimoranle in Homa (c'est son seul titre), fut nommé secrétaire du (Consulat. Les ministres furent : Torrigliioni, de Rome, à la justice et police; Camillo Gorona, de Home, à l'intérieur; Annibal Mariotti, dePérouse, aux finances; iirémond, de Rome, aux relations extérieures, à la guerre et à la marine. Le général en clief nomma aussi vingt-six Sénateurs et cinfiuante et un Tribuns : les autres places devaient être remplies bientôt, mais ce fut son successeur Dallemagne qui comjdéta les Conseils. 11 nomma aussi Giovanni Ruffalini ministre des finances en remplacement de Mariotti qui n'accepta point ce poste peu enviable. Trois Sénateurs et trois Tribuns nommés refusèrent de siéger.

Le .'{() ventôse (20 mars 1798), les Commissaires procédèrent avec solennité à l'installation de tous ces fantoches qu'ils avaient (pialiliés pompeusement de consuls, de sénateurs, de Iribiins. Le général Dallemagne, qui commandait alors, se crut

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obligé de prononcer un discours ridicule (1). Bien que les généraux français eussent composé le gouvernement et les conseils de révolutionnaires très souples et tout à fait à leur discrétion, la nouvelle Constitution mettait si ouvertement la république romaine à la merci du Directoire, que certains nouveaux dignitaires se crurent obligés de faire quelques réserves sur. ce point. La veille de la fête, les quatre Commissaires réunirent à l'académie de France, où ils étaient installés, tous les sénateurs et tribuns désignés, et quelques-uns d'entre eux critiquèrent la nouvelle constitution. Le commissaire Florent prétend 2; qu'on leur donna des explications satisfaisantes, et qu'ils parurent convertis; cependant cette conférence fournit aux tribuns et aux sénateurs l'occasion de faire comprendre qu'ils n'étaient guère satisfaits du droit de nomination et du pouvoir législatif, attribués au général. Les simples citoyens trouvaient que les deux conseils étaient nommés parles Français pour un temps trop long; ils auraient voulu procéder plus tôt à des élections : le sentiment national était froissé aussi bien que certaines ambitions. D'après Florent, les membres des conseils étaient dans de bonnes dispositions, mais il les trouvait à la fois inexpérimentés et animés d'une ardeur dangereuse.

Leur mécontentement eût été bien plus grand, s'ils avaient connu le système de spoliation que les Commissaires avaient secrètement organisé de concert avec les Consuls.

L'Etat pontifical avait été très obéré par la révolution, par l'armistice, et le traité désastreux de Tolentino, et le l*ape s'était trouvé dans la nécessité de recourir à un papier monnaie, à des cédilles qui subirent une dépréciation assez forte, bien qu'il fut impossible de la comparer à celle des assignats el des mandats territoriaux français. Le 5 germinal, les Commissaires firent publier par le général Dallemagne, en vertu du fameux article '.W^ de la Constitution, une loi très révolu-

(I) « citoyens, elle est donc airivcc cette «•po(|uc tant désiicc de la ié.:rénéralion roniairic, cette opo(|uc (|iii,i)assant à travers les siècles, a pcrctMa nuit des temps et produit la liberté! Mânes des Kmiles, des Scipions, apaise/vous; elle est sortie de vos tonii)eau\ pour revivre à jamais dans les lieii\ qui vous virent naître ».

(-2) Arch. nat., AF3,77.

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tionnaire sur les ccdules. Le cours forcé fui relire à celles du Mont de Piété et de la banque du Saint-Esprit : ces cédules démonétisées ne devaient plus être admises dans les caisses publiques qu'en paiement de biens nationaux. Venaient ensuite des dispositions relatives à la venle de ces biens, dont la République française allait se trouver encombrée, grâce aux confiscations de couvents et à la convention secrète que nous allons donner.

Les biens nationaux devaient être payés ainsi : un cinquième du prix de l'estimation en numéraire, un autre cinquième en cédules non démonétisées; les trois autres et l'excédent possible du prix de l'estimation : en cédules démonétisées tant par cette loi que par l'édil de l'ancien gouvernement du 28 novembre 1797. La moitié des deux premiers cinquièmes devait être acquittée dans les huit jours de la vente : tout le reste dans les deux mois suivants. Les meubles vendus seront payés en argent et cédules non démonétisées, au comptant. Des monnaies très répandues subissent une réduction d'un quart de leur valeur nominale (1). On annnonçait encore de nouvelles lois pour régler les paiements (2). Enfin, on travaillait consciencieusement à mettre les créanciers et les débiteurs romains dans le même embarras, dans le même gâchis que ceux de France! Mais tout cela n'était en réalité que bien peu de chose ; les Commissaires, après avoir rendu compte de cette opération au Directoire, lui annoncèrent qu'ils venaient d'en faire une autre, d'une importance capitale.

« La seconde est une convention secrète qui a été arrêtée entre le citoyen Haller et le Gouvernement romain, relativement aux contributions à payer, aux fournitures et cessions à faire par ce gouverne-

(1) l.a pioce de qiiatro l)aïo(|uos n'en vaudra plus que trois : relie de deux (|u'uiie et demie.

(2) On (îommcnoait déjàl Les sommes dues par des Lanques désign('-cs dans la loi, pour les dépots de toute nature, seront ainsi remboursées; un (piart par une oblifîalion qui sera rerue en paicmc^nt de Liens nationaux comme les cédules non dénionétisi'CS ; les Irois autres quarts au moyen d'une délégation d'une l'orme difTérente, reçue aussi en paiement de Liens nationaux, mais comme les cédules démonétisées. I-eLut est évident; on veut, comme en Krance, forcer les sens à prendre des Liens nationaux pour n'être pas ruinés par le mauvais pajiicr (|u'(>n leur met de (orce dans les mains.

LE DIRECTOIRE ET LA RÉI'L'BLIQUE ROMAINK. ;}07

ment à laRôpublique française et quia ('-té ratilice parie Consulat et par nous. Nous avons préféré donner à cet acte la forme de Convention secrète, afin d'éviter la sanction du Tribimat et du Sénat, et d'éviter une discussion qui aurait pu produire quelque opposition, ou du moins quelque mécontentement, soit dans ces deux autorités, soit dans le peuple, lorsqu'elle serait publiée, et surtout un esprit d'éloignement envers la France comme imposant des conditions dures à la république qu'elle crée, ou de défiance et de défaveur envers le Consulal qui, dans ses premiers temps, a tant besoin de l'appui de l'opinion publique, et des deux conseils législatifs (1) ».

Tout commentaire serait inutile! Il est entendu avec le Consulat que, pour tenir les engagements qu'il a pris, dans la convention secrète, il déclarera au Tribunat, qu'il est indispensable de lever immédiatement des contributions afin de pour- ^ûir à des dépenses pressantes, et aux besoins de l'armée fram^aise. 11 se procurera ainsi des ressources « pour remplir les engagements de la Convention sans être oblige de la faire connaître ». Sans doute, c'est traiter durement la république romaine, mais il faut de l'argent pour faire vivre l'armée d'Italie ainsi que les troupes qui sont àCorfou et en Corse.

Voici le texte de cette convention trop peu connue :

« Article l. La république romaine paiera dans la caisse de l'armée d'Italie une somme de trois millions depiastres effectives (2).

« Art. 2. Le paiement de ces trois millions de piastres se fera à raison de cinq cent mille piastres par mois. Le premier paiement aura lieu le io du mois courant.

« Art. 3. La république romaine aura la faculté de payer en cédules ayant cours, moyennant l'obligation de bonifier à la caisse de l'armée, la différence qui pourra exister aux époques de chaque paiement entre la cédule et la piastre effective.

« Art. 4. Toutes les sommes perçues jusqu'à ce jour par la caisse de l'armée seront prises en déduction sur les trois millions de piastres : le receveur des contributions de l'armée fournira dans les vingt-quatre heures au Consulat l'état des sommes visées par lecom-

(1) Aroli. nat., AK, X 77.

(-2) La piastre valait plustle rinci francs : elle est parfois oslimcc limi francs trente-sept centimes. Celte conlrihuiion fut évaluée ofliclcllenient en Franco quinze millions trois cent trente-sept mille cinq cents francs. (Raitport du ministre (le la guerre.)

308 LK DIHECTOIRE.

missaire-ordonnateur en chef : ces sommes seront imputées sur le premier paiement à faire le 20 de ce mois.

« Arl. ;>. La ville d'Ancône et son ancien territoire ne pourront être imposés pour cette contribution, parce qu'ils ont payé leur contribution dans le courant de l'an V, et qu'ils ont mème'excédé la somme.

« Art. 6. La république romaine paiera de plus dans l'espace de trois mois une somme de six cent mille piust7'cs effectives en effets d'habillement et d'équipement. Le commissaire-ordonnateur en chef en donnera l'état, et les prix en seront ré'^lés de concert.

" .\rt. ~. La République française se réserve des biens caméraux à son choix pour la somme d'immillinn de piastres, ainsi <[ue les mines d'alun et de soufre, les terres, fermes et forêts qui y sont affeclées suivant le bail actuellement existant au citoyen f.iorgi, et aussi l'alun actuellement en magasin et fabrication.

« Art. 8. La république romaine entretiendra Varmùe française en subsistances, liquides, bois et lumières, logement, fournitures et ustensiles; elle pourvoira, dans ses hôpitaux, au traitement dos militaires, malades et blessés pour le temps (jue l'armée française séjournera sur le territoire romain.

« Art. 9. La licpublique française se réserve en toute propriété, tous les biens meubles et créances appartena7it au Pape, à sa famille, à la famille Albani, ou cardinal Busca, ainsi que les emphyléoses dont ils jouissaient, lesquelles sont déclarées affranchies de touto rente ou redevance.

« Art. 10. La république romaine ratifie les ventes, les aliénations, en général toutes les transactions qui seront faites de tous ces biens au prolit de la République française.

« Art. 11. L'arriéré qui existait au moment de l'entrée de l'armée française sur le territoire romain, appartient à la république romaine, à l'exception des parties de cet arriéré qui ont été perçues ou quittancées pour le compte de la République française, dont la liquidation sera maintenue, et dont l'état sera dressé et réuni au Consulat dans les vingt-quatre heures, s'il est possible, par l'adiuinistration des contributions et finances de l'Italie.

« Art. 12. La république romaine sera mise en possession de tous les biens caméraux et cceUsiastiqxies non confisqués ou vendus, de toutes les caisses et banques, de tous leurs capitaux i)OUr en faire l'usage qu'elle croira convenable, en se conformant à la loi du '.') germinal sur les cédules.

" Art. 13. Conformément à la même loi, larépubli(iue romaine ne pourra sous aucun prétexte et dans aucun cas, faire fabrifiuer ou émettre de nouvelles cédules.

<< Art. 14. La république romaine aura à sa disposition tous les impôts directs ou indirects pour les percevoir, administrer et régir à son gré. Tous les objets achetés et vejidus pour le compte de la hcpuljlique française sont affranchis de tous droits.

« Art. Ib. La République romaine donnera, pour le paiement des trois millions de piastres, les engagements des maisons de commerce, et des particuliers les plus riches du pays (1).

" Art. 16. L'hôtel de la monnaie de Ilome restera provisoirement à la disposition de la République française, qui s'en servira aussi longtemps quelle en aura besoin.

« Art. 17. La confiscation des propriétés ennemies aura son plein effet au profit de la République française.

«Art. 18. Les chantiers, magasins ou approvisionnemenlsde la marine existant à Civita Vecchia, seront à la disposition de la République française, et il en sera tenu compte à la république romaine.

« Art. 19. Les réquisitions en subsistances et autres objets énoncés en l'article 8 cesseront au moment où la république romaine aura satisfaite cet article, ayant soin d'assurer notamment le service pour un mois ii l'avance. Toutes les autres réquisitions frappées jusqu'à ce jour sont annulées, à Texceplion de celles relatives aux souliers et chemises.

« Art. 20. 11 ne sera plus perçu d'autre contribution que celle des trois millions de piastres.

«Art. 21. La République française se réserve Vargentirie superflue des églises, et tous les biens des établissements qu'elle a supprimés ou confisqués.

«< Art. 22. Le Directoire exécutif de la République française fera 'onnaitre sa volonté sut le Muséum, les bibliothèques, le cabinet des tableaux, et sur le sol du pays de Béncvent.

<( La présente Convention sera arrêtée par le Consulat romain et ratifiée par les Commissaires du Directoire exécutif de la France. Fait à Rome le 6 germinal l'an VI de l'ère répulilicaine. - Signé Haller, Camille Corona, ministre de l'intérieur.

« Les Consuls de la république romaine ayant délibéré sur le traité ci-dessus, négocié entre le citoyen llaller, administrateur général des finaiices de l'armée française à Rome, et le citoyen Camille Corona, ministre de l'intérieur, lacccplent dans toutes ses parties et le confirment à Rome le 8 germinal l'an VI.

(( Le président du Consulat de la n-publique romaine, signé : JacjLEs DE .Mathkis; pour le Consulat, le secrétaire général, Bassal ».

(1) On dcxine aiscmeiil par <|iuls proci^dés torrorislcs cilo les olilifiulra:

;{10 LK DiiŒCïoïKu:.

Suit la ratification, dans les mêmes termes, en date du 8 germinal, des quatre commissaires Florent, Faipoult, Monge, Daunou.

En i-ésunié, cette convention valait au Directoire : Article 1*" : trois millions de piastres, soit quinze millions trois cent trente-sept mille cinq cents francs, — puis (art. 3), six cent mille piastres, soit trois millions soixante-sept mille cinq cents francs.

L'article 8 imposait aux Romains, en faveur de l'armée, une charge énorme, et qui allait être pour les militaires et les employés une cause de gaspillages sans fin, une source intarissable de profits illicites.

Kn outre, le Directoire se réservait un million de piastres de biens, soit cinq millions cent douze mille francs, sans compter ses mines d'alun et de soufre (art. 7) et leurs produits.

L'article 9, dicté par un sentiment de vengeance tellement ignoble que ces misérables n'osent pas le publier, confiscjue les biens du Pape, de sa famille, et d'autres personnes qui ont tenu tête au Directoire! Un rapport de Bernadotte, alors ministre de la guerre (3 thermidor an Vil), constate que les biens confisqués dans l'État romain par le Directoire, lui ont valu seize millions quatre cent quatre-vingt-douze mille huit cent vingt-six francs, ainsi qu'il résulte du rapport de l'ordonnateur en chef « non compris les diamants, les bijoux et l'argenterie des églises dont il n'a pas été rendu compte (1) ». Quelle source de fortune pour de pauvres patriotes! Les « autels de la liberté » n'avaient pas été relevés gratuitement au Capitole!

En résumé, la révolution extorqua, par la seule convention secrète du 8 germinal, trente-deux millions en valeurs, plus trois millions en équipements, avec une somme non déterminée mais au moins égale pour l'entretien de l'armée; plus les diamants, l'argenterie d'église, etc., etc. Tout cela était arraché à un petit État déjà épuisé. Les républicains français prétendent donner la liberté aux peuples; et à les en croire, la liberté est une si belle chose, ((ue lors même qu'elle consiste à voir

(1) Arcli. nal., AK •*, 81.

LE UIUKCTOIRE ET LA HÉl'UBLIOUE lîOMALNE. ."Ul

nommer, et ses consuls et ses deux conseils par un ut-néral étranger, et à recevoir de ce général toutes les lois qui lui passent par la tète, on ne saurait encore la payer (rop cher!

L'armistice du 8 messidor an IV avait été payé par le Pape vingt et un millions, avec des grains, des blés, des oeuvres d'art importantes.

Par le traité de Tolentino (4 ventôse an V, lî) février 1797), le Pape complétait le paiement des vingt et un millions de Tarmistice, et s'engageait en outre à donner (juinze millions en numéraire, diamants et autres valeurs. Toutes ces sommes furent très exactement acquittées.

Ainsi donc, le gouvernement pontifical avait en moins de deux ans payé trente-six millions en espèces, avec bien d'autres charges encore. Le Directoire ne le renversa et ne proclama la république que pour mieux pressurer encore le petit État romain. A ces trente-six millions du Pape, il faut ajouter trente-huit millions livrés par la république romaine dont six en fournitures, sans compter bien d'autres profits : ce petit Etat, évacué complètement en vendémiaire an VIII^ a donc fourni au Directoire, en trois ans et trois mois, soixante-dix millions, sans compter plusieurs millions eh denrées pour l'armée, en objets précieux, et les chefs-d'œuvre de l'art, sans compter ce qui fut extorqué aux particuliers.

Les quatre commissaires ne perdirent pas un moment pour lever sur le peuple romain, déjà si obéré, les sommes énormes que la convention secrète accordait au Directoire. Dans une lettre du 21 germinal, ils lui rendent compte de leurs travaux : malgré tant d'extorsions, ils sont horriblement gênés. Les sommes dues aux fournisseurs, les arriérés de solde sont tellement accumulés, et en outre les dépenses ont été tellement augmentées par les frais d'embarquement à Cièncset à Civita Vecchia, que l'administration des finances de l'Italie est tout à fait accablée. Itlui est impossible de pourvoir à aucune dépense imprévue. Si le Directoire arrêtait quelque combinaison politii|ue ou militaire qui dût en occasionner, la Commission le prévient qu'il lui faudrait envoyer de l'argent de Paris, car elle ne peut marcher à Rome qu'avec de grands efforts, et au moyen d'anticipations ruineuses.

« Ces anticipations, citoyens Directeurs, sont d'autant plus dangereuses que nous n'ignorons pas avoir, par la convention du Hde ce mois, demandé au gouvernement romain beaucoup plus qu^il n'est en état de tenir. Le pays est absolument épuisr d'espèces. Le papier-monnaie perd encore 78 pour cent. Une imposition extraordinaire peut donner au gouvernement une perspective de recettes. Nous joignons ici sous le n^" 1 un exemplaire de la loi que nous avons fait publier le 10 par le général de l'armée, loi qui classe les dépenses, et qui ordonne la levée de trois ou cinq pour cent sur la valeur des biens fonds.

« Comme il faudra un temps considérable pour asseoir cette imposition, un article de la loi autorise le gouvernement ù taxer provisoirement les fortunes considérables, par un emprunt forcé remboursable sur les produits de l'impôt. Voilà des moyens violents, mais ils étaient inévitables, et seront même insuffisants. En eiïet, le Gouvernement est déjàcn retard sur le premier terme de la contribution échu le 20.

« Il est malheureux qu'ici l'état de liberté commence sous un régime fiscal aussi rigoureux. Rome en sentira bien moins, citoyens Directeurs, le prix du bienfait que vous lui avez rendu. Ce qui pourrait rendre la marche du Gouvernement plus facile et relever le crédit public, c'est la vente des domaines nationaux; mais celte vente éprouvera des lenteurs. La république cisalpine, au moins aussi riche que la république romaine en biens ecclésiastiques, n'a pu jusqu'à présent en tirer aucune ressource. L'Italie n'offrait guère de mutations de propriétés. D'ailleurs, en tout pays, la seule classe d'hommes nouvellement enrichis, fournit des acquéreurs de biens nationaux; or ici on trouve des gens appauvris par les circonstances, mais personne n'y a de profits à consolider en acquisitions territoriales (1) >.

(I) Arcli. nat. AF3, "7. La loi du 10 germinal est signée par Gouvioii Saint- (;>r, (|ui venait d'arriver. L'imposition est de trois pour cent pour les iiartieuliers, de cinq sur les biens ecclésiatiques; eiiai|uc pro])riétairc dc\ra déclarer la valeur de son bien, sinon double taxe ; si le département juge l'estimation insuflisanle, il fera vendre le bien aux enchères, mais il n'y aura d'adjudication que s'il est vendu plus d'un dixième au-dessus delà déclaration : alors ou rendra seulement au propriétaire le i>rix qu'il a déclaré. La contribution sera payable, un quart dans le cours de la première décade, les trois autres de mois en mois. En outre, de nombreux droits acquis sont lésés, les cessions, les emplivtéoses, laites par l'ancien gouvernement sont abolies : l'empliytéose aura seulement la préférence, quand il voudra aclielcr en olfrant plus. Le 14 lloréal, les Conseils déclarèrent que l'emprunt forcé n'avait ])roduit en tout que 450,000 ècus (environ 2,.'Î00,000 fr.) et en ccdulcs!! et cette somme allait être aussitôt absorbée. Le -2(; messidor, la loi du 10 germinal fut modiliée. Ceux qui n'avaient pas un capital dedeux mille écus en furentexem|)ts; la (a\e était progressive; elle ne fut maintenue à trois pour cent que jwur les fortunes dépassant trente mille écus à cinq pour les biens religieux.

Cependant ils travaillent ù se débarrasser de ces biens le plus avantageusement possible, et ils ont pris plusieurs arrêtés dans ce but. On voit f|ue la résurrection de cette république romaine dont on avait tant parlé dans les collèges est bien leur dernier souci I

Après le bruit qui avait été fait autour du nom de Dupbot, après tant de cris de vengeance, le Directoire ne pouvait se dispenser de donner, avec beaucoup de solennité, une indemnité à sa famille. Les commissaires prirent un arrêté qui lui accordait cent cinquante mille francs ainsi distribués :'quarantecinq mille francs au père et à la mère, vingt-cinq mille à la sœur, et quatre-vingt mille au jeune fils du général. Cette somme devait être prélevée sur la contribution payée par la république romaine. Les commissaires avaient adopté ce mode de paiement, « parce qu'il en résulte que l'indemnité sera réellement supportée par Rome Qi que cependant elle ne parait être qu'un acte de reconnaissance de la République française enveis la famille de Duphot (1) ». Le trait est fort joli! Les révolutionnaires ont toujours cherché à en imposer aux badauds, et la famille Duphot s'en aperout à ses dépens, car elle dut attendre longtemps les effets de cette fastueuse reconnaissance. Le prélèvement décidé en sa faveur n'eut pas lieu; elle fut réduite à réclamer auprès du Directoire, qui, le 13 germinal an A'II, un an après, prit un arrêté maintenant celui de ses commissaires « nonobstant toutes dispositions subséquentes du produit des dites contributions », et ordonnant, non pas qu'on lui payât la fameuse somme de cent cinquante mille francs, mais qu'on lui fit tout simplement une avance de huit mille francs sur cette indemnité encore une fois promise!

Les membres du Sacré Collège furent systématii|uemenl dispersés, car les révolutionnaires ne désiraient pas seulement leur faire subir beaucoup d'avanies et de mauvais traitements, mais rendre impossible la réunion d'un conclave. Les cardinaux Albani et Busc.i, (jui étaient particulièrement menacés |)ar les Français, s'enfuirent à Naples dès que l'armée de Berlhier fut maîtresse de Rome. Deux cardinaux qui se trou-

(i) Arch. nat., AK. •(, ".

314 U-: niKEcToïKi;.

valent près des frontières de ce royaume s'empressèrent de les passer; plusieurs autres qui étaient Toscans se réfugièrent dans leur pays. Il restait encore à Rome, le 8 mars (18 ventôse), treize cardinaux. Ce jour-là, six d'entre eux furent arrêtés et enfermés avec plusieurs prélats dans un couvent qu'on avait complètement dépouillé, et oij il n'y avait pas même une chaise pour s'asseoir. On leur refusa de laisser entrer dans leur prison un autel portatif. Trois autres cardinaux furent expulsés, deux étaient gravement malades; deux autres, Anticiet Allieri, furent pris de peur et se déshonorèrent. Antici, prévenu des mesures de rigueur qu'on allait prendre contre les cardinaux, écrivit, le 7 mars, à Pie VI, une lettre très lâche par laquelle il déclarait remettre sa dignité de cardinal et en prévint aussitùtles autorités révolutionnaires. Altieri, qui était malade, envoya aussi sa démission au Pape le 1^ (1).

Les six cardinaux prisonniers furent avertis, le 10 mars, qu'ils allaient être conduits à Givita Vecchia. Un officier français les invita à donner leurs démissions; ils refusèrent. Alors il leur offrit de se racheter moyennant une honne somme d'argent. Par ce marché, ils se mettraient dans l'obligation de sortir du territoire de la république romaine, mais ils éviteraient la déportation en Guyane. Ils refusèrent encore et furent conduits à Givila, où d'autres personnages de la cour de Rome furent emprisonnés avec eux. Un prélat riche acheta sa liberté mille sequins (IIOOO francs); un autre partit aussi en payant rançon. Knfin on annonça aux prisonniers, le 23 mars, qu'on leur permettait de quitter la république romaine par la voie de mer; et on les contraignit de s'embarquer, bien que la mer fut extrêmement mauvaise. Les révolutionnaires avaient dispersé le Sacré Collège, parce qu'ils comptaient sur la mort très prochaine de Pie VI.

(I) Le Pape les déclara dcclius du cardinalat le 7 septembre 1798. La lettre envoyée par Allieri n'ayant pas i)aru aux Consuls assez c\[>licile, ilscxigorenlunc renoncialion pluslbrniclle. Allieri leur céda, et ils lui donnèrent alors un .satisfecit. Uu reste, les révolutionnaires accablèrent de nio(|ucries ces deux i)ollroiis, et crii-rent bien haut qu'ils s'étaient dr'caj-rftna/i'scs j)our éviter d'être déportés^ et aussi jiar ambition. Antici, quand les Autrichiens et les Russes lurent vain- <|ucnrs, eut l'impudence de re|)rcndrc les insignes du cardinalat et de vouloir fair(; partie du conclave de Venise. Il en fut naturellement exclu. (Baldassari. •2'^ jiarlie, cliap. 2.)

LE DIRECTOIRE ET LA RKI'riîLIOI E KOMAINK. .'{1.")

Le lendemain de son arrivée à Rome, Saint-Cyr se fit présenter par Dallemagne tous les officiers de la garnison. II blâma énergiquement leur conduite à l'égard de Masséna, et leur rappela avec sévérité qu'une armée ne pouvait se constituer en assemblée délibérante. Les officiers lui répondirent qu'ils avaient agi ainsi pour sauver l'honneur français, et qu'aucun mal n'en était résulté; et ils ajoutèrent fort à propos qu'en délibérant l'envoi dune adresse, « ils n'avaient fait que ce qu'on leur avait fait faire à la fin de la dernière campagne, lorsqu'il s'agissait d'appuyer la majorité du Directoire pour faire triompher la liberté prête à succomber sans le mouvement du 18 fructidor; que ce qui avait paru alors une mesure convenai)le,ne pouvait aujourd'hui leur être imputé à crime (i) ». A cela, les fructidoriens et leurs généraux ne pouvaient rien répliquer! N'avaient-ils pas soutenu que l'envoi de pareilles adresses ne constituait pas une délibération, et par conséquent n'était pas inconstitutionnel!

Le 30 mars (10 germinal), Saint-Cyr convoqua les chefs de la garnison de Rome pour leur ordonner de faire arrêter les officiers qui avaient protesté. Ils furent très effrayés de cet ordre et déclarèrent tous qu'il était impossible de l'exécuter. Ces révoltés s'étaient promis de se soutenir mutuellement, et ils pouvaient compter sur l'appui des soldats qui venaient de recevoir quelques mois de solde, et croyaient que, sans la protestation des officiers, on ne leur aurait rien donné. D'ailleurs ce complot avait des ramifications très étendues. Saint-Cyr croyait, comme les officiers supérieurs, qu'il fallait arrèlor tous les officiers signataires ou n'en inquiéter aucun : cependant il leur déclara que, pour l'exemple, il fallait punir les vingt et un membres du comité. Ils furent arrêtés dans la nuit du 30 au 31 mars par leurs officiers supérieurs eux-mêmes et mis au château Saint-Ange.

Le lendemain, l'armée était dans une grande surexcitation.

(1) Mi'moires de Gourion Sai)il-Cyr, t. I, p. 41. — l.o Diroctoiro lui-inrnun'avait-il pas à peu près soutenu celle tlif-sc dans un niessase?

IM6 LE ninRCTOiiŒ.

Les officiers linrciil iiiio réunion au Capitolo et l'on y fit des motions très violentes; cependant elles ne furent pas adoptées, et les mécontents envoyèrent une dépulation au général qui refusa de la recevoir^ parce qu'elle venait au nom d'une réunion organisée contrairement à la discipline. Cette réponse irrita vivement beaucoup de militaires, et l'on parla de nouveau de marcher sur le château Saint-Ange. On envoya une nouvelle députalion au général qui refusa encore de la recevoir. La situation était très grave. Heureusement quelques-uns des ofticiers arrêtés furent pris de peur et déclarèrent que leurs signatures avaient été mises à leur insu au bas de la protestation. Le général profita habilement de cette demi-rétractation ; les prisonniers renièrent tous leurs signatures et furent mis tous en liberté : il était temps, une véritable révolte allait éclater (1).

Saint-Cyr fit battre la générale et adressa aux officiers et soldats une proclamation qu'il avait rédigée de concertavec les commissaires. Il leur déclara qu'ils avaient manqué à la discipline, en se créanten comité et s'érigeant en assemblée délibérante. Néanmoins « le Directoire exécutif est loin d'avoir considéré comme coupables tous les officiers qui, les 6 et 7 du mois dernier, se sont réunis au Panthéon. Il a ordonné d'examiner la conduite de dix à douze d'entre eux. Il a sévèrement défendu d'inquiéter les autres ». On voit qu'il cherche à calmer leurs appréhensions. Il leur déclara ensuite que le Directoire s'était aussi souvenu de leurs besoins, laissa entrevoir le paiement complet de la solde, et promit hautement que les dilapidaleurs seraient poursuivis. Cette proclamation fit très bon efi'ct. En réalité, le Directoire capitula devant l'armée; et tout le monde était persuadé que, s'il parlait de poursuivre quelques officiers, c'était uniquement pour n'avoir pas l'air de céder trop complètement. Mais les militaires continuèrent à se méfier. Le gouvernement suivant eux voulait évidemment les employer à des expéditions lucratives pour lui. C'est Saint-Cyr qui le constate. « Le Directoire, disaient-ils, tra(i()ue de notre sang : après la conciuôte de la Haute-Italie,

(1) Mrmoires de Gouvion Sainl-Ci/r, t. I, p.

on nous fait envahir les États romains; l'année prochaine on nous enverra à la conquête de Naples, la suivante en Turquie ». Les troupes se demandèrent longtemps si le Directoire n'avait pas voulu simplement les amuser par de belles paroles : elles craignaient qu'il ne voulût les disséminer pour frapper les coupables isolément. Aussi répugnaient-elles vivement à partir pour les expéditions qui étaient fréquemment commandées; mais comme on leur annonçait que les camarades étaient égorgés dans les pays insurgés, elles partaient « non sans tenir d'assez mauvais propos qu'on était obligé de ne pas entendre (1) ». Les troupes qu'on embarquait à Civita Vecchia pour l'Égvpte manifestèrent une vive inquiétude : quelques officiers croyaient, en effet, qu'on voulait les éloigner pour les punir plus aisément de la part qu'ils avaient prise à la rébellion contre Masséna.

Cette méfiance était très fondée : le :2o germinal (li avril), le ministre de la guerre écrivait au général en chef de l'armée d'Italie, que le Directoire était mécontent de ne pouvoir traiter plus sévèrement les officiers coupables, et il parlait de disséminer les corps afin de saisir les rebelles isolément. Si ce moyen ne réussissait pas, il faudrait peut-être faire rentrer en France les deux demi-brigades les plus compromises, et même les éparpiller bataillon par bataillon pour s'emparer des mutins. Il faudrait que le général en chef vint de Rome pour donner plus d'éclat à la répression (:2). Le Directoire était fort irrité et humilié de l'affront qu'il avait reçu : toute l'Europe savait maintenant que les fructidoriens, loin d'être les maîtres absolus de l'armée, étaient sous sa

(I) Mhnoires de Gouvion Saint-Cyr, t. I. p. 08.

{-2) Arch. AF-i, r. \s Dans sa séance du 1« viMitiisc, le Directoire, très ému en apprenaiitl'insurrcction, avait donné l'ordre défaire arrêter : 1° les ofliciers scdisaiit le comité central des ofliciers de Rotne, et (|ui avaient signe l'acte du "ventôse; 2" les officiers se disant députés de ceux qui étaient réunis au Capitole et qui avaient refusé de reconnaître .Masséna; 3" les rédacteurs de l'adresse séditieuse • les officiers de l'armée de Rome au général en chef •; ils devaient être conduits au fort d(; Briaiiçon : l'imprimeur devait étie également arrêté. Les geuéraux étaient tenus de déférer aux ordres des commissaires cnvovés à Rome. En outre, les 11» et 1-2" demi-brigades seraient supprimées et dispersées dans six autres. L'ambassadeur du Dire<toire à Naples devait signifier au Roi que le Directoire était très mécontent de la conduite de Rclmonle Pignalelli alors à Rome. (Arch., ibid. 10.)

.'{18 LK niHRCTOlHK

dépendance; les généraux d'Italie prouvèrent an Directoire qu'il fallait bien se garder d'exaspérer les troupes et surtout ne plus les laisser dans la misère. Ainsi Saint-Cyr raconte qu'à Ancùne un bataillon de la 79'" demi-brigade refusa de s'embarquer avant d'ètro payé de sa solde.

Ge général avait à lutter à la fois contre l'indiscipline et les méfiances de l'armée, le mécontentement des Romains, les insurrections des campagnards et contre les commissaires français. Ces proconsuls gouvernaient en réalité la prétendue république romaine, dont tous les actes devaient être sanctionnés par le général; mais, pour eux, ce dernier ne devait être qu'un simple agent, l'exécuteur docile de leurs volontés. Aussi des conflits s'élevèrent aussitôt entre les deux autorités Iranraises. Malgré la sanglante répression de l'émeute du 2.") février, les révolutionnaires redoutaient beaucoup de nouveaux soulèvements dans Rome même. Souvent les Consuls effrayés imploraient la protection des baïonnettes françaises. « On était obligé, dit Gouvion Saint-Gyr, d'envoyer aux environs de Monte Cavallodes détachements de différentes armes et de l'artillerie pour empêcher que la résidence des Consuls ne fîit enlevée de vive force et eux-mêmes menacés ». II raconte qu'on avait formé un complot pour s'en débarrasser au milieu d'une fête qui devait être donnée le 13 mai, et qu'il eut l'adresse de déjouer ce complot. Pourtant il avait, le 2 floréal précédent (21 avril), ordonné un désarmement général (1).

Berthier avait gardé d'abord quelques ménagements pour les malheureux prêtres français que le Directoire lui-même avait précédemment encouragés à séjourner dans les fitats romains : ces prêtres s'y trouvaient au nombre de deux mille avant l'occupation de Rome; les commissaires leur donnèrent la chasse. Le 26 germinal (l.o avril), ils écriveni au Directoire que quinze cents sont partis, et que, tous les jours, ils en expulsent quelques-uns (2).

(1) Avec des prt'cauUons frrs minutieuses, invitation et.iil faite aux bons citoyens de dénoncer ceux qui i,'ai-deraient des armes, <'l une prime de cin- (luanle scudi était promise au dénonciateur. I/arrété annulait les dispenses jnécédemment données pour ])ermettre de chasser.

(2) o On n'a excepté de cette mesure, disent-ils, que les Corses, les vieillards

LE DIRECTOIRK ET LA HÉITBLIQCE ROMAINE. 319

On a déjà vu que les (Commissaires, tout en pressurant les Romains, déclaraient qu'ils allaient être écrasés parles besoins de l'armée. Leurs prévisions ne tardèrent pas à se réaliser. L'occupation de l'Italie était un gouffre pour les finances! Rome était domptée par la garnison française et terrorisée par tous ces prétendus patriotes, qui, moyennant un traitement et la faculté de grapiller après les Français, avaient consenti à accepter des fonctions, à devenir des marionnettes entre les mains du général et des Commissaires. Mais les paysans s'insurgeaient partout, et cette guerre de détail allait encore nécessiter des dépenses inattendues. Aussi les Commissaires écrivaient-ils, le 15 floréal, au Directoire, que le dénûment de l'armée d'Ualie amènerait l'indiscipline et favoriserait les insurrections. « L'Italie est épuisée, les républiques romaine et cisalpine sont dans une insolvabilité absolue l"* ». Il est indispensable de leur envoyer de l'argent. Brune, depuis le 18 ventôse, général en chef à Milan, vient de leur demander deux millions cinq cent mille francs. Ils lui ont répondu de s'adresser au Directoire; qu'en attendant, ils lui abandonnaient les ressources des républiques cisalpine et romaine. II fallait un certain temps pour recouvrer les millions garantis par la convention du 8 germinal, et, en attendant, on essayait de régler les arriérés et de contenter un peu les fournisseurs qui voulaient être payés au plus vite sur le butin fait à Rome : on avait à satisfaire cette bande de patriotes faméliques, qui ne pouvaient jouer pour rien les rôles de consuls, de sénateurs, tribuns, questeurs, etc., sans compter les officiers, les commissaires, les agents, les sangsues de toute espèce qui avaient déjà presque épuisé la Cisalpine et réclamaient leur part de l'argent pris sur la nouvelle conquête. Ainsi les malheureux Romains étaient spoliés, écrasés, et leurs spoliateurs ne cessaient de crier misère; et les Français honnêtes couraient inutilement après leurs appointements ou leur solde!

Les insurgés des campagnes devenaient tous les jours plus

au-flcssus de soixante-dix ans, et ceux qui ont clc reconnus pour élre vraiment patriotes et républicains •. C'cst-à-<lMe quelques défroques (|ui claicnl venus exploiter ce malheureux pays.

(1) Arch. nal., AK», 77.

nombreux ot plus audacieux. Ces prises d'armes exaspéraient au dernier point les agents du Directoire, car elles montraient à l'Europe le cas que le vrai peuple faisait de cette nouvelle république romaine imposée par une armée étrangère qui avait envahi l'État pontifical par surprise. Aussi les commissaires eurent-ils l'impudence d'en rendre responsable le malheureux Pie VI, qu'ils avaient transporté de force en Toscane sans en prévenir le grand-duc, et de prétendre que le voisinage du Pape était la seule cause des insurrections.

Pie VI, enlevé nuitamment du Vatican, le 20 février, fut conduit en Toscane par Monterosi, Viterbe et Monteflascone; les populations s'empressèrent autour du Pasteur suprême et lui témoignèrent leur vénération, sans s'inquiéter de la colère de ses geôliers. 11 arriva, le 23 février, à la frontière toscane. Le grand-duc venait seulement d'être prévenu de l'arrivée du Pape dans ses P]lats. L'hypocrisie révolutionnaire trouvait bien mieux son compte à faire garder Pie VI par ce prince si dépendant, et si effrayé, qu'à le tenir ouvertement en captivité. Le grand-duc, honteux et alarmé de ce rôle de geôlier du Pape que le Directoire voulait lui faire jouer, et persuadé qu'il lui tendait un piège, ordonna aussitôt de ne rendre aucun honneur public à quelque personnage que ce fût qui passerait par ses États. Par crainte des Français, il ne voulut pas recevoir Pie VI à Florence, et ordonna à l'archevêque de Sienne de lui choisir pour résidence un des couvents de cette ville. Pie VI arriva à Sienne le 25 février, et l'archevêque lui donna le couvent des Augustins. Le grand-duc lui envoya son ministre Manfredini pour le complimenter et le prier de vouloir bien rester à Sienne. Pie VI y consentit sans difficulté; mais le gouvernement toscan, toujours eflVayé, ordonna à ses agents de ne permettre à personne de s'arrêter dans cette ville, tant (|ue le Pape y demeurerait, et d'obliger tous les voyageurs, sans exception, à n'y séjourner que deux ou trois jours au plus; les cardinaux eux-mêmes qui venaient voir Pie VI étaient renvoyés au bout de trois jours. Les ambassadeurs de Turin et de Lisbonne, qui avaient reçu de leurs cours l'ordre de suivre le souverain pontife partout où il serait, furent empêchés par le gouvernement de s'établir à Sienne, et durent se tenir

LE DIRECTOIRE ET LA RÉPUBLIOIE ROM.M.M:. ."îrJI

;'i Florence. Le Pape fit connaître sa captivité aux princes d'Europe M).

Le Directoire qui avait ordonni' d'abord d'envoyer Pie VI en Portugal, changea tout à coup d'idée. Le 8 ventôse an VI (20 févrieri, il écrivait à Berthier :

« Le Directoire regrette comme vous, citoyen général, que les intrigues italiennes aient retenu le Pape; mais puis(iu'il s'y est obstiné à rester, il est instant, si vous ne l'avez iléjà fait (2), d'après les dernières intentions du Directoire, que vous le fassiez arrêter et qu'au lien de le transporter en Portugal, vous le fassiez conduire en Brésil. Vous prendrez à cet égard toutes les mesures nécessaires, et pourrez notamment disposer d'une des frégates qui se trouvent à Ancône ou à Civita Vecchia. (Arch. nat. AF3, r. 18.

Cette frégate devait certainement être prise par les Anglais! Et pourtant les Directeurs ne désiraient pas remettre Pie VI entre leurs mains ! Évidemment ils ont pensé que cette traversée si longue tuerait un vieillard accablé par l'âge, les infirmités et les chagrins. En tout cas. s'il s'obstinait trop à vivre, elle fournirait mille occasions d'en finir avec lui.

Berthier, qui se rendait de Rome à Bologne, passa la journée du 11 ventôse à Florence et donna des instructions au chargé d'affaires Jacob. Il n'avait pas encore reçu l'arrêté du 8. Jacob alla trouver les ministres Manfredini et Fossombroni et leur déclara que le Directoire ne verrait pas avec plaisir le Pape résider dans les États du grand-duc, et qu'il était de Cintérèt de la Toscane qu'on le détermin<àt à se retirer à Malte (3j ou en Portugal. Manfredini répondit que le Pape ayant été conduit à Sienne par des officiers français, on devait naturelle-

(1) Même à l'empereur de Russie et au cabinet aiislais. Paul I""' lui rcpondil qu'il avait a])|iris avec irulignalion les attentats commis par la ni|)ut)ii<|ue française cl qu'il désirait vivement j)ouvoir conlriltuer hienliH à la dcli\ranre de ntalie et de Home. I.e cal)inel l)ritatini(|uc chargea sou ambassatleur à Vienne de s'entendre avec le ministre anglais résidant à Florence pour lui porter assislance à l'occasion. (Ualdassari, û" partie, chapitre I.)

(-2) Cet arrêté, qui est du 1"^ veiitose (lit IVvrier), ne pouvait être encore parvenu à IJertliier, lorsqu'il fit partir le !*ape.

(.'*) Pounpioi à Malte, qu'on a l'intention secréle d'occuper par surprise hientot? C'est donner au Pape la liberté en apparence pour la lui reprendre pres(|ue immédiatement; combinaison du reste bien digne du Directoire:

322 LE DUlKCTitlIîC.

menl croire que celte résidence lui avait clé assignée par le Directoire; « que d'ailleurs les égards dus aux grandes puissonces catholiques, à la religion du pays et surtout au grand âge du Pape, faisaient un devoir au grand-duc d'attendre sur cet objet l'avis du roi d'Espagne et de l'empereur, ou la noiificalion(Vwie réquisition formelle du Directoire; (\\\SiXx reste, l'intérêt même du grand-duc répondait que le séjour du Pape dans ses États ne donnerait aucun sujet de plainte au gouverment français (1). »

Le grand-duc prit ainsi un engagement dangereux en luimême et très imprudent avec un gouvernement aussi déloyal que le Directoire : il eut bientôt de trop nombreuses occasions de s'en apercevoir. Le Pape est gravement malade et ne peut supporter un voyage pénible. Le grand-duc, dans l'intérêt de Pie VI, et aussi dans l'intérêt de sa propre réputation, désire qu'il ne soit pas brusquement enlevé de sa nouvelle résidence forcée, pour être transporté on ne sail où. Il redoute vivement, pour le Souverain Pontife, les lâches insultes, les odieux traitements des geôliers du Directoire et l'impossibilité où ils le réduiront de faire le moindre acte de son ministère. H prévoit que cette horrible captivité, cette annihilation complète du ministère papal lui seront vivement reprochées par les princes catholiques et leurs sujets, qui depuis longtemps déjà l'accusent de faiblesse. Il faut aussi qu'il se tienne en garde contre la perfidie du gouvernement français, qu'il n'ait pas l'air de lui céder trop vite. Car si le Pape meurt des suites de ce nouveau voyage forcé, le Directoire en rejettera hypocritement la responsabilité sur le grand-duc et, pour le compromettre auprès des puissances et des peuples catholiques, il fera partout courir le bruit qu'il était fort aise de se débarrasser d'un hôte aussi gênant et que s'il eût insisté davantage et mieux exposé le déplorable état de sa santé, les Directeurs, dont l'humanité est si bien connue, auraient laissé Pic VI en Toscane. Le gouvernen^ent français a l'arrière-pensée de détrôner le grand-duc tôt ou tard, quoi qu'il fasse : s'il s'oppose au départ du Pape, il l'accusera de conspirer avec lui contre

(1) Arrh. n.it.. AI"i 88.

LK blKKCTuim-. ET LA KKl'l liLloLE 1{(».MA1.\L;. liHi

la France; s'il le laisse parlir, il exploitera contre lui !•; mécontentement du monde catholique. Aussi refusera- l-il, toujours par hypocrisie^ de donner cette réqvisiliun formelle que le grand-duc exige pour laisser partir le Pape.

Mais le gouvernement toscan se trouvait par son refus dans la pénible alternative ou de devenir complice de la mort de Pie VI, ou de se faire son geôlier aux ordres du Directoire. Affolé par la peur, il se résigna trop aisément à certaines conséquences de ce dernier rôle. Tous les ministres, tous les amis de Pie VI furent écartés de lui (1).

Mais le Directoire voulut bientôt se venger sur le Pape de l'énergique résistance opposée par un si grand nombre de ses sujets à la nouvelle république romaine. Les paysans avaient aussitôt pris les armes dans beaucoup de localités, et cette guerre de détail gênait singulièrement le gouvernement français. Les commissaires du Directoire prirent prétexte de ces insurrections pour demander au grand-duc d'envoyer Pie VI en Sardaigne. Le li floréal, ils écrivirent au Directoire que le voisinage du Pape 'qui donc l'avait transporté à Sienne?) était la cause de cette insurrection, et qu'il était nécessaire de l'éloigner de la Toscane. Le Directoire fut de cet avis {■2), et ils ne perdirent pas un moment pour demander au grand-duc l'éloignement de Pie VI. Le "-l'A lloréal, ils en rendirent compte au Directoire.

« Nous avons eu l'honneur de vous exposer, dans notre lettre du ii floréal, les motifs qui nous paraissaient devoir déterminer le Gouvernement à demander l'expulsion du ci-daant Pape -V des Ktats de

(!) Le grand-duc n'osa point recevoir Maur\ ; celui-ci lui demanda un suilconduil jiour se rendre dans les Étais de l'Kmpereur: le j{ou\erneinenl toscan n'osa nu-nic pas le lui accorder aussitôt: il en demanda liumidement la pi-rmission an représentant du Directoire, (|ui déclara n'avoir pas connaissance de ses intentions à ce sujet, et Manfredini dut écrire à lierlliier avant de prendre cette décision. (Arcli. nat., AF'- 88.)

(-2) En nuirgc de cette pièce, ou lit : « Kenvo>é au ministre des rcl.ilioiis extérieures pour rendre compte demain des mesures (|u'il a prises pour éloisner le Pape <ie la Toscane •. I.e l"' prairial an Vf. Mkhiin. Arcli. nat.. Al-:' 77.

Ci) gu'entcndeut-ils, par le ci-dcvaul l'uiti.' Veulent-ils dire (|ue l'ic \l n'est plus chef de l'K^'lisc? Cependant lorsqu'ils né^'ocient a>ec les puissances . les a:,'ents du Directoire sont «diliges de le rcconnailrc comme tel.

324 LE DIRECTOIHE.

Toscane. Aujourd'hui les circonstances sont devenues si pressantes que nous nous croyons obligés de prendre une mesure qui nous semble la plus sûre et la plus prompte pour écarter le danger gui menace r existence de cette rqmblique (1).

« Nous vous transmettons copie de la lettre que nous écrivons à cet edet au grand-duc de Toscane. Nous avons préféré cette manière (le former notre demande comme devant être plus eflicace. Toutes [es mesures sont prises pour la prompte et exacte exécution du transport du ci-devant Pape à Cagliari. Un bâtiment sera frété àLivourne; il sera escorté par un bâtiment ai'mé qui s'y rendra de Civita Veccliia : le bâtiment de transport aura une garde de douze à quinze iiommes. C'est le consul de la république à Livourne, le citoyen Kersey, qui est chargé de tout ce qui est relatif à l'exécution. Nous espérons le meilleur effet de cette mesure. Klle ôteratout espoir aux méconlenls et révoltés des départements voisins de la Toscane et contribuera puissamment à apaiser les mouvements qui y ont éclaté.

<i Ces mouvements ont tellement paru tenir à un plan concerté qu'on a fait arrêter la nièce du Pape, femme du ci-devant duc Braschi. Salut et respect. Monge, Florent, Faipoult, Daunou ».

Voici maintenant la lettre qu'ils ont adressée an grand-duc, et dont ils envoient copie au Directoire; elle est du 23 floréal an VI (12 mai WM) :

<( Sérénissime prince,

« Le scjûw prolongé de Pie VI à Sienne est la cause des mouvements séditieux qui éclatent sur divers points du territoire romain depuis Viterbe jus({u'à Città di Castello. La connaissance exacte que nous avons prise du caractère de ces troubles et de toutes leurs circonstances ne nous permet plus aucun doute sur leur origine. C'est de Sienne que le signal en est donné, c'est de Pie VI et de ceux qui Tcntourent que les agitateurs reçoivent leurs instructions.

« Les forces que la Uépubru|uc française entretient sur le territoire romain sont sans doute plus que suffisantes pour réprimer quelques

(I) Archives iialioiialcs, A [■"■'■ 77. Les liieiis de l'io VI et de s;» fainillc étaieiil eontisqiics par la convcnUon sccrclc du 8 gnrmiiial, mais eelle inraiiiic devait être forcément révélée par la vciile de ces hiens comme nationaux; aussi l'on s'étudiait à dénoncer, et Pie VI et son neveu, (Mimnic des conspirateurs dangereux, i)our conlis(iucr leurs biens, sans èlreol)lif,'é de lévcler l'existence de ce honteux, traité, qui n'était connu que d'un très petit nombre de révolutionnaires.

Lt: DllŒCTOllŒ CT LA UÉl'LBLlgLE HuMAlMi. ',i2o

pai/sans révoltés, et le résultat le plus certain de ces mouvements est la perte des malheureux qu'on y entraîne. Mais c'est ce résultat même, ce sont ces faciles et tristes victoires que nous sommes impatients de faire cesser, et les sentiments d'humanité qui animent Votre Altesse royale nous sont de sûrs garants de lempressement avec lequel elle voudra concourir à mettre un ternie à cette inutile et déplorable effusion de sang.

« Nous sommes persuadés, d'ailleurs, Serénissime Prince, que jaloux de maintenir dans vos Élats la tranquillité publique et tous les biens qui en dérivent, vous ne pouvez voir sans douleur que l'on cherche à vous donner la guerre civile pour voisinage, et même à établir dans l'une de vos villes le foyer des dissensions que l'on se promet d'allumer dans le sein de la république romaine. De tels projets sont trop contraires à la sagesse qui caractérise votre administration, comme Us seraient inconciliables aussi avec les relations de paix, d'amitié et de bonne intelligence, qui existent entre Votre Altesse royale et la République française.

« foutes ces considérations démontrent combien il est urgent d'éloigner Pie VI des frontières de l'État romain. Nous vous invitons, Serénissime Prince, à le transférer à Livournc, où nous faisuns arriver un vaisseau charge de le conduire à Cagliari.

« Le co7icours de Votre Altesse roijale et de la République française pour cette indispensable opération garantit pleinement à Pie VI (I) les égards dus à son âge et à ses infortunes.

« Nous prions votre Altesse royale de recevoir l'hommage de notre respect ».

Celte lettre est exlraordinairement polie, dans la forme, pour des agents du Directoire, écrivant à un prince do vieille race, sans armée, et fjui est tout à fait sous la dépendance de leur gouvernement. Ils se rendent très bien compte qu'ils lui proposent une véritable infamie : on le reconnaît aisément à ce ton mielleux, à toutes ces précautions oratoires. Ils ne veulent pas avouer formellement que cette insurrection contre leur ridicule républiquo romaine est très grave, que l'armée française a beaucoup de peine à la réprimer, que les caisses des deux républiques sont vides; et pourtant ils ont proclamé la gravité de la situation en décrétant des mesures terribles contre les insurgés! Ils s'en prennent à Pie VI de l'aversion de

(I) Ils ne parlent pas au sraïui iliic du ci-deca»! Pape.

LK DiREr.ïomi:. — t. mi. 19

ses sujets pour celle prétendue république, qu'ils exploitenl, qu'ils grugenl; ils font les bons apùlres, el, suivant l'habitude de tous les prescripteurs et assassins révolutionnaires, ils proposent des mesures meurtrières, sous prétexte d'empêcher le sang de couler. En vrais Tartufes, ils déplorent la guerre des paysans au nom de l'humanité, et n'osant envoyer Pie YI mourir à Sinamary delà f/?«7/o^//?e sèche, ils espèrent arriver au mèmerésultal, en imposant, par humanité, à ce vieillard malade un voyage qui le tuera. Mais le but du Directoire et de ses agents était si clair que le grand-duc, malgré son état de dépendance, ne put se résoudre à jouer le rôle à la fois honteux et compromettant qui lui était assigné : il prit le parti de faire traîner indéfiniment la négociation, en attendant une réquisition formelle qui dégagerait sa responsabilité et son honneur.

Il envoyaàllome Manfredini conférer avec les Commissaires : ce diplomate leur remit un mémoire très complet de Fossoinbroni sur lattitude que la Toscane entendait conserver à l'égard de Pie VI. Dans ce curieux mémoire, le ministre commence par prouver trop aisément que son gouvernement, affolé par la peur, a fait nombre de platitudes pour complaire au Directoire : mais bientôt, au milieu de cette excessive humilité, on sent un peu de malice italienne !

Il établit d'abord que Pie VI ne se trouve à Sienne que par le fait des seuls Français.

(( L'arrivée inattendue de Sa Sainteté dans la ville de Sienne où elle fut accompagnée i)ar deux commissaires français jusqu'au lieu de sa retraite, inspira dès lors aux habitants de la Toscane la crainte que son séjour pùl causer des inquiétudes à ce pays(t)... Cette hospitalité, aussi dangereuse que peu di'sirèe, obligea le grand-duc à exiger du Saint i*èrc la promesse de se tenir dans le plus parlait inco(jnito. ce qu'il a observé très religieusement jusqu'à ce moment. Sa sollicitude ne voulut pas se borner à de simples insinuations et aux promesses <iue le Saint Père lui avait faites. Il enjoignit au Conseiller d'Ktat, gouverneur de Sienne, de veiller exactement sur sa conduite.

« Il fit mander aux évèques et aux chefs des corporations ecclésiastiques et religieuses de son État, de ne pas aller lui rendre hom-

(1) U adresse ensuite au Directoire des éloges assez plats, et iHale complaisamment la conduite plus que (circonspecte de son gouvernement.

LE DIRECTOIRE ET LA RIJIH I5L1QUE ROMAINE. .'j^T

mage, et donna les ordres les plus pressés pour que tes cardinaux et prélats expulsés de l'Etat romain ne pussent pas séjourner (/ans la ville qu'on avait choisie pour résidence du Saint Père.

« Il fit ensuite insinuer à Son excellence le cardinal l.orenzana, nommé ambassadeur cxtraord in ai le de Sa Majesté Catholique prés de Sa Sainteté, de ne pas déployer un caractère public, et de résider à Florence au lieu de séjourner à Sienne, comme il en aurait eu le droit.

« On peut répondre que toutes ces mesures ont été exécutées ù la lettre, et que tout le monde sans exception a dû s'y conformer.

« C'est par la stricte exécution desdites précautions, et de beaucoup d'autres qu'on a prises à cet égard, que le Gouvernement de Toscane, sans emj-jccher au Saint Père l'exercice de son ministère apostolique et spirituel (ce qu'il ne manqua pas de faire sentir d'abord au général Berthier), est [sic) réussi à mettre obstacle aux intrigues de tous ceux qui auraient voulu abuser de leurs relations avec le Saint Père pourh'oubler de quelque manière que ce fût la tranquillité do l'Klat romain (ij ».

Celte protestation en faveur de la liberté du ministère spirituel du Saint Père est admirable ! Elle ne i)eut être considérée que comme une timide réserve pour l'avenir; car il est bien évident que le Pape, privé de tout rapport avec les cardinaux et lesprélats qui doivent traiter avec lui des affaires de l'Ëglise, ne pouvant voirni les évêques, ni les chefs de corporations religieuses, ni les ambassadeurs des puissances catholiques, était dans une impossibilité aussi complète d'exercer son ministère spirituel que si les Français l'avaient gardé à Home, prisonnier au château Saint-Ange. II ne pouvait, en effet, rien dire, rien faire savoir, concernant la direction de l'Église, que furtivement et servi par un heureux hasard.

Le gouvernement toscan en est donc réduit à se vanter d'èlre pour le Pape un geôlier très sûr et très digne de la conliancc du Directoire. Fossombroni ajoute encore que, si le gouvernement s'est admirablement conduit, les Toscans, quoique très religieux, se sont si soigneusement conformés à ses désirs « (ju'ils ont semblé ignorer que le chef de l'Eglise était an milieu d'eux » ; et c'était [)endant le carême! .Mais ensuite il fait ressortir habilement les variations du Directoire. Le grand- Ci) AiTli. liai., A r3 77.

duo n'a jainais voulu conserver le Pape dans ses États; dès qu'il a éli' inforuié que le Directoire désirait le voir se retirer dans les États de l'Aulriche, il a envoyé Manfredini à Vienne pour se concerter avec le ministre de l'empereur et l'ambassadeur français Bernadotte pour le prompt départ de Pie TI. Mais tout à coup Bernadotte quitte Vienne, à la suite d'un incident fâcheux, et la négociation est arrêtée. Alors le Directoire, par l'organe de son ministre des relations extérieures, propose d'envoyer le Pape en Espagne ou en Portugal : on s'empresse de suivre cette nouvelle négociation. Le grand-duc en parle à M. Azara, ambassadeur d'Espagne. Il était en route pour Paris, afin que ce projet de voyage fût exécuté « sans délai » dès que tout serait arrangé; et le chargé d'affaires Jacob en conférait avec le gouvernement toscan, lorsque la lettre des commissaires exigeant le départ précipité du Pape lui fut remise.

Elle est donc tombée au milieu d'une négociation régulièie, très sérieusemententamée avec laFranceetl'Espagne :1e grandduc croit qu'il faut simplement la poursuivre, et voir si elle aboutira. Il est nécessaire d'attendre un peu. Son Altesse le charge donc de prier « les très dignes Commissaires de vouloir bien examiner, avec toute l'attention que celte affaire demande », s'il est vraiment établi que le séjour du Pape à Sienne soit la cause de mouvements populaires dans la république romaine, vu la manière de vivre du Pape, et puisque la vifjiluHce quoii exerce sur lui n'a pas été trompée, et qu'on n'a pu rien alléguer contre personne de son entourage.

« Il est d'autant plus essentiel de faire part aux citoyens commissaires de nos doutes sur l'exactitude des rapports qu'ils peuvent avoir reçus, que le Directoire exécutif lui-même, alarmé par des renseignements entièrement faux qu'on lui avait adresses à l'égard de la conduite du Pape en Toscane, a dû se convaincre qu'ils étaient destitués de tout fondement, comme il est déclaré dans la note ci-jointc, n° '2 ».

D'ailleurs le gouvernement toscan n'aurait-il pas empêché toute intrigue? N'a-t-il pas défendu porter secours, même indirectement, aux insurgés, en interdisant de leur vendre de

LE DmF.nTOIMF. I-.T L.V RÉPUBLIQUE ROMALNE. li'lU

la poudre et des munitions de guerre, et en envoyant des troupes pour les empêcher d'entrer en Toscane? Kl en même temps il a donné asile aux membres de beaucoup de municipalités qui, poursuivis par les insurgés, ont trouvé sûreté et protection à San Sepolcro, Anghiari, Cortone, et autre? villes toscanes situées près de la frontière 1).

11 fait remarquer aussi, avec beaucoup de raison, que si le voisinage du Saint Père avait quelque influence sur les insurrections, elle s'exercerait naturellement sur les pavs les plus rapprochés de sa résidence, tandis que, d'après les commissaires eux-mêmes, c'est à Gittà di Caslello, ville très éloignée de Sienne, que l'insurrection a éclaté avec le plus de violence.

Son Altesse, dit spirituellement Fossombroni, est sensible à la bonne opinion que les Commissaires ont de son humanité, et elle entend prouver qu'elle la mérite. « Comme son système de politique et ses sentiments bien connus ne lui ont fait jamais désirer la présence d'un personnage qui pouvait compromettre en quelque manière la tranquillité de la Toscane, ainsi il répugnerait à cette humanité quelle se fait un devoir de professer, d'obliger le Saint Père de quitter instantanément le Grand-Duché dans l'état de maladie ou il se trouve maintenant, tandis qu'une force étrangère l'a conduit dans la ville qu'il habite... »

(1) Dopuis l'établissement de la république romaiue, le gouvernement français, sous prétexte de la protéger, n'avait cessé de tourmenter le gouvernement toscan. Il avait voulu lui dicter une proclamation dcfendant à tout prêlre non muni de jiasseports des agents militaiies français, ou des autorites établies parla France, dans les États du Pape, d'entrer en Toscane. I.e gouvernement du grand-duc lit publier dans les communes touchant à l'Klat ecclésiastique, une proclamation (|ui défendait à tous les iiabitants de cet Élal de passer en Toscane, ou d'y séjourner sans une juste cause. Les agents français se i)laignirent : ils voulaient que les |)rétres fussent visés spécialement par un arrét(''. En vain le gouvernement toscan leur répondit <|ue cet arrêté général était plus favorable à la K(publi(|uc. puisqu'il interdisait ainsi l'entrée de la Toscane à des chefs de bande, paysans ou contrebandiers; son arrêté fut mal accueilli : le grand-duc aurait dii faire exactement ce qu'on exigeait de lui et copier les mesures révolutionnaires en prenant un arrête spécial contre les prêtres. 1-e général français commandant la Itomagne avait déclaré soupçonner l'évêque de San Sepolcro d'avoir «■nnlribné à exciter des troubles dans les États de l'Église; Fossombroni déclara avoir île bonnes raisons de croire que ce soupçon n'était pas fondé; mais, pour complaire aux Français, il invita l'évêque à écarter tout soupçon.

[V.]0 LE DIIŒCTOIHE,

Si le Saint Père accède à la proposition des Commissaires français de quitter laïoscane, le grand-duc lui en fournira très volontiers les moyens. Il invite donc « les très dignes Commissaires » à examiner si, au point de vue de la satisfaction et de la tranquillité générales, il ne vaudrait pas beaucoup mieux faire précéder le départ du Pape par un arrangement où (igureraient les principales puissances catholiques, l'Espagne notamment, qu'interrompre brusquement la négociation actuelle par la déportation innaltendue de Pie YI en Sardaigne.

Son Altesse peut répondre de la docilité de son peuple, qui a déjà montré tant de résignation. Mais elle ne peut exercer aucune influence sur les autres puissances, et elles éprouveraient peut-être une irritation très vive, en voyant le Saint Père subir un pareil traitement. Dans ce cas, les sentiments d'humanité viendraient donner partout une nouvelle force au fanatisme religieux. Ce danger ne sera pas à redouter si le séjour du Pape est fixé par un accord entre les puissances catholiques; et, pour arriver à cet accord, une négociation est entamée déjà, et elle va peut-être aboutir. Il insiste sur la nécessité de s'entendre avec l'Espagne. Sa Majesté Catholique s'intéresse beaucoup au Pape. Les Commissaires et le généi-al Couvion Sainl- Cyr en auront la preuve dans une note que le cardinal Loren/ana s'est empressé d'adresser au gouvernement toscan, dès qu'il a connu leur demande (1).

La bonne entente qui existe entre la France et la Toscane excite l'envie de certains politiques brouillons, et ils cherchent

(1) Cette lettre est assez ferme. Bien qu'il se soit abstenu de prendre un caractère puhlic, le cardinal déclare (|u'il lui est impossible de ne pas intervenir. I.e Saint l'ère, à cause de son grand âge et de sa maladie récente, est inca|)al)le de supporte^- les faligucîs du vovagc de Sardaigne; cette raison suffit, (|uan(i bien même d'antres raisons de dignité et de convenance ne s'opposeraient pas à ce déjiart forcé! Le roi s'intc-resse vivement à cette affaire, et tient à ce qu'on ait iiour le chef de l'Kglisc les égards qui lui sont dus. Il a fait connaître son o|)ini(m au Directoire lui-même; une négociation est entamée, et son ambassadeur doit faire les plus grands efforts pour que le séjour du Souverain Pontife ne soit pas changé pendant qu'on négocie. Le cardinal est certain que les désirs du grand-duc, prince religieux, sont conformes à ceux (In roi .son oncle. Il ne croit i)as nécessaire d'insister sur les sentiments (pril doit éprouver, ctsurcequiest exigé dans cette circonstance par l'honneur d(; la religion et la nécessité de ramener le calme et la paix dans les es|)rits fiG mai nos).

LE DIRKCTOIRE ET LA HÉCrnLlOL'f: HOMAINE. 3.*J1

constamment à l'altérer par de faux rapports : que les Commissaires s'en méflent! Enfin « le grand-duc a pu pxiger du Pape une conduite rigoureusement circonspecte; il a pu faire partir, en foule les cardinaux et prélats attachés au service du Saint Siège: il a pu enfin contenir le peuple toscan dans la plus grande impassibilité à l'égard du Pape. Il est disposé à donner à la République française de nouvelles marques de loyauté et d'attachement; il se flatte que Von ri exigera que ce qui peut se concilier avec les principes de la religion que lui et son peuple professent, et arec les convenances qu'il faut toujours respecter ».

Ici;, du moins, le ministre du grand-duc se relève et fait tenir à son souverain un langage digne de lui. Il termine en disant qu'il espère que les Commissaires tiendront compte de ses observations, et que cette négociation aboutira de telle manière « que le grand-duc... n'ait rien à se reprocher du côté de la justice, de la religion et des égards queFon doit à la vieillesse et à l'infirmité ».

Pour calmer un peu limpatience des Commissaires, Ferdinand III prit le parti d'éloigner le Pape de Sienne, ville assez voisine de la frontière de la République romaine, et, d'accord avec eux, il lui donna pour résidence une Chartreuse située à deux lieues de Florence. On affecta de répéter qu'on avait fait partir le Pape à cause d'un tremblement de terre qui avait fait écrouler le plafond de sa cellule. 11 fut conduit à la Chartreuse, le 25 mai 1708. Cette concession aurait sufh si les Commissaires avaient été de bonne foi en prétendant que, de Sienne, le Pape, aidé d'un entourage qui n'existait pas, organisait des insurrections; mais personne ne prenait cette accusation au sérieux. Les Commissaires la Ian»;aient en avant, suivant l'habitude révolutionnaire, pour demander une iniquité; et pourvu que liniquité fût accomplie, ils ne tenaient pas à ce que l'on crût à la réalité de leur accusation, et s'inquiétaient même fort peu de la contredire ouvertement par leurs actes.

A Rome, le Consulat, très soucieux de faire un peu parler de lui, essayait de lutter d'infamie avec les commissaires. Consalvi, coupable d'avoir exercé les fonctions do ministre do la guerre, était prisonnier depuis l'occupation de Uonio. On

332 Li-, niiîEr.TOiHK.

l'avait menacé de la déporlalion à Cayenne, puis on s'était contenté de l'exiler de la république romaine. Au moment où il allait s'embarquer, il fut arrêté de nouveau et reconduit au château Saint-Ange. Après un mois de cette nouvelle captivité, le Consulat romain décida qu'il serait déporté à Naples (on voulait l'empêcher. de rejoindre Pic VI en Toscane); mais qu'auparavant il serait traîné sur un Ane parles rues de Rome, au milieu des sbires, et que durant le trajet il recevrait des coups de lanières. On loua des fenêtres dans les rues oi^i ce cortège devait passer : les Jacobins et les femmes des consuls se faisaient grande fête d'assister à ce beau spectacle (1). Ses amis réclamèrent auprès de Gouvion Saint-Cyr, (fui daigna consentir à ne pas sanctionner la cavalcade publique sur l'âne, et les coups de lanières, mais approuva sa déportation. Ses biens furent confisqués.

Les progrès de l'insurrcclion mettaient dans une véritable rage tous les révolutionnaires français et italiens. Les déparlements du Cimino et duTrasimeno étaient en feu ; cependant, le 20 floréal, Brune, qui avait besoin de troupes en Cisalpine, rappela les 5®, 11% l^*" et 15*^ demi-brigades, et le ai'' chasseurs. Les Commissaires virent avec effroi qu'il ne leur resterait plus que la légion polonaise, le lî)" chasseurs, laSif demi-brigade, en tout trois mille quatre cents hommes qui ne pourraient jamais suffire à garderies huit départements, à occuper plusieurs places <.< et réprimer dix mille rebelles armés. » (Lettre du 24 floréal.) Ils prirent donc sans plus tarder, le 23 (J2 mai 1798), un arrêlé requérant le général Saint-Cyr de garder provisoirement les troupes employées à combattre les rebelles et réclamées par le général Brune (2). Ils écrivirent

(I) Mrmoires du cardinal Consalvi, l. Il, p. 78.

(-2) Us expliquent, dans les considérants de l'arrclc, que le département du Trasiméuc est en insurrection ouverte, et que la retraite des troupes «pii cernent les rchclles à Ciltà di Castello livrerait le pays entier et Rome aux agitations contre-révolutionnaires. Il y a aussi des insurgés sur d'autres points; si les troupes réclamées |)ar le Kénéral eu chef s'en vont, on ne pourra garder que Rome et Aiicone. Civita Veccliia et plusieurs positions importantes seraient bien vite occupées |)ar les rcl)Clles (jui intorccpleraieiit ainsi toute communication avec la Mcdilerranéc. Les campagnes ('osseraient de payer toute contrihulion, rinsurrection serait générale, la r('^pul)li(|uc romaine succomberait, et la forte coiilril)iitiiiii qu'elle; [laie serait perdue pour

LE niRnCTOlKR ET LA RÉPUBLlOt'E liOMAINE. IVV.i

ù Brune qu'une nécossil»- impérieuse les avait contraints à prendre celte décision , et qu'il les approuverait lorsqu'il connaîtrait exactement la situation. Depuis deux mois, la présence de seize ou dix-sept mille Français n'a pas empêché les insurrections; l'armée a été déjà affaiblie par le départ des troupes embarquées avec Desaix; il est certain que si l'on rappelle la plus grande partie de celles qui restent, la république romaine sera anéantie.

Il importe de constater que son sort ne paraît guère préoccuper les Commissaires, gens pratiques, qui se soucient peu qu'on évoque au Capilole les « Mânes des Gaton, des Pompée, etc. », et apprécient à leur juste valeur les nouveaux Brutus. La république romaine n'est pour eux qu'un moyen d'exploiter ce pays. On tient sans doute, disent-ils, au renversement du gouvernement pontifical, au maintien de la république nouvelle. Mais quand on pourrait se résigna- au rélalilisaetnent de la papauté, et au sacrifice de tous les patriotes romains (|ui ont si mal mérité d'elle, il faudrait examiner encore si Varmée d'Italie pourra remplacer par d'autres ressources celles que lui promet ici l'acquittement successif de l'imposition militaire, la vente des biens confisqués au profit de la République française et de ceux que la convention avec le Consulat nous a réservés (1) ».

Ainsi l'argent avant tout, mais ntîême avant le fanatisme anti-religieux! Les Commissaires, comme les Directeurs, comme les généraux, doutent fort que la nouvelle république soit née viable, mais il faut que l'occupation de Rome soit lucrative au Directoire.

Le nouveau gouvernement romain n't'tait maître de rien en fait, et même en droit d'après l'article 300; et, cependant, on ne cessait de lui demander de l'argent. Ainsi, le II prairial, il écrit au Directoire que les Commissaires lui demandent trois millions six cent mille piastres effectives, trente mille clicnuses,

l'année d'Ilalin donl <ll(> c>l In |iriii(i|>alo rossoiiicc. Anli. nat., AK-', 77.

A Rome, la ('oniiiiission militaire condamna à moil, le ;» praiiial, un cordonnier (|ui avait été arrêté porteur d'un stylet, malgré l'ordre du général en chef, du IS Kcrminal.

(0 Arcîh. nat.. Ara. 77.

331 LE DIHi:CTOIRE.

autant de paires de souliers, avec l'entretien de l'armée, et qu'il dispose seulement de sept millions et huit cents écus en papier réduits par le change à un million et demi de piastres! Cependant, pour mettre fin à certaines vexations, les Commissaires avaient pris le même jour un arrêté décidant qu'aucune contribution ne pourrait être imposée, ni directement, ni indirectement, ni sous prétexte d'amende ou de police, que d'après les traités et conventions. Cet article visait certains généraux et ofTiciers supérieurs. La république romaine s'étant engagée ù fournir l'entretien de l'armée, il était interdit de rien lui demander en plus : ceci s'adressait aux administrateurs et agents des vivres. Bien qu'alors on déclarât l'insurrection vaincue, cet arrêté contenait des dispositions draconiennes contre les rebelles ou présumés tels (1).

Les Commissaires avaient donc la double tâche de spolier les Romains, le plus vite possible, au profit du Directoire, et en même temps de protéger cette spoliation en grand, contre les gaspillages, les dilapidations, les concussions d'agents de toute sorte. De même, sous la Terreur, les proconsuls conventionnels devaient veiller à ce que les Français régénérés ne fussent pillés que par le Comité de Salut public. Si le Directoire avait été désireux d'assurer à la nouvelle république romaine quelque chance de durée, il aurait dû lui laisser de quoi vivre, ne pas épuiser ses ressources présentes et à venir, par d'énormes contributions, ni par le papier monnaie; mais il avait trop besoin d'argent! Alors que faire? Faut-il emporter bien vite et tout l'argent et tous les objets d'art, réaliser à tout prix ce qui est réalisable, et abandonner cette république à son sort; ou bien lui laisser quelques ressources pour prolonger sa débile existence? Cette question était déjà formellement posée au Directoire, moins de trois mois après l'installation des nouveaux Consuls, par les Commissaires français obligés de lutter contre une multitude de difficultés financières et politiques. Le

(1) Les délits d"einl)aucliag(î cl d'agnissinn contre les Iroiipes Irançaisos peiivfiit être jugés par les tribunaux inilitaii-es français, et si, dans d'autres cas <|U(! ceux ])révus, on trouvait nécessaire d'arrêter et de dotcMiir des citoyens romains, il en serait référé aux Commissaires, qui devenaient ainsi de véritables proconsuls.

LE DIRECTOIRE ET L\ RÉPIBLIOIE RiiMAlNi:. 335

I'} prairial (l"juin 1798 , ils lui écrivent qu'il faut choisir entre ces deux systèmes. Faut-il, sans se soucier de la république nouvelle, considérer celle contrée uniquement au point de vue fiscal et ne voir en elle qu'une mine assez pauvre et qu'il faut épuiser de suite? Ou bien faut-il procéder plus lentement, faire vivre cette république pour qu'elle puisse exécuter la conv'enlion du 8 germinal?

« Trente-cinq millions payés par le Pape, et depuis vingt-cinq millions de biens nationaux, confisqués au profit de. la France. Cinq autres millions de biens cédés par la convention du 8 germinal. Cinq cent caisses d'objets d'art dont la valeur ne peut être assignée; de plus, huit cent mille piastres déjà effectivement perçues, deux millions huit cent mille autres à percevoir à des termes fixés; les troupes françaises nourries jusqu'à ce jour; l'obligation de les nourrir tant qu'elles existeront sur le territoire romain, voilà, citoyens Dii-ecteurs, ce que fournissent huit départements dont la population n'est pas de seize cent mille habitants ».

Après un résumé aussi frappant, toute réflexion sur le sort des Romains serait superflue. Le 28 floréal précédent, le Consulat, criant misère, avait décrété que les habitants de Rome lui livreraient comme emprunt forcé la moitié de leur argenterie. La nouvelle république, à qui le Directoire devrait témoigner une sympathie aussi active que sa haine l'avait été contre le gouvernement pontifical, est aussi sacrifiée que ce dernier à l'amour du pillage. Voyons maintenant à quoi tout cet argent est employé.

« Environ deux millions cinq cent mille francs pour l'expédition de Civita Yecchia; cent cinquante mille pour Corfou; cinquante mille pour la marine d'Ancùne; un million sept cent mille envoyés au quartier général de Milan; cent quatre-vingt mille employés au paiement de la scdde arriérée et autres dépenses, voilà les principaux usages que l'on a fait jusqu'ici des fruits de la conquête de Home qui ont pu être réalisés. Cependant, s'il faut en croire les généraux et les administrateurs militaires établis à Milan, la révdiulion de Rome n'a pas été assez vendante. L'unique parti à prendre pour en tirer désormais un parti plus convenable, c'est déconsidérer et de traiter

336 LF. nii'.i:r,TOiKK.

les finances de l'htaf romain comme finances de l'armée française. Quelque étrange que soit ce langage, nous sommes loin de le reprocher à ceux qui le tiennent, puisqu'il ne leur est suggéré que par les besoins qui les touchent de plus près, et auxquels ils trouvent commode de satisfaire par des exactions qui s'exerceront loin d'eux, et sur un peuple au milieu duquel ils ne vivent pas 1) y).

Aussi ce peuple, ruiné, écrasé, ressentira fatalement une haine profonde pour la révolution qui l'aura conduit à la misère! Cependant on ne veut abandonner de longtemps à euxmêmes les consuls, les députés romains, à cause de leur inactivité et de leur inexpérience. D'ailleurs, chez les autres républiques italiennes, l'établissement du régime républicain a été précédé de mouvements révolutionnaires (suscités on sait par qui!). Mais à Rome, les Commissaires le reconnaissent, il n'en a pas été ainsi, le changement a été fait tout d'un coup : aussi est-il à craindre que les Romains laissés à eux-mêmes tombent dans l'anarchie. Les Commissaires ne veulent pas avouer que dans ce cas les campagnes rétabliraient bien vile l'ancien gouvernement. Pour assurer l'influence du Directoire sur cette contrée, ils proposent de diviser l'armée d'Italie en deux; ainsi l'armée de Rome serait commandée par un général indépendant de celui de Milan.

Quelques jours après (21 prairial), les Commissaires annoncent (lue la république romaine est tout à fait épuisée et ne peut payer les cinq cent mille piastres qu'elle doit verser tous les mois dans leur caisse. Heureusement on vient de vendre des biens nationaux qui ont produit cinq cent quatre-vingt mille piastres (environ trois millions cent mille francs). Làdessus on a pris cent mille piastres pour la Corse, deux cent mille pour l'armée de Cisalpine qui en avait déjà reçu quatre cent mille quinze jours auparavant, et la solde est payée jusqu'au 1" prairial. Ils ont traité avec une compagnie qui s'est chargée d'assurer les services financiers de l'État romain jusqu'à concurrence de vingt millions : elle sera payée en fonds (le terre estimés à dix fois le revenu de 1703. Les biens-fonds

(1) Aicli. nal., AF"', 77.

LE DIRECTOIRE ET L\ nÉITMLIOl'E ROMAINE. 3;{7

en Italie ont subi comme en France une notable dépiéciatiun. Celte Compagnie est substituée par eux à la compagnie Baudin chargée des fournitures de l'armée d'Italie et qui était alors une véritable puissance. Les Commissaires sont en guerre avec elle, mais le ministre la protège; de là des discussions sans fin, des projets financiers tantôt abandonnés, tantôt repris (1).

La situation financière est déplorable. Les Commissaires avouent que les cédules sont tout à fait tombées, malgré les lois qu'ils ont laites pour relever le crédit : on les abandonne à leur sort; il en sera d'elles comme des assignats et des mandats territoriaux. Ainsi Rome connaîtra tous les bienfaits de la révolution.

Les ordres religieux des États romains sont traités comme en France en 1790. Le 17 florcal, il est interdit aux couvents d'hommes et de femmes de recevoir désormais aucun novice. On continue à prendre des mesures spéciales contre le clergé. D'après un arrêté de Gouvion Saint-Cyr, du 21 lloréal, quand il y aura, dans une commune, une insurrection ou un attroupement armé, tous les prêtres doivent être arrêtés. Ceux qui seront accusés d'avoir pris part à la sédition seront traduits devant un conseil de guerre, et mis à mort s'ils sont déclarés coupables. Ceux qui ne seraient pas convaincus, mais qui ne pourraient j^as prouver qu'ils ont cherché à empêcher la sédition par persuasion ou instruction, doivent être retenus comme otages dans les forteresses aussi longtemps qu'il plaira au général commandant. C'est la Terreur pure et simple !

Le clergé et les ordres religieux sont livrés aux insultes des révolutionnaires. Le 8 prairial, Daunou écrivait à son digne ami La Révellière, à propos des suppressions de couvents : « Aujourd'hui, on ne voit presque plus de moines dans les rues, mais en récompense on les voit sur la sci'iie où ils font beaucoup rire à leurs dépens 2) ». Voilà bien un propos de défroqué! On fait beaucoup de démonstrations, mais il doute avec raison que les Romains soient animés du vt-iitable ospril révolutionnaire.

(1) C'est la cnmpagnie Hardy ot Thierry : Dnmioii icril ;i la lli'velliiTc qu'il la Iircfèrc à la coiuiijigiiie naiuliii; « il y altuijoiirs ccUe (liffiTtMu-e(|uc la luvmicro MO volerait quo la ic|iulili(|iic lomaino, au lieu (|Uf la scconili' vnlcrail fl la irpuhliquc fianraisc et la rcpubriiiue loniaiiio aussi .. Mémoiifs, I. III, p. 3<>t.

(-2) Mémoires de Ln RcvelUàr, I. Ul, p. :!S,t.

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