‹ Le DirectoireChapitre 16 sur 31 · LK DlRECTOlKt · texte numérisé non relu

LK DlRECTOlKt

l'armée qu'il avait mise en mouvement pour leur prétendue délivrance. La liberté des détenus était réclamée, l'épée sur la gorge, par des gens qui venaient de décréter l'envoi sans jugement, en Guyane, de deux directeurs et de nombreux députés, et tenaient une foule de pré très en prison, par ce seul motif qu'il s étaient prêtres. Ces mêmes gens imposaient la liberté de la presse, qu'ils foulaient aux pieds tous les jours, après avoir déporté, en Fructidor, de nombreux journalistes. Ils voulaient, disaientils, détruire l'oligarchie; et ils formaient en France l'oligarchie la plus cupide, la plus lyrannique que l'on pût rêver; et cette oligarcliie donnait au reste des citoyens l'égalité dans l'oppression et dans la ruine. Par quelle aberration, deshommes d'un caractère froid et circonspect, tous fort attachés à leur indépendance vis-à-vis de l'étranger, malgré leurs dissentiments politiques, ont-ils pu croire que des Rewbell, des Barras, des La Révelliére, se contenteraient de les voir rendre hommage à des principes politiques qu'ils ne cessaient de fouler aux pieds, et n'exigeraient ni leur vassalité, ni leur argent'?

Maintenant le Tartufe empanaché qui les a si bien dupés, change de ton et parle en maître :

La maison m'appartient, je le ferai connaître.

l'^t il faut que la maison soit immédiatement bouleversée suivant son caprice; il ne s'agit plus seulement de Berne, mais de toute la Suisse!

Les envoyés de Berne déclarent qu'ils ne sont pas autorisés à conclure un pareil traité. Pour leur donner le temps d'aller chercher des pouvoirs, Brune déclare leur accorder un armistice de trente heures jusqu'au l*^"" mars, à dix heures du soir. C'était encore un piège, car, immédiatement après leur départ, il publie la déclaration de guerre qui était préparée depuis longtemps. Les envoyés reviennent à Berne fort émus, mais gardant encore une lueur d'espoir, parce que Brune leur a accordé ce court délai. Les prétendus politiques de Berne sont dans le plus complet désarroi. Les pays nouvellement démocratisés, leur conseillent de céder; ils se refusent à croire que le Directoire veuille aller jusqu'au bout de ses menaces. Les Bernois n'ont plus qu'à se soumettre complètement ou à

INVASION Dli LA SUISSE. 3S3

sauver leur honneur par une résistance désespérée; mais ils ne prennent aucun de ces deux partis. Leur gouvernement décide, le 1" mars au malin, qu'il ne restera au pouvoir que provisoirement, jusqu'à ce qu'une assemblée représentative soit réunie; les assemblées électorales seront convoquées dans le mois, dès que les troupes se seront retirées des deux cotés; les détenus sont mis en liberté. Berne accepte en principe une constitution basée sur l'union, mais les cantons la détermineront sans intervention étrangère. Le gouvernement bernois ordonna pour la seconde l'ois à ses troupes, déjà démoralisées, de ne point combattre immédiatement.

Mais le 1" mars au matin, Schauenbourgcommenceles hostilités et s'empare du château de Dornach; on a prétendu que la nouvelle de la suspension d'armes lui était arrivée trop tard! Après tout, ceci a peu d'importance. Cette expédition n'était pas un acte de guerre véritable, mais un brigandage politique, dans le genre du 18 fructidor, et il fallait faire vite, par tous les moyens. Le malheureux Lrlach fut, à la lin de la journée du l" mars, invité à rester encore l'arme au bras. Les envoyés de Berne n'arrivèrent auprès de Brune que le l" mars à minuit, deux heures après l'expiration du nouvel armistice. Brune leur déclare d'abord qu'il est trop tard; mais comme il veut mettre et les politiques et l'armée de Berne dans un désarroi encore plus complet, il les garde pendant la nuit pour leur ressasser ce qu'il leur a déjà débité et, le lendemain malin, il les renvoie en déclarant que Berne doit accepter son ultimatum, mais qu'il arrêtera sa marche lorsqu'il apprendra la retraite de l'armée bernoise. Encore un délai à exploiter!

Pendant cette négociation simulée, les troupes du Directoire marchaient sur Soleure et sur Fribourg, et ne rencontraient que des adversaires démoralisés, ne sachant jamais s'ils devaient ou non comptersur une trêve. Le l''" mars (11 ventôse), Mengaud répandait partout une longue proclamation intitulée : Encore un mot au peuple Suisse, dans laquelle il répétait impudemment aux Bernois qu'ils ne devaient pas combattre, que la France venait les délivrer (Ij. Brune, tout en faisant attaquer

(I) H proteste (ju'oii exclura seuleimnit du you\eriK'inent iK)u\euu les iiicm-

38i LE niHECTomn:.

les Bernois par Schauonbourg, et marchant lui-même sur eux, se déclara impudemment attaqué par Berne dans trois proclamations (1) adressées à ses soldats et, aux Suisses ; et en outre , ce nouveau Gcssler eut l'impudence de déclamer contre le tyran qu'il prenait pour modèle, et de parler de Guillaume Tell avec enthousiasme.

Pendant la nuit du 2 mars, les troupes de Schauenbourg marchent sur Berne; un bataillon de huit cent cinquante Suisses est surpris et écrasé près de Langnau. Schauenbourg arrive devant Soleure, et adresse celte odieuse sommation au général-commandant :

« Monsieur le général, le Directoire exéculif m'ordonne d'occuper la ville de Soleure, en ajoutant que, si j'éprouve la moindre résistance et qu'une seule goutte de sang français soit versée, les membres du gouvernement soleurien en répondront sur leur tête ainsi que sur leurs biens, et j'en ferai la justice la plus éclatante et la plus inexorable.

« Notifiez la volonté du Directoire aux membres de votre gouvernement, ((u'il ouvre les portes de la ville de Soleure aux troupes républicaines.

« Je vous accorde une demi-heure pour vous déterminer. Passé ce temps, je brûle votre ville et je passe la garnison au fil de l'épée...

<< SciIAUENBOUHG ».

Tout doit s'incliner devant les Jacobins : ils sont au-dessus des lois de la guerre! On croit lire une épitre de Rossignol, enjoignant à des Vendéens de se rendre. C'est la sommation d'un chef de pirates! Devant un acte aussi contraire au droit des gens, il est inutile de rechercher si Schauenbourg a réellement violé la trêve.

hres de rancicn, connus pour leur aUaclicmont ;i roligarchio. Il y a sans doulc a Borne des patriotes, mais, suivant lui, ce parti n'est pas assez énergique « pour lutter contre le parti de l'AnsIclcrre et du crime ».

(1) Toutes trois sont datées du quartier général de Payernc, M ventôse. « Enfin une aggression éclatante vient de mettre le comble à l'insolence de l'oligarcliie... • — Il s'adrrsse aux Suisses : « Guillaume Tell sort de sa tombe vénérée : il vous crie : • Enfants, brisez vos cliaines! vos sénateurs sont des r.essler, les Français sont vos frères ..Si Guillaume Tell était sorti de sa tombe vénérée, sa I)reniiére lléclie aurait été pour Hrune, mais c'était l'invariable habitude des révolutionnaires d'exalter la liberté lorsqu'ils l'opprimaient. {V. Journal des Débats et Décrets, ventôse VI, p. 378-379-ii2.)

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Les Soleurois, craignant avec raison de n'être pas secourus, capitulèrent; et les soldats de Schaiienbourg se livrèrent à des excès (1). Pendant ce temps-là, Fribourg était attaqué et enlevé par le général Pijon {i}. La prise de Soleure découvrait complètementl'aile droite de l'armée bernoise; celle de Fribourg découvrait également son aile gauche. Il lui fallut des deux côtés se replier sur Berne. Le gouvernement envoyait àchaqueinstant des ordres qui bouleversaient tons les plans d'Erlacli et démoralisaient encore plus les soldats. Aussi, le 4 mars, les confédérés des autres cantons déclarèrent que tout était perdu, et se retirèrent pour défendre leurs foyers. L'armée bernoise était en pleine décomposition; beaucoup de miliciens, croyant à la trahison de leurs officiers, se retirèrent comme les confédérés. Le 4 mars, le grand Conseil bernois tint sa dernière séance : il s'aplatit complètement devant Brune, résigna ses pouvoirs et établit un gouvernement provisoire de cent cinq membres, composé des cinquante-deux députés adjoints au grand Conseil, le 31 janvier, qui choisiraient les cinquante-trois autres membres parmi les anciens gouvernants. Steiger, qui avait protesté énergiquement contre tout acte de soumission, quitta alors la salle en déclarant qu'il ne voulait pas être compris dans cette honteuse capitulation, et alla rejoindre l'armée. Quatre-vingt seize de ses collègues l'avaient toujours soutenu. Le Conseil envoya aussitôt une députation à Brune, qui, pour le récompenser de sa soumission, aggrava immédiatement ses prétentions. Il exigea le licenciement des troupes bernoises, et déclara, en outre, qu'il voulait entrer dans la ville pour fraterniser démocratiquement avec ses habitants. Il consentait généreusement à n'amener avec lui que deux compagnies d'infanterie et un escadron de cavalerie.il annonça cependant cjuil attendrait la réponse du nouveau gouvernement jusqu'au lendemain matin.

Mais pendant la nuit du 4 au 5, il attaqua les Bernois. Leur

(1) Mengaud invita Scliaueiibourg à empcclierLCS excès, qui dc\aicnt. disait il, faire regretter l'oligarcliie. (Arcii. Nat., AF3, 80.)

i.-2\ Fribourg avait été pris d'assaut : pour récompenser ses soldais de n'avoir point |)illé, Pijon lit peser sur les oligarques une contribution de cinq cent mille francs. Brune écrivit, le 8 germinal, qu'il lavait réduite à trois cent mille, et que les gratilicatioiis avaient été réellement faites. (Arcli. Nat.. AF3, 81.)

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armée s'élevait encore à seize mille hommes environ; mais il leur fallait lutter à droite contre quinze mille Français venant de Soleure, et à gauche contre treize mille autres venant de Fribourg. Néanmoins les Bernois firent une résistance désespérée. Ils avaient été attaqués pendant la nuit à Laupea et à Neuenegg; à Laupen, ils repoussèrent la brigade Rampon, après un combat acharné. A Neuenegg, la lutte fut très longue et très sanglante; les femmes et les enfants combattaient avec une ardeur incroyable. A la fin, les troupes du Directoire furent repoussées. Mais àFraubrunnen, les Bernois, assaillis par des forces supérieures et écrasés par l'artillerie, durent lâcher pied en laissant sur le champ de bataille environ deux mille morts et blessés. Berne était découverte ; elle se renditimmédiatement à Schauenbourg avant que le combat fût fini, et sous la seule condition de respecter les personnes et les propriétés. Les envahisseurs n'en commirent pas moins des excès odieux (1). Dès qu'elles apprirent cette capitulation, les nouvelles levées bernoises, qui étaient, depuis plusieurs jours, dans l'état d'exaspération le plus violent, crièrent plus fort que jamais à la trahison. Ces contre-ordres continuels, ces armistices successifs, toujours compris différemment, et pendant lesquels les trou-

(1) Dans kl suite, le rameu>c coniissaire Ra|iinat donna au Direftoire de curieuses explications sur ces attentats : <" Quant aux excès et aux viols commis lors de la prise de Berne, c'est un maliicur irréparable de la guerre : on a l'ait des exemples terribles; on vous en a rendu compte; vous avez mis des bornes à une sévérité légale qui devait avoir son terme, parce que vous avez été convaincus comme nous, que ces exemples repaissaient trop ar/i-éablement les yeux de tous ces oligarques qui voyaient avec plaisir couler le sang français. Les désordres ont cessé, ils ne i^x-uvent se reproduire... » Us se sont reproduits! En réalité, le nombredes coupables fut grand et l'on fit très peu d'exemples. (Arcli. Nat., AF3, 81.)

Dans sa séance du 28 germinal an VI (17 avril 1798), le Directoire écrit à Scliauenbourg pour lui demander de le renseigner sur un jugement de conseil de guerre qui a condamné à mort un militaire, pour avoir, étant en ivresse, frappé d'un coup de sabre un individu de Berne. « Le Directoire (procès-verbal) lui prescrit en même temps de suspendre l'exécution des jugements qui pourraient être rendus à l'égard de dix-huit à vingt autres volontaires (lui sont dans les cachots pour des laits à peu près semblables, d'adresser promptement au Directoire des renseignements sur les délits dont ils sont prévenus et d'altendic la réponse du Directoire. Le même général est invité à faire connaître au Dilectûire, si parmi ces détenus il ne se trouve pas un officier de l'armée qu'on accuse d'avoir violé et maltraité une jeune fille de quatorze ans et qu'on a dit n'avoir pas été puni ». (Arch. Nat., AF^, r. il.)

pesdu Directoire n'avaient cessé d'avancer, les démarches incohérentes du parti de la paix, et sa déplorable capitulation, avaient jeté la rage et le désespoir dansle cœur de ces malheureux soldats. Un véritable patriotisme les enflammait, et ils se croyaient livrés, vendus, avec leurs vieilles institutions, par des ambitieux qui voulaient faire une révolution au nom du peuple dans le seul but d'accaparer les places qu'une catégorie supérieure de bourgeois s'était réservées jusqu'alors. Ces hommes réfléchis et économes se rendaient très bien compte que les belles places ne seraient jamais pour eux; mais ils tenaient énormément à leurs libertés locales, et se disaient qu'elles allaient être sacrifiées, comme des débris ridicules du passé, par des politiciens cupides. FJt ces soi-disant libérateurs, tout fiers de leurs prétendues lumières, le prendraient de plus haut avec eux que les anciens oligarques, et les accableraient d'emprunts et d'impôts pour payer les frais de l'intervention étrangère et créer de nouvelles places à leur profit. Etre réduits à la situation politicpie des paysans français leur semblait, avec raison, une triste déchéance au point de vue de leur dignité et de leurs intérêts matériels. Dans leur désespoir, ils prirent les absurdes tergiversations des partisans de la paix pour des preuves d'une infâme connivence de leurs chefs avec l'ennemi.

Déjà, deux colonels avaient été massacrés par leurs troupes au cri de trahison. Le brave Erlach, qui s'était conduit en héros, fut égorgé par des furieux, avec son aide de camp (1). Le vieux Steiger avait voulu lutter une dernière fois pour sa patrie. L'avoyer en exercice devait commander l'armée bernoise, mais bien qu'il ne fût plus avoyer depuis la démission du Conseil, il revendiqua ce privilège, et malgré son grand âge se mit résolument àla tête des troupes. Il faillit néanmoins, après la capitulation, être assassiné par ses soldats affolés : il parvint

(1) Ces crimes (iirenl commis par des malheureux affolés delà perte de leur indépendance, mais il est certain que les révolutionnaires ont tout fait pour persuader aux paysans qu'ils étaient trahis. Les assassins d'Erlacli ont prétendu que des agents français leur avaient montré des lettres dans lesquelles leur général promettait de les traliir et de les faire battre. Mallet-du-Pan affirme que plus de deux mille soldats bernois avaient reçu des écrits semblables. (Mercure britannique, t. l, \). 223.)

•à se réfugier en Autriche, après avoir couru les plus granrls dangers.

Le 0 mars (10 ventôse), Brune fit son entrée dans Berne, qui depuis la veille était au pouvoir de ses troupes. Il assura le gouvernement provisoire de l'amitié du Directoire, annonça que le canton aurait une nouvelle constitution dans un mois, et qu'une constitution commune réunirait bientôt tous les États de l'Hclvélie. On planta un arbre de la liberté, et on se livra à des déclamations patriotiques. Le général s'occupa immédiatement du trésor de Berne, qui était le but non avoué de cette expédition. Les Bernois avaient pris soin, un peu lard, d'expédier en Oberland une bonne partie de l'argent comptant et des créances de leur Etat sur des maisons anglaises; les caisses étaient déjà en route: on prétend que Brune, moyennant un cadeau de deux cent mille francs, avait promis de ne pas les poursuivre sérieusement. Mais les chemins étaient couverts de soldats débandés; et l'essayeur de monnaies Jenner, qui était chargé d'escorter les caisses, prit peur et les ramena à Berne. Le Directoire put ainsi réaliser le butin sur lequel il comptait; Brune garda, paraît-il , ses deux cent mille francs, et sut en quelques jours se faire d'autres bénéfices (1).

Les Suisses durent immédiatement payer à l'armée du Directoire la liberté qu'elle était censée leur avoir apportée. A partir du 16 ventôse, elle demanda au canton de Berne douze mille rations pour l'infanterie, et douze cents pour la cavalerie. Le canton de Soleure eut à nourrir onze mille fantassins et douze cents cavaliers (2).

Brune commande en maître à Berne; cependant Mengaud prétend agir toujours en proconsul bien plus qu'en chargé d'affaires, et le nouveau gouvernement de Berne s'empresse de lui annoncer qu'il vient de se constituer. L'ordonnateur Rouhière veut tout de suite imposer une forte contribution à Berne

(1) Sybel, L'Europe pendant la rrpoluiion française, t. V, p. 2l.'t. — Hufl'er, Congrès de liasladl, t. I, p. 183.

(2) I,a ration de i)ain est de vingt-quatres oncos, relie de viande fraîche de liuil onces; les généraux se plaignent beaucoup et des fournisseurs et des vautours qui suivent l'armée. (Arch. Naf., AF-', 8G.)

et à Solenre. Mais NFengand, par exlraorrlinairo, lui recommande la prudence (Kivenlùse; 1 . Le 10 venlùse (0 mars;, il écrit à Brune de presser la confection de la constitution helvétique : il faut la faire accepter sans retard, en laissant entendre, au besoin, queloute restriction, ou même toute modification, ne sera pas interdite sur quelques articles. C'est une manœuvre pour escamoter le vole : on dira tout bas que des réserves seront admises en faveur de certains intérêts locaux ; et la constitution une fois votée, on déclarera que toutes ces restrictions sont nulles, et à ceux qui se plaindront d'avoir été trompés, on répondra fièrement : «Regardez nos baïonnettes, regardez nos canons bourrés de mitraille ».

Brune agissait en dictateur, adressant des proclamations à la ville et à la campagne. Néanmoins, le 18 ventôse (8 mars), le gouvernement provisoire crut opportun de rappeler aux Bernois son existence, et de déclarer que, malgré l'entrée des troupesétrangères, il étaitleurvêritable gouvernement. Il invita les Suisses à ne pas ajouter foi aux accusations de trahison qui avaient été répandues contre lui. Le même jour Brune, au grand scandale des purs révolutionnaires, interdit formellement les clubs. Mais la vieille et illustre république de Berne devait être à la fois rançonnée et démembrée (2).

Les partisans de la paix, en renonçant au pays de Vaud, avaient cru sauver les autres possessions de la I{épubli(|uc. Brune leur avait promis de leur laisser l'Argovie; ils lurent cruellement désillusionnés. Le 20 ventôse, Mengaud, qui avait déjà organisé le parti révolutionnaire de ce pays, invitait les citoyens de l'Argovie à s'affranchir du « colosse monstrueux connu sous le nom de canton de Berne », à accepter la constitution nouvelle, et à former un canton sé|)aré. Cette séparation humiliait et exaspérait les Bernois, même les plus révolution- Ci) Mcngaïul voulut encore proliter de lamaiclie des Français sur Berne, pour faire entrer les troupes du Direcloire dans Uàle, et déclara au nouveau Kouvernement f|uc le passage serait pris de force. Mais on lui résista si enersiquenient (ju'il n'osa point insister.

(-2) Le ministre de Prusse Sando?. écrit, le 14 mai (i"; venlùse), que Ilonaparle « désapprouve hautement tout ce (|ui se passe en Suisse... Au moindre re\ers, ol)serve-t-il, on ne trouvera que des ennemis et pas un allié ». (IlufTer, Conjris de liaxladl. t. r, p. .•?(:!).)

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naires. Aussi le nouveau gouvernement réclama contre elle, le 25, auprès de Brune, avec toute l'énergie dont il était capable (1). Peine perdue! Le 26, Mengaud écrivait à la ville d'Arau qu'elle ne dépendait plus de Berne, et Brune sépara encore de Berne le Nidauet lOberland. [^'ancienne république était donc littéralement dépecée par ses prétendus libérateurs!

Mais la prise de Berne avait mis la Suisse entière à la discrétion du Directoire. Déjà Mengaud avait pratiqué toute sorte de manœuvres pour préparer les esprits à l'acceptation delà constitution unitaire, calquée sur celle de l'an III, et arrangée de concert avec les agents du Directoire, par Ochs et Laharpe : elle ne laissait subsister les cantons que de nom, abolissait presque complètement l'autonomie cantonale, et mettait trop ouvertement les Suisses sous la dépendance du Directoire; aussi était-elle repoussée, non seulement par les vrais patriotes et les esprits religieux des deux cultes, mais encore par la majorité des révolutionnaires locaux. Même dans le pays de Yaud, il fallut l'intervention de l'armée française, et les lettres très pressantes, presque menaçantes, que Laharpe envoyait de Paris, pour la faire accepter le 9 février (21 pluviôse) à Lausanne, et le 15 dans le pays de Vaud. Le Directoire félicita Brune de ce succès : il paraissait alors tout à fait décidé à imposer une constitution unitaire. Mais il fallut reconnaître que le Valais et les petits cantons étaient résolument hostiles à ce projet (2). Le 9 ventôse (27 février), le Directoire écrivait à Brune qu'il ne fallait user de contrainte ni envers Vaud ni envers le Valais, et qu'il rencontrerait peut-être moins d'obstacles en établissant deux ou trois républiques sur les mômes principes démocrati([ues. Brune communiqua cette lettre à Mengaud.

Aussitôt après la prise de Berne, le Directoire avait prescrit à Brune de constituer une république avec les pays du midi de la

(1) Arcli.Nat.,AF-!, 8(i. — U n'en était point de rArgovie, pays tout allemand, comme de Vaud, pays de langue française.

(2) Ils déclaraient ne pas vouloir de ces pclils livrets qui leur sont envoyés de l'aris.

INVASION DL LA SlISSE. 391

Suisse (1 ). Mais Brune avait constaté que le système de l'unité de la Suisse excitait les plus vives répugnances; il répondit au Directoire, le 21 ventùse (11 mars , qu'il valait beaucoup mieux faire de l'IIelvétie trois républiques qu'une seule.

Le Directoire lui avait donné, aussitôt après la prise de Berne. le commandement de l'arméed'ltalie. Le général s'empressa d'organiser, ou plutôt de désorganiser la Suisse, avant son départ. Le 2G ventôse 1 16 mars), il décréta l'établissement d'une république du midi, dite lihodanique, com[)renanl cinq cantons : 1° Léman (Vaud); 2" Sariné et Broyé Fribourg, Morat, Nidau), Payerne (chef-lieu\ 3" Oberland démembré de Berne, chef-lieu Thun; 4° Valais; o° Tessin, formé des bailliages italiens avec Locarno pour chef-lieu. Cette république devait avoir un sénat de vingt-quatre membres, un grand Conseil de quarante-huit, et un Directoire de cinq membres, qui siégeraient à Lausanne. Le Directoire Bhodanique devait être en activité le 10 germinal. On suivrait le projet de constitution adopté déjà par le pays de Taud; le Directoire de Paris avait de nouveau refusé, le 22 ventôse (2 , à la république Cisalpine, l'annexion des bailliages italiens.

A Berne même. Brune établit une municipalité de quinze membres qui devait, le 4 germinal, remplacer le gouvernement provisoire.

Le 29 ventôse, il établit une seconde république, dite Helvétique, formée de douze cantons, savoir : 1" Bàle ; 2" Argovie, chef-lieu Arau: 3" Baden, comprenant Baden et les bailliages libres (3); 4'^ Schaffouse; 5° Zurich; 6" Thurgovie; 7° Saint- Gall (le prince abbé avait dû abdiquer le mois précédent-, et le Toggenbourg; 8"Appenzell; 1>° Sargans, comprenant le Rheinthal, Rapperschwyl, et d'autres pays qui font maintenant partie du canton de Saint-Gall; 10° Lucerne; 11° Berne ( la ville et une petite partie de l'ancien canton); 12" Soleure.

On laissait de côté les cantons [)rimitifs : Schwy/., Uri, Ln-

(1) Il leur ordonna, le is ventôse, d'exclure quant à pn'senl de loiiies places, les membres actuels du gouvernement oligarclii(|ue. (Anh. Nat., AF-"*, iS.)

(2) Arch. Nat. AF', 18.

(3) Ces pays tout maintenant partie de l'Argovic.

terwalden, ainsi que Zug et Glaris, en leur permettant de se liguer, si cela leur convenait, pour former une troisième république, le <( Tellgau ». Brune avait écrit, le 20 ventôse, à Untersvalden, que la France n'avait aucune intention hostile à ce canton, et qu'elle désirait conserver avec lui ses anciennes relations. Le It) mars (20 ventôse), les petits cantons démocratiques lui envoyèrent une adresse très digne et très courageuse, pour le mettre en demeure d'appliquer les intentions du Directoire à leur égard. Brune leur déclara que l'armée française avait été attirée en Suisse par les provocations des oligarques, mais que « les cantons démocratiques n'ont pas cessé de conserver l'amitié de la République française, et qu'il n'est pas entré dans ses desseins de porter ses armes «sur leur territoire.»

Les Grisons, alliés des Suisses, étaient provisoirement laissés de côté.

Les assemblées primaires devaient être réunies à Berne, le 2 germinal (22 mars), le 3 dans les autres cantons, et nommer leurs électeurs comme en France. Deux jours après, les électeurs de chaque canton nommeraient douze députés. Le 10, ces députés, réunis à Arau, capitale provisoire, proclameraient la république helvétique, et le Directoire de cette république serait installé le 13 (2 avril).

Les membres des conseils oligarchiques et aristocratiques de Berne, Fribourg, Soleure et Zurich, étaient exclus des fonctions publiques pendant un an. Il ne faut pas oublier que les Grands Conseils de Berne et de Zurich étaient de deux cents membres. Les fructidoriens aimaient à créer partout des catégories de proscrits et d'inéligibles. Cette constitution avait déjà été adoptée par Bàle, le 25 ventôse, mais Ochs n'avait réussi à la faire voter qu'avec certaines réserves. Brune, dans une lettre du 30 ventôse à l'Assemblée nationale de Bâle, déclare qu'il aurait mieux aimé proclamer l'unité de la Suisse; mais il espère que cette division, décrétée dans son intérêt, pour de puissants motifs (1), et « qui assure à la Suisse sa liberté, pourra disparaître quand cette liberté sera affermie » ; et ce sera peut-être bientôt!

(1) Arch. Nat.. W^. 8li.

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Cette division en trois républiques mécontenta la plupart des Suisses, car elle déplaisait vivement aux partisans de l'unité, et tout autant que la constitution unitaire elle enlevait aux cantons leur indépendance. Ochs, au nom des unitaires, réclama vivement auprès de Brune.

Le 24 ventôse (14 mars) ( l), le Directoire ordonnait à son général en chef de ne point partir pour Milan avant d'avoir pris certains arrangements, et lui envoyait ses instructions sur la manière de républicaniser la Suisse à sa façon : il est très préoccupé du butin et lui recommande d'abord de s'emparer (le toutes les armes i2) et de tous les fonds! Brune obligera les membres des gouvernements de Zurich et de Lucerne à se démettre et les remplacera par des gouvernements provisoires. « 11 requerra le gouvernement provisoire (de Berne) de faire juger les principaux chefs de l'oligarchie comme responsables du sang français et suisse qui a été versé, et en exécution des arrêtés du Directoire exécutif des 8 nivùse et 0 pluviôse dernier ». Le Directoire traite Berne comme Venise. Brune pressera Berne, Zurich, Soleure, Fribourg, Lucerne, Schaffouse et Bàle de se fondre en une seule république d'après le projet de constitution. Mais si cette réunion ne leur plaît pas? « En cas de résistance, il leur insinuera adroitement et sayis annonce officielle qu'il est chargé de la faire exécuter d'autorité, et de nommer provisoirement les membres qui devront composer les différents pouvoirs et les différentes magistratures ». Pour prévenir cette résistance, il annoncera dès maintenant et publiquement à ces sept cantons que les troupes françaises resteront chez eux, tant que le projet de constitution ne sera pas adopté et « en pleine activité (3) ». Voilà bien un peuple libre !

Mais le lendemain, 25 ventôse, le vent a tourné : le Directoire est revenu à son premier système de l'unité obligatoire ; il écrit à son général qu'on l'accuse d'avoir l'arrière-pensée, en faisant une république dans le midi de la Suisse, de s'annexer Vaud et le Valais : sans doute Vaud, poussé par cette

(1) Brune no dut recevoir celle lellre que le 27.

(-2) On conduira en France les armes dont on n'aura pas hcsoin, ol le Diror loirea soin de dire <|u'on y gardera les ciievaux employés à ce iransiiort. (3) Arcli. Nat., AF3, registre 18.

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crainlc, réiraclerait son a.ssontimenlàla conslilulion nouvello. Le Directoire maintenant le cliarge de proclamer qu'il veut une seule république suisse, et il lui faut hâter racceptation et la mise en activité de cette constitution unitaire. Brune devra, en outre, signifier au gouvernement provisoire de Berne, qu'il ne doit pas compter sur le délai d'un mois qu'il s'est donné à lui-même pour son projet de constitution. Il appliquera tout de suite la constitution nouvelle ù sept ou huit cantons; les autres se soumettront d'eux-mêmes. Il devra déclarer nettement que les troupes rie seront retirées que lorsque la constitution aura été mise en activité. La veille, on lui ordonnait de faire cette menace pour imposer à la Suisse de se diviser en deux républiques; aujourd'hui il doit la faire, toujours au nom de la liberté, pour lui imposer l'imité. 11 reçoit Tinjonction de ne pas admettre d'anciens oligarques dans le gouvernement ni dans les fonctions publiques, et de prendre Lucerne pour chef-lieu (1).

Brune, pour ne pas défaire immédiatement ce qu'il venait de décréter, voulait faire proclamer l'union de toute la Suisse par les assemblées de Lausanne et d'Arau, et paraître ensuite céder au vœu national. Mais les partisans de l'unité s'empressèrent, aussitôt la nouvelle reçue, de publier partout leur triomphe, et sommèrent le général d'exécuter immédiatement les nouveaux ordres du Directoire. Le 2 germinal (!22 mars). Brune fit semblant de C('der aux prières des Suisses en faveur de l'unité, et décida que les députés qui devaient se réunir à Lausanne, se joindraient à ceux qui étaient convoqués à Arau, pour « former le corps de la république helvétique une et indivisible ». Non seulement les républiques helvétique et rhodanique, toutes deux au pouvoir du Directoire, étaient réunies, mais on entendait imposer la constitution unitaire à toute l'ancienne ligue helvétique, sans excepter les cantons démocratiques, et au besoin contraindre, un peu plus tard, ces derniers « par le fer et la flamme », à accepter cette démocratie frelatée.

(1) Arcli. Nat., AF'', r. 18. — Le 28, le Directoire lui in(li(|iic trois fleslitutioiis à faire dans le gouvernement provisoire de îtcrnc, lui ordonne d'interdire son projet de constituUon, et déclare (|ue l'Argovie fera un canton séi)aré.

INVASIO.N UE LA SUlsSE. 3!)5

Mais le Directoire ne veut pas confiera Mengaud une pareille tâche. Il ne le Irouve bon qu'à faire la cuisine révolutionnaire avec son digne compère Mangonrit, et il envoie en Suisse le régicide Lecarlier, avec de grands pouvoirs pour imposer la constitution unitaire (1). Ce commissaire arrive à Berne, le 7 germinal, veille du départ de Brune, et prend aussitôt la direction des affaires.

Déjà Bàle, Soleure, Fribourg, Zurich, SchafTouse, Berne, Vaud, Argovie et Thurgovie ont accepté la constitution : cest bien! mais on est dans une grotesque incertitude sur un [)oint très important; qu'ont-ils donc accepté?

« Mais quelle est cette constitution? écrit Lecarlier. C'est la première question qui se présente, c'est la première que je devrais faire d'après mes instructions, et c'est la première que j'ai faite. C'est, m'a-t-on dit, le projet de constitution helvétique, et ce sera celui que vous voudrez... » Il trouve l'expédient ingénieux; il serait facile de faire publier tel projet qu'on veut, en déclarant que c'est lui qui a été admis; mais si les acceptants ont fait comme les Bàlois, imprimer prudemment l'acte qu'ils avaient accepté, ce procédé devient scabreux.

Il fallait également décider si l'on tiendrait compte des réserves que certains cantons avaient mises à leur acceptation. Le lendemain, 8 germinal, Lecarlier trancha ces questions en vrai IVuctidorien dans une proclamation solennelle : « Art. 1". L'acceptation de la constitution helvétique ne doit s'entendre que du premier projet imprimé en fronçais et en allemand et pubhé dans toute la Suisse. — Art. :2. Toutes modifications apportées à ce projetserontregardées comme non avenues (2) »,

(1) Lecarlier fut nommé, le 28 vcnlôse. Mengaud et Mangouril lui t-laicnl subordonnés. H lui était alloué sept mille francs par mois, y compris mille francs I)()ur Iclogcmenl et la nourriture de son adjoint, i|ui recevrait en oulrc mille francs par mois, on leur accordail à chacun \ini,'t-<|na!re francs par poste pour leur voyage. Lesfraisde bureau, sauf les dépenses extraordinaires, él;iienla la charge du commissaire.

l'ourle moment, il ne doit pas s'inquiéter des cantons démocratiques; il contraindra toutefois celui d'Apiienzell à accepter la constitution ; il fera, disent ses instructions, ;iccepter Tunitc « par la manifestation, précise, formelle et constante de la volonté ferme et invariable qu'en a le Directoire •. (Arch. Nat., Ah"', r. 18.)

(-2) Le Directoire \l" germinal) availdéjà ordonné a Lecarlier de ne pas accep-

sauf une modificalion introduite par les Français, la création du canton d'Obcrland décrétée dans le but d'amoindrir encore Berne (1). On ctaitvcnu dire aux cantons : Acceptez toujours, on tiendra compte de vos réserves et de vos modifications; maintenant on les déclare nulles, et gare les baïonnettes républicaines si l'on se plaint! C'est un tour habituel aux révolutionnaires. Les députés se réuniront le 10 à Arau ; ils pourront délibérer à la moitié plus un des membres déjà élus (et non à la majorité réelle); ils proclameront l'indépendance de la nation helvétique et sa constitution en république une, indivisible, démocratique et représentative. Puis l'acte constitutionnel sera lu solennellement. Les députés des cantons qui adhéreront après la réunion de l'assemblée seront admis, s'ils ont été élus d'après la constitution nouvelle. L'assemblée pourra se transférer àLucerne aussitôt que ce canton aura accepté la constitution. Du reste, le 9 germinal, Lucerne céda aux menaces (|ui lui étaient faites (2).

Le H germinal, iirune fit ses adieux aux Suisses avant de partir pour l'Italie. Sa situation à Berne était déjà devenue intenable, ;i cause des mesures contradictoires qu'il avait dû décréter dans l'espace de quelques jours. Les Suisses lui imputaient toutes ces tergiversations si humiliantes pour leur amour-propre national, et le Directoire se méliail beaucoup de lui. Brune partit donc sans regret pour Milan, où il devait avoir une existence bien plus facile et bien plus fastueuse qu'à Berne; mais il eut soin de ne pas s'en aller les mains vides. Le 8 germinal, au moment de partir, il annonce à Lecarlier qu'il lui faut quatre cent mille francs pour ses dépenses particulières ; il n'en a que cent quatre-vingt-seize mille six cents entre les mains, mais il a donné l'ordre à l'ordonnateur en chef de lui envoyer le reste à son quartier général à Milan et cet ordre sera ponctuellement exécuté; c'est un supplément qu'il s'attribue lui-même d'après le principe si hautement

1er fies amciuleiiiciils quu l'Assemblùu iialioiialc de Bàlc avait l'ails à son projet. (Aicli. Nat., Apa, r. 18.)

(Ij Brune le ticclarc positivement dans une lettre à Lecarlier du 8 germinal.

(■2) Le 30 ventôse, Menijaud l'avait menacé du sort de Berne et de Solcure. (Arcli. Nat., AF3, 8,-;.) Après la |)rise de Berne, Mengaud, malgré tous ses services, tomba en disgrflco.

proclamé et pratiqué par son gouvernement que les peuples doivent payer généreusement leur liberté à ceux qui prétendent les avoir affranchis (1). Aussi le général et ses officiers avaient fait en quel([ues jours d'excellentes affaires! Lorsque Brune partit de Berne, sa voiture aurait été tellement chargée d'or qu'elle se serait brisée à peu de distance de la porte de la ville (2).

Il prévint Lecarlier qu'il avait envoyé à Paris les créances de Berne sur divers États de l'Kurope, avec les monnaies inventoriées (plus au moins sérieusement). Il a dépensé 050,000 livres pour l'arriéré et le courant de la solde de la colonne venue de l'armée d'Italie, plus 200,000 données à l'ordonnateur pour les subsistances de l'armée, et même somme délivrée au gouvernement de Berne pour le même emploi; cet argent sera remboursé par les contributions (ju'on va lever. Il exige en outre ses quatre cent mille francs.

Aussi, le même jour, Lecarlier annonce solennellement aux Suisses qu'ils doivent donner beaucoup d'argent à leurs libérateurs, « fournir à l'armée française, aux dépens des anciens gouvernants, tous les objets de consommation dont elle pourra avoir besoin ». Lecarlier promet de punir les dilapidaleurs. Cette proclamation dut enlever aux Suisses leurs dernières illusions. On va vider les caisses des anciens gouvernements, enlever ainsi tout l'argent qui existe dans le pays, et, sous prétexte de taxer les anciens privilégiés, commettre mille exactions qui rejailliront sur la masse des citoyens.

(1) Ilapinat déclara qu'on avait trouvi', dans le trésor de Berne, six millions (|ualre conldou/c milio neuf cent f|uatrc-vini,'tet une livres dix sons, plus une somme assez lortc en vieilles espèces qu'on n'a pas (Micorc évaluées ((ui lit en Suisse beaucoup de trafics sur les vieilles monnaies). Les cent (pialre vinijlseize mille livres emportées iminédiatemeni par Urune, lui onléle délivrées en lingots d'or. Trois millions ont élé envoyés à Bonaparte pour l'armée d'Anslcterrc. Schauenboura:, le successeur de Brune, se (it, connue lui, donner (|ualrc cent mille livres, sous prétexte de dépenses secrètes. Plus tard Ilapinat déclara qu'il fallait ajouter à la recette un million trois cent quatre-viii^'t-liuit mille cent deux livres de matières d'or et d'aigcnt lron\ecsa la monnaie de Beruo. vArcli. uat. Al'3, 81.)

(2) llnil'er. I. I, p. IS!».

Lt. niuKCTOiiti-:. — T. m. 23

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