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CHAPITRE IX

LE CONGHES DE KASTADT. — HEK.NADOTTE.

I. - Le Directoire exige du congrès de Hasladt la cession de la rive gauclie du lUiin. — lleliis, |)iii.s ofl're de la moitié. — Menaces des envoyés du Directoire.

— Cession de la rive gauclie.

II. — Le Directoire lient absolument aux sécularisations, et à les faire luimême avec les (irinces allemands pour tenir (;cux-ci sous sa dépendance, cl aiiniliiler l'iDlluencederAutriciic. — Négociations entre la Prusse Cl l'Autriclie.

— Le princijie des sécularisations accepté par le congrès.

III. — Le général Bernadette ambassadeur en Autriche. — Ses instructions. — Son attitude provocante^ à Vienne. — Il iilace un dra|)eau tricolore à la porte de l'ambassade. — Emeute contre le drapeau. — Grande fureur, et dè|)arl l)rècipité de Bernadette. — Dans toute rEuro])e on s'attend à la guerre. —Attitude conciliante, mais ferme de rAulriclic. — Bonaparte nommé pléni|)olentiaire. — Son départ subit pour Toulon. — François de Neufcliàteau le remplace. — Il aura à Selz, avec Cobenzl, des conférences sur l'afTaii'e de Bernadotte, et surloules les questions (|ui divisent la France et l'Autriclie.

Les plénipotenliaires français de Rasladt avaient oijlenuqiie la question des pouvoirs fût réglée suivant leur volonté. Lorsque les pleins pouvoirs leur furent communiqués , ils déclarèrent nettement qu'ils exigeaient la cession de la rive gauche du Rhin. Ni la Prusse, ni l'Autriche ne pouvaient plus guère la refuser, mais les révolutionnaires comptaient en outre esquiver les compensations promises à l'Autriche par le traité de Campo'Formio, et faire décréter la sécularisation des États ecclésiastiques, afin de bouleverser l'ancien empire germanique, et de s'assurer la vassalité de certains princes séculiers, en leur donnant des dépouilles des princes ecclésiastiques. Ils ne s'attendaient pas à une résistance sérieuse, car ils avaient déjà intrigué activement auprès des membres du congrès, découragé le.s uns par leurs menaces, séduit les autres par de belles pro-

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messes. Le IG janvier, Treilhard dit au comte de Goerz: « Nous venons vousrévéler le secret de la comédie »,et il lui exposa les prétentions du Directoire. 11 adressa encore de belles paroles aux envoyés de la Prusse qui demandèrent de nouveau communication des articles secrets de Campo-Formio; mais les plénipotentiaires franrais s'obstinèrent à la refuser : ils osèrent même prétendre qu'ils ne connaissaient pas cet article. Néanmoins, les plénipotentiaires Prussiens reairent aussitôt de leur cour l'ordre d'accepter la proposition du Directoire, car la Prusse ne tenait pas à lutter pour conserver des districts qui allaient être enclavés dans les possessions du Directoire, et aimait mieux s'assurer une indemnité en les abandonnant. Mais Cobenzl, lorsque Treilhard demanda officiellement (18 janvier) la cession de la rive gauche du Rhin, répondit avec vivacité qu'il était très étonné de voir le Directoire faire une demande aussi contraire au traité de Campo-Formio, et il fut constaté que la Prusse et l'Autriche comprendraient différemment les articles secrets 7 et 9 de ce traité. Cobenzl déclara qu'il lui fallait envoyer un courrier à Vienne pour recevoir de nouvelles instructions : il tenait beaucoup à déjouer les projets de la Prusse. «Si le roi refuse de reprendre ses districts de la rive gauche, dit Treilhard, on ne peut l'y forcer. » — <■< Sans doute, répondit Cobenzl, mais dans ce cas il n'aurait droit à aucune compensation. » Treilhard proposa ensuite que l'Autriche, la France et la Prusse s'unissent pour arrêter les bases du traité, et les indemnités qui seraient accordées, et présenter ainsi un traité tout fait aux petits États. Cobenzl répondit qu'il avait besoin de nouvelles instructions pour accepter cette proposition, mais qu'il la trouvait raisonnable. Puis il aborda plusieurs sujets importants. Il soutint d'abord qu'en aucun cas la Prusse ne devrait recevoir aucune indemnit4 territoriale en Franconie, et insista sur la nécessité pour l'Empire de maintenir les électorals ecclésiastiques. Treilhard, contre son attente, parut leur être moins hostile que d'habitude. Comme il se plaignait des dillicultésque la question des indemnités devait soulever, Cobenzl lui répondit bien vite qu'elles n'exisleraient pas, si Bonaparte à Fdine avait consenti à indemniser l'Autriche uniquement en Italie ; et il en [)Vo-

fitapour dire quetoutes les diincullés s'aplaniraient, si le Directoire faisait rentrer la Cisalpine dans les limites fixées d'abord, et cédait à l'Aulriche les trois légations. Treilhard répondit que ce serait peut-être à examiner. Rome était alors menacée par le Directoire à cause de l'affaire de Duphot. Cobenzl dit à Treilhard que le Directoire était en droit de réclamer une satisfaction éclatante, mais que cette satisfaction ne pouvait être le renversement du pouvoir pontifical qui préjudicierait à tous les Étals catholiques, et notamment à l'Autriche. Gomme le Saint-Siège allait sans doute être Ijienlôt vacant, il était d'avis que la France et l'Aulriche s'entendissent sur le choix du successeur de Pie VI. Il écrivit à Vienne que Treilhard avait paru s'associer à ce projet, et lui avait déclaré qu'il le communiquerait au Directoire.

Thugut approuva complètement sa conduite; mais quelques jours auparavant le Directoire avait donné à Bernadotte des instructions tout à fait opposées au système de Thugut et de Cobenzl. La majorité de la députation était favorable à l'Autriche : elle s'occupa le 2i janvier de la demande de cession de la rive gauche du Ilhin. Cette demande fut déclarée excessive : on réclama l'exécution de l'armistice, l'évacuation de la rive droite par les troupes françaises, et la suppression des mesures révolutionnaires prises dans les pays allemands qu'elles occupaient. Ces décisions forment leconclusum du 23. Les plénipotentiaires français répondirent le 28 par une note assez acerbe , dans laquelle ils vantaient la modération de la république, et soutenaient que le traité de Léoben ne concernait nullement l'Allemagne. Le Directoire se considérait comme possesseur définitif de la rive gauche. Depuis l'occupation de Mayence, il ne restait sur cette rive, qu'un petit point qui fiit occupé par les Allemands : c'était la tète du pont de Mannheim. Le 25 janvier (0 pluviôse) le général Ambert donne tout à coup l'ordre de l'évacuer dans deux heures. Le colonel qui commandait les troupes allemandes invoque l'armistice, et demande qu'on lui laisse le temps d'en référer à l'électeur de Mayence, son souverain. Mais le général du Directoire n'en tient compte : ses troupes attaquent celles fie l'électeur et enlèvent la position après une vigoureuse

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résistance. Et ce n'est pas tout : les Français exigent encore de la ville de Mannheim une indemnité pour le sang versé. Cet événement produisit en Allemagne une profonde impres.sion. La dépulation répondit le 31 janvier à la note française du 28 et persista à soutenir que le traité de Léoben avait reconnu l'intégrité de l'Empire. Le 3 février Treilhard et Bonnier envoyèrent une note encore plus acerbe que la première; ils accusaient la dépufation de faire perdre son temps au congrès, et rejetaient sur elle la responsabilité des conséquences fâcheuses que ses hésitations pourraient entraîner. Dans la session du 6 la dépulation s'occupa de l'inviolabilité des propriétés, et des domaines d'Etat dans les pays qui pourraient être cédés. La note française du 10 lui répondit très carrément que le'; domaines devaient appartenir à la nation qui deviendrait maîtresse du territoire, que d'ailleurs la députation devait reconnaître la cession en principe, et qu'on examinerait plus tard les questions de détail. Il était évident qu'aucun des États représentés à Rastadt n'était disposé à recommencer la guerre pour maintenir l'intégrité de l'Empire. L'en tente avec le Directoire paraissait donc assurée, mais sa conclusion dépendait de l'Autriche qui ne se pressait pas de se prononcer. Le ministre de l'électeur de Mayence, Albini et plusieurs députés, voulaient qu'on s'entendit sur les cessions qui seraient faites. Les envoyés prussiens déclarèrent que leur gouvernement ne s'opposait point à l'abandon de la rive gauche et ne faisait aucune restriction en faveur de ses possessions. A la séance du 14 février la Saxe proposa de céder la moitié de la rive gauche! Bade déclara que ce sacrifice était insuffisant et qu'un plus long retard attirerait peut-être de grands malheurs sur les populations de la rive droite. Néanmoins cette proposition fut acceptée. A la séance du 10 où elle fut rédigée ofliciellement, la dépulation complètement découragée se montra disposée à céder toute la rive gauche : de nombreux Etats de l'Empire craignaient de voir les Français recommencer les hostilités, car on savait que le Directoire n'accepterait jamais l'offre de la moitié de cette rive.

Il fallait donc que l'Autriche prit parti. Coben/.l avait reçu le 14 février une instruction de Thugut datée du t). Le ministre

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autiicliicii allachait beaucoup trop d'importance à l'attitude conciliante que Trcilhard avait prise le 18 janvier avec Cobenzl; il espérait mêntie que l'Autriche allait trouver sa compensation en Italie. Dans ce but il envoyait à Gobenxl trois combinaisons. Les légations^ la ligne de l'Oglio et les îles du Levant seraient la compensation préférée, le duc de Modène recevrait une indemnité en Allemagne. Passau serait échangé contre des possessions en Souabe. Thugut se montrait beaucoup plus complaisant que sonenvoyé, pour les projets du Directoire contre les Etats du Saint-Siège, il admettait qu'ils fussent réduits à Rome avec un revenu qui serait assuré au Pape. Si ce système ne pouvait prévaloir, l'Autriche se contenterait de la limite de la Chièse, de Bologne et deFerrare : la Romagne serait donnée au duc de Modène avec les îles du Levant, et l'Autriche recevrait Passau en compensation du Frickthal. i"'n troisième lieu, si l'Autriche obtenait seulement la ligne du Mincio, Peschiera au lieu de Mantoue et les légations jusqu'au Panaro, elle réclamerait la Bavière jusqu'à l'Inn, avec Salzbourg, et en outre Passau pour le duc de Modène. L'Empereur réclamait en tout cas le maintien de l'antique constitution germanique et des trois électeurs ecclésiastiques. Thugut insinuait que silesarrangementsdu traité de Gampo-Formioétaientappliqués sur le Rhin, la Prusse pourrait peut-être échanger ses possessions de la rive gauche contre partie de Munster ou de Cologne. Mais ces propositions furent repoussées très dédaigneusement par les Français, ils réclamèrent la cession immédiate de la rive gauche avec un ton très menaçant, et Cobenzl exaspéré leur déclara que si les troupes du Directoire commettaient quelque acte d'hostilité, l'Fmpereur ferait aussitôt marcher son armée, et ne supporterait pas un pareil affront. Evidemment r.\utriche ne pourrait trouver la compensation qu'elle désirait. Treilliard et Bonnier déclarèrent à la dépulation de l'Empire le 20 février qu'il était impossible d'accepter la moitié de la rive gauche qui ne donnait pas à la France une frontière naturelle. A la [séance du 20, la députation pour répondre à cette dernière objection proposa le pays situé entre le Rhin et la Moselle, soit au nord, soit au sud de la Moselle au choix du Directoire : il fut décidé, sur la demande de Lelirbar^h, que

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pour recUfier la frontière militaire on pourrait encore céder quelques petits territoires : seulement la députalion ajoutait à celte ofTre dix-huit conditions concernant la manière dont les pays cédés seraient traités : ainsi , elle stipulait le maintien de la religion, l'acquittement des dettes de ces pays, l'assurance qu'on n'appliquerait à aucun des habitants les lois françaises sur l'émigration, car le Directoire les avait déjà mises en vigueur dans les pays allemands qu'il occupait; on demandait aussi que personne ne fût vexé pour avoir servi l'ancien gouvernement. Cette réponse fut longue à rédiger, elle forma le conclusum du 2 mars, mais les plénipotentiaires français en eurent connaissance tout de suite et se montrèrent très irrités. Treilhard dit à Lehrbach. « Sans toute la rive gauche la guerre recommence demain » et s'en alla furieux ; Lehrbach lui cria : « J'espère que non. » Il alla avec Cobenzl trouver Treilhardet Bonnier dans la soirée. Treilhard toujours en fureur lui dit aussitôt : « L'Empire veut la guerre , vous l'aurez, » et il déblatéra avec violence contre l'Autriche (1); cette conférence orageuse dura près de trois heures et n'aboutit à rien. Les envoyés de l'Autriche déclaraient toujours qu'ils ne voteraient pas la cession de la rive gauche du Khin , si le Directoire ne voulait pas exécuter le traité de Campo-Formio comme ils le comprenaient.

Beaucoup de petits Étals, Bade, Darmstadt, Francfort même, Wurtemberg et Deux-Ponts, moitié par crainte, moitié par cupidité avaient pris le parti de capituler devant les exigences du Directoire. La Prusse seule pouvait influencer les membres les plus importants de la délégation notamment les représentants de la Saxe et du Hanovre, Treilhard disait hautement que si elle n'agissait pas sur eux, la Convention du 5 aoiU 1790 perdait toute sa force. Mais les envoyés prussiens ne se laissaient pas intimider et écrivaient à leur cour qu'ils regardaient les colères de Treilhard comme une comédie i :2). Bonnier entra au^^si dans

(1) HiifTcr. t. I . p. 10."; et siiiv. Colicnzl ci(i>;iil (pie Treillianl lenait t-nor- DK-mcntà faire voter la cession de la rive gauche du lUiiri avant le retour «le Uonaparte qu'on attendait encore, parce qu'il comptait sur ce hrillani sncccés pour être élu Directeur. C'est ainsi (|ue Coheii/i explique ses einporlenients.

{i) HufTer, t. I, p. IO!i et suiv.

une grande fureur conlre la Prusse et blâma violemment son attitude. Le conclus u m ne fui complètement rédigé que le 2 mars. TreilhardetBonnierrépondirenttrèsbrièvementle4 (16 ventôse) en regrettant que « bannissant tous détours et toutes évasions, » on ne leur ait pas répondu avec la franchise dont ils avaient donné l'exemple. Ils « requièrent en conséquence la députation de l'Empire de déclarer positivement si elle accède ou si elle n'accède pas à la base proposée ». Ils ne faisaient plus de menaces : néanmoinsLehrbachetlesenvoyésprussienscroyaient qu'en cas de refus la guerre recommencerait, ou que tout au moins les envoyés du Directoire quitteraient le congrès. Les Prussiens, pour qui la cession de la rive gauche n'était point désavantageuse, étaient assez disposés à capituler : Ils étaient d'ailleurs très troublés par les nouvelles qui arrivaient de Rome et de la Suisse, et craignaient de voir les Français révolutionner l'Allemagne du Sud. Le 4 mars, ils déclarèrent chez le comte Lôben qu'il fallait se résigner. Albini voyant l'électeur son maître ainsi sacrifié, entra dans une fureur épouvantable, et lorsque la députation fut réunie, s'opposa avec beaucoup d'énergie à la cession de la rive gauche. S'il persévérait dans son opinion, faute d'une voix cette cession ne pouvait plus être votée. Les envoyés du Directoire en furent prévenus; alors Treilhard assura aux envoyés de la Prusse que l'électorat de Mayence serait conservé, et que telle était bien la pensée de son gouvernement. Il alla ensuite trouver Albini et lui donna les mêmes assurances. Albini bien qu'il ne fût pas un sot, devint complètement sa dupe, et prit les promesses de Treilhard et de Bonnier tout à fait au sérieux.

Aussi à la séance du 9 mars, le pauvre Albini qui croyait sincèrement avoir sauvé l'électorat passa du côté des Français ; et il fut décidé que la rive gauche leur serait cédée en posant deux conditions, 1° que les Français évacueraient la rive droite , et ne lèveraient plus de contributions, et 2° que lesdix-huitarlicles du conclusum du 2 mars seraient mis en discussion. Sur la demande d'Albini la députation exprima l'espoir que le gouvernement français ne prendrait pas le pays situé au nord de la Nette; l'électorat de Cologne serait ainsi conservé.

Metternich se demandait si ses instructions l'autorisaient à

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