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LE CONGRÈS DE RASTADT. — BERNADOTTE

signer un pareil conclusum et parlait d'envoyer un courrier à Vienne. Lehrbach et Cobenzl voulaient à la fois maintenir le droit de l'empereur de ratifier cet acte, et éviter en même temps d'irriter les Français par de nouveaux retards. D'accord avec les envoyés de la Prusse, ils prirent un moyen terme. Il fut décidé que Metternich n'enverrait pas aux ministres du Directoire le conclusum du 9 mars comme s'il avait été consenti par le plénipotentiaire unpérial et la députaliun mais le simple compte rendu de la séance: il fut communiqué le 11 mars aux Français, qui envoyèrent leur réponse le 15. Ils acceptaient avec satisfaction la cession de la rive gauche entière, mais en déclarant que la rive droite ne pourrait être évacuée qu'après la paix. Quant à la discussion des dix-huit articles, elle aurait lieu plus tard.

Maintenant que la première condition de la paix était acceptée, il fallait passer à la seconde, et indemniser les princes dépossédés par la cession de la rive gauche. Le Directoire en trouvait le moyen dans les sécularisations ; mais ses plénipotentiaires déclaraient hautement ne pouvoir discuter les nombreuses demandes de la députation qu'après la reconnaissance formelle du principe des sécularisations. Or, la députation allemande, qui dès le début était résignée par avance à la cession de la rive gauche, désirait surtout retarder cette terrible discussion. Ceux-là mêmes qui espéraient s'enrichir au moyen des sécularisations, ne la voyaient pas arriver sans appréhension, car ils savaient, que cette nouvelle exigence du Directoire rencontrerait une opposition formidable. L'Autriche lui était fort hostile; mais elle allait subir encore bien d'autres déceptions, car la note française du 15 mars,' n'admettait aucune de ses prétentions.

Le Directoire pour beaucoup de raisons tenait très fortement aux sécularisations des États ecclésiastiques d'.Mlemagne. Déjà la perspective d'indemnités et surtout d'agrandissements ù obtenir par le moyen des sécularisations avait déterminé les princes laïques de l'empire à lui céder la rive gauche du Hhin,

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et il comptait, grâce à cet appât, détruire complètement l'influence de l'Autriche sur l'Allemagne, par la suppression des États ecclésiastiques, anéantir l'ancienne constitution germanique qui était fondée sur l'existence de ces Etats, et la remplacer par une agglomération de principautés laïques, dont les souverains, enrichis, grâce à lui, des dépouilles des ecclésiastiques, seraient complètement sous sa dépendance.

Non seulement il voulait une sécularisation générale, mais il exigeait encore que cette sécularisation fût faite de concert avec lui, et ce second point était pour lui aussi important que le premier. Ce n'était pas assez que le vieil empire germanique fût complètement bouleversé, en réalité détruit, sous prétexte de fournir des indemnités aux princes qu'il avait dépossédés? il n'entendait pas laisser les Allemands régler entre eux ces indemnités, et il était décidé à tout rompre, s'ils ne l'admettaient pas à faire avec eux le partage des États ecclésiastiques. 11 voulait contraindre les princes séculiers à venir lui demander humblement son appui, à étaler devant lui des convoitises qu'il exploiterait à son aise, et à subir ses conditions.

Le terrain était déjà préparé : par le traité du 3 août 1796, la Prusse acceptait des évéchés princiers pour elle et pour le prince d'Orange, et des traités faits par plusieurs États allemands, à savoir, liesse Cassel (28 août 1793), Wurtemberg et Bade (18-22 août 1796), étaient fondés sur la spoliation des princes ecclésiastiques. L'empereur d'Autriche lui-même, par les articles secrets de Gampo Formio, s'attribuait l'archevêché de Salzbourg : la politique du Directoire, à l'égard de l'Allemagne, était exclusivement basée sur cette spoliation. Talleyrand, dans son instruction du 2 novembre 1797 aux plénipotentiaires français de Rastadt, déclare que si la France n'intervient pas dans le partage des Etats ecclésiastiques, elle aura à redouter la réalisation du projet de « partager l'Allemagne en deux grandes monarchies, l'une au nord, l'autre au midi, pour les maisons de Brandebourg et d'Autriche; on ferait un livre, pour démontrer les dangers de ce partage ; on en ferait un autre pour y répondre.... Dans une de ses dépêches Bonaparte disait en parlant du corps germanique, « que s'il

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n'existait pas, il faudrait l'inventer. » Je regrette que le général négociateur ait paru quelquefois perdre de vue ce principe en ne craignant point assez de donner à la maison d'Autriche une influence, une forcé funestes à l'indépendance des États de l'Empire », et il en conclut que le Directoire, « après avoir assuré la part de la république », doit s'immiscer dans les arrangements intérieurs du corps germanique. La France ne doit se lier exclusivement ni à la Prusse ni à l'Autriche, mais tenir la balance entre ces deux puissances. Il pose en principe qu'il faut « ramener » tous les dédommagements des princes laïques sur le compte des principautés sacerdotales... l'Autriche y répugnera, elle ne manquera point d'ameuter toute la troupe épiscopale, abbatiale et chapitrale. Ce sera pour lutter contre celte réunion que nous ne négligerons point de donner de la force au parti protestant qui sera facilement grossi de la foule des princes catholiques non prêtres qui seront dans le cas d'être indemnisés. » Il faut donc faire décider par le traité définitif, que les trois électeurs ecclésiastiques déchus conserveront leur dignité pendant leur vie, avec le territoire qui leur sera laissé, mais qu'après leur mort, leurs domaines et leurs titres électoraux seront attribués à tel autre prince séculier, et que les évêques de AYurzbourg,Bamberg, Munster, Constance, et tous les évêques d'Allemagne s'il est possible, seront traités de même. L'empereur n'aura Salzbourg et une partie de la Bavière qu'à ce prix. Quelques-uns de ses nombreux parents pourront gagner à ce remaniement de l'Allemagne « mais la couronne impériale pourrait cesser d'être le constant apanage d'une seule maison », aussi faut-il prévoir l'hostilité de l'Autriche. En un mot, la république « doit diriger ses efforts vers la plus complète application du principe des sécularisations, Cest le bvf unique, la source exclusive, tout le reste est la cot)séquence ( 1 1 ».

Aussi Talleyrand regardait comme indispensable, de contraindre l'Autriche à accepter les sécularisations. Il avait déterminé le Directoire à repousser sa demande d'une indemnité en Italie parce qu'elle cachait suivant lui une arrière-pensée :

(I) Le Minislire de Talleyrand nous le Directoire, p. ICJ et suiv.

il voulait la forcer à prendre l'archevêché de Salzbourg auquel elle paraissait vouloir renoncer « parce que l'Empereur en renouçaiit à ses dédommagements en Allemagne, ne voulait que se mettre en mesure de combattre le principe des sécularisations, et d'empêcher surtout qu'il ne soit appliqué au proQtde la Prusse etdes princes protestants d'Allemagne (1).»

Le butin était grand, car les Etats ecclésiastiques étaient très nombreux. Le collège des huit électeurs comprenait les trois archevêchés électorats, Mayence, Trêves et Cologne. Trentecinq ecclésiastiques avaient voix au collège des princes (2). Les Étals ecclésiastiques renfermaient en tout trois millions d'habitants. Leur régime était doux. Ils étaient très convoités par les familles princières : en Allemagne un Etat électif passant après la mort du prince à un membre d'une autre famille paraissait presque un domaine sans maître. Beaucoup de sécularisations avaient été déjà faites lors de lapaix de Westphalie, et dans le dix-huitième siècle le partage des Etats ecclésiastiques était devenu tout à fait une théorie à la mode. Lorsque la Prusse et l'Autriche essayaient de l'appliquer à leur proQt, les autres princes d'Allemagne ne pouvaient négliger un aussi riche butin.

La Prusse et l'Autriche se méfiaient l'une de l'autre , et cependant elles comprenaient que cette méfiance réciproque faisait les affaires du Directoire. Thugut extrêmement effrayé de ses succès cherchait à s'arranger soit avec la Prusse soit avec la Russie. Il avait tenté de conclure un accord avec le cabinet britannique, mais celui-ci avait préalablement exigé le remboursement des avances qu'il avait faites à l'Aulriche pendant la dernière guerre, et le gouvernement autrichien n'était pas en état de le satisfaire. Le 9 mars, l'empereur d'Au-

(1) Le Ministère de Tallcyrand Hous le Directoire, p. 2H.

(2) L'archevf'clié do Salzbourg, les cvêclics de Ilaniberg, Wuizl)oiirg, Worms. Eiclistadt, S|»irc, Strasbourg, Conslancc, Augsbourg, Ilildeshoini, I'aderl)orn, Fri- )>ourg, Uatisbonne, Passau, Treille, Brixen, Bàle, Munster, Osiiabruck, laibcck, Liège, Coiro, les abbayes de Kulda, Keni|)ten, Klhvangen, Berclitesgaden, Weissembourg, l'riim, Stavelot, et Corvei avaient voix virile, ainsi que le grand inai- Ire teutonique, et le grand prieur d'Untersheim reprc'sentant l'ordre de Malte. I.'évêclié de Lubeck était un évêclié luthérien, et celui d'Osnabruck était occupé alternativement par un catholique et par un luthérien : du reste sur les dix-huit abbayes de prélats du Khin, quatre appartenaient aux protestants.

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triche, sous l'inspiration de Thugut, écrivilù l'empereur Paul de Russie pour le prier de sauver Tempire germanique en acceptant le rôle de médiateur entre l'Autriche et la Prusse. Le 13 mars, Thugut chargea Cobenzl, et Lehrbach de fairedes avances à la Prusse et en même temps de conflrmer aux envoyés du Directoire la cession de la rive gauche du Rhin (I), pourvu qu'ils prissent par écrit l'engagement de fournira l'Autriche une compensation, et même il donnait à entendre que s'il était trop difficile d'obtenir une compensation territoriale, il accepterait une indemnité en argent. Maisavant même que les envoyés de l'Autriche eussent reru ces instructions, la note française du 15 mars leur avait prouvé qu'il était impossible de négocier avec le Directoire sur ce terrain.

Néanmoins le 18 mars Cobenzl commimiqua à Treilhard les propositions de Thugut. Treilhard lui répondit à son grand étonnement que le Directoire, bien qu'ayant obtenu toute la rive gauclie du Rhin, refusait d'accorder à l'Autriche plus que Salzbourg et la ligne de l'Inn. Cobenzl invoqua l'article 7 du traité de Campo-Formio : le Directoire, disait-il, a acquis par ce Iraité les deux tiers de la rive gauche du Rhin, maintenant qu'il vient d'obtenir le dernier tiers, l'Autriche a droit d'après le traité à une compensation... Mais Treilhard prétendit qu'il n'y avait pas lieu d'invoquer l'article 7. Suivant lui. la France, en obtenant le reste de la rive gauche n'avait pas fait une acquisition nouvelle parce qu'elle en était déjà maîtresse. Cette interprétation était très hardie! Cobenzl et Lehrbach parlèrent des légations, mais déjà le Directoire avait déclaré qu'il ne voulait pas indemniser l'Autriche en Italie. Le 25 mars Talleyrand écrivait à Treilhard de ne pas donner la déclaration écrite qui lui était demandée, et di^ louvoyer habilement entre l'Autriche et la Prusse.

La députation allemande traita le 20 mars la question des sécularisations. Elle demanda de nouvelles explications aux envoyés français en insistant pour que la rive droite fût évacuée. Les princes laïques désiraient sans doute la sécularisation par convoitise, mais ils craignaient aussi que les Français,

(I) Elle lie l'ut conririm-c pur l'r.iiiporoiir ([in^ le :tl mars.

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s'ils leur tenaient tète, nefissenten Allemagne une propagande révolutionnaire très dangereuse. Déjà l'on remarquait dans les États de Bade et de Wurtemberg une agitation alarmante. Les esprits étaient fort troublés par lesévénementsrévolutionnairesqui venaientd'étre accomplis à Rome et en Suisse, et Ton craignait que le Directoire ne s'avisât de créer des républiques allemandes (1). Le 27 mars les envoyés du Directoire, déclarèrent dans une note très acerbe que la paix était impossible sans les sécularisations, et demandèrent impérieusement qu'on ne perdîtpointde temps, et qu'on leur fît une réponse loyale et catégorique. Le 4 avril les Allemands capitulèrent do nouveau ; l'Autriche résista énergiquement, mais loin de l'appuyer, Albini sottement confiant dans les promesses de Treilhard et de Bdunier entraîna la majorité pour la sécularisation. Ainsi le Directoire avait obtenu et la rive gauche du Rhin, etle droit de travailler lui-même au bouleversement de l'empire germanique, et l'Autriche voyait exécul er rigoureusement le traité de Campo- Formio sans obtenir les compensations sur lesquelles elle comptait.

Le Congrès venait d'apprendre que Bonaparte ne reviendrait pas à Rastadt. Déjà le 13 mars Talleyrand eu avait prévenu Treilhard (2). Bonaparte avait déterminé le Directoire à réunir des forces importantes sur le Rhin, moins par prudence que dans un but d'intimidation, car une coalition entre la Prusse et l'Autriche n'était guère à craindre, et cette dernière puissance était restée tout à Tait inerte devant l'invasion et de l'Htat pontifical et de la Suisse. Puis il avait quitté quelque temps Paris pour aller surveiller les armements des cotes de la Manclie, et en revenant il avait déclaré au Directoire qu'il ne fallait pas songer à faire une descente en Angleterre. Peut-être cette descente serait-elle possible l'année prochaine, mais tout portait à croire qu'elle serait empêchée par des complications

(1) Il jmrait que lorsqu'il clait un peu excité Treilhard disait que l'Allemagne était mûre pour une révolution, et que dans peu d'années il n'y aurait plus de rois chez elle. (Huffer, Conr/rt-x de Rastadt. 1. 1, p. 20!».)

(2) a Kntre nous je puis vous dire à présent que le général Bonaparte n'ira point ;i Rastadt. Vous juf,'crez s'il n'est pas utile de laisser croire encore à sa prochaine arrivée par ceu\ qui vous entourent. ■ C'était décidé depuis quelques

jours (Le Ministère de Talleyrand, p. 220).

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politiques qui surviendraient sur le continent, et le moment favorable serait passé, peut-être pour toujours. Il proposa ensuite de faire une campagne énergique pour enlever le Hanovre et Hambourg à l'Angleterre, ou bien d'envoyer une expédition dans le Levant pour menacer son commerce dans les Indes, sinon il faudrait essayer de faire la paix avec elle. Mais peu de temps auparavant, le Directoire avait déclaré formellement au gouvernement prussien qu'il ne songeait nullement à attaquer le Hanovre et d'ailleurs cette expédition aurait probablement déterminé le c/.ar à prendre parti contre le 'Directoire. Celui-ci se laissa persuader par Bonaparte et adopta son projet d'une expédition en Orient; et le o mars Bonaparte lui exposait toutes les mesures qu'il fallait prendre pour s'emparer de Malte et de l'Egypte.

Le lecteur sait déjà que la Prusse était fort mécontente de voirie Directoire lui refuser systématiquement communication des articles secretsdeCampo-Formio. Elle n'avait pas réussi davantage à obtenir de l'Autriche cette crimmunication; néanmoins par crainte du Directoire, elle était assez disposée, si elle y trouvait son profit, à agir de concert avec l'Autriche; et cette dernière puissance redoutait beaucoup de la voir s'allier au Directoire. Le 8 mars, l'Empereur invita le roi de Prusse à conclure avec lui une entente contre les prétentions du Directoire, avec la médiation de l'empereur Paul de Russie. Celte lettre produisit une assez vive émotion à Berlin. Haugwitz engagea le roi à accepter cette proposition; suivant lui, si la Prusse se brouillait avec l'Autriche, les Français en profiteraient certainement; ils s'installeraient sur la rive droite, et au lieu de séculariser les États ecclésiastiques au profit des princes allemands, ils en feraient une république, comme c'était primitivement leur intention. Le roi accepta le 19 mars la médiation du czar. Déjà le 13 Tliugut avait ordonné à Cobenzletà Lehrbach de s'entendre avec les envoyés prussiens (jiierz et Jacobi, et de faire ensemble un projet de traité qui pourrait être utilisé plus tard lorsque les deux cours se seraient décidées à une action commune. Les conférences eurent lieu entre Cobenzl, Coetzet Jacobi : ils convinrent que pour déjouer l'ambition du Directoire, la Prusse et l'Autriche devaient

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faire preuve du plus grand désinléressemenl. Jacobi était même d'avis que pour simplifier la situation, le roi de Prusse renonçât à réclamer une indemnité pour le prince d'Orange, c'était en effet la pierre d'achoppement. Mais Goerz tenait à obtenir pour ce prince la cession d'une fraction de l'électoral de Trêves. Gobenzl ne pouvait s'opposer en principe à cette demande, puisque l'Autriche avait reconnu par le traité de Cam[)0-Formio que le prince d'Orange devait être indemnisé en Allemagne; mais il vo3'ait beaucoup d'inconvénients à lui créer une principauté en spoliant un électeur ecclésiastique. Il demanda que le roi de Prusse l'indemnisât à ses dépens puisque l'Kmpereur s'était engagé à donner le Brisgau au duc (leModène, maiscette proposition futénergiquement repoussée. La situation était embarrassante. Il fut décidé, que pour faire avancer la négociation Coben/.l rédigerait un projet de traité. Le "25 mars il l'apporta sous ce titre « aperçu éventuel » (1). Il stipulait que l'Empereur ne demandait aucun dédommagement en Allemagne pourles pertes qu'il avait subies, et que la Prusse prendrait seulement l'évêché d'Hildesheim. L'Empereur dédommagerait le duc de Modène par le Brisgau, la Prusse se chargerait aussi d'indemniser le prince d'Orange, mais si ce prince recevait une compensation aux dépens de l'Empire, l'Autriche obtiendrait pour le Brisgau une indemnité à sa convenance. L'Autriche et la Prusse s'engageaient à faire tout leur possible pour maintenir la constitution de l'Empire, et les trois électeurs ecclésiastiques : les indemnités à donner à cause de la cession de la rive gauche du Uhin ne devaient pas être supportées par les seuls princes ecclésiastiques : on donnerait aussi comme indemnités des possessions médiates et de l'argent. Les deux Etats réuniraient leurs efforts pour faire évacuer la rive droite du Rhin parles troupes du Directoire.

Ce projet fut accepté par les envoyés de la Prusse, mais Goerz fit ajouter à l'article proposé en faveur des princes ecclésiastiques, que les États séculiers de la rive droite devaient aussi rester intacts, Cobenzl n'y vit d'abord aucun inconvénient, mais Lehrbach lui démontra que cette addition faisait en

{1; Huiïer, Conr/ris de Rantadl, lomo I, p. 2s>8ot suiv.

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réalité retomber sur les Etats ecclésiastiques toute la charge des compensations, et que d'ailleurs l'Autriche en l'admettant devrait renoncer à l'acquisition d'une partie de la Bavière. Les envoyés prussiens avaient donc fait tomber Gobenzl dans un piège, puisqu'ils l'avaient conduit habilement à abandonner la seule compensation que l'Autriche pût réclamer, si la Prusse faisait indemniser le prince d'Orange aux dépens de l'Allemagne (1). Gobenzl retira aussitôt son acceptation, et Lehrbach soutint que l'article proposé par Goerz était inutile, puisque les princes séculiers ne couraient aucun danger. 11 fut décidé que ce projet serait envoyé aux deux cours. A Berlin comme à Vienne, tout en désirant s'unir pour tenir tête au Directoire, on maintenait certaines prétentions particulières. Cependant on était d'accord sur presque tous les points, et les envoyés de l'Autriche se disaient prêts à signer ce traité si la Prusse renonçait à faire indemniser le prince d'Orange. La négociation semblait devoir aboutir lorsqu'elle fut arrêtée par le fait de Thugut. Le czar venait d'accepter la médiation qu'on lui avait offerte ; il avait déclaré qu'il désirait établir entre les deux cours une alliance intime, à laquelle l'Angleterre et le Danemarck seraient ensuite conviés, et l'on devait ouvrir des conférences à Berlin comme il en avait été convenu. En outre, depuis qu'il avait appris que Bonaparte ne reviendrait pas à Rastadt, et que jamais le Directoire n'accorderait à l'Autriche une indemnité en Italie, Thugut ne croyait plus la présence de Gobenzl aussi nécessaire au congrès; il le rappela à Vienne le 12 avril et la négociation qu'il avait entamée à Rastadt fut abandonnée de fait. Thugut n'y prenait plus d'intérêt et préférait s'occuper de celle qui allait avoir lieu avec le czar pour médiateur. Cependant les conférences de Gobenzl avec les envoyés delà Prusse avaient excité les soupçons des envoyés du Directoire, qui parlaient ironiquement de la nouvelle coalition.

Thugut un peu rassuré sur l'avenir par la réponse du czar résolut, en prévision d'une nouvelle lutte, de porter l'ordre

(1) En eflpt Sal/lioms devait t'-trc n-sorvt- pour les ('•Icriours occlcsiastiqiies dépossédés.

dans les affaires intérieures de rAutriche, et, dans ce l)ut se fit décharger par l'Empereur du ministère des affaires étrangères qui fut confié à Cobenzl. Seulement il fut décidé que le nouveau ministre ne pourrait faire aucune démarche importante sans l'autorisation de Thugut. Mais sur ces entrefaites une émeute tout à fait imprévue de la population de Vienne contre l'ambassade française mit toute l'Européen émoi.

HI

La France et l'Autriche ayant signé un traité de paix devaient s'envoyer réciproquement un ambassadeur. Le Directoire, tout fier d'avoir forcé l'Autriche aie reconnaître, voulait absolument envoyer à Vienne un ambassadeur chargé de formuler sans cesse en son nom des exigences impérieuses, de le prendre de très haut avec tous les membres du Corps diplomatique, avec la noblesse impériale, et dénouer des intrigues en Pologne et en Turquie. Aussi la cour de Vienne ne désirait nullement l'arrivée d'un ambassadeur du Directoire, qui ne manquerait pas de soulever des difficultés de préséance avec l'ambassadeur de Russie, et chercherait probablement, comme les envoyés français auprès des gouvernements de Gênes, de Venise et de Rome , à s'immiscer dans les affaires intérieures de r.\utriche et provoquer des troubles révolutionnaires. Cobenzl annonça à Bonaparte que l'Lmpereur pour des raisons d'économie, n'enverrait à Paris qu'un simple chargé d'affaires. Mais le Directoire voulait absolument gratifier la cour de Vienne d'un personnage important qui revendiquerait le premier rang : il nomma donc le général Bernadotte ambassadeur à Vienne (1).

Le 30 nivùse (19 janvier) Talleyrand lui remit les instructions de son gouvernement : elles étaient conçues dans un

(1) Il venait d'oire nommé commandant en clief de l'armée d'Italie. Il était no à Pau le -20 janvier 170.3 : engagé dans Royal Marine le .t septembre 1780; il (Hait simplement adjudant en 17!I0; mais il devint en quatre ans général de division. L'arrête du ii nivùse lui assigne un traitement de 144,0()i) livres; et lui alloue en i)lus |)Our Irais d'ctablissciiient une somme égale à la moitié de soti traitement, au lieu du tiers qui était accordé ordinairement, et à partir de Milan, comme frais de route, trente livres par dix lieues.

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esprit très hostile à l'Autriche; il y était dit que l'alliance de IToG avait été très désastreuse pour la France, et que le traité de Campo-Formio ne marquait nullement un retour vers celte alliance. Bernadotte ne devait parler des affaires d'Italie, que s'il y était obligé par les questions des Autrichiens; il leur ferait en ce cas des réponses pacifiques, mais les menacerait formellement d'une déclaration de guerre s'ils envahissaient la frontière cisalpine ou dirigeaient des troupes vers Home. L'envoyé français à Rastadt devait, de son côté, travailler à diminuer l'influence de l'Autriche dans l'empire d'Allemagne, en faisant décider le plus grand nombre possible de sécularisations. Bernadotte était chargé de découvrir s'il était possible de faire consentir l'Autriche à la restauration de la Pologne (1). Talleyrand recommanda spécialement à son ambassadeur de pénétrer les dispositions du czar et de l'Empereur à l'égard de la Turquie. Catherine et Juseph II ont jadis songé à la partager; leurs sucesseurs ont-ils la même ambition? En aucun cas un acte aussi grave ne peut être accompli sans le concours de la République française : il faut qu'elle prenne sa part, et que le commerce de la .Méditerranée ne lui soit pas enlevé. Ceci se rapporte évidemment aux projets de Bonaparte contre l'Egypte. On n'entendait pas seulement exiger une part du butin, si l'Autriche et la Russie se jetaient sur la Turquie, mais prendre les devants, et en lui offrant des provinces turques, contraindre l'Autriche à accepter non seulement l'expédition d'Egypte, mais encore les vastes remaniements de territoire qu'on pourrait faire aux dépens de la Turquie, du côté de la Pologne.

Il s'agissait donc de contrecarrer tous les plans de l'.Xutriche, de diminuer considérablement son influence en Allemagne et en Italie, et de lui faire croire que néanmoins l'alliance de la France lui serait utile, si certains projets du Directoire pouvaient être réalisés. Un diplomate très insinuant et très habile aurait eu beaucoup de peine à remplir une tâche aussi ardue: et l'on avait choisi unambassadeurabsolument incapa-

(1) Pout-t'lre, (lisait rinstriiclinn, sciait-il possible do la rolfvcr, en lui donnant pour roi un prinre saxon ou bavarois.

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ble de jouer un pareil rôle! Bernadolte a fait plus tard preuve d'esprit politique et d'habileté; mais il était alors dominé par les passions jacobines, et d'ailleurs la conduite qui lui était prescrite devait rapidement rendre toute entente impossible entre le Directoire et la cour de Vienne. Le Directoire crut que les Autrichiens, tant de fois vaincus par Bonaparte, ne voudraient à aucun prix s'exposer à une nouvelle guerre, et qu'il pourrait impunément, par l'organe de son ambassadeur, faire accepter les exigences les plus humiliantes à la cour et au peuple de Vienne. Bernadotte partageait complètement ces illusions, et n'était que trop disposé h faire le matamore et à froisser brutalement les sentiments religieux et patriotiques des Autrichiens.

Le Directoire sembla s'étudier à blesser l'Autriche et à trancher avec elle du suzerain et du conquérant. Il ne tint systématiquement aucun compte des usages diplomatiques, et la cour de Vienne apprit seulement par les journaux la nomination de Bernadotte. Gobenzl en fut prévenu à Rastadt, le 21 janvier, par une lettre de Bonaparte. 11 se hâta d'en avertir sa cour; suivant lui, le Directoire craignant qu'elle ne différât encore l'envoi d'un ambassadeur à Paris, voulait emporter la chose à la pointe del'épée. Sur l'invitation de Thugut, Gobenzl écrivit le 10 février à Bonaparte, pour lui montrer que cette nomination avait été faite contrairement à toutes les formes, et demander (ju'elle fût rapportée. On ne sait même pas si Bonaparte lui répondit. Mais Bernadotte partit en toute hâte de Milan pour Vienne, sans avoir fait aucune communication au gouvernement impérial; il se présenta à la frontière sans passeports, et déclara du ton le plus menaçantaux agents autrichiens que s'ils ne le laissaient passer, son gouvernement regarderait ce refus comme un acte d'hostilité. Ces agents restèrent interdits devant son arrogance et n'osèrent point lui refuser l'entrée du royaume, il se dirigea donc sur Vienne en se rengorgeant encore plus, et riautaux dépens des Autrichiens. Il crut naïvement qu'il lui suffirait désormais de prendre des airs de matamore pour obtenir tout ce qu'il voudrait. Il tomba donc àVienne tout à fait à l'improviste, le 20 pluviôse (8 février). La cour d'Autriche, pour éviter une rupture, ne ma-

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