LE CONGRÈS DE RASTADT. — RERNADOTTK
Directoire était disposé à la guerre, et voulait lui donner le commandement de l'armée destinée à marcher sur Vienne. Mais il aurait répondu que, les torts les plus graves se trouvant du. côté de Bernadotte, l'émeute de Vienne serait un mauvais prétexte pour déclarer la guerre; et que d'ailleurs l'Empereur ne désirait pas une rupture, et la France n'était pas prête. Il fut donc décidé, sur sa demande, qu'il se rendrait à Rastadt pour conférer avec un ministre autrichien sur les événements de Vienne et sur la situation politique (1 ) en général-; et le jour même, G tloréal (25 avril), il l'annonce à Gobenzl. Thugut prévint aussitôt Talleyrand qu'il venait de quitter le ministère des affaires étrangères et qu'il était remplacé par Gobenzl, La retraite de Thugut fut, bien àtort, considérée à Pai-is comme un commencement de satisfaction : le lecteur sait déjà que Gobenzl avait été rappelé à Vienne avant l'affaire de Bernadotte. et que Thugut restait en qualité de ministre sans portefeuille et continuait à diriger en fait le cabinet autrichien. La nomination de Gobenzl eut lieu le l""^ mai : il fut décidé qu'il retournerait immédiatement à Rastadt pour conférer avec Bonaparte.
Thugut lui remit le 7 mai ses instructions. Il devait repousser nettement la prétention, émise par Bernadotte, de faire replacer solennellement le drapeau tricolore par un officier autrichien, et promettre que les meneurs de l'émeute seraient poursuivis et punis suivant les lois du pays, mais sans l'intervention d'aucun agent du Directoire. Si l'ambassadeur français voulait arborer son drapeau et promener des cocardes dans Vienne, l'ambassadeur autrichien devait jouir à Paris du même privilège. Mais en aucun cas, Bernadotte et ceux qui l'accompagnaient ne devaient revenir à Vienne; car on était très irrité
funeste nouvelle de Vienne nous fait ici bien du mal; vous seul pouvez juger s'il n'y a pas un peu d'étourderie dans le fait de Bernadotte. » {Mcmohrs , l. II , I). ,178.)
[i) Talleyrand écrit alors à Treilliard : « J'ai été chargé de continuer à détruire dans l'esi)rit des ministres étrangers, l'opinion ipie nos ennemis s'efl'orcent d'accréditer, du dessein formé par nous de détruire; les gouvernements nionarclii- (|ues. » Il invotpia comme |>rcuve de son dire, l'existence de la Toscane, du duché (le Parme et de la Sardaigne. Mais il ra|)pelk! trop les .lacoliins répondant dédaigncusemenl aux amis des Girondins, (|u'en leur altrihuani de mauvais desseins contre eux, ils les caioninient é\i(lemineiit, |>uis(]ue les Girondins sont encore en vie.
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contre eux, non seulement à cause de leurs incartades, mais aussi à cause des discours séditieux qu'ils auraient tenus en traversant rAulriche pour se rendre en France. Le gouvernement autrichien ne désirait avoir à Vienne qu'un simple, chargé d'affaires, ou un ministre plénipotentiaire du Directoire, et se déclarait décidé à ne plus recevoir un ambassadeur en litre.
Mais Gobenzl était chargé en outre, d'adresser au Directoire des demandes extrêmement graves. Il devait d'abord réclamer en Italie, comme compensation des conquêtes que le Directoire avait faites depuis le traité de Gampo-Foi-mio, soit les légations, soit sur la rive gauche du Pô, le terrain compris entre la frontière et l'Oglio, et tout au moins jusqu'à la Ghièse. Moyennant cette concession l'Empereur renoncerait à tout agrandissement en Allemagne; il prendrait seulement Passau en (""Change du Fricktal, et en compensation de ses possessions en Souabe, il i-éclamait une rectification de frontières du côté de la Bavière. On pourrait accorder Hildesheim à la Prusse. La rive gauche était abandonnée au Directoire, mais rien ne lui seraitaccordésur larive droite; cependant, s'il faisait à l'Empereur de larges concessions en Italie, celui-ci se montrerait un peu plus accommodant sur ce point. L'Autriche demandait aussi l'intégrité de la Toscane et du royaume de Naples, que Rome fût restituée au Pape, ou qu'on accordât tout au moins au souverain pontife un revenu proportionné à sa dignité. Mais l'Empereur abandonnait complètement le royaume de Sardaigne au Directoire, s'il consentait à laisser reporter la frontière autrichienne jusqu'à l'Adda, ou tout au moins jusqu'à l'Oglio: Gobenzl était chargé en outre de proposer un arrangement très étrange au premier abord. La Lombardie serait donnée au frère de l'Empereur en échange de la Toscane qui serait réunie à la République Ligurienne (1).
(jobenzl, muni des instructions de Thugut, partit en toute hàle de Vienne le S mai et revint à Rastadt dans la nuit du 11 au 12. II s'était donné une peine bien inutile. Bonaparte
(1) Hulîcr, l. I, p. 273. Il (Hait ovidcnl que si Uorne restait entre les mains du Directoire, le Grand-Duc enclavé dans ses possessions, serait bientôt détrùni'.
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n'élail pas encore arrivé et personne ne savait où ii était. Pourtant il lui avait donné formellement rendez-vous à Rastadt. Mais Bonaparte en apprenant que Cobenzl avait quitté cette ville pour se rendre à Vienne, s'était empressé de déclarer qu'il n'avait pas besoin d'aller conférer avec des personnages secondaires comme Metternich et Lehrbach : ce n'était qu'unprétexlepourne pas retardersonexpéditionen Egypte (1). Voyant que la malencontreuse affaire du drapeau de Bernadotte pouvait entraîner les plus grandes conséq-uences, et retarder indéfiniment l'exécution de ses vastes projets, il avait d"abord demandé à être envoyé à Rastadt, afin de résoudre lui-même, le plus vite possible, toutes les difficultés pendantes entre la France et l'Autriche; mais il avait recdnnu bien vite que l'Autriche n'avait pas l'intention de déclarer la guerre, et que le Directoire ne voulait pas assumer une pareille responsabilité; puisque la paix n'était point menacée, il estimait qu'il perdrait un temps précieux à Rastadt, et qu'il valait bien mieux partir immédiatement pour l'Egypte. Il comptait recueillir dans l'expédition qu'il préparait depui.s longtemps, beaucoup plus de gloire que dans cette négociation; en outre, il calculait ({u'il lui serait très utile d'être quelque temps éloigné de France, et de ne pouvoir être accusé de la plus petite participation aux sottises, aux fautes politiques, aux crimes peut-être, que le Directoire fructidorien ne manquerait pas de commettre dans la suite. Il voulait que le peuple français, irrité contre ses gouvernants, désirât bientôt son retour et l'attendit avec impatience comme un libérateur.
Les directeurs, de leur côté (2), n'étaient nullement fâchés de voir s'éloigner un homme aussi dangereux. Le i mai Bonaparte écrivit à Cobenzl qu'il avait renoncé à se rendre à Rastadt, en apprenant qu'il avait quitté cette ville, mais que le Directoire enverrait â sa place des plénipotentiaires animés de dispositions pacifiques. Comme la cour de Vienne aurait eu
(i) Le prétexte ùlait d'autant plus mauvais, que l'absence momentanée de Cobenzl était déjà connue à Paris lorsque D<^iiaparte fut choisi pour pléiilpotentiaiie.
(-2. Mathieu Dumas, dans ses Mémoires, rapporte, d'après Desaix, que Bonaparte avait alors songé à se débarrasser du Directoire; mais celui-ci avant été prévenu de son dessein, lui aurait ordonne bien vite départir pour Toulon.
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le droit de se formaliser de ce dépari si imprévu, le Directoire résolut de remplacer le général par l'un des personnages les plus importanls delà République. Françoisde Neufcluiteau, directeur sorti quelques jours auparavant par le tirage au sort et remplacé par Treilhard, fut chargé de négocier avec Cobenzl (1). Comme l'aiticle 157 de la Constitution ne permettait à un directeur de sortir du territoire de la république que deux ans après la cessation de ses fonctions, François devait conférer avec Cobenzl dans la petite ville de Selz, en Alsace, sur les bords du Rhin, à peu de distance de Rastadt. La cour de Vienne se montra très accommodante sur ce point.
La mission de François n'était point limitée à l'affaire de Bernadotte. Il était nommé « à l'effet de se rendre à Selz et de s'y entendre avec le plénipotentiaire de sa Majesté Impériale, tant sur le fait des satisfactions qui sont dues à la République en raison de ce qui s'est passé à, Vienne, que relativement à Rome, Naples, la Toscane, la Suisse, et4x>us objets autres que ceux formant l'objet des négociations du congrès de Rastadt, qui seraient à régler entre les puissances pour assurer la durée de la paix » (2).
Le Directoire avait enjoint à Bernadotte d'attendre ses ordres à Rastadt. L'ex-ambassadeur brûlait de revenir à Paris et d'y faire beaucoup de tapage, car on disait partout que sa conduite avait été désapprouvée, et qu'il était en disgrâce; mais il lui fallut rester à Rastadt jusqu'au i24 floréal (13 mai). Il reçut alors sa nomination au commandement de la division militaire dont Strasbourg était le chef-lieu; mais il la refusa et se rendit à Paris pour se plaindre de la manière dont il était
(1) François reçut 7,000 fr. ])ar mois el '28,000 IV. iiour frais d'clablisscnuMil. l.c bruit courait à Paris qu'il avait été (lêsiguô i)our sortir le premier du Directoire; après un slnuilacre de Ura^'c au sort, parce (pi'il était i)his ino(l('ré que ses eollègues, et s'était opjjosc à leurs projets e(uitre Naples. Mais Sandoz-Ilollin écrit le 19 mai que le tirage au sort a été eiïcctué de bonne foi ; (pielques minisires qui étaient jjr.-sents lui ont rapporté que François avait été attérc en se voyant exclu par le sort du Directoire et qu'évidemment ce coup était inattendu. (Mais peut-être ses collègues avaient-ils tout arrangé sans le prévenir). Il déclara naïvemenlque toute sa fortune consistait en une action dans une brasserie, et (|ue les djr('cteurs restants pourraient la faire prosi)érer, en lui accordant un privilège exclusif. (Huffer, Conyrés de liasladl, 1. 1, p. -2TJ.)
(i) -Archives, AF3, registre 18.
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traité. Le Directoire le chargea de le représenter auprès de la République Batave; il regarda cette nomination comme une réparation, le déclara avec emphase il) mais refusa ce nouveau poste : il était complètement dégoûté de la diplomatie (2).
(1) « Vous avez, lui dit-il. justement senti que la réputation d'un lionime qui a contiilmé à placer sur le ])i'jdcstal la statue de la liberté, est une propriété nationale. • (Frédéric Mnsson,p. 210).
(2) Le i" germinal an VI (21 mars 1798) d'après les états fournis par le ministre de la guerre, l'armée dite d'Angleterre était de 70,<isi hommes ; celle de Mayence de 57,921; celle de Suisse de 17,2.yj; celle de Hollande en comprenait 2I,.51() (mais ce dernier effectif est peut-être enllé à dessein). En Italie, il restait seulement 36,014 soldats, y compris S.Oimi hommes au moins qui gardaient Corfou et les iles Ioniennes. C,0i3 soldats occupaient la Corse, 31,8o(i allaient être emharqucs pour l'Egypte. En résumé, 210,937 soldats étaient aux armées, 10.';, 322 à l'intérieur : en y ajoutant ll,.'{72 vétérans, et 8,129 gendarmes le Directoire disposait alors, en tout, de 3Go,7tw soldats pour recommencer la guerre avec l'Autriche, en renonçant bien entendu à toute expédition, soit contre l'Angleterre, soit contre TÉgypte (Arch. Nat.. A. F3 148, 149).
Le l'' messidor l'effectif est un peu augmenté , on a 23o,G88 hommes dans les armées actives. On a prudemment augmenté l'armée d'Italie : i)0,(io8 soldats sont dans la Cisali)ine, 8,729 dans la république romaine.
Au G pluviôse l'état-major de l'armée d'Angleterre est ainsi composé : Bonaparte, général en chef, Desaix général en chef provisoire, ])lus 14 généraux de division, Kilniaine, Dumas, Kléber, Lemoine. Sàint-Cyr, Lefévre, Championnet, Serrurier. Victor, Brune, Baragucy d'Hiiliers, Dallemagne, Duliesme, Grenier, plus 36 généraux de brigade parmi lesquels Priant, Dessoles, Davoust, Lecourhe, Richepanse, Lanusse. Belliard, Pijon, Cervoni, Oudinot, Vandamne, Soult, Ney, etc. , et 24 adjudants généraux (Arch. Nat.J.
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