BUNAPARTH A RASTADT ET A PARIS
Ainsi le gouvernement espagnol, sous la fatale influence deGodoï, persévère dans celte politifjue, qu'il sait n'être ni généreuse, ni honnête, mais qu'il croit habile, et dont il ne peut recueillir que des désastres, et de la honte! Truguet ne répondit point au prince, et lui parla de la Louisiane, sujet fort désagréable à la cour de Madrid.
Pour faire plaisir au Directoire, le Prince nomma Azara ambassadeur à Paris. Truguet qui tenait à montrer à ses gouvernants son influence sur la cour d'Espagne, demanda de nouveau des mesures violentes contre les émigrés et les prêtres français déportés, et les prêtres espagnols, qui étaient très exaspérés contre les révolutionnaires à cause de la captivité de Pie VI; il réclama en même temps une nouvelle prohibition des marchandises anglaises. Le 7 germinal, Truguet annonce avec bonheur au Directoire que le roi a cédé honteusement. Par une cédule du 3 (23 mars), il éloigne les émigrés de ses États, et permet à ceux qui le voudront de se retirer à Majorque. Truguet se plaignit parce que le gouvernement n'avait pas assigné de date à cette expulsion, et qu'on pouvait ainsi rendre le décret illusoire. Godoï lui répondit qu'il était impossible d'assigner le même délai à tous les émigrés, mais que l'expulsion serait faite rigoureusement, qu'il agirait contre les prêtres turbulents et interdirait les marchandises anglaises. On a poursuivi des prédicateurs comme fanatiques, et fait des visites domiciliaires pour chercher les émigrés, c'est à se croire dans le royaume de Barras ! Le grand orateur Burke caractérisa admirablement la situation faite à l'Espagne par ces honteuses concessions, en déclarant qu'elle était devenue « le fief du régicide ». Truguet est ravi, mais il s'est laissé aveugler par sa prêtrophobie, et n'a pas prévu que cette concession honteuse serait fatale à Godoï. En effet, elle souleva une telle indignation, que le faible roi se décida à le relever de ses fonctions, et nomma Saavedra à sa place. Ce [n'était pas une disgrâce éclatante; Godoï restait ;\ la cour avec de grandes prérogatives, mais il était momentanément écarté de la politique active.
Le Directoire ne tiendra point compte à Truguet de son zèle prêtrophobe, et ne lui pardonnera pas d'avoir traversé la
i.'J2 L1-; ninKc'i'oiRE.
négociation de Perrocliel. Il lui écrivit, le 25 ventôse, qu'en agissant ainsi il avait nui à la chose publique, et il ajoutait: « le Directoire compte sur vos regrets, et il aime à croire qu'ils vous imposeront plus de mesure à l'avenir ». Truguet, très blessé de cette dépêche, se défendit énergiquement. Dans sa réponse (10 germinal), il vante l'habileté qu'il a déployée pour obtenir la cédule contre les émigrés elles prêtres. Godoï, le 5 germinal, lui a écrit que le Portugal, avec l'agrément du roi d'Kspagne, lui a donné pleins pouvoirs pour traiter avec le Directoire. Mais dans une lettre du même jour à Merlin, Truguet donne libre cours <à sa mauvaise humeur contre le Directoire, et relève l'absurdité de la négociation qu'il a entamée, ainsi que les conséquences ridicules qu'elle pourrait entraîner (1). Aussi fut-il rappelé le 12 floréal (2) et l'ex-conventionnel (juillemardet nommé à sa place; le Directoire tenait essentiellement à envoyer des régicides comme ambassadeurs aux Bourbons qui pliaient devant lui. Perrochel était provisoirement chargé de l'ambassade.
L'Espagne se trouvait inféodée complètement à la République française. Saavedra qui était hostile à l'Angleterre, avait immédiatement déclaré à Truguet que son gouvernement, pour être agréable à la France, s'abstiendrait de nommer au ministère des finances le comte Gabarrus que le Directoire avait refusé d'agréer comme ambassadeur à Paris. Mais Godoï avait dû se retirer, parce qu'il avait consenti à se faire l'exécuteur des haines révolutionnaires; aussi Perrochel eut soin de représenter au Directoire que le zèle maladroit de Truguet avait entraîné des conséquences désagréables. L'alliance française avait blessé les Espagnols dans leurs intérêts par la guerre contre l'Angleterre, et le Directoire venait d'offenser grave-
(1) Ses observations sont justes. Si Godoï, dit Truguet, avait ftiit arrêter ragent du Directoire pendant qu'il se rendait secrètement dans les appartements royaux pour la mystérieuse entrevue, Tambassadeur se serait trouvé dans la nécessité de le réclamer pui)]iquement, et cet événement ridicule auiait l'ait le plus grand bruit. Sans doute les instructions du Directoire étaient sur des l'euilles volantes non signées; on pouvait tout nier audacieusement ; nuiis l'ambassadeur se trouvait alors dans une situation intenable.
(2) I,e I'"' floréal, Ti'uguel deni;indait au Directoire de si'vir contre VAmi <lvx lois, qui, le 21 germinal, avait publié contre lui une lettre calomnieuse de Ségui.
lîONAl'AliTi; A H\STAItT FT A l'AlîIS. 2.'}.'}
ment leurs sentiments religieux, f.a cour et le peuple ressentaient une profonde humiliation, en voyant le Souverain Pontife prisonnier de prétendus alliés qui ne leurpermettaient pas d'intervenir en sa faveur, même pour adoucir simplement sa captivité. Le ministre des relations extérieures écrivait, le 15 lloréal, à Perrochel, que le Directoire était disposée envoyer le Pape en Espagne. Le 2 prairial (28 mai i, Perrochel, dans une dépêche, combattait ce projet en disant que les esprits depuis longtemps sont mal disposés pour la France : Pérignon a beaucoup ménagé les Espagnols et a produit sur eux la meilleure impression. Son successeur a été moins prudent; on l'a accusé d'avoir violé les usages et les bienséances de la cour, et affecté de la hauteur et du dédain tant avec les Espagnols qu'avec les Français eux-mêmes. Truguet, pour obtenir la cédule contre les émigrés, a promis à Godoï l'appui de la France, et cependant Godoï a été renversé. Celte alîaire a indisposé contre Truguet, elle ministère, parce qu'il a exigé de lui cette cédule delà façon la plus hautaine, et la nation espagnole, parce qu'elle l'a trouvée injuste, inhumaine; que d'ailleurs elle a été obtenue du roi par la menace; et l'orgueil national en a été vivement blessé. Depuis deux mois, les esprits sont violemment excités contre les Français (i). Dans de pareilles circonstances, l'arrivée du Pape en Espagne porterait au plus haut point l'exaspération du peuple qui traite les Français de persécuteurs. Ils pourraient peut-être devenir en masse victimes de sa fureur! même de simples excès isolés, mettraient et l'Espagne et la France dans le plus grand embarras. Si le Pape devait être interné en Espagne, il ne pourrait y être conduit, d'après Perrochel, qu'à la paix générale. Jusque là, il faudrait le tenir à Majorque, mais non dans la péninsule. Il demande des instructions au Directoire sur ce grave sujet, et sur la question des émigrés; car la cédule arrachée par Truguet ne paraît pas devoir être exécutée (2). Truguet écrivait aussi en style jacobin « que le séjour du Pape en Espagne va
H] Il prcleiul que des Français passant devant des régiments espagnols ont été insultés par les soldais.
(2) En pn'sencc de l'indignation générale, son exécution était l)ion diflieile; des ohstaclesiniprcvus sont survenus. Une cédule du 2."> lloréal envoyait auxCanaries
234 LK DIlŒCTOIlîK.
rendre aux factions leur idole, leur apporter l'autel sur lequel ils vont aiguiser leurs poignards, et jurer une Saint-Barthélémy contre les républicains ».
L'ambassadeur furieux de sa destitution, donna à la cour et à la ville une pitoyable comédie. Le 28 floréal, il écrivait au Directoire qu'il avait reçu son rappel, et qu'il attendait ses lettres de recréance pour présenter Perrochel; mais, au grand amusement de la cour de Madrid, il n'avait garde de lui présenter son successeur intérimaire, et faisait la sourde oreille à ses instances. Perrochel, muni des arrêtés et des lettres du Directoire, le requérait sans cesse de prendre ses audiences de congé et de le présenter. A la fin, le Directoire lui écrivit de se présenter au ministre espagnol et de se concerter avec lui sur les moyens convenables pour se faire reconnaître comme chargé d'affaires. Il devaitlui notifier le rappel de Truguet, son refus de présenter ses lettres de recréance et demander au ministre de le faire arrêter et conduire en France (1). Alors Truguet se résigna à les présenter le 11 messidor. Perrochel écrivait le 12 que Saavedra paraissait être d'accord avec lui, mais qu'il avait tout fait pour éviter de montrer à l'Espagne un ambassadeur français rebelle à son gouvernement, arrêté au milieu d'une cour étrangère et ramené de force en France. Truguet, dans son dépit, resta si longtemps en Espagne, que le Directoire, pour le punir de sa désobéissance, le fit inscrire, lui traqueur d'émigrés, sur la liste des émigrés ; et lorsque ce fructidorien disgracié rentra en France, il reçut l'ordre de déguerpir et dut se retirer en Hollande et y attendre sa radiation, en méditant sur l'ingratitude républicaine (2).
la plupart des cniigrcs qui étaient doslinés à Majorque. Mais les hai)itants des îles Baléares et des îles Canaries ont protesté, en prétendant qu'ils ne pouvaient recevoir tant de personnes. Dans les ports, des neutres ont rel'nsé de transporter les émigrés. D'ailleurs (^ette mesure ne serait pas utile à la Képulilique française car les émigrés qui se trouvaient dans les Daléarcs lui ont nui beaucoup. 11 croit qu'il vaudrait mieux se contenter d'expulser les plus dangereux. Chose singulière ! il « ignore si l'ambassadeur en provo(|uant la cédule a seulement consulté son zèle ou obéi aux oidres du gouvernement (Arch., AF!* 03). Néanmoins, le 23 i)rairial, 310 émigrés furent embaniués à Barcelone.
(1) Lettre du -26 prairial. Arch. AK'i, r. i».
(-2) I.e 18 vendémiaire an VU (9 octobre n!)8), le Directoire arrêta que Truguet n'étant pas rentré en Krance dans les trois mois de son rappel, scrall, d'après
BONAPARTK A BASTAUT KT A PAHIS. 235
Aussitôt après le 18 fructidor, le Directoire résolut d'imposer par tous les moyens à la Hollande une Constitution qui la mettrait complètement à sa discrétion. Talleyrand déclarait qu'à la suite de l'échec du projet de Constitution, soutenu par le Directoire, la nation batave était « condamnée à une nullité politique dont le poids retombe sur la République française qui se trouve embarrassée des charges de l'alliance, sans moyens présents d'en recouvrer les bénéfices (1) ». Cette alliance venait de lui coûter sa flotte, après l'avoir singulièrement obérée. Depuis l'établissement de la liberté, la république batave avait été tenue par les révolutionnaires français dans un état de dépendance à la fois humiliant et désastreux; déjà son commerce était ruiné et ses finances écrasées, car elle avait dû payer une coniribution de guerre de cent millions de florins, et entretenir vingt-cinq mille soldats français qui lui coûtaient chaque année une vingtaine de millions, et, pour y arriver, elle avait décrété un emprunt forcé qui enlevait à peu près le seizième du revenu, et pour lequel on ne payait que 2 1/2 pour cent. Ses rescriptions bataves subissaient une dépréciation énorme. Et le désastre maritime de Camperduin la mettait dans l'obligation d'imposer encore de lourdes charges pour recréer une flotte et faire de nouveaux armements réclamés par le Directoire. Le gouvernement voulut imposer sur tous les biens un nouvel emprunt de près du douzième du revenu. L'irritation fut générale; toutes les provinces, sauf la Hollande, repoussèrent cet emprunt forcé, et le gouvernement resta sans flotte et sans argent. Ce n'était pas l'afTaire du Directoire, qui entendait se servir contre l'Angleterre des vaisseaux hollandais, et payer ses troupes avec les florins de la répujjlique batave : les pouvoirs provinciaux qui subsistaient
l'arliclft \''' de la loi du 2?; hrunaire an ni, inscrit sur la liste des ('migres, ainsi (|ucson se crétairc BoUu qui se Irouvait dans le niênic cas. Ils fiu'cnl rayés seulement le !) messidor suivant (iî7 juin l"!»!)). Arcli. AF^, registres 13 et tC. (1) l'allain, Le Ministère <lc TnUcyrdiul sniis le Directoire, p. (iiî.
230 LE UlHECTOIliE.
encore, grâce au rejet de la ConsUtiilion unitaire, avaient osé défendre les bourses des Hollandais; il fallait en finir une bonne fois avec cet odieux fédéralisme (1). Aussi le Directoire, de concert avec les radicaux, résolut de faire un 18 fructidor hollandais. On se plaignit de la lenteur de la nouvelle commission de Constitution, et le 11 janvier l'Assemblée vota qu'une nouvelle commission de douze membres viendrait la presser. Le lendemain, les douze rendirent compte de leur mission; ils avaient représenté à la Commission des Vingt-et-Un la malheureuse situation de la Hollande et le mécontentement du gouvernement français; celle-ci leur avait répondu qu'elle travaillait avec zèle, mais qu'il fallait un peu de patience. On voit que les Hollandais ne savaient pas, comme les jacobins français, bâcler une Constitution. Mais les radicaux tenaient à se montrer dignes de leurs maîtres. Pendant la discussion sur l'emprunt forcé, quarante-trois députés de leur bord avaient rédigé un plan de Constitution absolument unitaire, proclamant l'abolition des Etats provinciaux et des caisses provinciales, l'amalgame des finances, la séparation de l'Église et de l'État. Ils se déclaraient décidés à ne faire aucune concession et adressaient de véritables menaces aux autres députés. Le 15 janvier, une députation de radicaux d'Amsterdam présenta ce projet à l'Assemblée et la somma de s'en occuper immédiatement : elle se laissa intimider, nomma aussitôt une commission chargée de l'étudier, et sur son rapport, adopta le projet des quarante-trois comme base de la Constitution future. Mais le Directoire français ne voulait même pas attendre que cette nouvelle Constitution fût bâclée! H lui fallait en Hollande un gouvernement dictatorial qui brisât toutes les résistances lo-
(1) Le 1(i vendômiairc an VI, Noc'l envoya au Directoire un mémoire sccrel sur la situation des partis en Hollande et les causes du rejet de la Constitution. Il augure mal du nouveau plan et craint (|u'il n'ait le sort du premier, car il aura contre lui, et les orangisles, et les fédéralistes, et les ultra-révolutionnaires; ces derniers espèrent toujours que par lassitude le gouvernement français vicndi'a à eux. Quant aux r('volutionnaires modérés, jusqu'à |)réscnt ils n'ont pas mérite le nom de parti : il ont (Hé « sans union, sans volontc'î et sans boussole », toujours prêts à se partager entre les ultra-révolutionnaires et les fédéralistes. La protection de la France peut seule leur donnei- (pielquc force. Il résulte de ces observations que le Directoire doit faire un cnup d'iaat en Hollande; mais Noél n'ose pas le conseiller. Arcli., AF3, 70.
BONAl'AHTE A RASTADT ET A l'ARlS. 231
cales, et mît immédiatement toutes les ressources de la république à sa disposition.
Pour faciliter ce coup d'État, il remplaça, le 2(i brumaire an VI, Noël, qu'il trouvait trop timoré, par l'ancien ministre Charles Delacroix, qui, d'accord avec le général hollandais Daendels, les chefs des radicaux, et le général Joubert, commandant des troupes françaises et bataves, prépara avec beaucoup d'activité un fructidor hollandais (1).
Le 20 janvier, .l'Assemblée batave élut pour président Midderigh, l'un des Quarante-Trois. Il s'entendit aussitôt avec Delacroix pour faire bien vite le coup d'État. Dans la nuit du 21 au 22 janvier 1798 (2 et 3 pluviôse an \l), il réunit ses quarante-deux collègues. Ils ont préalablement (c'est Delacroix
(1) Delacroix reçut de Talleyrand l'ordre formel de faire accepter un nouveau projet de Constitution. Il devait, disent ses instructions, employer de préférence les moyens de persuasion; mais s'il rencontre de l'opposition, il devra faire comprendre que le Directoire veut trouver dans la Hollande une alliée utile, « que si de trop grands obstacles, si une résistance insurmontable pouvaient le forcer d'abandonnor la Hollande à elle-même, il ne le ferait f/u' après avoir ressaisi l'usage entier des droits du conquérant. • La force de ccUe insinuation sera sentie par ceux que l'évidence de l'intérêt public n'avait pu décider.
Delacroix, pour préparer son coup d'État, employa un agent très actif nommé Bohain-Ducange, homme très discrédité, (jui depuis tomba en disgrâce. Cet agent lui écrivait à son arrivée : « Les patriotes vous attendaient comme Israël alteudait le Messie ». Noi-l, son prédécesseur, s'< tait, selon lui, laissé endoctriner par de faux ])atriotes. Ce Ducange accapara tout de suite Delacroix : il avait en son nom des conférences continuelles avec les députés radicaux, et il en rendait compte à l'ambassadeur dans des billets qui sont précieux pour l'histoire de ce coup d'État. Le 13 nivôse, il lui écrit que les patriotes sont décidés à en Gnir, sans coup férir, sans effusion de sang. Il suffit qu'ils soient surs qu'en envoyant Delacroix, le Directoire a eu l'intention de voir cesser ce système apathique; les radicaux s'entendent aisément avec Ducange : il cherche beaucoup à s'assurer l'ajuiui de Vreede qui est, dit-il, leur boussole, jirimus in ter pares. Le -H nivôse, il annonce à Delacroix (jue Vreede et les |)alrioles avec qui il négocie acceptent les dispositions constitutionnelles (|ue le Directoire veut leur imposer. Le 10 janvier, il conseille à Delacroix d'inviter à diner certains députés hésitants : on va élire le i)résident do l'Assemblée; cette politesse les déteruiinera à voter jniur Midderigh, et s'il est clii, le coup d'Etal deviendra très facile.
Au dernier niouicut les radicaux réclament prudemment des garanties; le 18 janvier, Ducangn ( crit à Delacroix : • Enlin, citoyen Ministre, ils demandent si vous auriez de la répuguaiicc à signer le conlre-cngatjemcnt dont ci-Joint coi)ie... ». Ce n'est, suivant eux, <|u'un moyeu « d'engager la pluralité de leurs collègues ». Nous n'avons pu trouver cette copie aux Archives, mais, sur la lettre de Durangc, Delacroix a écrit on marge, devant ce passage : • Je m'en suis ilis|ieusé. • Arctt. nat., AK'S '(t.
-l'SH LE DlItECTOmii.
qui rafTirme) signé un acte contenant les principes qu'ils comptent faire prévaloir dans la Constitution nouvelle, et ils ont appelé cet acte le sijmhote constitutionnel. 11 y est allirmé hautement que leur république devra toujours faire cause commune avec le Directoire. Pour faire triompher ce symbole, ils ont décidé qu'ils formeraient un gouvernement provisoire de cinq membres.
Les chefs de l'armée doublent les postes et disposent leurs troupes dans l'intérêt de la tranquillité (des faiseurs de coup d'État), et ferment les portes de la ville. Delacroix, en rendant compte au Directoire, a eu grand soin de bien établir que ce coup d'Etat était scrupuleusement copié sur celui du 18 fructidor; il a en outre fait remarquer une heureuse coïncidence, c'est que ce 18 fructidor hollandais a eu lieu le "1 pluviôse, anniversaire du 31 janvier, autre date chère aux révolutionnaires.
Dès quatre heures du matin, Midderigh et les généraux mettent en arrestation les six membres de la commission des relations extérieures (comme au 18 fructidor les inspecteurs des conseils). Le président Midderigh était avec ses affidés à l'hôtel de Harlem. A neuf heures et demie du malin, ils le quittent solennellement, avec une escorte de garde nationale et de troupes de ligne, pour se rendre au palais national où l'assemblée est convoquée; « l'état major de l'armée française et balave y était déjà réuni (1); » le président explique les motifs de cette convocation extraordiuaire et, avec l'assentiment de ses complices, ordonne l'arrestaliou iuimédiate de vingt et un députés. Convoqués pendant la nuit, et ne connaissant pas le complot, ils viennent presque tous se faire prendre au piège (2). Dix-neuf d'entre eux sont arrêtés, outre les six membres de la Commission diplomatique. L'assemblée se réunit en comité général : deux heures après, la séance est publique. Les vingt et un suspects et les membres de la Commission
(1) Journal des débals el dtkrels, pluviôse an VI, p. lOîi, (Paprès un récil eiivoyr; par Delacroix.
(:2) « bans l'antichambre se Irouvaicnt deux aides decanij) qui oui laissé passer lous les membres, excepté l(,'s vinyt et un, qu'on enlerma dans une salle voisine. » Ibid.
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diplomatique sont solennellement exclus de l'assemblée. Elle décide que chaque membre prêtera serment de haine au stathoudérat, au fédéralisme, à l'aristocratie et à ranarchie. Onze députés refusent; ils sont exclus et réunis à ceux qui ont été déjà arrêtés; « on leur permet de se retirer chez eux, sur parole de ne point sortir de La Haye sans la permission du président et de ne tenir aucune correspondance (1) ». Trois membres absents lors de la prestation de serment, sje présentent : ils sont requis de le prêter; l'un d'eux refuse : il est exclu immédiatement.
L'Assemblée épurée décrète les principes fondamentaux arrangés d'avance, nomme une commission chargée de rédiger une proclamation; un autre qui fera un rapport sur l'établissement d'un Directoire de cinq membres; une troisième qui se concertera avec Joubert sur les mesures à prendre pour maintenir la tranquillité. On annonce que Delacroix est dans une salle voisine; on lui envoie une députation et les trois secrétaires pour l'introduire. Les fructidoriens hollandais applaudissent leur véritable chef avec frénésie, et crient à tuetêle : vive la République! Delacroix, tout glorieux d'avoir été le Barras de ce fructidor batave, félicite ses complices de leur énergie et leur déclare solennellement que la République française et le Directoire « applaudissent à vos mesures et vous soutiendront de toute leur puissance ». Le président répond par de grands compliments au Directoire et à Delacroix.
Aussitôt l'Assemblée lance sa proclamation au peuple batave. Il y est dit que le plan de Constitution rejeté voulait mettre le peuple dans une méprisable servitude. Il était réservé à la République française de le sauver. « Il ne nous reste plus qu'à supporter ime convulsion politique, ou à voir la liberté enchainée pour toujours; quel est le vrai patriote qui pourrait hésiter un instant sur un tel choix? » Viennent ensuite (pielques phrases hypocrites sur « la dure nécessité de tenir eu arrestation quelques membres de votre Assemblée, et d'en éloigner d'autres du limon (\(:^ atl'aires ». On ne les a liviilés
(I) Journal des drhats <•!. drcrels, pluviùso an VI. \\. IKi.
ÛW LE ir,ui:c,Toi!;i':.
ainsi que pour les empêcher de rendre inutiles par leur opposition les efforts des patriotes, et pour arriver à un ordre de choses qui assure le bonheur de la République batave « et la rende vraiment utile à son allié et redoutable à ses ennemis (1) ». Les fructidoriens bataves ne peuvent pas s'empêcher d'avouer que leur coup d'Ëtal a été fait par le Directoire (2) et pour le Directuire. Us déclament ensuite avec violence contre le gouvernement qu'ils viennent de renverser, portent contre lui de nombreuses accusations, entre autres celle d'avoir employé la violence et la corruption pour imposer la Constitution qui a été rejetée. Gomme leurs illustres modèles, les fructidoriens de Paris, ils déclarent qu'ils ne veulent point établir le régime de la Terreur. L'Assemblée prend le litre d'Assemblée constituante, représentant le peuple batave.
Le 'M janvier, 12 pluviôse, le nouveau Directoire fut solennellement installé. On y avait mis Vreede, le chef des Quarante- Trois, Van Langen, Wybo Finja, publiciste, Wilderick, et un savant, nomméFokker.Delacroix joua naturellement le principal r(Me dansceltecérémonie; il débita des discours et donna le soir un grand diner à l'ambassade. Mais le nouveau gouvernement se fit autoriser immédiatement par l'Assemblée à prendre des mesures de sûreté contre les députés arrêtés le 22 janvier. Le i février, dans une proclamation signée Vreede, il déclara (jue ces députés ne paraissant nullement convertis au nouveau régime; après les avoir destitués de leurs places et emphjis respectifs, il les avait « fait conduire en lieu de sûreté et mis hors de tout accès », jusqu'à l'affermissement du nouveau système de gouvernement, sous la réserve que la justice aura libre cours contre eux si on les trouve coupables contre l'Etat,
(I) Arcli. liât., Al-S 70.
(:2) U est impossible de lueUre en doute la participation active du général .loubcrt au coup d'Klat. l.c 3 pluviôse, La Haye, ncul' heures du soir, il écrit à Delacroix : « .l'anive de la Cour; tout s'y passe jus(iu'à i)résent avec le plus 1,'rand ordre. La S(-paiation des orangistcs et des fédéralistes est lailc;, et les niiînihres dont on peut tout attendre délihérenl avant de sortir, .('ai vu deux iiiiMnljres, un de la Frise, l'autre de Crtininguc, refuser de se |)rèlei' à la décl.ilation qui aholil les privilèges provinciaux; on m'a dit qu'ils seraient siirenicnt suivis de dix ou douze autres, mais le général Daendels m'assure (|ue des oidres soni donnés dans les provinces éloignées pour (|ue ces op|iosillons n'y «ausent aucun trouble. » Arcli., i/nri.
BOMArARTE A HASTADT ET A l'AKIs. '2il
et il se montre disposé à les accuser d'une prétendue conspiration. Puis il fait une tirade hypocrite sur rhumanitc. 11 s'agissait dans celte proclamation de vingt-trois dc|)utés et des six membres de la commission des relations extérieures. Mais, depuis le ^22 janvier, vingt-sept autres députés avaient donné leur démission ; aussi, le (î février, Ton demanda contre eux des mesures rigoureuses : l'Assemblée n'osa point les voter. Seulement, le 8, sur un nouveau rapport, elle déclara qu'ils avaient perdu la confiance du peuple et qu'ils étaient déchus de leurs mandats, et invita le gouvernement à prendre contre eux des mesures de sûreté. Sous une forme hypocrite, elle reprenait ainsi la proposition qu'elle avait affecté de repousser, et les livrait a l'arbitraire de leurs ennemis [li.
Heureusement, les victimes de ce fructidor ne furent point envoyées à la guillotine sèche; les prêtres belges avaient été expédiés en grand nombre à la Guyane; les fédéralistes hollandais furent plus heureux. Le Directoire français avait voulu surtout, par ce coup d'État, obliger la Hollande à refaire sa Hotte à son profit, et lui fournir de nombreux bâtiments de transport pour sa fameuse descente en Angleterre. Aussi Joubert annonçait à Bonaparte qu'il pouvait compter bientôt sur l'armement de dix vaisseaux de ligne, et Bonaparte demandait au Directoire deux cent cinquante canonnières et bâtiments de transport. Le Directoire batave écrivit au Directoire français, le ^7 février, une lettre par laquelle il lui promettait de l'aider de toutes ses ressources dans la guerre contre l'Angleterre.
Le 10 février, l'Assemblée, sur les instances de Delacroix, ordonna aux administrateurs des ci-devant provinces d'expulser les émigrés et prêtres déportés. Delacroix, sottement gonflé du succès de son coup d'Etat, pressait la confection de la Constitution nouvelle et en négociait les articles par l'intermédiaire de Ducange,
(I) On prétendit qu'ils éUilcnt jIcs traîtres plus coupaltlcs (jUi- les vill^t et un iirrrti'S au début, [larcc <|ii'ils inaiciil accciili' d'aliord la Ciiiislilulidi) nou\ello par écrit.