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suivre la voie marquée par le bienheureux Jean de la Croix, (jui veut qu'on croie dans le non-vouloir, et qu'on aime sans chercher à sentir I
De l'attaciiement aux goûts sensibles naissent toutes les illusions. Les âmes sont grossières en ce point, qu'elles cherchent le sensible pour trouver la sûreté. C'est tout le contraire, c'est le sensible qui donne le change; c'est un appât flatteur pour l'amour-propre. On ne craint point de manquer à Dieu tandis que le plaisir dure. On dit alors dam son abondance^ je ne serai jamais ébranlé; mais on croit tout perdre dès que l'ivresse est passée : ainsi on met son plaisir et son imagination en la place de Dieu.
Il n'y a <|ue la i)ure lui (jui préserve de l'illusion quand on ne s'appuie sur rien d'imaginé , de senti, de goûté, de lumineux et d'extraordinaire; quand on ne lient qu'à Dieu seul , en pure et nue foi , dans la simplicité de l'Evangile , recevant les consolations qui viennent, ne s'arrétant à aucune, ne jugeant point et obéissant toujours, croyant facilement qu'on peut se tromper et (jue les autres peuvent nous redresser; enfin, agissant à chaque moment avec simplicité et lionne intention , suivant
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la Imiiièrc de foi actuellement préseiUe, on ôsl dans la voie la plus opposée à l'illusion.
La pratique fera voir mieux que toute autre chose, combien cette voie est plus sûre que celle des goûts cl des lumières extraordinaires. Quiconque voudra l'essayer, reconnaîtra bientôt que celte voie de pure foi, suivie en tout, est la plus profonde et la i)lus universelle mort à soi-même; les goûts et les certitudes intérieures dédommagent Tamour-propre de tout ce qu'il peut sacrilier au-dcliors : c'est une possession subtile de soi-même qui donne une vie secrète et ratiinée. Mais se laisser dépouiller au-dedans et au-deliors tout ensemble, au-dehors par la Providence, et au-dedans parla nudité de foi obscure, c'est le total martyre , et par conséquent l'état le plus éloigné de rillusion. On ne se trompe, on ne s'égare (pien se Hallant, (ju'en s'éparguant, (ju'en réservant quelque vie secrète à l'amour-propre, qu'en mettant qucU|ue chose de déguisé en place de Dieu. Ouand vous laissez tomber toute lumière particulière et tout goût flatteur, (fuand vous ne voulez qu'aimer hieu sans vous attacher à voir, cette nudité si obscure ne laisse aucune prise à la volonté et au sens propre, qui sont les sources de toute illusion. Ainsi,
ceux qui voulenl se piécaulionner contre Tillusion , en clieichant à sentir des goûts et à se faiie des corlitudcs, s'exposent par là niOtne à l'illusion : au conlraire, ceux qui suivent Tatlrait de l'amour dénuant et de la foi pure, sans chercher des lumières et des goûts sensibles pour s'appuyer, évitent ce qui peut causer l'illusion ei régarement. Vous trouverez dans l'imitation de Jésus-Christ, où l'auteur dit que si Dieu vous ôte les douceurs intérieures , votre plaisir doit être de demeurer privé de tout |»laisir. 0 qu'une àmc ainsi crucifiée est agréable à Dieu , quand elle ne cherche point à se détacher de la croix, et qu'elle veut bien expirer avec Jésus-Christ ! On clierche des prétextes en disant qu'on craint d'avoir perdu Dieu lorsqu'on ne le sent plus. Mais dans la vérité celte impatience dans l'épreuve, c'est inquiétude de la nature délicate et atlendiie sur ellemême, c'est recherche de (juchpic appui pour lamour-propre. c'est une lassitude dans l'abandon et une reprise de soi-même après s'être livré à la giAcc. Mon Dieu, où sont les âmes (}ui ne s'arrêtent point dans la voie de la mort ! Celles qui auront persévéré jusqu'à la lin seront couronnées ; mais malheureusement presque tous ceux qui songent à servir Dieu
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n'y soniront (|iic pour eu\-mônics; ils songent à gagner et point H perdre, à se consoler et pointa souftVir, à posséder et non à rtre privés, à croître et jamais à diminuer: et, au contraire, tout Pouvragc intérieur consiste à perdre, à sacrifier, à diminuer, à s'apetis.ser. à se dépouiller nnhne d'un goût trop sensible pour les dons de Dieu , pour ne tenir plus qu'à lui seul. On est sans cesse comme les malades passionnés pour la santé , qui se tàtent le pouls trente fois par jour, et qui ont besoin qu'un médecin les rassure en leur donnant de t'réqucnls remèdes , et en leur disant (pi'ils se portent mieux. Voilà presque tout l'usage fjii'on fait du directeur. Ou ne sait rpie tournoyer dans un petit cercle de vertus communes, au-delà desquelles on ne passe jamais généreusement. Le directeur, comme le médecin, flatte, console, encourage, entretient la délicatesse et la sensibilité sur soi-même; il n'ordonne (jue de petits remèdes bénins, et (pii se tournent en habitude. Dès (ju'on se trouve privé de grâces sensibles , qui ne sont (jue le lait des enfants, on croit (|ue tout est perdu. Les privations sont le pain des forts •• c'est ce f[ui rend l'âme robuste, (pii l'arrache à elle-même, (jui la sacritie purement à Dieu.