‹ Le District de Saint-Lo Pendant la Révolution 1787 – An IVChapitre 109 sur 314 · Archives nationales, D ILI · texte numérisé non relu

Archives nationales, D ILI

2. Arch. Manche, L IT 1077, administ. et police générale. 3. Arch. Manche, L II 1077, Administration et police générale.

les citoyens les uns contre les autres, en préparant la route dé la contre-révolution sur les cadavres terrassés de leurs concitoyens. Ils sont à l'avance dénoncés à l'opinion publique. Tous les amis de la loi, du bon ordre, de la tranquillité, de la sûreté commune, sont invités à surveiller et faire connaître les membres de cette société !». Les habitants étaient engagés à garder le plus grand calme « en attendant la Constitution et le gouvernement définitif qui doivent remplacer les orages de la Révolution par un ordre stable * ».

Le procureur de la commune envoya le pamphlet au Département ?. Sur ordre du représentant du peuple Bouret, le Bureau municipal de police de Saint-Lo procéda à une enquête au sujet de la Société. On cita des témoins. Une femme ayant vu le citoyen Diguet ex-curé, passer avec un gros bâton l'avait entendu interpeller par un autre citoyen qui lui dit : « Prends garde de perdre ton terroriste. Il te servira à donner du Timbre sec! » Un autre témoin ayant rencontré un jeune homme de sa connaissance avec un gros bâton avait fait dire au père de recommander à son fils de ne plus porter de bâtons de ce genre.

Une scène grave s'était passée à l’église Saint-Thomas à l’occasion de la réorganisation de la garde nationale. Bernard et Dubuisson ayant été nommés l’un président de la réunion, et l’autre capitaine des chasseurs de la garde nationale, Vieillard-Boismartin s’écria : «Je n'’entends pas que mes enfants soient commandés par un terroriste ni par un scélérat qui a voulu me conduire à l’échafaud. » Dubuisson lui répondit: « Mon intention n’a jamais été de te faire de la peine mais plutôt de te ménager ». Alors Bernard invita Vieïllard à se

1. Arch. Manche, L II 1077, Administration et police générale. 2. Arch. Municipales Saint-Lo, Reg. police municipale Saint-Lo, n° #47, CNE | « si Arch. Manche, L 56, Reg. Directoire département, no 75.

retirer dans sa compagnie, mais ce dernier riposta qu'il n'avait point tremblé devant Carrier et ne tremblerait pas devant lui. Son fils, son gendre et un autre citoyen s'étaient rassemblés avec plusieurs personnes. « Tous les membres du Comité de surveillance sont autant de scélérats qui ont voulu nous faire périr », s’écria l’un d'eux, et il fit un geste de menace.

Des querelles avaient lieu dans les cafés au sujet du Timbre Sec. Le 19 messidor, un citoyen avait reproché à un de ses amis de faire partie de cette Société: « Comment, lui dit-il, toi qui es un défenseur de la Patrie, tu te mets du Timbre Sec ! Oui, répondit-il, nous leur en foutrons ». Des protestations s’élevèrent. Le citoyen Diguet passait pour chef de la Société composée de 60 personnes. On le signalait. Un témoin rapportait également sa conversation avec un sergent d’une compagnie de la garnison de Saint-Lo que l’on accusait d’être du Timbre Sec. « Nous aimions tant le Timbre Sec ici, avait dit le témoin au militaire, que si nous apercevons que vous en soyez nous vous romprons la barre du col. Cessez donc de fréquenter Vieillard-Boismartin ». Enfin, un cabaretier affirmait qu'il avait été fait une distribution d’imprimés du Timbre Sec à la porte de la maison commune !.

À Torigni, un placard incitant à la guerre civile avait été affiché pendant la nuit à la porte d’un gendarme. Celui-ci reçut un blâme pour avoir tardé à l’apporter à la municipalité ?.

Un citoyen du district se plaignait même de voir l’esprit public gâté par les « odieux moyens des prêtres réfractaires et des émigrés » ?.

Les Chouans continuaient leurs incursions dans le pays, et

1. Arch. Municipales Saint-Lo Reg. Police Municipale Saint-Lo n° 47, de fo 199 à fo 208.

2. Arch. Municipales Torigni-sur-Vire, D I n° 5, reg. cit. f° 46, 8 thermidor, an III.

3. Arch. Manche, L 56, reg. Directoire départemental, f° 116.

l'inertie des officiers municipaux était inquiétante. Ceux dé Percy étaient beaucoup plus préoccupés de la vente de Parbre de la liberté mort, que de la défense de la République !.

La réaction accomplissait de tels progrès que l’on s’adoucit à l’égard des terroristes. Par un arrêté du 14 vendémiaire an IV le représentant du peuple Dentzel ordonna « que les citoyens désarmés du district soient réarmés sur le champ, à l’exception de ceux qui se seraient rendus coupables de crimes ou de délits envers le code pénal ». Chaillot de Torigni, le seul citoyen qui eût été désarmé, rentra en possession de ses armes et fut remis en jouissance de tous ses droits de citoyen actif. L’esprit qui anime le citoyen Dentzel, déclarait le 16 vendémiaire an [V la municipalité de Torigni, sert également de guide au Conseil. Le vrai moyen de signaler la réunion de tous les Français est d'oublier des erreurs passagères pour vivre ensuite fraternellement ?.

La vague réactionnaire, qui déferlait sur le département de la Manche, ne devait pas cependant s'arrêter de sitôt. L’Administration centrale, en nivôse an VI, était suspectée par le ministre de la police générale de manque de dévouement à la

Révolution :.

Der AE

Pendant la seconde partie de l’an III et jusqu’en l’an IV, la Chouannerie régna dans le district de Saint-Lo. Bien qu’elle y ait pris moins d'importance que dans les districts d’Avranches et de Mortain situés dans le sud du département et par

suite proches voisins de la Bretagne, elle ne laissa pas de

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