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répandus au milieu d’un peuple assiégé par la misère n'ont, d'autre but que de plonger la ville dans une source intarissable de malheurs, suite de la pius violente anarchie, que dans une crise aussi terrible, la loi irrésistible de Ia nécessité, fait un devoir aux officiers municipaux de satisfaire momentanément aux besoins du peuple en livrant aux indigents au prix du dernier marché le blé de la République sur les listes qu’ils ont eu la prudence de faire » prit l'arrêté saivant :
« Les officiers municipaux étaient autorisés à vendre aux meilleures conditions possibles aux indigents portés sur les listes dressées, le blé de la République. Les communes des campagnes devaient être tenues d’approvisionner suffisamment le marché, sous l'engagement de la ville de protéger les approvisionnements, de prévenir tout pillage et de s’opposer à tout arbitraire. Deux commissaires du Conseil seraient envoyés dans les communes voisines pour constater les quantités de grains existant chez les cultivateurs, distraction faite de ce qui est nécessaire à l’alimentation de leur maison et à l’ensemencement !. »
Il fallut punir les auteurs de faux bruits. Le 18 avril le maire « par crainte qu'il ne fut tué cette nuit » arrêta et conduisit à la maison commune un homme qui cherchait à ameuter les gens contre un marchand le citoyen La Ferrière, en disant qu’il était indigne de garder à l'hôtel de ville un accapareur de blé ?.
Le blé se cachait dans la campagne malgré ces mesures ; le paysan se souciait peu de nourrir le citadin et préférait
garder son grain en ces temps troublés. Ainsi le 19 avril, la
4. Arch. Municipales de Saint-Lo D 30, Reg. 49, fos 106, 107. Le décret du 9 septembre 1792 permettait aux corps administratifs de contraindre les cultivateurs à fréquenter les marchés. Celui du 8 décembre 1792 affirmait de nouveau sans restriction la libre circulation des grains.
2, Ibid. fo 107.
municipalité de Saint-Lo dénonçait au Directoire du district l'existence d’un magasin à blé dans la prison ancienne du
% Hommet !.
Le Directoire du département le 20 avril, chargeait le Directoire du district de Saint-Lo de prendre dans toute l'étendue de son ressort les mesures les plus sùres pour approvisionner les marchés ?. Il autorisait en même temps la municipalité de Saint-Lo à vendre le blé de la République « 10 sols de moins par boisseau que le prix du marché », parce que ce blé ne serait vendu qu'aux plus nécessiteux et par petites portions ÿ.
Le 23 avril, le maire de Saint-Lo signalait à nouveau au Conseil de la Commune la gravité de la situation. « La malveillance, disait-il, cherche à pousser les citoyens au désespoir ». Il se proposait de soumettre quelques idées propres à rétablir l'équilibre entre le produit du travail et le prix des subsistances de première nécessité. Il allait suggérer des mesures de nature à « ranimer la confiance populaire, à procurer à l’indigence une ressource présente, et à mettre en état de franchir sans trouble l'intervalle séparant le moment de la crise de l’époque encore malheureusement éloignée de la récolte prochaine ». Sur son initiative, le Conseil vota l'arrêté suivant :
Il serait établi un tableau contenant les noms de tous les pauvres infirmes ou valides, le nombre des membres de leur famille, l'indication de leurs besoins, la suffisance ou l’insuffisance du produit de leur travail pour subvenir à leur subsistance et à celle de leur famille. Après enquête de commissaires désignés à cet effet, serait dessé un état des citoyens sans
1. Arch. Manche, L II 1017. Reg. Directoire district fo 72, 2. Arch, Manche, L 54, reg. directoire département, fo 216. 3. Ibid, fo 215,
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travail, avec mention du genre de travail auquel ils pourraient se livrer et des moyens de leur procurer de l'occupation.
Il serait ouvert à la municipalité un registre pour recevoir les souscriptions des citoyens qui seraient prévenus par une annonce faite au prône et sur la place publique. Les sommes souscrites par chaque citoyen seraient prélevées s'ils Le désiraient sur la taxe de la subsistance. Un supplément de 15 sols serait accordé aux cultivateurs comme avance, par mesure de grain apportée, en attendant la création du bureau des céréales. Invitation serait faite au Directoire du district d'envoyer une adresse aux cultivateurs pour leur représenter que leur intérêt bien entendu exige qu’ils approvisionnent constamment le marché sous la protection de la loi !.
L’inquiétude régnait à la Convention. Les manifestations populaires parisiennes se succédaient. Dès le 18 avril l'adresse des communalistes déclarait : « Le droit de propriété ne peut être le droit d’affamer ses concitoyens ».
De mauvaises nouvelles parvenaient de Normandie. La Manche entière manquait d’approvisionnements. À Rouen, le défaut de pain provoquait une émeute vite réprimée ?. En pleine crise la Convention, le 4 mai 1793, vota la loi du maximum.
Cette loi ordonnait la déclaration de ses grains et farines par tout cultivateur ou marchand. Les officiers municipaux seraient autorisés à opérer des visites domiciliaires. Des réquisitions pourraient être faites par les corps administratifs et municipaux pour l'approvisionnement des marchés. Le ministre de l'Intérieur pourrait de son côté adresser aux
départements des réquisitions en vue du ravitaillement d’autres
1. Arch. municipales Saint Lo, D 30, Reg, 46, fos 111, 112. 2. Ernest Lavisse, Histoire de France contemporaine depuis la Révolution jusqu à la paix de 1919, tome II, p. 89, 90, 91.
départements. Les municipalités veilleraient avec soin âu maintien de la tranquillité publique. Pour fixer le maximum du prix des grains dans chaque département, les Directoires des districts seraient tenus d'adresser à celui de leur département le tableau des mercuriales des marchés de l'arrondissement depuis le 1° janvier dernier jusqu’au 1° mai présent mois. Le prix moyen résultant de ce tableau serait le maximum au-dessus duquel le prix de ces grains ne pourrait s'élever. Les Directoires de département le déclareraient dans un arrêté. Ce maximum ainsi fixé décroitrait dans les proportions suivantes : au 4° juin prochain il serait réduit de 1/10, plus d’un autre 1/20 sur le prix restant au 1° juillet, de 1/30 au 1% août et enfin de 1/40 au 1° septembre. La vente au-dessus du maximum serait punie par la confiscation des dits grains et farines et par une amende de 300 à 1.000 livres frappant en commun le vendeur et l'acheteur. Les citoyens convaincus d’avoir perdu ou enfoui des grains et farines seraient punis de mort; 1.000 livres seraient accordées aux dénonciateurs !.
Le 17 mai, le Directoire du district de Saint-Lo fixait ainsi le maximum : 9 sols 1 denier le « pot » d’arc, le froment; 7 sols 9 deniers le « pot »? d’arc, l'orge. C'était le prix moyen dans les marchés de Saint-Lo, Canisy, Marigny, Cerisy, Torigni et Tessy ?.
Le 18 mai, le maximum du froment était de 39 livres 10 sols le quartier, celui de l'orge de 25 livres. Le pain de 1"° qualité valait 4 sols, celui de 2° qualité 3 sols 9 deniers #.
Le 14 mai le conseil de la commune de Saint-Lo décida de présenter à l'Administration de département une pétition pour que le maximum de chaque espèce de grain fût fixé et que des . Bulletin trimestriel cité, p. 150, 151, 452, 153.
. Le « pot » encore usité aujourd’hui valait deux litres.
. Arch. Manche, L II 1017, Reg. cit., fo 411. . Arch. municipales Saint-Lo, Reg. de la police municipale, n° 32.
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