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N'ayant que ses seules troupes pour maintenir l’ordre, 1l eût voulu voir marcher;la milice bourgeoise, mais le colonel en était absent et la zizanie régnait entre les officiers, tous membres du Tiers !. Robillard constatait l'impossibilité de s’en servir. Il la jugeait spirituellement « une milice très distinguée, intrépide s’il fallait aller à l’ennemi et charmante quand il s’agit de fêter un notable du royaume arrivant à Saint-Lo », et ajoutait : « mais je me tiens bien sûr qu’elle ne tournerait pas ses armes contre ses concitoyens quoique d’une classe un peu supérieure à ceux-ci » ?. Le 14 mai arriva Dumouriez alors commandant de la place de Cherbourg, qui conféra avec les officiers municipaux et les officiers du bailliage au sujet de la situation. En raison de l'impuissance des pouvoirs existants, un comité fut créé à Saint-Lo pour diriger le ravitaillement. Il fonctionna dès le lendemain. Un magasin devait être établi à Caen pour approvisionner la ville. Comme il eût été dangereux de laisser croire que les blés avaient été fournis par le Gouvernement, la municipalité oa toute autre notabilité, des particuliers de Caen prêteraient leur nom pour l'opération.
Les paroisses du bailliage de Saint-Lo en majeure partie plantées en herbage ne suiliraient même pas avec le blé étranger à la subsistance de la cité. On demanderait au Parlement de Rouen d’attribuer à ce bailliage la faculté d’intervenir dans les paroisses dépendant du bailliage de Torigni, au point de vue de la police. Informé de l'intention de la Cour de Rouen de poursuivre les gens compromis dans l’émeute du 26 mars, le Comité fit observer que les poursuites auraient des effets plus funestes que le délit. D'ailleurs, remarquait-il, les excès du 26 mars, quoique repréhensibles, s'expliquent et s’excusent par les emmagasinements et des enlèvements énor-
1. Arch. Eure. Chartrier du Champ de bataille E (non inventorié), 2. Arch. Calvados C. 2675.
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mes de grains qui ont empêché les habitants de se fournir au marché. Il préférait qu’on oubliât le passé de part et d’autre. Il décida donc d’envoyer à Rouen au premier président un double du procès-verbal pour « le supplier de ne point ordon-
ner d'instruction d'office, sauf aux blatiers ét magasiniers qui se sont déjà portés partie civile de poursuivre la réparation des torts qu'ils ont éprouvés ! ». L’intendant loin d'approuver la conduite de son subdélégué, critiqua son attitude vis-à-vis des blatiers. Le comité d’approvisionnement à ses yeux était trop nombreux. Robillard, de son côté, rejetait la responsabilité de la formation de ce comité sur Dumouriez. Il n'avait au reste eu garde, déclarait-il, de contrarier ses vues, car s’il s'élevait de nouveaux troubles, un comité composé de personnes prises dans toutes les classes représenterait le vœu du général de la ville.
Le 12 juin, le pain avait enchéri. Huit femmes furent arrêtées pour avoir crevé quatre sacs de la voiture de deux blatiers. On les conduisit à Coutances comme chefs du complot. Il y avait foule devant la prison de Saint-Lo et le régiment était sous les armes. Par suite de la progression générale du prix du blé, il devint nécessaire d'augmenter celui du pain. Le 1% juillet, la valeur du boisseau de blé montait à 11 livres et 11 livres 10 sols ; le lendemain, elle s'élevait à 12 livres. La cupidité des vendeurs grandissait ; le peuple s’inquiétait et les faux bruits jetaient l'alarme. Une lettre anonyme timbrée de Caen et remplie de faits dénués de fondement, tels que l’incendie de l’hôtel de l’Intendant, excitait les esprits. La populace ne cessait de s’attrouper sur les places. Il y avait quinze sacs à la halle au lieu de cent. Les curés réclamaient à grands
cris du riz pour les pauvres qui « périssaient » de faim.
4, Arch. Calvados C 2675,
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L'Intendant écrivait au subdélégué que la position était malheureusement analogue à celle de tout le royaume, mais il persistait dans ses critiques du comité. « D'après tous les rapports qui me sont faits, disait-il, je vois qu'à Saint-Lo on ne se conduit que de manière à faire manquer la ville. On s’isole, on contrevient aux règlements, on gêne la circulation, et les . blatiers, même les propriétaires, n'y trouvent plus le secours des lois et des magistrats. Ils abandonnent ce marché et vont porter leur subsistance partout où ils trouvent la liberté du commerce |! ». Il ne sait pas ce que c’est que le comité de Saint-Lo. Tout ce qu'il sait, c’est qu'il appartient au pouvoir judiciaire, c’est-à-dire au bailliage et à la police qui en fait partie, de surveiller les marchés, de juger les coupables. Le pouvoir militaire doit manifester pour l’exécution des lois et non autrement. Le pouvoir de l’administration civile dont le subdélégué est le représentant doit agir enfin pour ce qui la concerne Fa
Le 3 juillet 1789, tout en promettant du riz et du seigle à son subdélégué, l’Intendant exposait la règlementation en vertu de laquelle les blatiers devaient se munir d’un passeportetse pourvoir d’un certificat du juge dans les marchés où ils achèteraient, toute acquisition chez un fermier ou un propriétaire mettant l’acheteur en faute dans l'impossibilité de : s’en servir. Les blatiers présenteraient leurs passeports aux halles. C'était un moyen d’approvisionner tout le monde. Et dans cette lettre écrite de sa main, Cordier de Launay ajoutait : « Assurément on est bien embarrassé pour manœuvrer au milieu de la disette, car plus on fait pour le peuple, plus on le trouve mutin et déraisonnable ? ». Ainsi se termine le dossier des troubles de Saint-Lo au sujet des grains.