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Dans les révoltes de Saint-Lo, le subdélégué Robillard joua le principal rôle. Le lieutenant général civil et criminel du bailliage qui renrésentait l’Intendant dans l'élection de Saint-Lo ne manquait pas, on l’a vu, d'esprit. Il ne manquait pas davantage d'indépendance si l’on en juge d’après sa réponse très digne à Cordier de Launay qui lui adressait le reproche mal fondé de s'être absenté plusieurs fois pendant les troubles : « Si on me tracasse, écrivait-il, Pabsence que je n'ai jamais eu l'intention de faire s’effectuerait, car quant à servir sa patrie au détriment de sa fortune, de son repos et au péril de sa vie et éprouver des inquiétudes de la part de supérieurs qui n'apprécient pas nos services, le seul parti est la retraite. C’est être recompensé que de pouvoir se la procurer » f.
Les blatiers ayant déposé une plainte au sujet des violences dont ils avaient été l’objet, le Premier Président du Parlement de Rouen et Robillard se trouvèrent en conflit. Ce dernier n'avait cessé d'exposer le pour et le contre des poursuites au point de vue de l’ordre publie. Il avait demandé des instructions On lui avait opposé le silence : € Quand Pautorité, déclarait-il, est dans le cas de se réunir à la liberté des versions, il n’y a pas de subalterne qui ne doive trembler ? ». En face de la misère générale, il se montra de plus homme de cœur. Dans ces circonstances difficiles et périlleuses pour lui, il fut conciliant, plus hostile aux blatiers qu’au peuple, faible même, si l’on en croit l'avocat du roi, Bernard 3, mais d’une faiblesse commune aux autres autorités de la ville et au Comité. A cette époque où la Monarchie chancelait, les agents de la royauté en cette petite circonscription de la Normandie pouvaient-ils plus en face du peuple qu'en son palais de Versailles le roi Louis XVI
4 Arch. du Calvados, C. 2675.
2 lbide 3. Arch. Eure, Chartrier du Champ de Bataille, E. (non inventorié).
en face des représentants de ce même peuple. Inconsciemment
et par la force des choses ils suivirent la politique de timidité > D 0 . .
du Gouvernement qui douze jours plus tard arborait la cocarde
créée sur les ruines fumantes de la Bastille.
Les antiques bases de l'Ancien Régime venaient de s’écrouler. Les évènements se succédaient avee une incroyable rapidité. Le 14 juillet, la prise de la Bastille symbolisait la fin de l'arbitraire. Moins d’un mois après, dans la nuit du 4 août, saisie d’un généreux vertige, l’Assemblée donnait l'égalité aux Français. Les anciens pouvoirs s’effondraient en ce tourbillon qui arrachait aux uns leurs privilèges pour donner aux autres des droits. Intendants et subdélégués ! étaient impuissants : Le secrétaire de l’Intendance de Caen dirigeait les bureaux en attendant l'heure prochaine de la liquidation?. Le bureau intermédiaire de Saint-Lo, dont la dernière délibération est datée du 4 mai 1790 3, n'avait jamais fail allusion aux émeutes des grains. La désorganisation administrative était complète. Les troubles de Paris et de la province avaient jeté l'inquiétude à travers le pays entier. Dans l’affolement général naquit la « Grande Peur », semeuse d’anarchie et d’agitation, mais en même temps et par suite même, génératrice des mesures d'ordre extra légales : Ainsi naquirent les milices citoyennes et les Comités Nationaux #.
Il se forma deux Comités Nationaux dans l'élection de
1. L'Intendant Cordier de Launay, quitta Caen en juillet 1789. Cf. F. Mourlot : La fin de l'Ancien Régime et les débuts de la Révolution dans la généralité de Caen, p. 329.