‹ Le District de Saint-Lo Pendant la Révolution 1787 – An IVChapitre 39 sur 314 · Arch. Nationales, C · texte numérisé non relu

Arch. Nationales, C

1.500 hommes allaient tout mettre à feu et à sang, on le délivra. Deux heures après une grange fut brûlée. Le 16 août arrivèrent les fusils de Saint-Lo. On fit une distribution dé baïonnettes fournies par larsenal de cette ville, que l’on devait remetire en dehors du service. Les citoyens avaient placé des chandelles allumées sur leurs croisées pour éclairer les rues et permettre aux patrouilles de la milice de se reconnaître, de circuler partout et de prendre les mesures nécessaires en cas d'attaque. Un habitant fut cité devant le Comité pour n'avoir pas éclairé sa maison,

A la question du maintien de l’ordre s’ajoutait celle du ravitaillement. Le Comité se préoccupait beaucoup du pain. Il fit opérer des visites chez les boulangers pour s’assurer de leurs approvisionnements. Le commandant de la milice était chargé d’envoyer des détachements dans les paroisses du ressort afin de visiter les greniers, dresser procès-verbal de leur contenu, interdire aux cultivateurs de vendre chez eux. Défense était faite anx boulangers de mettre en vente des gâteaux et des pâtes amendées sous peine de confiscatiou et de 10 livres d’amende, jusqu’à ce que les circonstances le permettent. Des arrêtés furent pris pour éviter que meuniers, blatiers et marchands forains n’empêchent par des signaux convenus les laboureurs ayant des grains exposés de les vendre. Le 18 août, le prix du pain était fixé pour le pain blanc à 3 sols 6 deniers la livre, pour le pain second à 3 sols 6 deniers et pour le pain troisième à 3 sols et demi. Le 20 août, le pain blanc de 1° qualité valait 4 sols la livre le pain de deuxième qualité, 3 sols 9 deniers ; le pain de troisième qualité 3 sols 6 deniers. Une distribution de 400 livres de pain eut lieu pour les pauvres.

Une amende fut infligée à un boulanger qui avait vendu

à Caumont du pain au-dessus du Prix AIX SUN boulanger

nommé Heussebrot ayant, malgré l’interdiction, mis en vente du pain « amendé » fut cité devant le Comité. [1 déclara que tout en respectant ces messieurs du Comité il ne les reconnais- ;

sait pas comme juges. Ce même boulanger ayant de propos délibéré récidivé fut condamné à 10 livres d'amende. En cas de non paiement de cette amende, il serait arrêté et conduit au corps de garde. Le 26 août, à l’occasion d’un décret de l'Assemblée Nationale, le Comité multiplia ses objurgations de calme et d'union. « Le calme et la liberté, déclarait-il, naissent du sein de l'orage et de la servitude. Les sacrifices se multiplient. Généralement tous les privilégiés cédent aux droits de l’homme. Enfin tous ne font qu’un ». Le Comité défendait toute violence ou voie de fait sous prétexte d'exécution du décret de l’Assemblée. Il mettait sous sa sauvegarde et sous celle de la Milice Nationale « tous les citoyens quelconques qu'il défend d’insulter et d'attaquer dans leurs propriétés comme dans leurs personnes sous peine de punition exemplaire ! ».

Le même jour se formait une compagnie de volontaires dont les membres exprimaient leur désir formel de contribuer au bonheur de la patrie, d'assurer aux citoyens Qune tranquillité certaine » en prenant les armes pour être toujours prêts à combattre les perturbateurs du repos public et les ennemis de la nation. Cette compagnie de volontaires nationaux, en principe compterait 50 hommes, mais serait censée complète avec 20 hommes. L'organisation présentait ce fait en apparence contradictoire d’être égalitaire et antidémocratique. En effet les statuts disent que les volontaires pourront prendre entre eux les arrêtés qu’ils jugeront convenables parce que les

voix des officiers n'auraient aucune prépondérance sur celles

4, Arch. Municipales Torigni, rég, cit. fo 19.

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des simples volontaires. Aucun volontaire de complément ne pourrait être admis sans l'approbation des autres volontaires réunis en assemblée générale. Il y aurait seulement deux officiers: un capitaine et un lieutenant, un maréchal des logis et un fourrier nommés au scrutin. Les autres volontaires feraient chacun à leur tour le service de brigadiers. Il y aurait entre les volontaires la plus parfaite égalité même avec les officiers et bas-officiers. Lorsqu'il s'agirait de service, ceux-ci seraient obéis avec la plus grande exactitude. La compagnie de volontaires servirait sous les ordres du commandant de la milice. Chacun fournirait à ses frais un habit d’uniforme, les armes nécessaires, c’est-à-dire fusil on mousqueton, sabre, ceintnre, pistolet, poudre et balles. Les volontaires ne pourraient exiger ni même accepter de la bourgeoisie aucune rétribution en dédommagement des dépenses causées dans l'exercice de leurs fonctions par leurs déplacements. Leur service était gratuit et bénévole. La compagnie serait composée seulement de personnes à même de supporter ces dépenses. Comme elle devait faire à l'instar des dragons du service à la fois à pied et à cheval, les volontaires possédant des chevaux ne pourraient se refuser à former un corps ou détachement à cheval pour les corvées et services commandés en cas d'alerte. Elle serait toujours prête à voler au secours des villes et campagnes du voisinage, ayant été établie pour la défense générale de -la Patrie et l’aide des bourgeois. En cas de dissolution les volontaires rentreraient dans la milice.

Le 1° septembre, le Comité National, en attendant les dispositions de la nouvelle Constitution qui allait régir le royaume, invita les citoyens à ne pas anticiper sur les décrets. Tous les citoyens sujets aux droits d'entrée, d'aide et de détail devaient donc les payer, se soumettre aux règlements et ne se livrer 4

aucun acte de violence, La cessation des paiements, ajoutait-

ne JUS

il; serait plus onéreuse que la perception des droits parce qu’il faudrait y suppléer !. Le 10 septembre, informé qu’il se répand journellement dans les campagnes de ce district des gens malintentionnés qui sans respecter les propriétés, pillent et ravagent les grains, menacent, insultent, attaquent ceux qui voudraient arrêter leurs « projets désastreux », craignant tout de la violence d’un « pareil despotisme », le Comité défendit de la façon la plus formelle « d’attenter en aucune manière aux propriétés de qui que ce soit, de piller les grains, même sous prétexte de chasse ou autre en abusant d’une liberté que l’Assemblée Nationale n’a jamais accordée qu'aux propriétaires de leurs fonds, une conduite aussi condamnable ne tendant qu'à l'anarchie et au renversement de l'harmonie sociale. C'est pourquoi il est déclaré que tout contrevenant sera poursuivi par la justice la plus rigoureuse comme perturbateur du repos public, traitre àl a patrie et dégradé du titré de citoyen » *?.

Le 14septembre, un certain nombre de mégissiers et peaussiers allaient à la rencontre des gens apportant des peaux au marché pour devancer les acheteurs. Le Comité interdit cette pratique sous peine d’une amende de 50 livres au profit des pauvres. Défense également était faite aux chandeliers de vendre la chandelle plus de 16 sols la livre sous peine de confiscation.

Le 3 octobre, communication fut faite à Torigni d’une adresse du Comité National de Vire intitulée « Confédération patriotique de la ville de Vire ». Lecture fut donnée de cette adresse au milieu de la troupe de la milice et des volontaires sous les armes. Lechartier de la Varinière, commandant de la milice, l'épée nue, prononça ce discours : « Le bon ordre, dit-il, est la base de la tranquillité publique, c’est l’âme de la Société,

4. Arch. Municipales. Torigni, Reg. cit. fo 32. 2. Ibidem, fo 39.

mais il faut l’affermir par une douce subordination. Sans cette heureuse intelligence s'élèvent par degrés la confusion et l'anarchie, système d’insurrection, destruction de toute Société. La fraternité constitue l’invincibilité de la force commune. Les citoyens de la ville de Vire offrent leurs secours, leurs vies. Il faut s’allier à eux en acceptant ce don si précieux ». À la suite de ce discours, tous les citoyens de la milice, joints aux membres du Comité National jurèrent ensemble « de bien et fidèlement servir pour le maintien de la paix, la défense des citoyens contre les perturbateurs du repos public ». Armes hautes, tous les assistants au nom de la Patrie et de l'honneur, renouvelèrent le même serment de fidélité et d'amour pour leurs frères de Vire et tous les bons Français. Ce serment fut scellé par lPaccolade nationale !. Le 4 octobre, l’Etat-Major et

le Comité de Torigni considérant que la Confédération.patrio-

tique dont le plan avait été conçu par le Comité et l’Etat-Major

de Vire devait être adopté partout, que « la confraternité est le bouclier contre les ennemis de la Nation », que toute la force est dans l’union el le concours des citoyens en général ont accepté avec transport et reconnaissance le projet de Vire »? Le procès-verbal serait communiqué à toutes les paroisses du ressort de Torigni « afin que le tout soit notoire et impulsif d’une généreuse émulation »3.

Par un arrêté du 1° septembre 1789 le Comité, on l’a vu,

avait rappelé aux citoyens que les droits d'entrée, de détail,

n'étant pas supprimés, il fallait les payer comme précédem-

ment. Cet arrêté avait d’abord été exécuté, mais «par une contre révolution surprenante », les abus qui avaient cessé

se renouvelaient et l’on ne voulait plus payer aucun droit. Le

1. Arch. Municipales, Torigni, Reg. cit. fos 59, 60. 2 01bid: 10261 3. Ibid.

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