‹ Le Divin CrucifiéChapitre 100 sur 167 · SUR LA COURONNE D’ÉPINES · texte numérisé non relu

SUR LA COURONNE D’ÉPINES

es apparitions eucharistiques de Gonques sont un fait. Nousl’étudions sans aucun parti pris et nous nous gardons bien de porter un jugement quelconque sur son caractère surnaturel et sa portée théologique. Ce n’est ni notre mission, ni notre pensée. Des manifestations extraordinaires ont eu lieu, se sont multipliées, ont ému toute une population, ont amené et amènent beaucoup d’étrangers en une petite localité dont, hier encore, le nom même était peu connu. Des témoignages nombreux, sérieux, documentés nous arrivent de divers côtés : nous les étudions, nous les contrôlons, les comparons, en rendons compte. Cela nous paraît de nature à intéresser, à édifier nos lecteurs. Ils nous en sont reconnaissants et nous le disent. Nous continuerons, tout en restant absolument soumis par avance à toute décision de l’autorité ecclésiastique compétente, si jamais elle juge à propos d’en donner.

Collectives d’abord, les manifestations sont devenues plutôt individuelles, mais sans rien perdre de leur intensité et de leur impressionnante beauté.

Le contrôle qui s’exerçait de l’un à l’autre au début des apparitions, n’est plus aussi fréquent, mais la sincérité des témoins reste la même, continue à impressionner et à faire croire à l’évidence de ce qu’ils, affirment.

Malgré la multiplicité et la diversité des manifestations eucharistiques, . des traits communs existent entre elles. On est d’autant plus frappé de certains témoignages que les personnes favorisées de ces apparitions ignoraient complètement les particularités qui les ont frappées et qu’elles ne racontent que « parce que c’est exactement ce qu’elles ont vu ». De ce genre, sont deux apparitions de Jésus couronné d'épines dont nous voulons parler aujourd’hui. Elles nous semblent avoir une importance particulière et mériter une sérieuse ^attention.

En février 1912, une dame a vu, à la place de l’Hostie exposée, Notre- Seigneur couronné d’épines. Les épines, d’après son affirmation, formaient « calot » sur la tête adorable. La voyante en resta très étonnée, car elle assure n’avoir jamais vu ni images, ni gravures représentant le Sauveur couronné de cette manière.

Six mois après, une autre personne, inconnue de la première et venant à Conques d’une région différente, est frappée par une vision semblable. Même étonnement! Jamais elle n’osera rendre compte de ce qu’elle vient de voir... C’est si étrange et si différent de ce qu’elle a toujours entendu dire et toujours vu sur les tableaux et sur les images... Cependant la conscience et le souci de la vérité lui font un devoir de rapporter exactement ce qu’elle a vu dans le Saint-Sacrement à Conques. Et comme la première voyante, qu’elle ne connaît pas et

REVUE DE LA SAINTE-FACE

n’a pas vue, elle donne à son tour un témoignage frappant et détaillé.

Les rapports de ces deux témoins sont intéressants, non seulement parce qu’ils décrivent une chose qu’ils ignoraient absolument tous deux et qui, par conséquent, ne pouvait en aucune manière exister dans leur imagination et leur souvenir, mais encore parce qu’ils expriment une réalité scientifique, d’après les auteurs les mieux qualifiés.

La couronne d’épines conservée dans le trésor de Notre-Dame de Paris est certainement authentique. C’est pour l’abriter que saint Louis fit élever et ciseler le plus beau des reliquaires, la Sainte-Chapelle.

Cependant, à la même époque, en Italie, les Pisans construisaient la merveilleuse église Santa Maria-della-Spina, également destinée à renfermer la couronne d’épines.

Les deux reliques sont authentiques et se complètent l’une l’autre.

A Paris, c’est un anneau de petits joncs réunis en faisceaux entièrement dépourvus d’épines.

A Pise, c’est une branche d’épines affreusement aiguës provenant, d’après de savants botanistes du Ziziphus Spina Christi, du genre Rhamnus.

L’anneau de jonc conservé à Paris était comme une forme destinée à fixer les épines du Rhamnus oriental conservé à Pise. Et ceci concorde admirablement avec le récit des Evangélistes. Les soldats du Prétoire prirent ces branches du lihamnus et en fixèrent les épines autour de la forme de jonc , — plectentes coronam de spinis , — et ils enfoncèrent cet horrible diadème sur la tête du Sauveur, — posuerunt super caput ejus (1). Voilà le casque douloureux, ou si l’on veut, l’effrayant « calot » qu’ont vu, sur le chef adorable de Jésus, les deux privilégiés de Conques.

En le contemplant nous-mêmes des yeux de la foi, soit au Prétoire de Pilate à l’heure de la royauté dérisoire de Jésus, soit dans l’Eucharistie où les sacrilèges et les irrévérences Le couronnent encore aujourd’hui d’incessants opprobres, redisons donc avec un pieux auteur :

« Comment donc ces épines ne percent-elles pas mon cœur ? Comment ne font-elles pas couler de ma tête et de mes yeux des ruisseaux de larmes, quand je vois le roi du ciel ainsi couronné, pour m’acquérir dans son royaume une couronne éternelle ?

... « Voici que Jésus, mon chef, est couronné d’épines ; je rougirai moi qui suis un membre de son corps mystique, de vivre couronné de roses ! .

(( Couronne sacrée de Jésus, si effrayante que vous paraissiez aux yeux du monde, je vous révère, je vous adore comme la couronne de mon Dieu !

« Précieuses épines, percez mon cœur de vos pointes, et guérissez, par vos blessures salutaires, les plaies mortelles que le péché a faites à mon âme (2). »

Page 1