‹ Le Divin CrucifiéChapitre 101 sur 167 · L. D., prêtre · texte numérisé non relu

L. D., prêtre

En la fête de la Sainte-Couronne, 27 février 1914 (3).

(1) Mau., XXVII, 29.

(2) Vén. P. L. Dupont, iv p. Médit. 36, § 3.

(3) Pour la question scientifique, consulter : Les Instruments de la Passion , par Rohault de Fleury, — Reliques de N.-D. de Paris par M. Gosselin, — Le Crucifix, par le R. P. Hoppenot et M. Gretzer, ch. XCIV.

JVIame et le Calvaire

arie était vraiment la Mère de Jésus et à cause de cela le rapport de maternité qui sert de fondement à tous les autres, reliait le Fils à sa Mère ; par conséquent Marie avait et exerçait sur Jésus l’autorité d’une mère sur son enfant. Mais elle n’avait pas que des droits; elle avait aussi des devoirs, des fonctions à remplir à son égard ; elle était investie d’un véritable ministère qui commença à l’Incarnation et ne devait prendre fin qu’à la mort de Jésus.

Comme toutes les mères, Marie aurait bien voulu préparer le berceau de son divin Enfant, mais, Dieu permettant, il n’a même pas trouvé place dans les hôtelleries, si bien que sa Mère doit le coucher dans une pauvre crèche. Or, même en cet état misérable, il commence déjà à exercer son pouvoir, et c’est à Marie qu’incombe l’honneur de le présenter à l’adoration des bergers et des mages. Bientôt elle le porte au Temple où elle l’offre en Victime à Dieu le Père. Peu après, sous le coup de la persécution menaçante, elle l’amène en Égypte, d’où elle se retire à Nazareth qu’elle quitte un moment pour aller à Jérusalem, où son divin Enfant lui échappe ! Elle ne le retrouve qu’après trois jours de recherches infructueuses ; elle se précipite vers lui, lui dit toute son émotion et bientôt retourne avec lui à Nazareth, où pendant dix-huit ans elle exerce sur lui sa maternelle autorité. Puis, l'heure venue, elle l’introduit dans sa vie publique, à Cana où, à sa demande, Jésus fera son premier miracle.

Les fonctions de Marie, qui la mettent ainsi en évidence, cessent pendant les trois années du ministère de Jésus ; elles ne reprennent leur cours qu’à la veille de la Passion ; mais avec des modifications bien différentes à cause du drame du Calvaire. Le jeudi matin, en effet, Jésus se rendit à Béthanie pour dire adieu à sa Mère et obtenir son consentement à la Passion, comme il l’avait fait autrefois pour l’Incarnation, non que ce consentement fut nécessaire, mais il convenait à la perfection de son obéissance filiale. La sœur Marie d’Agréda décrit dans ses révélations cette scène attendrissante. Jésus s’agenouilla devant sa Mère en lui demandant sa bénédiction. Marie, refusant de bénir son Dieu, tomba en adoration devant lui : tous deux restèrent à genoux; enfin sur les instances de Jésus, la Mère bénit son Fils et le Fils bénit sa Mère. 11 retourna à Jérusalem, où Marie le suivit, accompagnée de Madeleine, afin de pouvoir participer au divin Sacrement. Cette nuit-là eut lieu la dernière cène, le premier sacrifice

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non sanglant de Jésus qui devait être suivi, le lendemain, du terrible sacrifice du sang.

Le lendemain, en effet, Jésus s’achemine vers son Calvaire. Perdue au milieu de la foule et accompagnée de Jean et des saintes femmes, Marie le suit lentement, douce et calme dans sa douleur inexprimable. Un moment leurs regards se rencontrent ; Marie s’approche de son Fils comme pour l’embrasser et le soutenir, mais elle en est éloignée par des soldats qui la repoussent durement. Enfin elle monte au Calvaire où de nouveau elle essaie vainement de s’approcher le plus possible de la Croix ; elle en est tenue à distance par la garde romaine. Cependant, selon saint Bonaventure et Ludolphe le Chartreux, elle aurait détaché son voile et ceint les reins de son Fils. Hélas ! il est peu probable que la pauvre Mère ait pu rendre ce dernier service à son enfant, l’amour devait le lui inspirer, mais la fureur des Juifs et la brutalité des exécuteurs devaient l’en empêcher. Contentons-nous de recueillir sur les lèvres du mourant le pâle sourire qui paya, selon sainte Brigitte, cette suprême miséricorde. Le même amour inspirait à Marie le désir de donner au divin Crucifié les soins que toute mère procure à son enfant en pareil cas. Demandez donc, en effet, à la mère dont le fils est menacé de périr, de laisser les événements suivre leur cours, de rester neutre. Avec quel dédain elle accueillerait vos conseils, avec quel empressement elle briserait vos ordres pour remuer ciel et terre et arracher au danger le fruit de ses entrailles ! Marie partageait donc aussi ces sentiments, mais elle se heurtait à une impossibilité absolue, car son Fils ne lui appartenait plus ; il était la propriété de tous, sauf de sa Mère ; il ne lui sera rendu que par un disciple de Jésus, Joseph d’Arimathie.

Cet homme, qui avait eu peur de confesser sa foi au Messie vivant, ne put résister au besoin de lui rendre hommage dans la mort. L’audace lui vint de l’excès même de sa confusion et de sa douleur. Il prit aussitôt le chemin de l’Antonia, fut introduit chez Pilate qui fit droit à sa demande en lui remettant le corps du divin Crucifié. Sans plus tarder, Joseph et son collègue Nicodème montent au Calvaire, emportant avec eux des linges et des parfums. Ils s’approchent de la Mère de Dieu, pénétrés des plus vifs sentiments de respect et de sympathie et lui demandent la permission de descendre Jésus de sa Croix. Marie se rapproche alors de la Croix, se tient à genoux tout auprès et, aidée des saintes femmes et de Jean, elle reçoit le corps de Jésus. Hélas 1 en quel état son Fils lui est rendu ! Il est tout meurtri, ensanglanté, défiguré! O Mère, ô vous qui, sur la voie douloureuse, deviez vous taire et le laisser passer sans rien dire, ô Mère, prenez-le maintenant, car de nouveau il vous appartient. Vous avez donné

sa vie pour le monde, mais vous avez conservé sur sa mort vos droits maternels. Exercez cette prérogative dont seule vous avez joui. Prenez-le encore dans vos bras et bercez-le pour vous consoler. Vous voyez qu'il dort pour un peu de temps ! Vos sanglots ne le réveilleront pas, comme autrefois à Nazareth, quand appelant pour lui le sommeil, vous songiez tout à coup à son amour !...

A ce moment lugubre et solennel à la fois, où Marie tient Jésus sur ses genoux, ne semble-t-elle pas montrer au monde le divin Crucifié, comme elle avait montré l’Enfant de Bethléem aux bergers et aux mages ! En vérité c’était bien là le groupe douloureux de la Pietà qui, reproduit par le génie artistique traversera les siècles en attirant tous les regards et tous les cœurs, devant lequel passeront et repasseront toutes les générations en disant à Marie : « O Femme, votre douleur est grande comme la mer ! »

Mais il fallait se hâter, car la nuit venait, amenant avec elle le grand repos de la Pâque, et, à cause de cela, le corps de Jésus ne pouvait être déposé que dans un caveau provisoire, si bien que Joseph dut donner au divin maître l’hospitalité de la mort, au pied même du Calvaire. Jésus n’avait point eu de berceau, on lui prêta un sépulcre !

Le corps fut donc porté par les disciples au bas de la colline et déposé à une place qui a reçu de cette circonstance le nom de Pierre de l’Onction; elle se voit encore dans la Basilique du Saint-Sépulcre. Tandis qu’avec des précautions infinies, les disciples effaçaient les souillures qui couvraient le corps du plus beau des enfants des hommes, Marie se réserva la tâche de rendre au visage un peu de sa douce majesté. Elle enleva les épines, décolla les cheveux englués de sang et fit disparaître peu à peu l’immonde poussière qui le rendait méconnaissable. Après ce premier travail, on procéda à l’embaumement.

Un Suaire d’un grand prix, chargé d’aromates, montant des pieds vers la tête, enveloppa le corps sacré de Jésus, qui fut placé à l’entrée du sépulcre, tandis que le Psaume 90e était psalmodié; puis on fit sept fois le tour de la litière où il reposait en s’adressant des paroles de condoléance et de consolation. Marie conduisait le deuil, appuyée sur les bras de Madeleine et deJean, et suivie des autres disciples. Cette scène était indescriptible, le silence de la nature ajoutant encore à l’effet des lamentations entrecoupées de sanglots.

C’en est donc fait, Marie avait perdu son Fils ; il ne lui appartenait plus ; son ministère auprès de lui avait pris fin. Les trente-trois années forment un tout si parfait que l’absence de Marie du Calvaire aurait blessé nos sentiments chrétiens : elle

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ne pouvait pas plus descendre du Calvaire qu’un prêtre ne peut quitter l’autel au milieu du sacrifice de la Messe : elle devait envelopper l’Homme comme elle avait enveloppé l’Enfant ; elle devait le coucher dans le tombeau comme elle l’avait couché dans la crèche ; en un mot elle devait présider à la fin comme elle avait présidé au commencement ; et c’est en effet ce qu’elle a pleinement réalisé, puisqu’à côté de Jésus nous trouvons partout et toujours la Mère. Et erat mater Jesu ibi.

Charles Bihel.

COUTUMES CHHHTIEHNHS

Les Croix de la Vierge

Sur le territoire de plusieurs paroisses de l’Anjou voisines de la Bretagne se trouvent un grand nombre de monuments rustiques élevés en l’honneur de Marie, et appelés ordinairement Croix de la Vierge.

C’est que, depuis le passage du bienheureux Grignon de Montfort dans ces paroisses, la dévotion à la « bonne Mère » y est toujours demeurée fort grande.

Aussi, lorsqu’un habitant désire voir ses vignes ou ses blés fructifier avec abondance, il élève, au coin de l’un de ses champs, un monument à Marie, pour attirer sur ses récoltes les bénédictions de Cette puissante Protectrice.

Un autre usage touchant existe en blême temps dans plusieurs paroisses du pays des Mauges.

Lorsqu’une personne de la campagne vient à mourir, voici ce qu’on a coutume d’observer. A chacune des Croix de la Vierge près desquelles a passé le corps de la personne défunte, quand on l’a portée à l’église pour la cérémonie de l’enterrement, la famille fait placer une petite croix de bois. Et le nombre de ces petites croix de bois juxtaposées aux Croix de la Vierge , est quelquefois assez grand.

Quelle est au juste, la signification de cet usage fort ancien?

C’est une façon d’agir adoptée par les gens du pays pour recommander tout spécialement leurs défunts aux prières de la Très Sainte Vierge.

Cet usage a pour fin également de faire souvenir les vivants, lorsqu’ils passent près de ces Croix , de leurs parents, de leurs amis, de leurs connaissances qui souffrent dans le Purgatoire, et, enfin, de les engager à réciter quelques Ave Maria pour ces défunts.

« Souvenez-vous, ô Vierge Mère de Dieu , qui vous tenez en la présence du Seigneur , d’intercéder en notre faveur auprès de Lui , et de détourner de nous >son bras vengeur. »

(Les Sept Douleurs de la B. V. Marie : Offertoire de la Messe.)

Saint Venant.

Martyre de saint Venant (Gravure du XVIIe siècle).

Né à Camérino (Italie), cè saint, dès l’âge de quinze ans, remplissait sa patrie du bruit de son apostolat et des nombreuses conversions qu’il faisait parmi les païens, si bien que l’empereur Dèce le référa au gou-

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verneur de la ville, Antiochus, pour lui faire rendre compte de ce qu’il appelait sa précoce impiété.

Connaissant l’ordre de l’empereur avant même d’en avoir reçu notification, Venant le prévint et ne craignit pas de venir spontanément dire à Antiochus : « Les dieux que vous adorez ne sont que des inventions diaboliques. Ils ont été des hommes ou des femmes dont la vie n’a guère été qu’un tissu de crimes. Quel rapport y a-t-il entre ces crimes et la divinité ?

« Confessez donc un seul Dieu, Créateur du ciel et de la terre, dont le Fils unique s’est fait homme et a subi la mort de la croix pour nous délivrer du péché. »

A ce courageux langage Antiochus répondit par la flagellation du jeune confesseur de la foi ; comme pour saint Pierre, en sa prison, un ange vint rompre ses liens et écarter ses bourreaux.

Ils revinrent à la charge, le crucifièrent la tête en bas, les pieds en haut, allumèrent un brasier dont les llammes devaient le rôtir et la fumée le suffoquer. Le martyr supportait tout courageusement : son ange le protégeait.

Peine perdue pour le tyran, mais non pour le martyr dont la constance, à ce moment, convertit un sous-officier attaché à un tribun militaire : il avait vu, paraît-il, l’ange du Seigneur, en robe blanche, protéger le saint contre la fureur de ses bourreaux.

Antiochus, lui, le croyait mort ; grand fut son étonnement quand il apprit qu’il était, sain et sauf, descendu de la croix.

Il emploie alors contre lui la douceur, les promesses, les loisirs de la prison, les raisonnements insidieux d’un païen, nommé Attale, qui feignit d’avoir passé du christianisme au paganisme, très délibérément et après mûre réflexion, parce qu’il avait reconnu, disait-il, la fausseté de l’un et la vérité de l’autre. Venant fut inébranlable !

La fureur d’Antiochus ne connut plus de bornes ; il fit briser les dents, déchirer les gencives à sa victime, et la fit, en cet état, jeter au cloaque immonde, espérant qu’elle serait suffoquée : un ange la délivra.

Enfin le martyr comparaît une dernière fois devant son juge ; il lui prêche Jésus crucifié ; le magistrat s’emporte en imprécations; soudain on le voit s’affaisser : il était miraculeusement frappé de mort. Il expira en disant : u Le Dieu de Venant est le vrai Dieu, vous devez l’adorer et détruire nos fausses divinités. »

Antiochus, à cette nouvelle, s’érige lui-même en juge et condamne Venant aux bêtes; les lions viennent s’asseoir à ses pieds. Le gouverneur ne se considère pas vaincu : il fait traîner Venant sur des roues et des épines, jeter du haut d’un rocher, traîner sur des cailloux aigus, l’espace de dix mille mètres. Les bourreaux n’en peuvent plus et Venant n’est pas à bout de forces. Ils désirent se rafraîchir et pas d’eau dans le voisinage. Venant a pitié d’eux : d’un signe de croix, sur un rocher, il fait jaillir une source où ils se désaltèrent!

C’est à genoux que Venant pria sur le rocher : l’empreinte du saint y est restée, on la voit encore aujourd’hui à Gamérino. Ce miracle convertit une multitude de spectateurs. Antiochus leur fit à tous trancher la tête, sans oublier notre saint. Il venait de consommer sa victoire.

Ce fut le 18 mai, l’an 250.

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