MA.TT. XXV
à contenir ou à tenir le morceau de pain, la pièce blanche ou le sou de cuivre, réjouissent le Cœur de Jésus et font applaudir les Anges gardiens.
Devenue jeune fille, Pénélope goûtait maintenant « la béatitude de l’intelligence du pauvre (1). >xSes plus chères promenades se dirigeaient vers l’hôpital du Saint-Esprit, où l’une de ses parentes était religieuse hospitalière, et vers de chétives demeures où sa visite était saluée comme une apparition angélique. Elle-même préparait les repas de ses clients, faisait leurs lits, balayait la maison, lavait les petits enfants. C’était charmant de la voir porter de gîte en gîte la provision de bouillon, de vin et de fruits. Elle s’ingéniait à économiser pour augmenter le trésor des pauvres. Volontiers elle renonçait au plaisir si apprécié par une jeune fille de seize ans d’avoir une toilette neuve, afin de pouvoir multiplier ses largesses.
Est il besoin d’ajouter que l’aumône spirituelle accompagnait toujours et doublait le prix de l’aumône matérielle. Cette jeune fille si pure, si pieuse et si bonne savait parler du bon Dieu, de Jésus, de la douce Madone, des espérances éternelles aux malades, aux souffrants, aux déshérités de ce monde. Elle commençait déjà ce ministère de consolation qui devait être sa grâce propre et qu’elle devai exercer, pendant plus d’un demi-siècle, sur son lit de douleurs. Sans s’en douter, elle réalisait à la lettre la parole du divin Maître : « Le plus important de la loi éternelle, c’est la justice, la miséricorde et la foi (2) », dont le P. Gratry a écrit cet éloquent commentaire : « Le centre vivant de ce tout, qui est le fond même de la religion, c’est la miséricorde , pitié du cœur qui donne la vie à la justice et à la foi. Cette source sacrée peut produire le miracle de la résurrection morale et religieuse du monde contemporain. Pour moi, quand j’aperçois les yeux des pauvres brûlés de larmes, les yeux de mes frères brûlés de larmes, quand je vois la misère dévorer les hommes par millions, je' déclare que mon àme, alors remuée jusqu’au fond des abîmes, appelle Dieu d’une invocation absolument irrésistible. Dieu est là. Et la force du cœur brisé vient de ce que la pitié divine est en lui ; et, dans celte pitié de Dieu même, je sens et touche deux choses : l’amour immense et la promesse inéluctable que pas une larme ne peut tomber,, ni même un seul cheveu de la, tête du dernier des hommes, sans que notre Père ne recueille et ne bénisse dans l’éternité ce sacrifice ou cette douleur. Amis, la pitié même de Dieu, la pitié que Dieu éprouve, ne l’avez-vous jamais sentie (3)? »
Elle l’avait sentie, elle la sentait cette admirable jeune fille qui consacrait ses meilleurs moments, avec toutes les ressources de son intelligence et de son cœur à consoler les affligés, à relever les courages abattus, à semer l’espérance là où le désespoir creusait ses funestes racines, à faire bénir Dieu par des lèvres qui n’avaient guère appris qu’à le maudire.