‹ Le Divin CrucifiéChapitre 119 sur 167 · JOANN., C. X · texte numérisé non relu

JOANN., C. X

D’autre part, Jésus parle peu dans sa Passion ; cette circonstance est assurément le trait caractéristique de ce drame sanglant ; et cependant, la parole a été dans sa bouche une arme victorieuse dont il s'est maintes fois servi pour dompter l’opinion et confondre ses ennemis. Pourquoi donc se tait-il quand il est plus que jamais temps de parler? A-t-il donc perdu cette admirable présence d’esprit qui jamais ne lui a fait défaut? Non, Jésus est toujours maître absolu de cette force magique qui charme les esprits et entraîne les cœurs, si bien qu’un appel au peuple, de sa part, eût mis en déroute les complots des Pharisiens et changé les malédictions de la foule en hosannas retentissants. Mais Jésus se tait ! Quel homme, en pareille circonstance, eût résisté à la tentation de parler ? Aussi, est-il facile de voir que Jcsus n’est pas un homme. S’il se tait, quand sa parole pourrait le délivrer, c’est qu’il médite un grand dessein, c’est qu’en effet il doit opérer la rédemption du monde par un sacrifice divin et alors nous, ne pouvons que nous écrier, avec le prophète de l’Apôtre : « Il a été immolé parce qu’il l’a voulu. »

Toutefois, à côté de ses grandes et sublimes manifestations de la puissance divine de Jésus, il y a des faiblesses, des défaillances. Jésus, en effet, est accablé, il va mourir de tristesse et de peur s’il n’est miraculeusement soutenu. Il a le cœur brisé de son suprême délaissement ; mais plus la défaillance est profonde et plus sa divinité éclate et resplendit. Jésus ne mesure l’étendue incommensurable de ses maux et l’abîme insondable de nos iniquités que parce qu’il est doué d’une pénétration divine. C’est la divinité qui offre à l’humanité du Sauveur de boire le calice jusqu’à la lie. Quarante siècles de péché l’ont précédé et le menacent, quarante le suivront peut-être et il y voit toutes les ingratitudes dont sera payé son amour infini. Bien plus, Jésus mourant voit encore venir après lui d’immenses légions de crucifiés qui ont besoin d’un grand exemple. Il faut leur apprendre comment, après d’épouvantables prostrations, on s’écrie : « Surgite eamus, debout, marchons », comment, après avoir exhalé sa plainte dans le sein de Dieu, on lui livre son âme : « Pater in manus tuas commendo spiritum meum ». Voilà pourquoi Jésus a voulu être faible, accablé ! Mais les défaillances du divin Martyr, comprenons-le bien, sont des prodiges d’amour, des miséricordes divines.

Et maintenant, mourez, ô mon bien-aimé Jésus, mourez; rien ne m’étonne plus dans votre faiblesse, tout me ravit dans votre force. Avec les témoins du Calvaire nous nous écrions : « Cet homme était vraiment le Fils de Dieu, Vere Filius Dei erat iste. »

( A suivre.)

Abbé Liiomme.

REVUE DE LA SAINTE-FACE

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