SES PAROLES
XX. — « Le Dieu Saint est venu sur ma langue, et vite il est descendu dans mon cœur. »
dmise à quatre ans, après de longs soupirs et d’ineffables supplications, au bonheur de faire sa première Communion, la petite Nellie était devenue l’hôte assidu, presque quotidien, de la Table Sainte. Depuis longtemps, pour elle, la demande du Pater : « Donnez-nous aujourd’hui notre pain de chaque jour », s’adressait tout d’abord ,au Pain de la vie éternelle. Elle n’avait tant désiré la première Communion que pour s’assurer la possibilité de recevoir souvent la divine Eucharistie et d’en faire le régime habituel de sa vie.
Instruite par le Saint-Esprit, elle mettait en pratique tout ce que Pie X allait rappeler avec tant d’instance à tout le peuple fidèle : « La Communion quotidienne est la condition préliminaire de toute vie chrétienne. Ah ! si tout le monde comprenait cela ! (1) »
Quand on demandait à la petite Nellie comment le Dieu Saint se donnait à elle, elle répondait avec un doux sourire : « Il vient sur ma langue , et vite il descend dans mon cœur. »
Alors s’accomplissait la parole du Psalmiste : « Ma bouche est remplie de joie et ma langue tressaille d’allégresse (2). »
Il est dit, dans les Actes des Apôtres, que Jésus passait en faisant le bien (3). Cette parole s’accomplit à la lettre dans le passage que Jésus-Eucharistie effectua, de la bouche de la petite Nellie à son cœur. La pauvre petite avait un abcès à la joue qui s’ouvrait à l’intérieur. Un pus d’une odeur insupportable en découlait sans cesse, et il fallait atout instant désinfecter la partie malade. Or, du jour où Jésus passa par là dans la sainte Communion, la mauvaise odeur disparut absolument pour ne plus revenir.
(1) Lettre à Mgr l'Evêque de Metz, 1908.
(2) Tune repletum est gaudio os nostrum, et lingua nostra exultatione. ( Ps . CCXV, 2).
(3) Pertransiit benefaciendo. (Act. X, 38.)
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Cet effet physique extraordinaire n’était qu’une image des bienfaits surnaturels qui accompagnaient chacune des visites du divin Maître à sa petite servante.
Au contact de l’Hostie sainte, la langue de Neilie s’embrasa de l’amour divin (1) et ses conversations répandirent l’édification et attirèrent les âmes à l’Eucharistie. Le miel de la charité, le lait de la douceur en découlèrent (2) en flots bienfaisants qui consolaient les affligés, relevaient les abattus, adoucissaient les blessures. Une sagesse toute divine brilla dans chacune de ses paroles que l’on recueillait comme un métal précieux et comme un baume salutaire (3). Aujourd’hui encore, elles éclairent et réconfortent. Ainsi que l’a justement écrit le R. P. Scannell : « A partir de sa première communion, tout ce que dit et fit l’enfant sembla désormais inspiré par une direction supérieure. »>
Toutefois, hâtons-nous de remarquer que les lèvres de Neilie n’étaient si disertes et ses discours si édifiants que parce que son cœur était le Tabernacle de Jésus et le trône de la Sagesse incréée. Dans un psaume célébré, l’auteur inspiré compare son cœur à un vase précieux d’où déborde des flots enflammés et sa langue au burin d’un scribe diligent (4). Tel nous apparaît le cœur de notre petit séraphin. La flamme eucharistique qui le consume monte à sa bouche et jaillit de ses lèvres en étincelles ardentes qui allument autour d’elle le bienheureux incendie du divin amour (5). Et c’est ainsi que la petite Neilie est devenue à quatre ans un admirable et fécond Prédicateur. Elle parle encore. Ecoutez-la. Ne vous semble-t-il pas entendre un ange du Tabernacle vous dévoilant les amabilités ravissantes du Dieu caché qu’il contemple et qu’il adore? A méditer ces traits si rapides et si pénétrants, vos âmes se sentiront réchauffées par l’amour et vous éprouverez comme moi le besoin de vous arracher enfin à tout ce qui passe pour ne vous attacher irrévocablement qu’à l’unique bien qui ne passe pas, le Dieu Saint !
« Le Dieu Saint est venu sur ma langue. » — Cette gracieuse parole de Neilie, chaque communiant doit la redire et la méditer. « J’ouvrirai ma bouche, disait le P. Lacordaire, et j’y recevrai ce Pain céleste sans m’étonner. Et de quoi m’étonnerai-je ? Est-ce que ma bouche n’est pas un organe autant spirituel que matériel,
(1) Lingua ejus quasi ignis devorans. (Is., XXX, 27.)
(2) Mel et lac sub lingua tua. ( Gant IV, 11.)
(3) Lingua sapientium sanitas est... argentum electum. {Prov., XII, 18 ; X, 20.)
(4) Eructavit cor meum verbum bonum,... lingua mea calamus scribæ velociter scribentis- (Ps. XLIV, 2).
(5) Tanquam scintillæ in arundineto discurrént. (Sav., III, 5.
préparé d’avance pour de sublimes opérations ? Est-ce que mon âme ne l’habite pas? O bouche de l’homme, vase mystérieux, ouvre-toi pour recevoir Je Dieu qui t’a fait, le Dieu dont tu parles, le Dieu qui connaît les sentiers pour aller à ton âme. »
Avec non moins d’à-propos, l’auteur de Y Imitation avertit ainsi le ministre de l’autel : « Il ne doit sortir rien que de saint, rien que d’honnête, rien que d’utile de la bouche du prêtre qui participe au Sacrement de Jésus Christ (i). »
Avant tout, sans doute, cette leçon convient au prêtre dont les lèvres doivent garder la science sacrée et la répandre dans les âmes assoiffées, pour les gagner toutes à leur Sauveur et à leur Dieu (2) ; mais le simple fidèle doit aussi se l’appliquer et en faire son profit spirituel.
Purifiée, sanctifiée par son contact avec /' Hostie pure, l’Hostie l’Hostie sainte, immaculée, la langue du communiant est devenue un instrument de louange, d’édification et de salut.
Pange , lingua, gloriosi Corporis mgsterium.
Chante, ô ma langue, le mystère du Corps glorieux de Jésus- Christ, s’exclamait saint Thomas d’Aquin au début de l’hymne eucharistique par excellence.
Et vous qui avez communié, chantez votre reconnaissance et votre amour pour le Dieu plein de bonté qui a touché votre langue et est descendu dans votre cœur. Parlez à Jésus, parlez de Jésus, faites rayonner Jésus comme cette admirable petite Nellie, dont les actions de grâces étaient si longues et si ferventes, et qui les prolongeait tout le jour en parlant du Dieu Saint à tous ceux qui la visitaient.
Au soir de la résurrection, Jésus se joignant aux deux disciples d’Emmaüs, leur posa celte question : « De quoi vous entretenezvous sur le chemin et quels sont vos discours (3)? »
Si le divin Maître vous faisait cette interrogation le jour de vos communions, à l'heure de vos visites, de vos promenades, de vos entretiens familiers, ne seriez-vous pas parfois un peu gênés pour lui répondre ?...
Pourquoi donc?... Oh! je le sais bien, jamais les mauvaises conversations ne viennent souiller une bouche encore teinte du Sang de Jésus Christ... mais la charité est-elle toujours respectée, les absents toujours bien traités ?...
Et Jésus a-t-il june petite place sur vos lèvres, Lui qui doit en
(1) Liv. IV, ch. Xi, 6.
(2) Labia sacerdotis custodient scientiam et legem requirent ex ore ejus. (Mal., n, 7.)
(3) Qui sunt hi sermones quas confertis ad invicem ambulantes ? (LUC, XXIV, 17.)
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avoir une si grande dans votre cœur?... A l’exemple de la petite Nellie, savez-vous, osez-vous parler du Dieu Saint?...
Combien opportun est ce conseil du Vénérable Eymard : « Prenez donc un langage chrétien, un langage de foi. Changez la langue du monde. Nous avons laissé, par une coupable tolérance, chasser Notre-Seigneur des usages, des lois, de la politesse; et, dans un salon un peu mélangé, on n’oserait pas parler de Jésus- Christ... Eh bien I changez tout cela; faites profession de votre foi ; sachez dire : Notre-Seigneur Jésus-Christ... Si toutes les âmes de foi prenaient la résolution de parler sans crainte de Notre- Seigneur, elles auraient bientôt transformé le monde (1). »
« Et vite , il est descendu dans mon cœur. » — Si la langue du chrétien est comme une patène sur laquelle Jésus repose un instant, son cœur est le Tabernacle où il veut fixer son séjour. Voilà le but final de l’Eucharistie et la consommation de tous les mystères de Jésus. C’est pour venir dans ce cœur qu’il a quitté le sein de son Père et les splendeurs du Paradis, qu’il est né dans une étable, qu’il est mort sur une croix, qu’il s’est immolé sur l’autel. Oui, pour descendre dans mon cœur ! L’Eglise s’étonne que le Verbe n’ait pas eu horreur de s’incarner dans le sein de la Vierge Immaculée (2). Que dire du cœur d’un pauvre pécheur?... Ah! quand il venait dans celui de la petite Nellie, il y trouvait au moins les parfums de la pureté, de l’innocence et de l’amour... Mais dans mon cœur ?... C'était le sentiment d’humilité qui remplissait l’âme du converti Huysmans lorsqu’il suivait à la sainte Table les blancs Trappistes : « Ce que le Seigneur va trouver un changement quand je m’avancerai à mon tour ; après être descendu dans les sanctuaires, il va être réduit à visiter les bouges. Et sincèrement, humblement, je le plaignais (3). »
Voilà sans doute pourquoi l’Eglise veut qu’avant de communier, le fidèle se frappe la poitrine et répète : Domine, non sum dignus. Un autre illustre converti, Newman, commentait ainsi ce texte liturgique : « Quand je dis : Seigneur, je ne suis pas digne, vous à qui je m’adresse, vous comprenez seul, dans leur plénitude, les paroles dont je me sers. Vous voyez combien un si grand pécheur est indigne de recevoir le Dieu uniquement saint que les Séraphins adorent en tremblant. Vous voyez non seulement les taches et les cicatrices des péchés passés, mais les mutilations, les profondes déchirures, les désordres chroniques qu’ils ont laissés dans
(1) La divine Eucharistie, lre série, p. 328.
(2) Non horruisti Virginis utenim. (Te Deum.)
(3) En route, chap. X, V Eucharistie.
mon âme. Vous voyez les innombrables péchants vivants, bien qu’ils ne soient pas mortels. » — J’ai pitié de ta misère, répond le doux Sauveur. Je ferme les yeux sur ta pauvreté, car je t’aime, et mon amour est le poids qui me fait descendre jusqu’au fond de ton cœur. Aie confiance, ouvre-moi, aime-moi en retour.
Toutefois, que la condescendance et la bonté de Jésus, chassant la crainte servile et une injuste défiance, ne nous fassent jamais oublier qu’il est le « Dieu Saint ». Quand Alexandre demanda à Porus, son royal captif, comment il fallait le traiter, il répondit simplement : « En roi ! » De même, il n’y a qu’une manière de traiter le divin Prisonnier de l’amour : c’est de le traiter en Dieu. Rappelez-vous le mot de Bossuet parlant de « Celui à qui seul appartient la gloire, la majesté et l’indépendance. » Rappelezvous aussi la parole de Y Imitation : « Un ami prépare toujours à son ami, qui vient le visiter, le lieu le meilleur et le plus beau ; c’est ainsi qu’il lui fait connaître avec quelle dilection il le reçoit (1). » Voilà bien comment il faut accueillir le Dieu Saint quand il daigne descendre en nos cœurs : en roi très puissant et en ami très bon.
Si la demeure reste pauvre, qu’au moins elle soit bien purifiée, et autant que possible gracieusement décorée : la pureté, les bons désirs, quelques fleurs de sacrifices et d’amour.
I Le Jeudi-Saint, Pierre et Jean ne furent pas seulement chargés de trouver le Cénacle, ils eurent mission de l’orner. Jésus voulait une salle spacieuse et qui ne manquât pas d’une certaine splendeur. « La beauté de l’âme l’attire et le captive ; le degré de la beauté des âmes est souvent la mesure de ses libéralités (2). » « Notre Dieu se donne tel qu’il est, remarque le P. Monsabré ; c’est nous-mêmes qui le mesurons. Si, par impossible, nous pouvions nous faire une âme infinie, sa vertu infinie, ses mérites infinis, sa vie infinie, rien n’échapperait à notre pieuse avidité. »
II est l’océan sans bornes, nos cœurs s’en emplissent dans la mesure où notre bonne volonté les a dilatés. Si l’amour y a creusé des profondeurs d’abîme, Jésus, en passant, les comblera. Ce qu’il fit d’une manière si magnifique dans le cœur de la petite Nellie, il ne tient qu’à nous qu’il ne le recommence dans les nôtres. Aimons comme elle a aimé.
F. Bernard des Ronces.
(1) Liv. IV, ch. xn, 1.
(2) L'abbé L. RouziC : La Sainte Communion , p. 147.
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Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus
ET DE I iR SRII^TE^v7 ACE
« Notre-Seigneur me donna la consolation de voir de près des âmes d’enfants. Considérant ces âmes innocentes, je les comparais à une cire molle sur laquelle on peut graver toute empreinte; celle du mal, hélas! comme celle du bien; et je compris la parole de Jésus : Qu’il vaudrait mieux être jeté à la mer que de scandaliser un seul de ces enfants. Ah ! que d’âmes arriveraient à une haute sainteté, si, dès le principe, elles étaient bien dirigées! » Sr Thérèse de l’Enfant-Jésus.
Sœur Thérèse se manifeste aux petits.
Songe mystérieux et salutaire. — Depuis quelque temps, une infraction grave au règlement de notre école se reproduisait, sans que nous puissions en découvrir Fauteur. La Directrice invoqua f^œur Thérèse, avec promesse de publication si elle était exaucée. La nuit suivante , l’élève qui était la plus coupable eut un songe terrible : il lui semblait voir une personne debout près de son lit, qui l’avertissait qu’elle serait damnée, si elle persévérait dans sa mauvaise conduite... L’enfant fut tellement impressionnée que, le lendemain, elle a tout avoué à la Directrice et a fait une confession générale. Je dois avouer que cette pauvre enfant avait déjà une grande dévotion à la « petite Fleur » et qu’elle avait reçu, avec beaucoup de joie, une carte pos taie de sa tombe. Sr P. M., B... ( Angleterre ), 27 mai 1912.
Conversion d’un petit voleur. — Un jeune garçon de quatorze ans avait la passion du vol. Rien n’avait pu le corriger et, malgré la tendresse de son âge, on pouvait 1 appeler un « pécheur endurci ». Ce n’était cependant past un voleur de grands chemins et il n’ « opérait » point sur une vaste échelle * Il se contentait, chaque fois que ses parents lui confiaient de l’argent pour quelque achat, de garder le surplus et de le dépenser à sa guise. Il lui arrivait fréquemment, par crainte des châtiments de s’enfuir du logis paternel et de rester absent, des semaines entières, sans que l’on pût découvrir où et comment il passait ses jours et ses nuits. Une amie de sa mère eut tout à coup l’inspiration de le confier à S1 Thérèse de l’Enfant-Jésus. Elle donna à l’enfant une image de la petite sainte et lui dit de la placer, à demeure, dans la poche où il mettait son argent II obéit. A partir de ce moment, il devint impossible au jeune garçon de dépenser l'argent qui ne lui appartenait pas. 11 le gardait bien encore quelques jours, mais, finalement, il allait le rapporter à sa mère en disant : « Je vous rends votre monnaie, car cette « petite Fleur », dont j’ai le portrait dans ma poche, m’empêche de le dépenser ». C’est à Noël 1911 que l’image en question fut donnée au petit voleur et que « Thérèse opéra en un instant ce que toutes les sévérités et les mauvais traitements n’avaient pu obtenir. » Cette conversion est maintenant bien affermie et vieille d’une année.
Rde M. Catherine, Slieffield , décembre 1912.
<c Mes protecteurs au ciel et mes privilégiés sont ceux qui Font volé, comme les Saints Innocents et le bon larron. Les grands saints Font gagné par leurs œuvres ; moi, je veux imiter les voleurs, je veux l’avoir par ruse, une ruse d’amour qui m’en ouvrira l’entrée, à moi et aux pauvres pécheurs : je veux rester petite ! »
Sr Thérèse de V Enfant-Jésus. .
d’après un auteur du XVIIe sièele.