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REVUE DE LA SAINTE-FACE
L’Ordre Pontifical du Saint-Sépulcre
ous nos lecteurs et amis apprendront avec plaisir que le Directeur de la Revue Le Divin Crucifié, M. Emmanuel Faure vient d’être créé, par Sa Béatitude le Patriarche de Jérusalem, Chevalier de l’Ordre Pontifical du Saint- Sépulcre, en raison des services qu’il a rendus à la cause du Saint-Suaire dont il est, depuis un grand nombre d’années, le défenseur et l’apôtre ardent et zélé.
Cet honneur insigne rejaillit sur notre Revue où M. Faure présente, tous les mois, la défense du Saint-Suaire, en des articles d’une documentation profonde et qui font autorité.
L’Ordre du Saint-Sépulcre de Jérusalem, comme véritable Ordre religieux- militaire , est connu dès le début du xne siècle. C’est Godefroy de Bouillon qui, selon l’opinion commune des auteurs, a été, à l’issue de la première croisade, l’instituteur de cette milice.
« L’Ordre du Saint-Sépulcre, dit le comte Couret (1), est né spontanément et par la force des choses, de la dévotion au tombeau du Christ, de la lutte contre l’Islamisme et de la garde d’honneur instituée autour du Saint Sépulcre par les rois latins de Jérusalem et la piété militante de quelques chevaliers d’Occident. »
Cet Ordre donc, fondé par un illustre prince français, en 1099, pour la garde et la défense du Saint-Sépulcre, était religieux et militaire à la fois : religieux dans ses chanoines préposés à la garde du tombeau du Christ, militaire dans ses guerriers, chargés de le défendre.
Le successeur de Godefroy de Bouillon, l’illustre Baudouin, voulut que le Patriarche de Jérusalem fût le chef de l’Ordre, et c’est lui, en effet, qui crée les chevaliers. De nos jours, le Souverain Pontife Pie X, glorieusement régnant, s’étant déclaré le Grand-Maître de l’Ordre, le Patriarche de Jérusalem, est devenu le délégué du Pape, et a pris le
(1) Comte Couret. L'Ordre du Saint-Sépulcre de Jérusalem, etc., Orléans, 1887.
— Les Chevaliers français de l’Ordre Pontifical du Saint-Sépulcre sont trop nombreux pour que nous puissions les énumérer tous ici. Citons au hasard : Monsieur le Duc d’Orléans, S. A. R. Mgr le Duc de Montpensier, le Prince H. de La Tour d’Auvergne-Lauraguais, le Marquis de Gontaut-Biron, le duc des Cars, le Duc de Rarécourt-Pimodan, le Prince Ch. de la Tour d’Auvergne, le marquis de Bertier, le Baron deTalhouët, le Comte de Blavette, le Comte Chaudon de Briailles, le Marquis d’Ornano, le Baron de Tretaigne, MM. de Grammont et de Montenon, etc.
L’Ordre compte aussi des dames, assez peu nombreuses, il est vrai, parmi lesquelles : Madame la Comtesse de Paris, et Madame la Duchesse d’Orléans, la Princesse de la Tour d’Auvergne née Wagram, la Comtesse de Pimodan née IsTurev-Argenteau, la Comtesse de Colleville née d’Osmoy, la Comtesse de Louvencourt, la Comtesse Chaudon de Briailles, la Comtesse Bruneel née Clermont-Tonnerre, la Marquise de Bertier, etc. etc.
Comme on le voit, l’Ordre est en très grand honneur dans la plus haute aristocratie française.
LE DIVIN CRUCIFTE
titre de Lieutenant du Grand-Maître. C’est de lui qu’émanent les brevets qui sont octroyés aux nouveaux Chevaliers.
Les Chevaliers du Saint-Sépulcre, par volonté expresse des Papes, jouissaient des privilèges suivants : Ils avaient la préséance sur tous les Ordres de Chevalerie, excepté celui de la Toison d’or, parce que les défenseurs du Saint-Sépulcre du Christ, le monument le plus important de la chrétienté, doivent être préférés aux chevaliers nés dans les hôpitaux, dans les Cours et dans les guerres; d’autant plus que pour aller en Palestine, ils trouvaient des difficultés énormes. En outre l’œuvre des chrétiens en Terre Sainte, fut toujours considérée comme Yopus magnum du Catholicisme et de la Chevalerie.
Dans les autres prérogatives, les Chevaliers hiérosolymi tains du Saint-Sépulcre, sont assimilés aux Chevaliers dorés ou de l’Eperon d’or, puisque, anciennement, ils pouvaient changer le nom de baptême donner des armoiries, posséder des biens ecclésiastiques quoique mariés, etc. Ils jouissaient enfin de toutes les prérogatives des chevaliers dorés, la noblesse pour les affiliés non nobles, la qualité de comte Palatin : « Militia Habilitât ut quisque est miles continuo est nobilis. »
Une des formes primitives de l’anoblissement, consistait dans le fait d’armer chevalier celui qu’on voulait anoblir. Donc, disent les historiens à qui nous empruntons tous ces détails (1), les Chevaliers du Saint-Sépulcre armés sur le tombeau du Christ, personnellement ou par délégation, et recevant, non pas une décoration mais un habit militaire, habitus militaris, deviennent nobles par ce même fait.
Godefroy de Bouillon, enfin, concéda aux Chevaliers du Saint- Sépulcre, le privilège de sceller leurs chartes avec la cire blanche. Cet usage s’est maintenu jusqu’à nos jours et le sceau de l’Ordre, en forme de losange, pend d’un cordon de soie rouge au bas des diplômes, dans un étui de métal. Ce sceau porte l’image du Sauveur ressuscité avec l’inscription : ►$< Sigillum A. U. Patriarchæ. Hierosoly. pro institu. Equit. SS. Sepulcri D. N. J. C.
L’ordre du Saint-Sépulcre a plusieurs titres. Il est appelé : Sacré Canonial. A cause de ses moines ou chanoines réguliers.
Royal et Pontifical. A cause de son origine, parce qu’il fut fondé à Jérusalem par les rois, confirmé et protégé par les rois de France qui s’honorèrent d’en faire partie jusqu’à nos jours.
Les Papes s’étant déclarés Chefs suprêmes et Grand-Maîtres de l’Ordre, le titre de Pontifical lui convient d’autant plus que le Patriarche lieutenant n’est pas indépendant, mais qu’il est le délégué du Pape.
Militaire. Il est évidemment d’origine guerrière. Le dernier docu ment qui l’appelle ainsi est un bref de Léon XIII, du 18 septembre 1901, et ce caractère est consacré par le trophée militaire que S. S. Pie X, vient d'ajouter à la croix de l’Ordre.
Hospitalier. L’Ordre du Saint-Sépulcre est hospitalier, parce que, selon le témoignage du Cartulaire de Jérusalem, l’Ordre possédait trois
(1) Tous ces renseignements historiques ont été puisés dans V Histoire de l'Ordre du Saint-Sépulcre de Jérusalem, publiée à Rome par le Comte F. Pasini Prassoni, le Chevalier Charles- Auguste Bertini, le Commandeur Charles de Odriozola.
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hôpitaux à Jérusalem et tous ses moines et Chevaliers étaient tenus par ses statuts de donner hospitalité et de défendre les pèlerins. Bénard dit que l’Ordre possédait un hôpital à Paris où Jérôme du Faur, conseiller au Parlement et Chevalier du Saint-Sépulcre fit mettre une pierre sur la porte avec cette inscription : Hospital pour les allans et venans du Saint-Sépulcre de Hiérusalem.
Les traditions de l’Ordre du Saint-Sépulcre en France sont très anciennes. On affirme que pendant la seconde croisade. Louis VII, dit le Jeune, prit sous sa protection spéciale les frères du Saint- Sépulcre. Saint Louis IX, de retour de son expédition d’outre-mer, les appela à Paris et leur confia lé service de la Sainte-Chapelle où, paraît-il, fut fondée l’Archiconfrérie chargée d’inscrire les pèlerins qui se rendaient en Terre Sainte. Philippe de Valois donna la permission à l’Archiconfrérie d’élever un temple et un hôpital dédiés au Saint- Sépulcre.
L’Ordre du Saint-Sépulcre était tenu en grande considération en France, à cause de la dévotion de nos rois envers les Lieux Saints.
Tout proche de nous, le roi Louis XVTII, par décret du 27 mai 1818, concéda aux Chevaliers français du Saint-Sépulcre, le privilège dont ils jouissaient depuis six cents ans, de donner l’eau bénite aux cadavres des rois et des princes du sang.
Cet Ordre insigne avait en France plusieurs maisons religieuses. Il paraît qu’au XVe siècle existaient trente-neuf maisons et quatre prieurés.
L’uniforme français actuel confirmé par Pie X, en 1907, est un habit en drap blanc, avec plastron, col et parements en velours noir, chargés de broderies en or, et représentant des feuillages d’olivier avec fruits. Chapeau bicorne noir, bordé de plumes blanches, portant une ganse en or avec bouton à la croix émaillée de rouge; cocarde rouge et blanche. Éperons dorés. Épaulettes de colonel en or, ayant sur la tournante la croix de l’Ordre émaillée de rouge, laquelle orne également l’épée dorée à poignée de nacre. Sur cet uniforme se porte un manteau court en drap blanc, chargé sur l’épaule gauche d’une croix en drap rouge. La décoration comprend le trophée militaire en or, avec croix émaillée de gueules sur la poitrine de la cuirasse ; ce trophée supporte une croix de pourpre potencée et cantonnée à chaque angle d’une petite croix de même couleur, mais non potencée. Le ruban est noir, liséré de rouge.
L’Ordre du Saint-Sepulcre compte, dans tous les pays, des délégués du Patriarche de Jérusalem, Lieutenant du Grand-Maître ; ces délégués portent le nom de Baillis, titre très ancien dans les Ordres de chevalerie.
Le Bailli de France est un personnage éminent, M. le Comte de Colleville, Camérier secret de S. S. Pie X, sur qui il a écrit un ouvrage : Pie X intime, des plus estimés. L’Ordre doit à cet illustre Bailli, qui le gouverne si noblement, un renouveau magnifique, et nous savons que M. le comte de Colleville a de grandes ambitions pour l’avenir de ses Chevaliers.
Il voudrait, pour redonner à l’Ordre son ancienne vigueur, rétablir la Confrérie ou Association qui réunissait les Chevaliers proprement dits du Saint-Sépulcre, et les chevaliers palmiers et voyageurs de Terre-Sainte. Ces derniers s’appelaient aussi confrères de dévotion , et formaient une espèce de Tiers-Ordre pénitent. Le rétablissement de cette ancienne Archiconfrérie, adaptée aux nécessités modernes, permettrait de grouper tous les Chevaliers du Saint-Sépulcre du monde entier, ainsi que les pèlerins dé Terre-Sainte, ce qui constituerait une force religieuse et morale qu’on pourrait utiliser, dans tous les pays, pour susciter dans les âmes un grand amour pour la divine Victime du Calvaire.
Nous faisons des vœux ardents pour que ces projets d’une portée sociale si profonde, puissent aboutir, car ce sont des œuvres de pénitence et d’attachement à la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qu’il faut promouvoir en France et partout, si l’on veut arrêter le courant de matérialisme et de sensualisme effréné qui menace de ruiner, dans tous les pays, les institutions chrétiennes, sans lesquelles ne sauraient vivre ni les peuples ni les individus.
Le Credo de l’Ame qui souffre
Je crois, ô mon Dieu, qu’en souffrant avec résignation, j’achève en moi la Passion du Christ.
Je crois que toute créature est gémissante et comme dans les douleurs de l’enfantement, et qu’elle attend le jour de la manifestation du Fils de Dieu.
Je crois que nous n’avons pas ici de demeure stable, et que nous en cherchons une autre dans l’avenir.
Je crois que toutes choses coopèrent au bien de ceux qui aiment Dieu.
Je crois que s’ils sèment dans les larmes, ils moissonneront dans la joie.
Je crois que bienheureux sont ceux qui meurent dans le Seigneur.
Je crois que nos tribulations forment en nous un poids éternel de gloire, si nous contemplons, non ce qui se voit, mais ce qui ne se voit point; car les choses que nous voyons sont passagères, et celles que nous ne voyons pas sont éternelles.
Je crois qu’il faut que notre corps corruptible revête l’incorruptibilité, que notre corps mortel revête l’immortalité et que la mort soit absorbée dans cette victoire.
Je crois que le Seigneur essuiera toute larme dans les yeux des justes, que la mort ne sera plus en eux, ni le deuil, ni les gémissements, et que leur douleur s’arrêtera enfin, car tout le monde aura passé.
Je crois que nous verrons Dieu face à face.
Mgr Gerbet.
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NOTES BIOGRAPHIQUES
sur la Sœur Maria Benedetta, moniale Cistercienne de Viterbe.
1836-1913 (suite).
He 2 juillet 1857, après une longue année d’un fervent postulat, durant lequel Pénélope donna à ses Supérieures toutes les garanties d'une vocation de choix, les portes du noviciat cistercien lui furent enfin ouvertes en la fête de la Visitation de Marie, titulaire du monastère délia Duchessa. C’est le jour du Magnificat et du Beatam me dicent, et le fruit de ce mystère joyeux est la charité fraternelle. Toute la vie de la nouvelle.novice sera un hymne de joie et d’action de grâces dans la souffrance et l’exercice non interrompu d’une charité compatissante, attentive, clairvoyante et efficace envers les innombrables affligés qui accourront pendant cinquante ans autour de sa couche douloureuse.
A la touchante cérémonie de la prise d’habit qui se déroula dans la salle capitulaire, l’Abbesse, assistée des Anciennes, coupa les cheveux de lapostulante (1) et, la dépouillant des livrées du siècle, la revêtit de la robe blanche et du scapulaire de saint Bernard. Elle lui imposa, aussi, selon l’usage, un nom nouveau, le nom de religion par lequel nous désignerons désormais notre héroïne : Sœur Maria Benedetta Giuseppa. Personne sans doute ne se plaindra de l’échange. Le nom de la femme d’Ulysse et de la mère de Télémaque, Pénélope , n’a rien d’harmonieux, bien qu’il rappelle sa fidélité proverbiale à ce mari absent pendant vingt ans, et cette toile fameuse qu’elle tissait le jour et défaisait la nuit. Le mauvais goût de la Renaissance n’était donc pas complètement disparu de Rome quand on infligea à la petite enfant ce nom fabuleux.
Et maintenant la modeste vierge a disparu derrière la porte austère du noviciat. Saint Bernard voulait y voir régner l’oubli de soi, l’amour de Dieu, et la charité fraternelle. « Le noviciat, disait excellemment la Bienheureuse Mère Barat, c’est le paradis terrestre avec ses quatre grands fleuves sortis d'une même source, le Cœur de Jésus-Christ : un fleuve de lumière qui éclaire les âmes, un fleuve d’amour qui les
(1) Une scène semblable à laquelle Huysmans avait assisté chez les Bénédictines de la rue Monsieur, à Paris, lui inspira ces lignes dramatiques dans leur originalité : « ...Alors devant le geste du moine s’apprêtant tel qu’un bourreau, à, tondre la condamnée dont l'heure de l'expiation est proche, l'effrayante beauté de l’innocence s’assimilant au crime, se substituant aux conséquences de fautes qu'elle ignorait, qu'elle ne pouvait même comprendre, apparut à ce public venu par curiosité dans la chapelle, et," consterné par cet apparent déni de justiceplus qu'humain, il trembla lorsque le Prélat saisit à pleine main, ramena sur le front, tira à lui la chevelure. Et ce fut comme un éclair d’acier dans une pluie noire. L'on entendit, dans le silence de mort de l’église, le cri des ciseaux peinant dans cette toison qui fuyait sous ses lames, puis tout se tut.Dom Etienne ouvrit la main et, sur ses genoux, en de longs fils noirs, cette pluie tomba. Il y eut un soupir de souligement lorsque les prêtres et les paranymphes emmenèrent la mariée, étrange dans sa robe à traîne, avec sa tête déparée et. sa nuque nue. » ( Pages Catholiques, En route, p. 80, 81.)
embrase, un fleuve de paix qui les console, un fleuve de grâce qui baigne le pied de la vigne et la fait fructifier». Dans ces ondes vivifiantes Faine de la jeune novice se plongeait avec ardeur pour en sortir de plus en plus digne de l’Epoux divin qui l’avait choisie.
A cause de ses talents exceptionnels, elle fut de suite chargée de tenir les orgues et du soin de la sacristie. Quel bonheur pour cette artiste de soutenir les voix de ses consœurs dans le chant des saints Offices! et pour ces mains agiles de préparer les linges du sanctuaire, d’orner les saints autels, de fleurir le Tabernacle eucharistique ! Sa voix d’un timbre puissant et d'une admirable souplesse retentissait comme celle d’un ange sous les voûtes de l’église pendant que ses doigts experts faisaient rendre à l’orgue des sons inconnus jusqu’alors. Les jours de fête l’élite de la société de Viterbe se pressait dans la chapelle du monastère pour s’édifier, et jouir de ces harmonies célestes qui descendaient mystérieusement des tribunes à travers les grilles claustrales. C’étaient comme des échos du ciel qui venaient remuer les âmes et emporter les cœurs vers les cimes.
L’humilité de la novice n’en souffrait nulle atteinte. Elle n’ignorait pas son talent ; mais s’il ne l’avait pas enorgueillie dans le monde qui Lavait tant applaudi, il ne pouvait davantage la troubler dans le cloître où elle ne vivait plus que pour Dieu.
Au reste, un témoin très autorisé, M. le Chanoine Grispini. professeur au Séminaire de Viterbe, auquel nous devons déjà de si intéressants détails sur la jeune Sœur, parle ainsi des vertus qu’elle fit briller pendant son noviciat : « On se demande peut-être ce que sera le plein midi d’un astre dont l’aurore a été si resplendissante et quels progrès réalisera, dans le cloître, cette jeune fille qui y entre avec des vertus déjà consommées et des dispositions si généreuses et si pures. A la vérité, l’éclat de ses vertus croîtra encore. Cette vierge sage va toujours de l'avant. Exactitude à se conformer aux prescriptions de la règle, obéissance prévenante vis-à-vis de ses supérieures, humilité, douceur, affabilité envers tous, tels furent dès le début, les exemples qu’elle 1 donna autour d'elle.
« Mais ce qui lui gagnait irrésistiblement le cœur de ceux qui avaient le bonheur de l’approcher, c’était par-dessus tout un mélange heureux de conduite édifiante et de manières avenantes en parfaite harmonie avec son état. Sa piété était solide et vraie, sans affectation, sans tristesse, sans singularité. La piété, pour plaire à Dieu ne doit pas être à charge au prochain. Notre novice l’avait compris. »
Les anciennes Mères du Monastère témoignent à l’envi de son aimable simplicité, de son exquise bonté de cœur, de son angélique ferveur.
Sur sa vie intérieure et sur le silencieux travail qu’opérait en cette âme prédestinée l’Esprit d’amour, l’histoire reste muette. Sœur Maria Benedelta ne parlait presque jamais de ses dons de grâces et, dans le peu d’estime qu’elle se donnait, elle s’imaginait sans doute que ses compagnes étaient toutes meilleures qu’elle-même et favorisées de grâces plus excellentes et mieux méritées. Pour son noviciat, nous n’avons d’elle que cette parole souvent répétée et qui nous a été récemment confirmée : « Oh ! c’était le bon temps ! Comme alors tout
m’était facile, je n’avais aucun mérite à être bonne, tant Notre-Seigneur me consolait et m’aidait... C’était Lui qui faisait tout. >'
La croix était encore fleurie et ne laissait rien sentir de sa dureté et de son fardeau ; la couronne de l’épouse dissimulait les épines sous les roses. C’est souvent ainsi que Jésusen agit avec les âmes privilégiées. Les caresses de son amour et les douceurs de sa grâce précèdent les grandes épreuves et la terrible montée du Calvaire. C’est quand l’âme s’unit au Christ souffrant, agonisant et mourant qu’elle grandit dans l’amour et avance le plus vite dans la vertu. Ce sera bientôt la voie douloureuse et glorieuse dans laquelle Jésus Lui-même introduira sa servante. Elle s’y achemine sans s’en douter, confiante en son divin Epoux et s’abandonnant sans inquiétude à toutes ses conduites sur elle.
Rien de plus calme, de moins accidenté, de moins varié que la vie d’un noviciat et que toute la vie monastique. Cela ne veut pas dire qu’elle soit monotone, fastidieuse et pesante pour l'âme que Dieu y appelle et qui répond généreusement. C’est tout le contraire qui est vrai. La solitude, le silence, la prière ont des charmes inexprimables pour l’âme fidèle. Si féconde, si belle, si héroïque même que puisse être la vie active, elle devra toujours céder le pas à la vie contemplative. C’est l’oracle du Seigneur et sa parole est éternelle : « Marthe, Marthe , tu es en sollicitude et tu te troubles pour bien des choses ; or. une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part qui ne lui sera pas ôtée » (l).'
( A suivre.)
(1) Luc., X, 41.