‹ Le Divin CrucifiéChapitre 160 sur 167 · VII. — De rinégal partage des souffrances et des peines · texte numérisé non relu

VII. — De rinégal partage des souffrances et des peines

près tout ce que nous avons écrit déjà sur les bienfaits et sur les richesses de la souffrance chrétienne, on peut sans crainte donner son adhésion à celte formule : i « Ne jamais souffrir ici-bas esi le plus grand des malheurs. » Dès lors, le disciple de Jésus Crucifié a mauvaise grâce de s’inquiéter et de se scandaliser de la prospérité des méchants. Il a tort d’en appeler à la puissance et à la sagesse de Dieu pour faire cesser ce qu’il appelle une anomalie voisine de l’injustice. Vous qui vous permettez ces jugements, avez-vous seulement consulté votre raison et votre foi avant de les formuler?

Dieu veut le salut de tous les hommes (1). « Or, si sa justice ^appesantissait sur cet impie ; si elle renversait sa fortune; si elle dévastait son foyer ; cet homme s’inclinerait-il sous la main qui le frappe ? Ouvrirait-il les yeux ? Son orgueil blessé ne rempliraitil pas, au contraire, son cœur et sa bouche de blasphèmes?... Impatients que nous sommes, cette impunité momentanée nous fait appeler le feu du ciel ; heureusement, les pensées de Dieu ne sont pas les nôtres. Dieu ne veut pas pousser à bout cette iniquité, il lui laisse le loisirde se repentir (2). » Ici, c’est la sagesse divine qui sert sa miséricorde. Et pendant ce temps, vous, vous souffrez, vous êtes sous le coup d’une effrayante épreuve. Ah! bénissez cette sagesse et cette miséricorde qui vous ont trouvés capables de porter cette croix et qui ne vous la donnent pas sans vous offrir en même temps la grâce et la force de la sanctifier.

Mais enfin, supposons que le pécheur s'est endurci volontairement, qu’il a résisté à la grâce et abusé de la patience divine ; supposons qu’il a totalement renié le Dieu de son baptême et de sa première communion, qu'il s’obstine sciemment dans ses iniquités ; supposons même qu’il est devenu le persécuteur de l’Église, sa mère, et de ses frères, les bons catholiques. Il est au

(1) Qui omnes homines vult salvos f.eri. (I Tim., il, 4.)

(2) Abbé Clément : La douleur calmde, p. 51.

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timon des affaires, ii a voté toutes les mauvaises lois, il en prépare de pires encore contre la religion, la liberté de conscience, l’instruction chrétienne des petits enfants... Faut-il donc blâmer le Seigneur de la paix qu’il lui laisse, de la prospérité qui l’entoure, des succès qui couronnent ses scandaleuses entreprises, du bonheur qu’il semble goûter ? Faut-il appeler les foudres divines sur cette tête coupable et demander au Seigneur de faire éclater sa vengeance? <' Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes (3), » disait le Seigneur Jésus avec indignation aux apôtres le sollicitant de faire tomber le feu du ciel sur les villes qui n’avaient pas voulu le recevoir. Pourquoi les imiter imprudemment ? Pourquoi ne pas abandonner au Seigneur le sort de ce vrai malheureux en priant humblement pour sa conversion? Ce serait remplir le vœu le plus ardent du Cœur de Jésus qui vous répète encore : « Je ne suis pas venu pour perdre les âmes , mais pour les sauver (4)7-

Si la malice de ce pécheur échappe aux poursuites de la bonté divine et à la charité de ceux qui souffrent et qui prient pour sa conversion, ne nous étonnons pas de le voir goûter un peu de paix et de bonheur sur cette pauvre terre, lui qui, hélas ! n’en connaîtra pas dans l’éternité. Dieu qui voit et qui sait tout, dont le regard plonge jusqu'au fond des cœurs { 1) et qui sait ce qu'il y a dans l’homme (2),;’ a examiné l’âme et la vie de ce pécheur impénitent. Il y a découvert quelques restes de vertus naturelles, quelques bonnes actions peut-être, un peu de compassion tout humaine pour les malheureux... que sais-je? Ces vertus naturelles, ces actions louables, ce bon mouvement vers un être souffrant,..., tout cela, hélas! insuffisant à mériter le dernier des degrés de gloire au ciel, Dieu veut le récompenser sur la terre. A défaut de biens spirituels, il donne des biens temporels ; parce que cet homme ne connaîtra rien des joies d’en-haut, il le laisse goûter un peu des joies d’ici-bas. Et le mot terrible de l’Évangile sur les impies s’accomplit en cet heureux d’un jour : « Ils ont déjà reçu leur récompense (3).

Qui ne connaît ce mot terrible et cynique de la sanglante Élisabeth d’Angleterre : « Que Dieu m’accorde quarante ans de règne, et je renonce au ciel. » Hélas ! ce vœu blasphématoire fut exaucé.

Insensés que nous sommes d’envier la félicité passagère des impies sans songer qu’ils ne sont heureux que pour leur malheur et que leur prospérité éphémère n’est peut-être que le commence-

(3) Increpavit eos... Nescitis cujus spiriius estis ?. (Luc, IX, 55.)

(4) Filius hominis non venit animas perdere, sed salvare. {Ibid., 56.)

(1) JDeus auiem intuetur cor. (I Reg,, XVI, 7.)

(2) Ipse Jésus sciebat quid esset in lomine. (JoAN., Il, 25.)

(3) Rico vobis : receperunt mercedem swam. (Matt., VI, 2, 5.)

ment des châtiments divins ou tout au plus une mince et fragile récompense qui finira avec leur dernier soupir !... Après la mort, rien... ou plutôt l’éternelle et terrible rétribution.

Mieux vaut mille fois connaître l’épreuve, passer par le creuset, se purifier et s’ennoblir au feu de la douleur. C’est un adage que « lu malheur ramène à Dieu ». Quand l’adversité frappe un chrétien chez qui brûle encore une étincelle de foi, elle rallume le flambeau prêt à s’éteindre et éclaire devant ses regards les grands mystères de l’éternité. Le monde apparaît avec son néant et ses mensonges quand il cesse de flatter et de sourire. On comprend que la terre n’est pas la patrie quand ses roses se fanent, ne laissant plus sur notre rude chemin que des épines et des ronces ; qu’il y a par-delà cette vallée de larmes un monde meilleur où la justice est rendue à tous ; qu’il n’y a pas de salut en dehors de la croix et que, pour arriver à la gloire, il faut marcher ici-bas à la suite de Jésus sur la route du Golgotha. Tout ce qui n’aura pas touché à la croix par quelqu’endroit ne pourra être sauvé.

Salomon, qui fut le plus sage et le plus puissant des rois, n’a pas connu la grâce de la souffrance, et les chutes lamentables de sa vieillesse font douter de son salut. Cette grâce, Dieu l’accorda à son fils, et malgré ses fautes, David est prédestiné. Ses larmes admirables ont purifié son âme, ses immenses douleurs ont expié ses errements, les cris sublimes de son repentir ont pénétré le ciel ^t en ont fait descendre la miséricorde, le pardon et la sainteté.

Une défaite sans égale dans l’histoire cloua sur le rocher de Sainte-Hélène le géant qui pendant quinze ans avait fait trembler l’Europe et mis à ses pieds tous les Souverains. Sa mort fut chrétienne, édifiante, pleine des promesses de la seule vraie immortalité. Si Bonaparte eût été frappé sur un champ de bataille ou sur son trône des Tuileries, sa mort eût-elle inspiré tant d’espérances? La parole du cardinal Fesch, oncle du grand Empereur, est à citer : « Croyez-moi, Dieu lui a fait grâce. Quand Dieu condamne un homme, il ne l'humilie pas. Or Dieu a pris soin d’humilier celui que la gloire et l’orgueil avaient peut-être éloigné de lui. C’était uniquement pour toucher son cœur et se le rapprocher. Il est mort en bon chrétien, j’espère le revoir là-haut. »

Du sein des honneurs de la cour de Versailles et des faveurs du grand Moi, l’intendant Fouché est jeté à la Bastille. Sa mort fut édifiante autant que sa vie avait été légère et dissipée. On a recueilli cette prière de sa chrétienne mère. Elle est sublime : « O mon Dieu, je vous remercie d’avoir rendu mon fils malheureux ici-bas pour le convertir à vous et lui ménager la grâce de la pénitence et du repentir. Que serait-il devenu si votre main puissante et miséricordieuse ne l’avait pas arraché à la prospérité dans laquelle il ne pensait pas à vous servir? »

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Laissons donc notre grand Dieu, qui est toujours le bon Dieu, nous ménager la part de bonheur et le calice des larmes qu’il sait être favorables à notre éternelle félicité. C’est toujours en père et en sauveur qu’il agit avec nous.

Lamartine avait la notion très nette de la vérité quand il écrivait : « Derrière cette apparente dérision des choses humaines, il y a un divin mystère ; ce mystère, c’est la sagesse et la bonté de Dieu. L’adorer, sans le comprendre encore, c’est notre devoir et c’est notre vertu ! Si nous le comprenions, il n’y aurait plus de vertu, il y aurait évidence. Dieu veut être entrevu et non vu dans son œuvre ; c’est le demi-jour qui fait travailler le regard, c’est le mystère qui fait travailler la pensée.

u Ce monde n’est qu’un crépuscule, la pleine lumière n’est qu’au-delà du tombeau (1). »

Jean du Calvaire.

(1) Cours familier de littérature, p’p. 12-21,

Éloquente leçon de la mort.

François de.Borgia, étant duc de Candie et vice-roi de la Catalogne, accompagnait à Grenade le corps de l’impératrice Isabelle, qui venait de mourir. Quand on ouvrit le tombeau, l’horreur qu’inspire naturellement un cadavre, la puanteur qu’il exhalait, firent reculer d’effroi tous les spectateurs ; mais François, éclairé d’une lumière toute divine, resta pour contempler, dans ces dépouilles de la mort, la vanité du monde.

Frappé alors de cet affligeant spectacle, il s’écria :

— Est-ce vous, dona Isabelle? Est-ce vous l’impératrice, ma souveraine? Où sont ces yeux si brillants ? Qu’est devenue cette majesté, cette beauté qui brillait en vous d’un si vif éclat ?

Il passa la nuit suivante sans dormir. Prosterné dans sa chambre et fondant en larmes, il se disait à lui-même : « O mon ûme, que puis-je chercher dans ce monde ? Jusqu’à quand poursuivrai-je une ombre vaine? La Mort, qui a traité de la sorte le diadème impérial, est toute prête à me frapper. N’est-il pas de la sagesse de prévenir ses coups, en mourant au monde dès ce moment, afin qu’à ma mort je puisse vivre en Dieu? » Dès lors, il se consacra tout entier à l’amour de Jésus- Christ crucifié et entra dans la Compagnie de Jésus, où il parvint à une éminente sainteté. Vie des Saints.

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One belle pensée de Vietor fingo

Le premier arbre de la liberté a été planté, il y a dix-huit cents ans, par Dieu lui-même sur le Golgotha. Le premier arbre de la liberté, c’est cette croix sur laquelle Jésus-Christ s’est offert en sacrifice pour la liberté, l’égalité et la fraternité du genre humain.

Lies Calvaires de F^anee

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