VI. — Ses Richesses et ses Consolations
était au soir de la résurrection du Sauveur. Le jour baissait. Sur le chemin de Jérusalem à Emmaüs, deux disciples de Jésus s'entretenaient tristement. « Emmaüs ! route mystérieuse où l’on marche vers le soir, dans la mélancolie des déceptions humaines! Ils cheminaient, avouant presque une déconvenue : « Or, nous espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël... » Route mystérieuse où l’on marche vers le soir et sur laquelle se lève une divine espérance... Sur le chemin s’allume déjà la lampe de l’auberge » (1).
Et Jésus s’est joint aux deux disciples découragés. Il a ouvert sous leurs yeux les Écritures et expliqué tout ce que Moïse et les prophètes avaeint écrit de lui. k cette parole, lumineuse comme le soleil et brûlante comme un brasier, leurs cœurs se sont enflammés, leurs intelligences se sont éclairées. Mais le mot capital do l’entretien ne fut-il pas celui-ci : « Ne fallait-il pas que le Christ souffrit et qu’il entrât ainsi dans sa gloire ? (2) »
Quelle profondeur dans ce mot : il fallait!... Comme il fait sentir que Jésus n’a accepté la vie que pour renoncer à ce qu’elle offre d’agréable et pour embrasser toutes les souffrances (3). Elles étaient la condition de notre salut et de sa gloire sans fin.
Le disciple n’est pas plus que le maître (A). Après le péché, après la Rédemption, la douleur est indispensable au chrétien. Il lui faut, comme Jésus, passer par le Calvaire pour arriver au Paradis. La douleur qui fait la sainteté, s'épanouit enfin dans la gloire sans déclin. C'est là son suprême couronnement et son fruit impérissable.
11 le savait, le pieux auteur de V Imitation, quand il écrivait : « Est-il rien de pénible qu’on ne doive supporter pour la vie éter-
(1) Lucie Félix-Faure Goyau, Spectacles et reflets, p. 201.