‹ Le Divin CrucifiéChapitre 58 sur 167 · AUTOUR DU DIVIN CRUCIFIÉ · texte numérisé non relu

AUTOUR DU DIVIN CRUCIFIÉ

lies Hommes et les OEuvres

Les Confrères de la Passion

os lecteurs savent que « La Très Pieuse Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ » a été représentée, le mois dernier, à Compiègne, par les « Confrères de la Passion », sous la direction de M. Bailleux, de Paris, leur « Humble Maître et Gouverneur », qui remplit le rôle du Christ.

Ces représentations attirent des foules empressées, animées par des sentiments autres qu’une banale curiosité. C’est que l’on sent qu’on n’assiste pas à un spectacle religieux ordinaire, tandis que se déroulent majestueuses, parfois douces, mais le plus souvent terribles et toujours pleines de naturel, d’émotion et de vérité, les grandes scènes du saint Mystère.

La conception théâtrale de M. Bailleux — car c’est lui qui est l’âme de ces représentations — offre ceci de particulier, qu’elle est exclusivement et tout simplement un acte de foi, de réparation, d’adoration et d’amour envers la divine Victime du Calvaire. L’ « Humble Maître des Confrères de la Passion » a voulu ressusciter la compassion et la divine charité du Moyen âge, et il a commencé par mettre ces sentiments dans son cœur. Les. souffrances du « Grand Méconnu et du Grand Douloureux » sont entrées dans sa vie et ont passionné son âme ; elles lui sont devenues « la grande émotion, le poème toujours nouveau, la rédivive péripétie d’un drame toujours angoissant ». Le « Pauvre Christ » a saisi toutes ses facultés d’enthousiasme et de dilection, et a fait de lui comme un autre Lui-même.

Quand on sait cela, on comprend que cet homme religieux puisse représenter avec autant de vérité — comme nul autre artiste qui ne serait qu’artiste, ne saurait le faire — la surhumaine figure du Christ, douce ou terrible, souriante ou grave, mais toujours empreinte d'une noblesse et d'une majesté incomparables.

L’art tout seul peut, certes, faire des merveilles ; il peut se hausser à la puissance et à l’intense émotion que l’on admire dans le théâtre classique, par exemple chez notre illustre tragédien de la « Comédie Française » ; mais cet art n’est pas dépourvu d’emphase, et, parce qu’il ne peut pas être entièrement vécu, il manque-

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de naturel, de vérité, et n’est pas une manifestation simple d'un drame auquel les spectateurs puissent participer, chacun pour son propre compte, en le faisant revivre en eux.

M. Bailleux, lui, atteint cette vérité sublime d’un Christ doux et bon, magnanime et pur, majestueux et grand, mais profondément et continuellement douloureux, d’une douleur qui n’emprunte pas aux méthodes de l’art, son expression conventionnelle et complexe. Sans douté, M. Bailleux est un artiste profond : il a la distinction, la mesure, l’attitude dégagée et sûre; son geste est harmonieux et noble ; sa diction est impeccable, sa voix étincelante, et son verbe, tour à tour caressant ou terrible, a de superbes envolées et de magnifiques mouvements. Mais on chercherait en vain à quel artiste il ressemble et de qui il tient son métier. Cet homme, ce chrétien, est un artiste tout personnel, et il remplit admirablement son rôle, parce qu’il aime le Maître qu’il représente, et qu’il s’est appliqué à copier dans sa vie.

M. Bailleux possède, en outre, une érudition intelligente, une science exacte de l’histoire et de la doctrine du Christ. Il n’a pas écrit les vers de la « Passion » qu’il joue : il se sert du texte admirable, si dogmatique et si littéraire du « Golgotha » de l’abbé Sajot ; mais il se l’est, pour ainsi dire, approprié, en en réglant le mouvement et en y adaptant une mise en scène scrupuleusement soucieuse de la vérité contenue dans les Évangiles et dans la tradition. Tout est exact dans cette représentation des faits et gestes du Christ, et tout est enseignement pour l’esprit, en même temps qu’émotion pour le cœur. Rien n’est choquant, rien n’est maladroit ni burlesque ; tout se tient, et les personnages qui gravitent autour de Jésus sont bien dans leur rôle. On sent bien que le Christ est leur unique préoccupation sur la scène, et qu’aucun de ces « Confrères de la Passion » ne recherche un sucnés personnel.

Il serait trop long de passer en revue, cette fois, les divers tableaux de ce Drame sacré. Nous y reviendrons à la prochaine occasion. Ils sont à admirer fous, à l’exception, peut-être, du second : Les adieux de Béthanie qui, certainement — cela tient sans nul doute à l’artiste... qui est trop artiste, chargée du rôle de la Vierge, — est exagéré dans le sens humain. Nous conseillons, d’ailleurs, à M. Bailleux de ne pas chercher à pénétrer, là-dessus, les mystères des Évangiles et d’imiter leur silence sur les sentiments intimes de Jésus et de Marie au moment de leur séparation : Magnus Dolor Filiæ Regis ah intus ! Il évitera ainsi une scène d’un pathétique facile et grandiloquent, qui traîne vraiment en longueur.

A côté de cela, que de belles scènes riches d’harmonies et de couleurs, où la simplicité et le naturel sont vraiment admirables, et qui sauraient inspirer des merveilles aux maîtres de la peinture î

Il faut citer la Cène qui est d’une majesté et d’une noblesse infinies, et qui constitue, peut-être, le tableau le plus émouvant. Elle a été, du reste, l’objet de soins tout particuliers de la part de M. Bailleux, car il veut que cette scène soit une éloquente et vivante prédication en faveur de l’Eucharistie et de la Communion fréquente. Et elle l’est, dans tous ses détails. L’impression qui s’en dégage est si forte, qu’elle a fait dire à un évêque qui, de son propre aveu, avait continué, en la voyant jouer, son action de grâces de la messe du matin, cette parole significative : « On devrait montrer ce tableau à tous les prêtres, pour leur enseigner comment il faut célébrer les saints Mystères. »

Que cela est grand et beau! et quelle action profonde cet « Humble Maître des Confrères de la Passion » peut exercer, avec ceux-ci, sur notre pauvre société que tant de mauvais spectacles avilissent et corrompent !

M. Bailleux le sait et il n’a qu’un but, comme il nous l’a dit lui-même : « Travailler au Règne de Dieu par le théâtre sacré, avec les « Confrères de la Passion » ; continuer par eux et avec eux, l’enseignement de l’Église, en atteignant dans le peuple, ceux-là qu’on ne peut toucher, et montrant constamment le Christ enseignant, agissant, répandant les sublimes paroles de ses saints Évangiles en des scènes vivantes, et frapper à la fois l’âme, le cœur et le jugement de chacun, certain de jeter dans ces cœurs le bon grain qui, s’il ne lève pas tout de suite, germera au soir de la vie chez l’homme qui aura vu. »

Sentiments admirables qui méritaient d’être révélés aux lecteurs du « Divin Crucifié », afin qu’ils prêtent à cette belle œuvre naissante, l’appui de leurs prières que M. Bailleux réclame toujours de ses auditeurs, à chaque représentation, à l’exclusion des applaudissements rejetés par lui comme une inutile manifestation: et une vaine gloire. Emmanuel Faure.

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DE CRUCIFIX DE JÜDES JÜJStlJSt

Un jour, dans le salon de Jules Janin, un de ses amis aperçoit un crucifix et lui dit avec mépris : « Que fais-tu donc de çà? — Çà, répondit Jules Janin en saluant, c’est le bon Dieu, c’est Jésus-Christ, et je ne veux pas, quand je serai près de mourir, qu’on soit obligé d’emprunter un crucifix à ma concierge. »

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Ton Sang, ô Jésus!

Abattue, épuisée au chemin de la vie,

Je viens à ton autel et je tombe à genoux.

Que ton sang me ranime... Oh! qu'il me vivifie Mon Jésus adoré, mon Sauveur, mon Epoux !

Hélas ! en ce moment la force m’abandonne ,

Tout gémit, tout est sombre en mon malheureux cœur,

Laisse-moi m’ abreuver de ton Sang qui redonne La paix dans l’abandon et la sainte vigueur.

Ton Sang, ton Sang, Jésus, c’est ma pensée unique,

C’est mon désir, ma soif, mon amour incessant Et le boire à ton Cœur, tendre coupe mystique,

Est le divin remède à mon pieux tourment.

Que je boive à longs traits cette onde salutaire,

Que je boive le jour, que je boive la nuit ,

Que ma soif devant Toi soit toute ma prière Et mon constant appel durant ce temps qui fuit.

Je veux m’unir à Toi, mon Jésus que J’adore,

Vivre de ton amour, consoler ta douleur ;

Ton Sang, toujours ton Sang... ton Sang, ton Sang encore ,

Est le lien sacré qui m’enlace à ton Cœur.

Chaque matin, j’irai vers la céleste Table Prendre ma part auguste à ce royal festin,

Apaiser un instant ma soif insatiable,

Des vierges savourer le délectable vin.

Et quand viendra cette heure entre toutes bénie Où je m’envolerai vers les portes du ciel,

Ma bouche, de ton Sang encore toute rougie ,

Implorera de Toi le baiser éternel!

Passiflora.

Souffrir pour l’amour de Dieu est une insigne faveur, dont par luimème l’homme est indigne. Mais l’homme ne comprend pas cela, car il remercie Dieu de la prospérité et ne prend pas garde que l’affliction serait une grâce bien plus grande. ( Saint Joseph de Copertino).

NOTES BIOGRAPHIQUES

sur la Sœur Maria Benedetta, moniale Cistercienne de Yiterbe

1836-1913 [suite)

eux vieux époux vivaient dans le voisinage de Dona Margarita Ridolfi. Ils possédaient une statue de l’Enfant-Jésus, un Bambino, comme on dit à Rome, réputé miraculeux. Il a toute une histoire. Je la raconterai plus tard. Remarquant la piété et toutes les aimables qualités de Pénélope, ces dignes romains résolurent de lui confier leur vénéré Bambino , persuadés qu’il ne pouvait tomber en meilleures mains, et avec l’espoir que la jeune fille saurait le faire honorer. Ils ne prévoyaient cependant pas quelle célébrité mondiale il allait acquérir en devenant l'héritage et l’inséparable compagnon de celle qui devait être son apôtre dans tout l’univers.

Un jour, un franc-maçon, trop connu par sa haine de l’Eglise et par ses incessants blasphèmes, vient pour causer d’affaires avec Dona Ridolfi. Pénélope, qui connaît l’état de son âme, arrive aussitôt avec son Bambino et demande au visiteur de bien vouloir le tenir un instant.

— Je ne veux pas de cette ridicule poupée, s’écrie le malheureux.

— Faites-moi le plaisir de le porter quelques minutes, insiste la jeune fille, et elle le dépose vivement dans les bras de cet homme et s’éloigne bien vite en priant pour sa conversion. Jésus entend ces supplications de l’innocence. 0 miracle ! la statue s’anime, ses regards sont doux et suppliants, les larmes inondent ses yeux, Jésus pleure... Et sa grâce toute puissante convertit le pécheur. 11 est à genoux, il pleure lui-même, se frappe la poitrine et ne se relève que pour devenir un fervent chrétien, un serviteur fidèle de l’Église et du Pape.

J’ai entendu moi-même raconter ce fait extraordinaire par la Sœur Maria Benedetta peu de mois avant sa sainte mort. Que de fois il s’est renouvelé sous une forme ou sous une autre en faveur des nombreux pécheurs que la moniale a ramenés à Dieu par ses prières, par ses souffrances et par son miraculeux Bambino!

Cependant l’année 1854 allait faire lever sur Rome et sur le monde un jour d’ineffable allégresse. La définition du dogme de l’immaculée Conception fut à Saint-Pierre une fête incomparable. Pénélope en vit les splendeurs. Elle aimait à rappeler comment, au moment même où Pie IX prononça les solennelles paroles qui consacrent le privilège auguste de Marie, le soleil, fendant les nuages, irradia le dôme de Michel-Ange d’éblouissants rayons et vint transfigurer la figure baignée de larmes du Saint-Père. Toutes les cloches de Rome sonnaient en joyeuses volées, le canon de Saint-Ange tonnait, les balcons et les fenêtres se décoraient de verdure, de tapisseries et de tentures. Dans la soirée, la Ville éternelle resplendit de mille feux, depuis la plus pauvre maison qui allumait quelques étoiles en l’honneur de l’immaculée, jusqu’aux splendides basiliques qui portaient dans le ciel leurs dômes étincelants. Des orchestres et des chœurs jetaient leurs airs

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triomphants aux échos de la nuit plus brillante que le jour. Pénélope elle-même dirigeait un de ces chœurs sur le portique de Notre-Dame délia Pace . Elle-même aussi, de ses mains habiles, avait décoré et illuminé les fenêtres du modeste appartement de sa tante.

Si l’aimable jeune fille ne possédait pas les richesses de la terre, elle était comblée des dons plus précieux de l’intelligence, de la nature et de la grâce. Sa beauté parfaite relevée par la pudeur et la modestie, ses talents artistiques connus, ses manières pleines de distinction et de simplicité lui attiraient facilement les cœurs.

Plusieurs partis avantageux se présentèrent, surtout un noble baron romain dont la fortune considérable, les qualités sérieuses, le rang élevé promettaient à Pénélope un avenir heureux et brillant.

Heureuse et fière, sa tante insiste, persuadée qu’elle travaille au bonheur de celle qu’elle aime comme son enfant et qui lui rend en filiale et délicate affection tout le bien qu'elle en reçoit. Pour la première fois Pénélope lui résiste. Son cœur déjà ne lui appartient plus. Elle l’a donné à Celui qui l’a fait si grand, et qui seul peut remplir sa soif d’amour infini et éternel. Jésus sera son seul époux, son unique bienaimé.

Forte de sa résolution, elle résiste à tous les assauts de la chair et du monde. La lutte est vive et persévérante, mais la timide colombe est devenue forte comme un lion. Fortin est ut mors dilectio (l'i.

Elle est soutenue par un directeur spirituel, sage, prudent, éclairé. À ce moment, comme aujourd’hui du reste, le monastère des Passionnistes, au Cælius, était en grande réputation de ferveur. L’esprit d’amour et de sacrifice qui anima le Fondateur, saint Paul de la Croix, revit dans ses fils. C’est à l’un d’eux que Pénélope, conduite par un instinct spirituel qui ne la trompa jamais, a confié la direction de son âme. Celui-ci exerce depuis des années déjà sa pénitente à la pratique des solides vertus. C’est vers la vie parfaite et l’observance des conseils évangéliques qu’il dirige ses pas généreux. D’aucuns penseront que c’est dans une vie active qu’il convient de mettre en relief les rares talents et les précieuses qualités de la fiancée du Christ. L'Esprit, de Dieu souffle où il veut (2), et c’est à la vie purement contemplative qu’il l’a prédestinée.

A Viterbe, à 84 kilomètres de Rome, fleurit un monastère de Cisterciennes dit délia Duchessa. Les règles austères de saint Bernard y sont rigoureusement observées, les offices de jour et de nuit fidèlement psalmodiés, les exemples de sainteté nombreux et contagieux. C’est là que la jeune romaine, dans tout l’épanouissement de la jeunesse, vient humblement postuler. Le Père Passionniste lui avait dit : « Allez au cloîtré, mon enfant, vous y rencontrerez la croix, mais l’Eucharistie vous en adoucira le poids; Jésus veut vous être à jamais un époux de sang (3). » C’était plus qu’une direction, c’était une prédiction. La douce enfant n’en pénétra pas alors le sens profond, mais toute sa vie de souffrance et de martyre lui en fournira un saisissant et perpétuel commentaire.

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