CHAPITRE DOUZIEME
Examen scientifique du Saint-Suaire {suite).
ous sommes arrivé à la conclusion suivante : Du moment où il est établi qu’un faussaire n’aurait pas pu, ni par la peinture, ni par le moule, ou le poncis, obtenir les images du Suaire, il s'ensuit que ces images sont ce qu’elles paraissent être, c’est-à-dire des empreintes. Un corps a réellement été couché sur ce linceul, dans la position indiquée par les images qu’il porte.
Cela nous donne-t-il, tout de suite, la certitude que nous ne pouvons pas nous trouver en présence de l'œuvre d’un faussaire? Non, pas encore. Un procédé frauduleux aurait pu être mis en exercice par un habile homme qui, cherchant à présenter Je Linceul avec les empreintes de ce dernier, aurait eu l’idée d’enduire de quelque substance colorante, par exemple de sanguine, un corps humain, et de l’envelopper dans un suaire. Si pareille opération avait pu donner de bons résultats, elle aurait été évidemment plus simple que de simuler, par la peinture, les conditions d’une empreinte, Malheureusement le fraudeur n’aurait pas été mieux servi par ce procédé naturel, et nous allons voir ce qu’il aurait obtenu s’il avait essayé d’un enveloppement pour arriver à une empreinte par contact.
Cette expérience a été faite, sur un sujet bénévole, par un médecin italien, le D1 P. Caviglia : les résultats ont été pitoyables. Elle fut reprise par le Dr Paul Vignon qui ne fut pas beaucoup plus heureux, quoique son expérience eût été faite à la Sorbonne avec un soin tout particulier.
M. Vignon pensait qu’on peut, en vérité, obtenir l'empreinte, par contact, d'un corps humain, non pas en l’enduisant d'un corps gras, ce qui ne donnerait que des taches informes, mais avec de la sanguine. Une terre ferrugineuse, analogue à la terre de Sienne brûlée ou à l'ocre rouge, réduite en poudre impalpable, adhère-
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rait assez solidement à la toile sur laquelle on aurait réalisé l’empreinte : pour rendre cette adhérence définitive, c’est-à dire pour fixer le dessin, il suffirait d’inonder le drap avec une solution gommeuse extrêmement étendue.
Mais quelle sera l’efficacité d’une pareille méthode d’impression? Non sans de grandes difficultés on peut obtenir, pour les membres et le corps, un résultat satisfaisant. Il n’est pas impossible, en effet, à un opérateur expérimenté, d’appliquer son linge de façon qu’il se produise sur les bords des dégradations parfaitement nuancées, en évitant les enveloppements trop considérables qui élargiraient l’image.
Il suffira, pour cela, d’appuyer énergiquement le drap sur les régions médianes, et d’envelopper très légèrement les régions fuyantes, en exerçant sur l'étoffe des passes de plus en plus ménagées. Le [tou des contours se fera ainsi pour ainsi dire de luimême. La chose s’applique à l’empreinte antérieure, mais elle n’est plus vraie, on le comprend, pour l’image que reçoit la portion du drap sur laquelle le corps est étendu. Il n’y a plus à invoquer ici les compressions ménagées qu’exerçaient les régions fuyantes. Au contraire, partout où il se produira un écrasement notable des chairs, l’empreinte sera plate dans sa région interne; en même temps, sur ses bords, elle sera nettement sertie. Il sera donc nécessaire de frotter ces bords avec le doigt, pour en estomper le contour.
Si délicat que ce travail paraisse, il n’est pas irréalisable et prouve qu’un fraudeur aurait pu arriver, ainsi, à fabriquer pour les membres et le corps, des images équivalentes à celles du Linceul de Turin, à l’exception, toutefois, du rendu des blessures. Il parait évident, en effet, ainsi que l’explique M. Vignon, que l’image des plaies n’aurait pas pu être obtenue par simple contact. Les caillots ne se seraient pas imprimés, puisqu’ils auraient été secs ; quant aux ecchymoses fraîches, la sanguine les aurait empâtées et séchées, de la même façon qu’on sèche l’encre avec de la poudre ; elles n’auraient donc pas non plus laissé leur trace.
Mais si l’on peut arriver à un résultat pour le corps, il est absolument impossible , par simple contact , de reproduire une tête humaine avec quelque correction.
Nous laissons entièrement, ici, la parole à M. Vignon (1).
« Nous allons supposer le fraudeur à l’œuvre, cherchant à obtenir l’empreinte du visage, telle qu’on l’observe effectivement sur le Saint- Suaire. Notre première remarque est celle-ci : sur les côtés, à partir des pommettes, la face n’est pas entrée en contact avec le linge ; c’est
{1) Dr Paul Vigno.y : Le Linceul du Christ : étude scientifique, Masson, Paris.
la preuve que le clrap n'a pas été libre d’envelopper la tête. En second lieu, nous voyons latéralement deux mèches de cheveux qui se présentent comme si elles élaient agglutinées et roidies. Ces cheveux sont au même niveau que les pommettes. Puisque le corps était étendu sur le dos, si les mèches avaient obéi naturellement à la pesanteur, elles se seraient affaissées sur la masse principale de la chevelure qu’a reproduite très nettement l’empreinte dorsale. 11 faut donc que par quelque moyen mécanique, ces deux bandes de cheveux aient été soutenues en l’air, en même temps que l’étoffe. La rigidité qu’elles auraient pu acquérir, en se trouvant, par exemple coagulées par de la sueur et de la poussière, n’aurait pas suffi à produire ce résultat.
Mais nous avons une seconde raison pour affirmer que réellement des coussins ou autres objets analogues avaient été placés sur les côtés de la tête. En effet, sur l’empreinte antérieure, l'image des épaules ne s’est pas produite : c’est donc que le drap ne touchait pas cette partie du corps; en conséquence, il fallait que, départ et d’autre de la tête, il fût maintenu à peu près sur le même plan que la face, tout en venant reposer, un peu plus loin, sur la région des pectoraux.
Après avoir réalisé le dispositif dont nous venons de constater la nécessité, le fraudeur n’aura pas commis la faute de permettre au drap d’envelopper le nez, ni de s appliquer sur les creux du visage aussi intimement que sur les saillies. Non : il aura tendu le linge avec grand soin, en le fixant par ses bords latéraux. 11 lui aura suffi ensuite de laisser le drap s’appliquer de lui-même sur l’arête du nez, sur le front, sur le menton, sur les pommettes aussi ; puis, pour obtenir le plus de modelé possible, il aura forcé le drap à venir très légèrement au contact des régions fuyantes, telles que les faces latérales du nez ; il aura tâché que l’étoffe effleurât les lèvres avec une grande délicatesse. Dans ces conditions, les globes oculaires auront pu donner, eux aussi, une image à la fois perceptible et point trop insistée.
Comment savons-nous si bien ce qu’aurait fait le fraudeur de Lirey, s’il avait eu à réaliser mécaniquement les empreintes du Suaire et s’il avait procédé avec tout le soin désirable? Nous sommes renseigné pertinemment à cet égard, puisque l’épreuve a été tentée sur nousmême à la Sorbonne. Je me suis étendu sur une table d’opération ; mon visage a été consciencieusement enduit de sanguine. Il en a été de même de la barbe postiche que j’avais collée sur ma figure, afin de me rapprocher autant que possible, des conditions révélées par l’empreinte, afin, aussi, de ramener à un plan toute la partie inférieure de la face. M. le Dr E. Hérouard., maître de conférences à la Sorbonne, ainsi que mon collègue et ami, M. Robert, agrégé de l’Université, ont bien voulu procéder eux-mêmes à la confection de l’empreinte. Ils connaissaient parfaitement les images du Saint-Suaire et désiraient se rendre compte, par eux-mêmes, des portraits que les simples actions de contact sauraient réaliser.
Nous avons radicalement échoué dans notre tentative pour reproduire, par un procédé mécanique aussi sommaire, les images du Linceul. La moins mauvaise de nos empreintes est atroce.
Les proportions générales du visage sont irrémédiablement faus-
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sées (1). C’est en vain que l’opérateur s'efforcerait ultérieurement d’effacer telle tache, de compléter tel détail du modelé. 11 serait impossible ici de considérer l’empreinte brute comme une ébauche, dont on n’aurait plus qu’à améliorer le rendu, jusqu’à ce qu’on réalisât l’expression cherchée. Les peintres savent qu’un portrait est tout entier en puissance dans la première esquisse, comme le livre dans l'idée maîtresse. Si l’ensemble est incorrect, il n’y a plus qu’à déchirer au plus vite l’œuvre commencée. A travailler sur des dessous dont l’harmonie est fausse, on perd bientôt jusqu’au pouvoir de se juger soi-même : inconsciemment l’œil déforme le modèle pour le ramener aussi près que possible de la copie qu’on n’a pas eu l’utile courage de sacrifier.
Il est bien inutile, après ce que nous venons de dire, d’entrer dans le détail, de montrer que la barbe n’a pas pu s’imprimer, quoiqu’elle fût surchargée de sanguine et que, par-dessous, je la soutinsse fortement, pour rendre plus intime son contact avec le linge. Inutile aussi de tâcher d’établir quelque parallèle entre nos essais et le Saint- Suaire, en alléguant par exemple que sur celui-ci comme sur ceux-là, les contours extérieurs se perdent insensiblement dans le fond incolore de l’étoffe, ou encore en faisant remarquer que les lèvres se sont reproduites moins grossièrement qu’on n’eût pu croire. Nous réalisons bien un modelé périphérique et un modelé intérieur, mais comme les traits se déplacent, notre portrait n’est qu’une caricature.
Ce qui est trop évident, c’est que le fraudeur de Lirey, réduit à opérer comme nous l’avons fait, n’aurait jamais obtenu le portrait que traduisent les photographies. Précisément, sur ce portrait, si les détails sont peu marqués, les proportions sont admirablement conservées ; l’impression produite réside à peu près uniquemeni dans la parfaite harmonie de l’ensemble. Nous avons sous les yeux l’ébauche puissante, condition essentielle de la beauté de l’œuvre : souvent les finesses de l’exécution compromettent cette œuvre bien plus qu’elles ne la servent. »
Ainsi donc, sur le Saint-Suaire, la tête n’a pas été imprimée par les moyens qui viennent d'être indiqués. Sans doute, le fraudeur aurait pu, par simple contact, obtenir le corps et les membres tels qu’ils apparaissent sur les images du Suaire ; mais puisqu’il n’était pas en son pouvoir d’exécuter la tête, l’hypothèse est condamnée.
Personne ne voudra supposer que le corps d’une part, la tête de l’autre, aient été réalisés différemment : en effet, sur tout l’ensemble du Linceul, le modelé obéit à la même loi géométrique et présente les mêmes caractères. Au reste, il faut penser que si le fraudeur s’était avisé d’employer ce procédé d’enveloppement pour
(1) Les traits sont déplacés, les yeux abaissés très près des ailes du nez, les joues enflées la bouche est éloignée du nez, etc. Sur le Suaire, au contraire, les yeux sont placés très haut; le visage, un peu étroit vers le bas et rectangulaire, est cependant d’une beauté pleine de grandeur qui, étant donnée l’absence de détails, réside uniquement dans la parfaite harmonie de l’ensemble.
obtenir des empreintes, il se serait contenté de son résultat, si médiocre fût-il, car son œuvre échappait à toute critique aussi longtemps que la photographie ne serait venue l’intervertir en rendant lisibles ses images négatives. Celles-ci auraient bien valu celles du Suaire, puisque ni les unes ni les autres, ne possèdent, telles qu’elles, aucune beauté. C’est en renversant, parla photographie, les images du Suaire qu’on obtient quelque chose de vraiment grandiose, contenu en puissance dans les empreintes du Linceul ; mais comment le fraudeur aurait-il pu faire cette contre-épreuve et, d’après elle, corriger son négatif imparfait? A partir du moment, d’ailleurs, où il aurait tâché de rectifier son empreinte et de simuler, pour la tête, ce qu’il ne pouvait pas obtenir directement, si habile fût-il et quelque mérite artistique qu’il possédât, il ne devenait plus qu’un fraudeur peintre, et nul peintre, nous l’avons démontré, n’a pu exécuter, par des moyens empruntés à la technique de son art, les images du Saint-Suaire.
(. A suivre.) Emmanuel Faure.
Une noux/slle broehure sur le Saint-Suaire
Nos lecteurs qui se sont intéressés aux grands problèmes scientifiques qu'a posés l’étude du Saint Suaire, et qui connaissent les admirables travaux du Dr Paul Vignon sur cette question, savent quelle part importante M. le commandant Golson, répétiteur de physique à l’Ecole polytechnique, a prise dans c s travaux qui prolongeaient, pour ainsi dire, ceux auxquels il s’était livré antérieurement. M. Colson, en effet, est l’auteur d’une revue très complète des Actions à distance capables d influencer les couches photographiques. Et ce sont ces actions à distance qui ont permis d’établir la loi de projection à laquelle les savants rattachent les empreintes du Saint-Suaire. Les expériences de M. Colson ont fourni des résultats physiques homologues aux traces visibles sur le Linceul et ont servi à édifier la thèse scientifique du Saint- Suaire qui authentifie admirablement ce dernier.
M. le Commandant Colson s’est acquis, par là, la reconnaissance et l’admiration de tous les amis du Saint-Suaire, et voici qu’il vient d’ajouter un motif nouveau à notre gratitude en composant une brochure (1) ayant pour titre : Le Saint-Suaire de Turin en 1914. — Le portrait du Christ { in-8° de 56 pages, avec 4 photographies représentant la tête et le corps du Christ en négatif et en positif).
C’est un exposé général, quoique très résumé, de la question du Saint- Suaire au point où elle est parvenue aujourd’hui, sous une forme à la portéede tous, avec, les résultats de recherches encore inédits. Voici Tordre des chapitres : 1° description du Saint- suaire ; 2° récit de l’ensevelissement du Christ d’après les Evangiles ; 3° indications historiques ; 4° révélation produite par la photographie en 1893 ; 5° étude scientifique montrant que le Saint-Suaire n'est autre que le Linceul du Christ, et expliquant comment l’image a pu se former dans les circonstances décrites par les Evangiles; 6° objections et réponses ; 7° conclusions.
Nous félicitons M. Colson de ce nouveau travail que nous sommes heureux de recommander à nos lecteurs. 11 leur fournira une arme précieuse pour faire connaître autour d’eux le Saint-Suaire, et pour mieux le défendre quand ils l’entendront attaquer.
(1) Elle sera publiée dans quelques jours par les soins de M. Oudin à Paris. Nos lecteurs la trouveront dans les bureaux de la Maison du Bon-Pasteur, 228, Boulevard Péreire, Paris. Prix : 1 fr. 75; franco : 1 fr. 85.
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JVIarie et le Calvaire
arie est debout près de la Croix pour unir son oblation à celle de son Fils, et aussi pour porter en union avec lui tout le poids de l’expiation réclamée par la Justice divine; la faute ayant été commune, commune aussi en sera la peine. Et en effet, Marie compâtit au divin Crucifié non en partageant matériellement ses douleurs, mais en souffrant avec lui uniquement de toutes ses douleurs, avec les mêmes sentiments, dans les mêmes intentions et pour les mêmes fins. Elle souffrit en réalité tous les maux et toute l'ignominie de la Croix si bien que la cause de sa Compassion n’est autre que la Passion, qu’on verrait imprimée en caractères sanglants dans son cœur, s’il venait à s’ouvrir. « O Notre-Dame, s’écrie saint Bonaventure, où étiez-vous? Était-ce seulement près de la Croix? Assurément, vous étiez plutôt sur la Croix avec votre Fils, attachée contre lui à cette Croix. La différence est qu’il y était de corps et vous, de cœur. Là, ô ma Souveraine, votre cœur fut percé par la lance, couronné d’épines; là il fut bafoué, chargé d’ignominies, abreuvé de fiel et de vinaigre. Pourquoi, ô Marie, vous êtes-vous immolée pour nous? La Passion du Fils n’aurait donc pas été suffisante, si la Mère n’avait pas été crucifiée. (1) « Assurément la Compassion n’était pas nécessaire, mais elle appartenait de droit à la Mère, elle fut véritablement une partie de sa vie et dès lors elle ne pouvait point ne pas se manifester.
Mais tant de douleurs, endurées en communion avec son Fils, ne suffisent-elles pas pour assurer à Marie le titre de martyre. Si tant d’autres ont été martyrs parce qu’ils sont morts pour Jésus, Marie ne l’a-t-elle pas été aussi parce qu’elle est morte avec Jésus? Jésus, en effet a été, dans toute la plénitude du sens, martyr et Roi des martyrs, car il a été mis à mort pour rendre témoignage à la vérité. Or Marie, ayant souffert des douleurs mêmes de Jésus et pour la même cause, partage donc réellement son martyre. Sans doute, elle n’est pas morte sur le Calvaire, sans doute encore la rage des Juifs ne l’a pas atteinte directement, mais d’une part elle doit sa préservation, non à l’insuffisance de sa douleur, mais à une force divine qui seule l’a soutenue contre les assauts d’une mort certaine. D’ailleurs pour être énergique, profonde, immense, la douleur n’a pas besoin d’une plaie sanglante. Marie était mère. Mais est-ce que dans son cœur, instrument d’une sensibilité excessive, la mère n’est
(1) Stimuli Amoris. S. Bonav. t. XII, p. 638.
pas toujours prêle à recevoir le contre-coup des souffrances qu’endurent ses enfants? Est-ce que les anciens n’avaient pas raison de dire : « Plus la mère est tendre et dévouée, plus elle est disposée et prompte à la douleur. » Et quelle mère fut plus tendre et plus dévouée que Marie? D’autre part en poursuivant et en crucifiant Jésus, les Juifs poursuivaient et crucifiaient en réalité sa Mère et c’est pourquoi l’Église a proclamé Marie, Martyre et Reine des Martyrs.
La Compassion fut de plus une partie intégrante de la Passion en ce sens que l’une accroissait réellement l’autre. En dehors de l’abandon de son Père dans sa Passion, il n’y eut pas pour Jésus une souffrance égale à celle que lui causait le spectacle de la Compassion de sa Mère, Compassion dont il savait être lui-même l’auteur. C’était lui, en effet, qui versait les douleurs de son âme dans l’ame de Marie, à chaque ignominie, à chaque outrage, à chaque angoisse et qui les reversait eusuite dans la sienne, sans les enlever à Marie, si bien que la Compassion de Marie était en quelque sorte la Passion de Jésus, réelle et sentie dans son propre cœur, ainsi que l’expriment si bien ces paroles de la Mère de Dieu adressées à sainte Brigitte : « L’affliction de Jésus était mon affliction, parce qne son cœur était mon cœur. Car de même qu’Adam et Eve ont vendu le monde pour un seul fruit, de même mon Fils et moi nous avons racheté le monde par un seul cœur. »
Partie intégrante de la Passion, la Compassion est encore un vrai sacrifice, au même titre que la Passion. De part et d'autre, en effet, il y a une Divinité à qui l’offrande est présentée, une victime offerte, un sacrificateur. Par conséquent de même que la Passion est le sacrifice de Jésus sur la Croix, la Compassion est le sacrifice de Marie, près de la Croix. Debout ! pour être plus près de son Bien- Aimé. Debout! pour mieux s'unir à ses douleurs. Debout! pour lui dire qu’elle souffrait avec lui et comme lui, qu’elle épousait toutes ses intentions miséricordieuses, qu’elle unissait ses propres maux à ses maux, qu’il n’y avait de la Mère et du Fils qu’un seul sacrifice pour la rédemption de l’humanité. En vérité qui ne serait touché de voir la Vierge innocente ainsi confondue avec l'Agneau sans tâche dans une même immolation, de telle sorte que le monde a été racheté par la Passion de Jésus, et aussi pouvons-nous le dire sans témérité aucune, par la Compassion de sa Mère. Ces deux choses n’étaient qu’une oblation simultanée, offerte au Père éternel par deux cœurs sans tache, les Cœurs de Jésus et de Marie, pour les péchés d’un monde coupable, dont ils avaient librement accepté les démérites. Il n’y eut jamais aucune douleur humaine, sanctifiée, unie et mêlée avec la douleur de Jésus qui rachetait le monde, comme le fut la Compassion de sa Mère.
Assurément, Marie ne fut point seule à compatir sur le Calvaire
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au sacrifice de Jésus. Marie-Madeleine, Marie de Cléophas et Jean étaient près d’elle, abîmés dans la douleur. Et cependant comme leur Compassion estdifférente de la Compassion de la Mère de Dieu ! Elle n’est pas comme celle de Marie le dernier complément d’une douleur conçue le jour même de l’Incarnation et croissant d’heure en heure, à mesure que s’approchait le dénouement prévu. De plus, elle n’est pas la souffrance d’une mère vierge, d’une mère aimant son Fils de tout l’amour dont peut brûler un cœur humain pour le fruit unique de ses entrailles, à la fois Dieu et homme. Enfin et surtout elle n’est pas une compassion qui s’étende à toutes les douleurs de Jésus, car la Passion du Sauveur n’était pas tout entière écrite sur son corps déchiré et sanglant, il y en avait une autre, la Passion intérieure, la Passion du cœur incomparablement plus profonde et plus poignante, mais invisible, et c’était précisément celle-ci qui, échappant aux regards, était une énigme pour les disciples à qui le mystère de la Croix n’avait pas encore été clairement dévqilé.
Plus privilégiées que les amis du Calvaire, bien des âmes dans le cours des âges, ont reçu la grâce de compâtir non seulement à la Passion extérieure du divin Crucifié, mais encore à ses angoisses les plus intimes. Et cependant, ici encore, quelle différence entre leur Compassion, si douloureuse fut-elle, et celle de Marie! Leur Compassion, en effet, était née, sans doute, de la contemplation des souffrances de Jésus, mais des souffrances depuis longtemps passées, évanouies. Ces pieux contemplatifs n’étaient pas, en réalité debout, près de la Croix dressée devant eux ; ils n’ont pas assisté en fait au Crucifiement, et surtout ils n’ont pu pénétrer aussi profondément que Marie dans les douleurs insondables du Divin Crucifié. Aussi pouvons-nous affirmer de nouveau que jamais aucune créature, toute prévenue qu’elle ait été des faveurs divines, n’a souffert comme Marie, que l’Église proclame si justement la Reine des Martyrs.
Mais s’il en est ainsi, pourquoi donc aucun des évangélistes ne fait-il mention des douleurs de la Sainte Vierge? Pourquoi se taisent-ils sur un sujetsi important et si mystérieux? Lorsque Timanthe voulut représenter le sacrifice d’Iphigénie, il peignit d’abord les proches parents de la victime rangés autourde l’autel et en proie à la plus vive douleur, mais il recouvrit d’un voile le visage d’Agamemnon, signifiant par là l’impuissance de la peinture à représenter la douleur d’un père témoin de l’immolation sanglante de son enfant. Il en fut ainsi pour les Évangélistes. Saint Luc lui-même, ce peintre habile qui nous a si bien retracé les autres mystères de la vie de Marie, n’a pas osé faire la moindre esquisse du tableau de ses douleurs. De même saint Jean, qui seul constate la présence de Marie au pied de la Croix, et qui rapporte les paroles de Jésus
LE DIViX CRUCIFIE
à sa Mère, garde un silence absolu sur les souffrances de cette divine Mère.
Seul donc, ô Jésus, vous connaissez toute l'immensité de la douleur de votre Mère, parce qu’un Dieu seul peut mesurer toute l’étendue de la douleur de la Mère d'un Dieu.
Charles Bihel.
Le Crucifix de Madame Louise de France
En mai 1774, Louis XV se sent frappé d’une maladie mortelle. Mmédu Barry, la courtisane est toujours près de lui. Le prince va-t-il mourir dans l’impénitence ? Non, là-bas, derrière les grilles du carmel de Saint-Denis, sa fille intercède pour lui. Madame Louise de France n’a-t-elle pas quitté la cour, n’a-t-elle pas revêtu la bure, pour obtenir la conversion de son père?
C’est son crucifix qui sera l’instrument de cette conversion tant désirée. Dès que la recluse apprend que le roi est en danger, elle lui fait parvenir ce cher crucifix que le Pape lui a indulgencié in articu/o mortis.
Le 4 mai, elle écrit : « Ce jour est celui de sainte Monique, mère de saint Augustin, mon patron. Demain est le jour de sa conversion : j’espère que je me verrai, sous ce rapport, la fille d’un autre Augustin. »
Elle avait raison d’espérer. Le crucifix de la Carmélite toucha le cœur du prince. Ce jour-là même, la favorite était congédiée. Le lendemain, 5 mai, le roi se confessait et recevait l’absolution. Le vendredi, 6 mai, le cardinal Grand-Aumônier apportait le saint Viatique. A la vue du ciboire, le roi se découvre, rejette ses couvertures et essaie de s’agenouiller. Comme on veut l’en empêcher, il répond avec animation : « Quand mon grand Dieu fait à un misérable comme moi l’honneur de venir le trouver, c’est le moins qu’il soit reçu avec respect. »
Après la communion, le cardinal se tourne vers l’assistance, et, par ordre du roi, lit cette formule concertée : « Quoique le roi ne doive compte de sa conscience qu’à Dieu seul, il déclare qu’il se repent d’avoir causé du scandale à ses sujets, et qu’il ne désire vivre encore que pour le soutien de la religion et le bonheur de son peuple ». Le roi interrompit l’officier au mot se repent , et, se soulevant sur l’oreiller : « Monsieur le cardinal, répétez ceci, répétez-le bien »
Le repentir témoigné par le souverain ne se démentit pas. Louis XV ne cessa plus jusqu’à sa mort d’invoquer Dieu et d’embrasser le crucifix de Madame Louise.
C’est ainsi que, malgré de longs égarements, le roi coupable vit sa dernière heure consolée par les embrassements de ce Christ, tant de fois baisé par les lèvres, tant de fois arrosé par les larmes de sa chère Carmélite.
J. Hoppenot,
REVUE DE LA SAINTE-FACE
Ml
Le bon larron
Gravure du XVIIe siècle
Le premier martyr de la Croix, après Notre-Seigneur, fut le bon larron.
Pendant que le mauvais larron blasphémait : « Si tu es le Christ, sauve-toi toi-même et nous avec toi », le bon larron le reprenait fraie r-
nellement : « Tu ne crains donc pas Dieu, toi qui subis la même condamnation ? Nous, du moins, c’est justement que nous souffrons et qu’avec notre supplice nous portons la digne peine de nos crimes, mais Lui ! quel mal a-t-il fait ? »
Il y avait dans cette exclamation le repentir, la résignation et même l’amour; comment le divin Maître n’eùt-il pas été touché? Le pardon pouvait-il tarder avenir? II vint, en effet, et quand le bon larron, se tournant vers le divin Maître lui dit : « Seigneur, souvenez-vous de moi lorsque vous serez dans votre royaume! — En vérité, répondit Notre-Seigneur, je vous le dis, aujoud’hui même, vous serez avec moi dans le Paradis. »
« Heureux larron, s’écrie saint Augustin, qui poursuit sur la croix ses larcins : sur cette vigne fructifère, il vendange l’immortalité ; sur ce trône royal, il recueille le royaume céleste ! »
Précieuse faveur accordée aux lecteurs du “ Divin Crucifié ”
et spécialement aux Zélateurs de la Sainte-Faee
Pendant tout le Carême et durant toute la semaine de Pâques, l’image grand format de la Sainte-Faee sera laissée à 2 fr. 75 au lieu de 5 fr. 50,
Par six exemplaires à la fois, 15 francs net, au lieu de 33 francs.
Pour les Zélateurs de la Sainte-Face seulement, — afin de leur permettre un plus vaste apostolat, — nous laisserons les six images à 10 francs au lieu de 15 francs.
Cette faveur exceptionnelle et provisoire de 10 francs pour six gravures sera faite non seulement aux zélateurs inscrits jusqu’à ce jouiv mais encore à tous ceux qui se feront inscrire comme zélateurs pendant le Carême.
Nous demandons à tous, zélateurs et abonnés , de vouloir bien, en retour des sacrifices que nous nous imposons, faire connaître la Revue du Divin Crucifié autour d’eux, [.es intérêts de notre Revue sont trop étroitement liés à ceux de la Sainte-Face de Jésus, dont elle est l’organe et l’apôtre, pour que nous ne les confondions pas dans un même apostolat. Que tous s’engagent donc à faire lire la Revue , pendant le Carême, à deux lecteurs nouveaux, au moins, qui ne la connaissent pas encore, et à s’efforcer de nous envoyer le nom d’un nouvel abonné.
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ŒUVRE SACERDOTALE des Prêtres âgés, malades ou malheureux
Nous exprimons notre spéciale reconnaissance aux âmes généreuses qui ont répondu spontanément à notre premier appel, en nous adressant deux magnifiques statues, des ornements sacerdotaux, une aube, deux nappes et du linge d’autel, ainsi que de nombreuses intentions de messes,
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