‹ Le Divin CrucifiéChapitre 8 sur 167 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

Examen scientifique du Saint-Suaire [suite).

0ous n’aurions pas renseigné suffisamment nos lecteurssur cette question : le Saint-Suaire est-il une peinture? si nous ne mettions sous leurs yeux les pages suivantes de M. Arthur Loth. Elles sont tirées de son dernier ouvrage : « La Photographie du Saint-Suaire de Turin » (1), qui prouve incontestablement l’authenticité du saint Linceul.

« Une fois la sincérité de la photographie de Turin établie, la question de l’authenticité du Saint-Suaire est tranchée ; car la supposition d’une peinture, sur laquelle se fonde l’opinion adverse, n’est même plus admissible.

Le dilemme se pose, en effet, ainsi : ou l’artiste contemporain de l’apparition du Suaire à Lirey, en 1353, a peint en négatif , telles qu’on les voit actuellement, les. images du corps humain, sur la toile qu’il voulait faire passer pour le linceul du Christ, ou il les a peintes en positif, telles qu’elles sont apparues sur le cliché photographique de l’opérateur de Turin en 1898. Dans les deux cas, la photographie ellemême répond.

Supposons, contre toute vraisemblance, qu’un peintre du xive siècle ait pu avoir, cinq siècles avant l’invention de la photographie, l’idée d’un négatif photographique, et qu’il ait exécuté sa peinture qui, par elle-même, offrait nécessairement un aspect difforme et choquant, uniquement pour tromper et faire croire aune empreinte naturelle, quand on viendrait un jour à la photographier; supposons qu’il ait pu, pour réaliser son œuvre, se procurer ou concevoir un modèle poussé aussi loin que sont les images négatives que montre aujourd'hui la photographie, eh bien, malgré toute l’habileté et tout le génie de divination qu’on voudra lui prêter, il n’aurait jamais réussi, on peut l’affirmer, à exécuter, en peinture, un négatif qui aurait produit le positif que la photographie nous a donné. Et la preuve en est que si l’on exécutait aujourd’hui, avec le modèle lui-même sous les yeux, et la loupe à la main, une réplique en couleur ou en dessin des images négatives que nous avons, on n’obtiendrait pas, en la photographiant, le positif que-

(1 ) Arthur Loth : La Photographie du Saint-Suaire de Turin. Librairie Oudin, Paris.

REVUE DE LA SAINTE-FACE

la photographie directe du Saint-Suaire a donné. Il y manquerait les mille détails, imperceptibles à l’œil et même à la loupe, existant en puissance dans l’empreinte naturelle, et que la photographie seule a pu mettre en valeur. On peut en faire l’eipérience. Jamais on n’obtiendra, avec le négatif le plus habilement fait, d’après les images mêmes du Suaire, l’équivalent en positif de ce que ces images ont donné par la photographie. Cette contre-épreuve est décisive.

Si l’artiste du xive siècle n’a pas exécuté le Suaire de Lirey en négatif , il l’a peint nécessairement en positif. Mettons de côté, ici encore, l’invraisemblance qu’il y aurait à supposer qu’un peintre champenois ou bourguignon de cette époque ait pu, par une exception unique au xive siècle, exécuter un corps d’une anatomie aussi parfaite, au jugement des artistes actuels, que celui des images du Suaire de Turin, un visage aussi beau et aussi bien modelé que celui que la photographie a révélé sur le Suaire, un personnage au type et au corps aussi caractéristiques de la race orientale que celui que montre le précieux linge, même, dans ce cas, il n’aurait pu réussir à faire en peinture ce positif assez fouillé, assez précis et assez détaillé pour que, si on l’eût photographié, il eût donné un négatif tel que, avec ce négatif, on aurait obtenu sur le cliché un contre-type qui fût également l’équivalent intégral et parfait du positif que nous avons. Ici encore on en peut faire l’expérience.

Si, dans un cas comme dans l’autre, il y aura toujours plus dans la photographie que dans la peinture, c’est que, dans les empreintes que porte le Suaire, il y a aussi quelque chose de plus que n’aurait jamais pu y mettre un peintre, il y a ces traits infiniment petits, ces touches iûdéfinies, ces détails insaisissables que produit seule la nature, que l’œil ne saurait pas plus voir que la main exécuter, et que la photographie seule, qui pénètre au fond des choses a pu révéler. Il y a la nature.

Ce sont ces révélations intimes de la photographie qui ont permis l’étude anatomique de toutes les particularités des images du Suaire, des plaies, des gouttes de sang, des muscles, de l’ossature, et qui ont fait reconnaître, par les hommes les plus compétents, la nature même, dans les empreintes vives de ce corps mystérieux.

Que valent des textes en présence du fait? Que peuvent signifier des on-dit, prétendus historiques, à l’encontre des constatations scientifiques ?

A supposer que la thèse historique, contraire à l’authenticité du Saint- Suaire de Turin, fût plus solidement établie qu’elle n’est, puisqu’elle ne repose, en définitive, que sur des arguments négatifs, d’un côté, et sur des documents discutables de l’autre; en admettant qu’il soit démontré, par tous les textes que l’on voudra, que le Suaire de Turin ne se rattache pas au Calvaire, par une série de documents le visant spécialement, et non les autres linges analogues; que le Mémoire de l’évêque Pierre d’Arcis, arguant de faux le Suaire apporté à Lirey en 1353, et les bulles de l’anti-pape. Clément VII confirmant ce Mémoire, doivent être tenus pour des pièces absolument probantes, d’où il appert que le Suaire en question, le même que celui de Turin, est une pieuse représentation faite au xive siècle, « quelle valeur,

dirons-nous avec M. H. Terguem, aura cette démonstration, faiteà l’aide de documents se rapportant au linceul, si le linceul vient luimême les contredire, s'il s’établit par son seul examen qu’il n’a pu être fabriqué au xive siècle, s’il porte en lui-même la marque de son authenticité ? »

Tel est bien l’état de la question. Aussi, quand M. Ulysse Chevalier vient dire : « Une vérité historique, solidement établie, ne saurait être contredite par une vérité scientifique contraire », il se condamne luimême, car la démonstration scientifique de l’authenticité du Suaire,, résultant de l’examen des empreintes qu’il porte, est la preuve que lathèse contraire n’est pas une vérité historique. Et, en effet, quand on pense à la grande part d’incertitude qu’il y a dans toute documentation historique (et ceux-là la connaissent le mieux qui ont manié le plus de documents), il serait naïf de parler de vérité historique à propos d’une thèse qui repose uniquement sur une enquête ecclésiastique du xiv® siècle, fort superficiellement menée, dont il n’y a qu’un point de certain et de bien établi, c’est que l’aveu du peintre faussaire qu’elle allègue n’a jamais été produit, et que tout prouve ou qu’il n’existe pas,, ou qu’il n’a point de valeur dans le cas présent.

Alors, on se trouve en présence de cette question : comment uncadavre peut-il donner sur le linceul qui le recouvre, une image reproduisant ses formes avec le détail des traits du visage, question qui a fait l’objet des recherches des savants qui ont conclu à l’authenticité du Saint-Suaire de Turin. »

Emmanuel Faure.

(à suivre.)

VOCRTIO K SUBklJVÆ

Un jeune homme a vingt ans... Il est jeune, il pourrait être heureux. Tout à coup une pensée le saisit. 11 se dit : « 11 y a, par delà les mers, des peuples qui sont dans les ténèbres. Au lieu de vivre dans les bras de ma mère, de mes sœurs, de mourir entouré de mes petits enfants, j’irai visiter ces sauvages, je leur porterai le Crucifix! »

Il part, il abandonne sa patrie, le toit qui l’a vu naître, l’arbre témoin de ses premiers rêves, toutes ces choses aimables dont on ne sait le prix que quand on les a quittées. 11 laisse son vieux père, sa mère qu’il ne reverra plus, son costume national, sa langue. Il vivra caché dans les bois, au fond d’une pirogue... Un jour ou l’autre, peut-être, il sera pris, chargé d’une cangue ou percé de flèches. Voici ce qu’il sait, et il part. Il part sans regrets, que dis-je? heureux, la croix de Jésus sur la poitrine. 11 court, il vole. Qui l’emporte? Qui lui a parlé au cœur? Qui le soutient? Qui lui met la sérénité sur le front, l’ivresse dans l’âme? Vents, portez-le sur vos ailes. Flots, courbezvous. C’est le cœur de l’Eglise catholique qui .passe; c’est la vraie Eglise qui porte le Crucifix au monde! »

Mgr Bougaid.

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Les Calvaires de pranee

Le Calvaire de Pontchâteau, en Bretagne

e Calvaire de Pontchâteau remonte aux premières années du xvme siècle. Ce n’est pas un objet d’art, c’est un témoin de l’amour affectif de toute une population envers le crucifix.

Le Bienheureux Grignon de Montfort prêchait, en 1709, une mission à Pontchâteau. Un jour, après son sermon, il mène ses auditeurs aux abords de la ville : « Vous voyez, leur dit-il, cette lande déserte. Ï1 faut élever là une montagne semblable à la montagne du Calvaire, où Jésus fut crucifié. Ici même, se dressera la croix du Rédempteur. »

C’était cette immense masse de terre qu’il fallait creuser, porter et disposer en cône. Travail gigantesque ! On dut extraire environ huit mille mètres cubes d’argile et de grès, et porter, au panier ou à la hotte, deux millions quatre cent mille kilogrammes de déblais. La parole du missionnaire était si ardente, la foi de ces populations si vive, que ce travail volontaire ne dura que quinze mois. Il y eut là constamment de deux cents à cinq cents travailleurs, qui, sans rien recevoir, apportaient leur nourriture et leurs instruments, amenaient leurs chareltes et leurs bœufs et travaillaient sans relâche à élever ce trophée à la croix.

Jésus-Christ est mort pour les riches et pour les pauvres ; riches et pauvres élevèrent le trophée. Des gentilshommes et de grandes dames, des laïques et des prêtres venaient se mêler aux travailleurs et porter la hotte par dévotion. Des Espagnols et des Flamands vinrent prêter aux Bretons le concours de leurs bras.

Les femmes n’étaient pas les moins empressées ; plusieurs sans doute tombèrent sous le faix, en gravissant le Calvaire, chutes douces à leur foi, qui leur rappelaient les chutes du Sauveur sur la montée sanglante.

On payait les travailleurs, à la fin de leur rude journée, en leur permettant de vénérer, les yeux pleins de larmes, un crucifix, placé dans une grotte, non loin de l’immense chantier Prier et pleurer au pied du crucifix, pour ces hommes de foi, n’était-ce pas le plus riche salaire ?

Quand le cône fut élevé, on y dressa trois croix ; celle du Sauveur avait cinquante pieds de haut. Le rêve de cette chrétienne population était réalisé. Jésus-Christ étendait au loin, sur ces contrées, ses bras qui bénissent et son regard qui pardonne.

Dans la même région, en avançant vers la mer, vous trouvez les pierres énormes de Carnac, roulées de loin avec des labeurs infinis... Le druide soulevait des rochers ; le prêtre chrétien fit surgir une montagne. Mais si le labeur est le même, que l’idée est différente ! Le menhir, aux champs de Carnac, c’est la terreur et la mort; le crucifix dans la lande de Pontchâteau, c’est l’espérance et la vie.

Par suite de douloureuses intrigues, cette œuvre de foi était à peine accomplie qu’elle fut vouée à la destruction. Mais, en 1747, le Calvaire fut relevé. Détruit en 1 793, il sortit de nouveau de ses ruines, et, en 1873, cinquante mille pèlerins venaient chanter devant ce signe de notre salut, les cantiques jadis composés par le Bienheureux de Montfort.

Pauvert ( Vie du Bienheureux Grignon de Montfort).

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