‹ Le divin, expériences et hypothèses: études psychologiquesChapitre 100 sur 119 · IV · texte numérisé non relu

IV

Les Sémites anciens, se demande le P. LagrangeS. étaient-ils polydémonisles ? Le nom divin EL ou II. « appartient, dit-il, au plus ancien fonds des langues sémitiques... Elohim est certainement une des formes les plus secondaires, puisque le Phénicien dit Elim. et que seuls les Araméens ont une formation analogue. D'êtres plus ou moins confusément groupés, mais cependant pluriels, il n'y a pas trace dans le vieux mol El commun à tous les Sémites. » Sans prétendre q^ue El ait représenté pour eux « une seule personnalité nettement accusée », il estime (c qu'à Torigine. tous les Sémites avaient un même nom et un seul pour désigner le divin, conçu comme distinct dureste des choses et que, par conséquent, ils le considéraient comme unique d'une certaine façon, n'éprouvant pa& le besoin de le déterminer davantage,, tandis qu'il est de la nature du polythéisme que tout être divin soit distinct des autres par une note spéciale, aucun d'eux, n'étant suffisamment désigné par le seul prédicat du divin ».

Cette question de l'antériorité de l'expression El ou Elohim n'est pas de ma compétence. Je remarquerai seulement que l'argument du P. Lagrange contre ses adversaires : « On aura peine à nousfaire admettre en France une somme sans unité& » est de médiocre valeur. «-A l'origine, dit très bfen

M. Ribot, il n'y a pas perception claire de l'unité d'abord, de la pluralité ensuite... Il y a un état confus, indéfinie » Les partisans d'une sorte de monisme primitif que réfute le P. Lagrange', pourraient lui répondre que leurs Elohim n'ont pas, eux non plus, (a une personnalité nettement accusée », que (( chacun d'eux tend à se perdre dans l'uniformité amorphe de l'ensemble », comme le ditOldenberg des dieux védiques'. L'interprétation moniste paraît très soutenahle, à condition que l'on ne fasse pas de ce monisme un système métaphysique et que l'on reconnaisse enfin nettement qu'avant de se figer en abstraits métaphysiques, les systèmes vivent en nous à l'état de sentiments et d'images. On s'en rend bien compte en lisant cette définition donnée par F. C. Baur : a Le monisme est la simple conscience du divin en général... nous ne pouvons la nommer monothéisme que lorsque la représentation du divin a rempli la totalité de la conscience comme entièrement. indivisible, et qu'aucun sigue ne doit séparer; il (le monisme) est comparable à la simple vue qui précède toute abstraction etréflexion\ »

C'est tout ensemble la i^eprésentation du divin qui nous intéresse ici, et le sentiment du divin qui la

1. Évolution des idées générales^ p. 460. Et p. 39 : « La seule formule convenable est celle-ci : l'esprit va de Tindéfini au défini. Si l'on fait indéfini synonyme de général, alors on peut soutenir que ce n'est pas le particulier qui apparaît au début, mais ce n'est pas non plus le gênérai, au sens exact du terme ; c'est le vague. »

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