Psaumes XLI (XLIl) — LXII (LXIII) — LXXU (LXXHI
f70 VUES GÉNÉRALES
nalilé : l'amour divin serait inférieur à Tamour humain s'il n'aboutissait à TUnique exclusif. L'intelligence pourra dès lors intervenir et justifier après coup le sentiment par un système : monothéisme, créationisme (avec le reversde médaille que l'on sait) .
Celte sorte de mono-idéisme de l'amour unique peut provenir de l'instinct, et aussi être voulu parce que jugé plus noble. Et, de même, la représentation religieuse exclusive du monothéiste peut être instinctive, et aussi voulue parce que jugée la meilleure.
C'est le cas des Prophètes juifs*. Est-ce parce qu'ils ont conçu la morale comme universelle qu'ils ont conclu à l'unité divine ? Déduction bien philosophique ! Conlentons-nous de dire que leur passion pour la justice, la moralité, était trop violente, intransigeante, exclusive donc, pour qu'ils ne considérassent pas leur idéal comme devant être l'unique universellement accepté et réalisé. Et puisque le bien, c'est la volonté de lahvé*, lahvé est pour eux et doit être pour tous l'incomparable, l'exclusif :
1. C'est aussi par l'intensité de son sentiment de la moralité et de l'unité du divin, et non en faisant « évoluer » Zeus, que Xénophane dépasse le niveau religieux de ses contemporains. « We are often told that the supremacy of Zeus was the « first step to monolheism. » Xenophanes reached his goal by a shorter road. » J. E. Uarrison, The religion of ancient Greece (Constable, 1905), p. 61.
2. Le bien devient ainsi la seule vraie religion; encore une conclusion de cette sentimentalité exclusive :
• Avec quoi me présenterai-je devant TElernel ?
Me prcscnterai-je avec des holocaustes?
L'Eternel agréera-t-il des milliers de béliers, Des myriades de torrents d'Iiuile?...
— On t'a fait connaître, ô homme, ce qui est bien,
Et ce que l'Eternel demamle de toi :
C'est que tu pratiques la justice,
Que tu aimes la miséricorde. »
Michée, VI, 6-8 (.vui« s.); cfr. Osée, VI, 6; Isaïe, 1, etc.
Qui a sondé Tesprit de rÉternel
£t qui Ta éclairé de ses conseils ?
Qui lui a appris le sentier de la justice ?
•Qui lui a enseigné la«agesse ?...
Toutes les nations sont devant lui comme un rien.
Elles ne sont pour lui que néant et vanité.
A qui voulez- vous comparer Dieu?
Etquelle image îerez-vous son égale ?...
A qui me compiarerez-vous pour que je lui ressemble.
Dit le Sainte
Et Ton entrevoit en même temps comment le sentiment du rieUy du néant de ce qui n'est pas 'Dieu ^ pourra se systématiser plus tard en la théorie de la création ex nihilo^.
M. Chantepie de la Saussaye Ta très bien dit : (( Il ne suffit pas de caraclériser (le monothéisme ou le polythéisme) par 1 opposition numérique de la multiplicité et de Tunité : poly et mono en composition n'indiquent pas seulement des nombres, mais répondent à des qualités. Les dieux du polythéisme sont immanents dans Tunivers. Ils y personnifient
l,Isaïe (2« Isaïe), XL.
2. « Eternel, ma vie est comme un rien devant toi I » Ps. XXXVIII, (XXXIX), 6. — Analogue anniliilaiion sentimentale de l'ôtre fini, pour le panthéiste qui n'est pas troublé par les « modes » imparfaits de la substance parfaite, pour l'Indou cfui traite le monde de pure illusion, de « rôve » de "Brahma, pour le mystique qui proclame le « néant » de la créature, la non-réalité du mal. C'est toujours la même loi : l'intelligence ne Se préoccupe point de ce qui n'intéresse plus le sentiment, de ce qui rCexiste plus\iO\ix\\x\. — La substitution du néant proprement dit à la matière première fut encore favorisée par l'habitude platonicienne d'appeler la matière ce qui n'est pas = ce qui n'a pas la vraie réalité, ce qui n'est pas intelligible. Gfr. 2 Macchab ; VII, 28 ; 2 Clément. I, 8; Clément, homil. UI, 32 ; Philon, De juslitia, VII.
3. Je regrette maintenant de n'avoir pas réuni dans un seul para, graphe les diverses remarques relatives à l'idée de création que l'on trouvera p. 100, 115, 128, 136, 137, 139, 150, 160, 163, 263 à 266.
les forces et les opérations divines ; nous y trouvons un riche et poétique développement de mythologie. Le Dieu unique du monothéisme est, au contraire, un dieu spirituel et transcendant. C'est pourquoi il ne faut pas appeler monothéistes les tendances vers une conception monarchique de la divinité, tendance à la monolàlrie ou à la conception de l'unité divine. Comme religion vraiment monothéiste, on ne trouve que la religion juive avec ses deux filles : la religion chrétienne et la religion mahométane \ »
Toutes les cosmogonies se ressemblent : Avant toutes choses, dit Hésiode, fut Khaos et puis Gaia au large sein ... et Gaia enfante Ouranos et avec lui engendre les Titans, parmi lesquels Kronos et Rhea. Voilà seulement les parents de Zeus et des grands dieux! Et les dieux ne sont immortels que grâce à Tambroisie. Aucune évolution ne fera sortir de là, si la pensée ne Fy ajoute^ l'élément : perfection, qu'implique désormais, avec tant d'autres^ notre idée de Dieu.
1. Introduction du Manuel de Vhist. des religions, p. 11. A moins que l'on ne reconnaisse, avec Muller, Hartmann, Jastrow (The Study of religion London, Scott, 1901, p. 191 à 198). et d'autres, que le sentiment de rinflni existe déjà implicitement, même dans les formes religieuses les plus rudimentaires. — Etymologie du mot dieu, cfr. Note IX.
Des expériences et critiques qui précèdent me paraissent découler les conclusions suivantes :
Tout d'abord, insuffisance d'une méthode strictement objective qui n'atteindrait que l'extériorisation, l'expression sensible du sentiment religieux, non le sentiment lui-même.
Le « phénomène », le <( fait » est fonction de la sensibilité, de la pensée et de ses lois ; mais, outre cette vérité générale trop souvent oubliée, il est certain qu'en pareille matière, l'expression isolée de sa signification serait de nulle valeur. Or la signification ce n'est plus seulement de l'histoire, de la description, de la comparaison, c'est de la psychologie.
Psychologie, les lois de l'habitude et de la mémoire qu'impliquent les survivances (Chap. xi, § 1) ; psychologie, l'invention créatrice qui intervient dans toute évolution (Chap. xi, § 2) ; psychologie, ces notions de « mieux » ou de « parfait », ce « jugement de valeur » que, diversement symbolisés, l'analyse décèle dans les croyances religieuses (Chap. x, § 3, 4 et 5).
Hébert. — Divin. 18
n* LE DIVIN
Psychologie ou métaphysique ? Le nom importe peu. On D'en est plus à prouver, après les Paul Janet, les Boulroux, les Bergson', que la métaphysique, dans ce qu'elle a de positif, n'est qu'une psychologie plus réfléchie, mieux analysée.
Aux observations historiques, ethnographiques, physiologiques, doit doue se joindre l'observatioD psychologique.
« De même que nos perceptions sensibles possèdent M^coefficienl de réalité exieime, une sorte d'indice de valeur indépendante, qui nous fait croire à l'existence de leurs objets, de même on peut dire que les phénomènes religieux possèdent aussi un coefticient de réalité ou un indice de valeur, mais de valeur ou de réalité /mnJcewrfan/e, c'est-à-dire dépassant le monde ordinaire perceptible à tous les hommes et échappant par conséquent à ceux qui n'ont point fait ces expériences spéciales... Ces opinions individuelles* sur l'essence de la religion et la réalité d'un monde invisible n'ont pas plus à interférer chez le psychologue avec ses recherches d'ordre scientifique que l'opinion particulière d'un phy-
1. en*, par exemple, BergsoD. Inirod. à la métaphysique dans Revue de mélaphyugue et de morale, janvier 1903.
i. J'objeclerai au D' Flournoy que le sens de l'objectivité du divin ogt beaucoap moina " individuel > que telle disposition : senti nient du péché, besoin de la prière, conversions, etc., dont s'occupe cependant la psychologie religieuse.
sicien sur Texistence ou la non-existence en soi du monde matériel ne saurait contrecarrer ses travaux de laboratoire ^ »
Cette précaution, est, en effet, indispensable et je ne songe pas un instant à en contester l'opportunité; Seulement, ne perdons jamais de vue que ces jugements de transcendance, sont, au même titre que le reste, de la réalité psychologique ^ Par conséquent, nous avons là un exemple frappant de la nécessité où se trouvent toutes les méthodes scientifiques d'accommoder, en la simplifiant, la réalité, laissant de côté ses aspects gênants parce qu'ils ne se réduisent pas soit en formules numériques, soit en concepts généraux.
Pourvu qu'ensuite on ne prenne pas r abstraction pour la réalité concrète^ un procédé méthodique pour une thèse, ledit procédé méthodique a des avantages incontestables ; mais certains savants sont enclins à ne plus distinguer entre leurs schèmes abstraits et les consciences vivantes, et, d'autre part, ceux qui ne sont pas initiés aux méthodes scientifiques protestent à grand bruit — et à grand tort — parce qu'ils ne trouvent plus dans les représentations scientifiques tout le contenu de leurs consciences.
Il est donc nécessaire de rappeler sans cesse que
1. D' Floumoy. Archives de psychologie religieuse y décembre 1902; p. 7 et 9 du tirage à. part : Les principes de la psychologie religieuse.
2. M. Blondel a fort bien fait ressortir la chose dans une lettre adressée à la Société française de philosophie (Gfr. Bulletin de la Sociétés etc., janvier 1906, p. 19), à Toccasion d'une discussion sur le mysticisme de* sainte Térèse.