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s'il n'esl de science que du général, il n'est de vie que de rapports d'individus à individus. Si les caractères particuliers ne sont rien pour le savant, ils sont tout pour l'homme : « Si on me presse de dire pourquoy je Taimoy, je sens que cela ne se peult exprimer qu'en respondant : parce quec'estoit luy; parce que c'esloît moy. » On connaît ces paroles si vraies de Montaigne à propos de son ami LaBoëtie, et ces autres non moins justes : « Quand bien nous ^
pourrions être sçavantsdusçavoird'aultruy, au moins 1
sages ne pouvons-nous estre que de nostre propre sagesse * . »
Il serait donc aussi déraisonnable de chercher dans les résultats des méthodes scientifiques une religion complète, adéquate à ce qu'elle est vraiment pour les âmes vivantes, que d'espérer retrouver avec tous ses charmes et influences l'enivrante nature dansles traités de physique, botanique, zoologie, etc. On n'a pas le droit d'opposer sciences et vie, mais il est nécessaire de les bien distinguer pour que jamais plus, de part ni d'autre, on ne crie à la faillite.
Que l'on n'isole point ce que je viens de dire de ce qui suit :
1. EssaiSy L. I, ch. xxvii et ch. xxiv. — Dans un article où il résume très clairement les idées de M. Poincaré [Rev . de Paris^ 15 février 1906) M. Rageot définit ainsi l'objet des sciences : « des rapports sans supports ». La vie réelle ne peut faire abstraction de ces supports ; voilà pourquoi les sciences sont et demeureront non moins insuffisantes que nécessaires. Nous l'avons déjà dit (p. 145).
Bien que les sciences n'envisagent que certains aspects de la réalité, ces abstractions, si travaillées soient-elles ensuite par Tesprit et marquées de son empreinte, n'en correspondent pas moins à des caractères rëels^ à des rapports réels; d'où leur efficacité réelle, leur merveilleuse fécondité pratique.
Quand bien même les sciences historiques, physiologiques, psychologiques, fidèles à leur point de vue de généralité, n'auraient rien à nous dire sur ce qui a constitué la nuance spéciale de l'émotion esthétique d'un Rembrandt ou d'un Wagner et le caractère personnel, nouveau, unique, de leur inspiration créatrice, du moins elles ne restent pas muettes sur le sentiment esthétique en général, l'imagination créatrice en général. Et de même, si la croyance individuelle échappe, en son fond, aux plus subtiles analyses, il est, dans les phénomènes religieux, des caractères généraux extrêmement importants à observer, à nettement préciser, déterminer. Ils permettront, en effet, de se rendre compte à quels organes, à quelles lois de la vie psychique correspond le sentiment religieux, et, par suite, s'il est plus oa moins accidentel ou essentiel à cette vie.
Or qu'avons-nous constaté par l'analyse psychologique ?
Tout d'abord, une incontestable diversité dans les résultats de Texpérieuce religieuse. Vouloir unifier * à
1. (( La même détermination (ne pas toucher à une flamme, p. ex.), peut être inspirée ou par une simple association d'idées personnelle-